‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 26 sur 194 · CHAPITRE PREMIER. DR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. DR

bien qu'elle n'avait rien à tirer de Radama, avait quitté Tananarive. Tout au contraire, la mission francaise, cédant aux instances du roi, avait ajourné son départ; elle ne quitta la capitale que huit jours après. Radama la vit s'éloigner avec tristesse, et c'est avec la plus vive effusion qu'il embrassa, à tour de rôle, chacun des membres qui en faisaient partie.

Peu de jours après, M. Lambert entreprenait un nouveau voyage en France, afin d'y constituer une compagnie ayant pour but la colonisation de Madagascar. Avant de partir, il avait obtenu la concession de vastes terrains où, déjà, il avait installé des agents. Il sollicita à nouveau Napoléon IIT de prendre sous son patronage cette grande entreprise, estimant que, placée sous de tels auspices, elle pourrait faire contrepoids à Ia puissante Compagnie des Indes anglaises.

L'Empereur accueillit favorablement cette requête et chargea M. Paul des Bassyns de Richemont d'organiser cette compagnie, à laquelle un décret, en date du 2 mai 1863, donna une existence légale et authentique. Sur le capital réalisé, une somme fut prélevée pour indemniser le roi Radama IT de la suppression des droits de douane dans ses États. Le fonds social fut fixé à 50 millions de francs et la durée de l’exploitation à cinquante ans. Cette nouvelle société rappelait, en tous points, par ses apports et ses statuts, la première société, fondée sous Louis XIV.

L'admirable organisation de cette Compagnie, due à l'habile direction de M. des Bassyns de Richemont, promettait les plus féconds résultats. L'ouverture du Canal de Suez lui assurait un de ses plus sérieux éléments de succès, un débouché rapide à ses produits et un mouvement commercial incessant. La Compa-

gnie ne pouvait débuter dans de meilleures conditions. Elle venait au monde avec les plus sûres garanties de viabilité.

M. Lambert était nommé résident général de la compagnie auprès de Radama. Ce poste lui revenait de droit; n’avait-il pas été le promoteur de l’entreprise ? |

M. Laborde était chargé de la partie technique. La tâche était des plus ingrates, car il s'agissait d'établir des voies de communication sur le territoire hova, et Radama, jusqu'à cette heure, s’était toujours refusé à en accorder l’autorisation ; M. Laborde était le seul qui eût assez d'influence sur le roi, pour le déterminer à laisser faire une route reliant Tananarive à la côte. :

Enfin, la Compagnie était appelée au plus brillant avenir. Elle eût pleinement réussi dans ses projets, si notre rivale n'eût veillé dans l'ombre, épiant tous nos mouvements, guettant toutes les occasions de nous nuire, et surtout d'enrayer dans son essor cette compagnie naissante qui lui portait ombrage. Tou- Jours fidèle àsa ligne de conduite sournoise, elle dénatura, aux yeux de quelques chefs malgaches qui avaient embrassé sa religion, le véritable but que nous nous proposions.

Le vieux parti hova, auquel Radama avait si généreusement pardonné sa criminelle tentative, était entre les mains des Anglais une arme offensive qu'ils fourbissaient secrètement, afin de s’en servir, le momentvenu, pour frapper le coup décisif. À force de piastres, ils avaient attiré à leur cause tous les mécontents. Les indépendants, ne reculant devant aucun moyen propre à assurer le triomphe de leurs intrigues, s'étaient même alliés avec les ombiaches.

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