‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 22 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

à Maurice, avait été mis à mort. C'était un outrage de plus infligé à la France, et pour M. PAPEU une perte d’un demi-million.

Arrivé à Paris, M. Lambert obtint une audience de Napoléon II, auquel il remit quelques présents et les lettres dont il était porteur. L'empereur l'écouta favorablement ; il lui promit même son intervention. Sur ces entrefaites, éclata la guerre de Crimée, et Madagascar fut laissée de côté.

Sur les propres conseils de Empereur, M. Lambert se rendit à Londres, pour proposer à lord Clarendon de composer, par moitié, une compagnie anglofrançaise d'industrie et de commerce. Mais celui-ci déclara qu'il ne saurait admettre le protectorat de la France sur Madagascar. L'empereur, à qui M. Lambert rendit compte de sa tentative infructueuse, n'osa pas insister davantage.

Le ministre anglais s'était hâté d'envoyer secrètement à Tananarive le méthodiste Ellis, pour informer Ranavalona des démarches de M. Lambert. Ce nouvel agent raconta à la reine, en dénaturant les faits, que son fils tramait contre elle le plus odieux complot qu'un fils pût ourdir pour détrôner sa mère, et que l’empereur était disposé à envoyer des troupes, à l’effet de servir de tels projets.

Contrairement à son attente, ce lâche délateur fut honteusement chassé, malgré les cadeaux qu'il semait partout à l’appui de ses mensonges.

Au moment même où Ellis échouait piteusement dans son ambassade, un heureux événement venait faire diversion et achevait de nous conquérir les bonnes grâces de Ranavalona. Le frère du premier ministre était atteint d’un cancer au nez. La reine, qui l’aimait beaucoup, avait appelé à Tananarive,

pour l'opérer, M. Milhet Fontarabie (1), médecin distingué et maire de Saint-Paul de la Réunion.

Le savant praticien arriva, vers le commencement d'octobre 1856, accompagné de deux aides chirurgiens, qui n'étaient autres que des missionnaires catholiques. L'opération réussit parfaitement. M. Milhet Fontarabie fut comblé de présents par la reine, qui l'avait pris en grande affection ainsi que ses deux aides. Sur les instances pressantes de Ranavalona, qui redoutait de nouvelles complications, il laissa à Tananarive, auprès du malade, un des missionnaires qu'il avait amenés.

Cependant, les cruautés et les exigences de la féroce souveraine avaient réduit son peuple à la plus extrème misère. Ne sachant qu'inventer pour assouvir ses instincts sanguinaires, elle avait imaginé les plus terribles supplices : l’eau bouillante, les fers, le tanguin. Par ses ordres, le sang coulait à flots dans toute l’étendue du royaume. Non contente de mutiler et de décimer ses sujets, elle vendait comme esclaves leurs femmes et leurs enfants.

Enfin, à la grande joie de son fidèle ami, le prince Rakout, M. Lambert revint à Tananarive, après deux ans d'absence (avril 1857). Il était accompagné de la célèbre voyageuse autrichienne, M"° Ida Pfeiffer, et apportait de riches présents pour la reine et son fils. Il fut recu avec les plus grands honneurs, les plus grandes démonstrations d'amitié, et fêté comme Jamais un blanc ne l'avait été.

En 1859 et 1860, à la suite de violences exercées contre les missionnaires et les négociants français, le capitaine de vaisseau Fleuriot de Langle, comman-

(1) M. Milhet Fontarabie, après avoir été député de la Réunion, en est aujourd’hui sénateur.

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