CHAPITRE PREMIER
céda le prince Rakout, ou, pour le désigner par son vrai nom, Ratond-Radama, lequel, bien qu'il ne fût pas le fils de Radama, prit, en montant sur le trône, le nom de Radama IT.
Nouvel enfant du miracle, ce prince vint au monde, deux ans après la mort de son père putatif. Pour expliquer le mystère de sa naissance tardive, Ranavalona eut recours à un ingénieux subterfuge. Elle déclara qu’elle avait conçu à la suite d’une pieuse visite au tombeau de son époux regretté. Cette singulière interprétation de l'énigme suffit à la naïve crédulité du peuple hova, qui n'en vénéra que davantage le rejeton surnaturel de Radama [*. En réalité, le père de Radama IT n’était autre qu'Andrian-Mihaza, premier ministre et favori de la défunte souveraine.
Tout entier à la douleur d'avoir perdu sa mère, qu'il aimait sincèrement, malgré ses instincts dissolus, Radama Il faillit, dès le début de son règne, être victime d’une lâche conspiration, ourdie, dans le but de l’assassiner, par un de ses cousins, Ramboasalama.
Au lieu de sévir, ce roi débonnaire célébra son avènement par un acte de clémence et d'humanité. Non seulement il rendit la liberté au coupable, mais encore il fit arracher les plantations du Tanguin qui
ne rappelaient que trop les cruautés du règne précédent.
Peu de temps après, une circulaire de M. Lambert, en date du 7 avril 1862, annoncait, au nom du nouveau monarque, que le royaume de Madagascar était désormais ouvert au commerce de toutes les nations. Cette même circulaire abolissait les droits de douane. De plus, le roi accordait sa haute protection aux arts, à l’industrie et à tous les cultes, sans distinction.
En un mot, commençait le règne le plus libéral qu'eussent pu rêver les habitants de Madagascar et les étrangers en relations d'affaires avec eux.
Radama eut le bon esprit de s’entourer, en fait de conseillers intimes, de M. Laborde, nommé consul de France et de M. Lambert, qu'en reconnaissance des services rendus. il avait créé duc d’Imerina. Désireux de civiliser son peuple et sentant bien que le meilleur moyen d'arriver à ce résultat était de s'assurer le concours des grandes puissances occidentales, il envoya de nouveau M. Lambert, mais cette fois avec des pouvoirs réguliers, auprès de Napoléon IIT, ainsi qu'auprès du pape et des souverains d'Angleterre et de Belgique.
En dépit du mécontentement qu ils éprouvaient des marques de bienveillance continuelles dont Radama comblait les Français, les Anglais, en fins diplomates qu'ils étaient, n’envoyèrent pas moins à Radama II, pour le féliciter de son avènement, une députation ayant à sa tête le colonel Midleton. Cette députation arriva à Tamatave, le 22 septembre 1861.
Le 8 février 1862, débarquait à son tour M. le capitaine de frégate, baron Brossard de Corbigny, chargé par Napoléon IIT de reconnaître Radama, en qualité de roi de Madagascar, tout en réservant les droits de suzeraineté de la France sur cette île.
Une nouvelle mission faisait son entrée à Tananarive, le 8 juillet 1862. Placée sous les ordres du commandant Dupré et composée d'un nombreux personnel d'officiers, elle venait représenter officiellement le gouvernement impérial à la cérémonie du couronnement. Le roi combla ses hôtes de cadeaux, en accompagnant ses présents de cette formule invariable : « C'est la main qui offre, c'est le cœur qui donne. »
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