‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 23 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dant la station des côtes d'Afrique, imposa au district de Baly une contribution de 70,000 francs, en réparation du meurtre du délégué français chargé de suürveiller les engagements des travailleurs. Ensuite, après avoir dépossédé la reine Outsingou, il conclut différents traités avec plusieurs chefs sakalaves (2 février 1859, 26 septembre 1859), puis, avec le roi des Mahafales (10 août), et avec le chef de la vaste province de Féérègne (19 août). Ces traités successifs nous rendaient maîtres de toute la côte ouest de Madagascar, depuis la baie de Baly jusqu'à celle de Saint-Augustin.

À la nouvelle que la France ne lui accordait pas son protectorat, Rakout avait éclaté en sanglots. Tout entier à son idée de rendre la liberté à son peuple, il s'arma de courage et pria MM. Laborde et Lambert de continuer à lui prêter leur concours dévoué.

Pour réussir dans ses projets, il lui fallait renverser Rainizouare, le premier ministre de sa mère. La tâche eût pu être facile, si celui-ci n’eût embrassé le protestantisme et n'eût été, par ce fait, entouré d’espions vigilants, intéressés à déjouer les intentions du prince. Averti par eux du complot, le premier ministre dénonça les blancs à la reine, comme conspirant contre elle. Ce mensonge, digne des RR. anglais, bouleversa la vieille reine, qui eut aussitôt recours aux pratiques habituelles des sikydis, pour dicter sa conduite. Sous leur inspiration, à la suite de l'épreuve du tanguin, pratiquée sur des poulets représentant chacun un blanc, Ranavalona, convaincue de la culpabilité des chrétiens, les condamna à mort. Un seul poulet, celui qui représentait le P. Joseph Weber, ne périt pas dans cette épreuve. Il faut avouer, pour être précis, que ce missionnaire ayant soigné avec dévoue-

ment le frère de Rainizouare, ce dernier, par reconnaissance, avait ordonné à l’indigène chargé d’administrer le tanguin de ménager le poulet du P. Weber.

Rakout intercéda auprès de sa mère en faveur des victimes désignées. Il lui fit observer que M. Lambert étant agent secret du gouvernement français, il serait imprudent de les exécuter. Ranavalona se rendit à ces raisons, et, après délibération, se contenta de les expulser. Malgré le déplaisir qu'elle éprouvait à se séparer de M. Laborde, elle s’y vit contrainte par les oracles que rendirent les ombiaches, en réponse à ses questions.

M. Laborde fut donc banni avec M. Lambert el même M"° Pfeiffer, ainsi que tous les autres Français compris dans cette mesure de proscription. Le prince Rakout, qui s'était vu menacé de mort par sa mère, pour avoir pris la défense de ses amis, leur fit des adieux déchirants. Il pria, une dernière fois, M. Lambert d’implorer de nouveau, en son nom, le protectorat de l’empereur Napoléon IIT. On les conduisit, sous bonne escorte, à Tamatave. Il leur fallut deux mois pour gagner cette étape, éloignée seulement de 70 lieues, à cause des lenteurs qu'on mit à la leur faire franchir, espérant, dans le trajet, qu'ils succomberaient à la fièvre mortelle de ces régions insalubres.

Les exilés se réfugièrent à l’île Bourbon. Aussitôt après leur départ, leurs biens avaient été confisqués.

M. Lambert, revenu à Paris, avait exposé la situation au prince Napoléon, spécialement chargé de la haute direction des colonies. Le prince füt certainement entré dans ses vues, si la guerre d'Italie ne fût venue obscurcir l'horizon politique.

Pendant ce temps, à peine Rakout venait-il d'obtenir de sa mère le rappel de M. Laborde, que Rana-

valona mourait, le 16 août 1861, à l’âge de 81 ans.

Le règne de cette reine avait duré trente-trois ans Il était loin de ressembler à celui de son prédécesseur.

D'une extrême méfiance à l'égard des étrangers,

duc d'Émyrne.

M. Lambert

d'une crédulité sans bornes pour les croyances su-

perstitieuses de ses ancêtres, Ranavalona s’abandonnait complètement aux caprices de ses favoris, à la

fois ses époux el ses premiers ministres, n'ayant, d'ailleurs, aucun scrupule à se débarrasser d'eux, dés qu'ils avaient cessé de plaire.

Elle fut l’incarnation de la barbarie. M®° Pfeiffer raconte, dans ses relations de voyage, qu'en moyenne, chaque année, de 20,000 à 30,000 indigènes périssaient

par ses ordres, dans les supplices les plus variés. . Inauguré par le meurtre de ses plus proches parents, son règne ne fut qu'une longue suite d’exécutions. Elle ne cessa de répandre la terreur la plus noire dans son pays désolé comme par le passage de la peste. Le nombre des victimes de sa cruauté est incalculable.

Pour donner un exemple à l'appui de ces assertions, en 1845, dans une chasse aux buffles qu'elle avait organisée, sur les 50,000 personnes qui l'accompagnaient, plus de 10,000 périrent, pendant les quatre mois que dura cette partie de plaisir.

Comme pour Radama 1°, on lui fit de magnifiques obsèques. Son corps fut transporté en grande pompe à Ambohimanga, la ville sainte, et sur tout le parcours du cortège funèbre, le sang d’une quantité innombrable de bœufs ruissela sur les routes. En l'honneur de sa mémoire, on immola ses taureaux favoris. : | :

Et, comme si elle n eùt assez versé de sang pendant sa vie, au moment où son corps était déposé dans le caveau royal, une effroyable explosion, causée par la poudre préparée pour les canons destinés à saluer la fin de la cérémonie, vint jeter l’épouvante dans l’assistance et semer la mort autour de son cercueil, continuant, après elle, l’œuvre sinistre de son règne néfaste.

RapamA II (4861-1863).

À Ranavalona F* suc-

Page 1