CHAPITRE PREMIER
Ces missionnaires anglais sont, dans toutes nos colonies, nos adversaires les plus acharnés. Partout où nous cherchons à nous implanter, partout nousles voyons apparaître, prêts à combattre notre influence, ou plutôt à la saper par la ruse et la bassesse. Car ja-
Radama II, roi de Madagascar.
mais ils ne luttent à armes franches; ils emploient toujours le même système de dénigrement, répétant à satiété que la France est un pauvre petit pays, sans importance, sans argent, sans vaisseaux, lequel à été, de tout temps, tributaire de l'Angleterre. Tout au contraire, le Français, loyal et confiant, qu il soit soldat, missionnaire, commerçant, ou simple colon, va droit
devant lui, incapable de mentir, n'ayant qu'un objectif : réussir honnêtement. Il ne médit pas de ses ennemis, il les aide au besoin, et s'expose ainsi, par sa bonne foi, à être trahi, quand il n’est pas empoisonné, quand il n’est pas transpercé par une flèche dirigée dans l'ombre par la main d'un Pritchard, d’un Shaw, ou de tout autre compère de la digne confrérie. .
« Laissons passer les fêtes du couronnement, avait dit Ellis à ses honorables collègues; après, nous verrons ce que nous avons à faire. En attendant, veillons et usons de toutes nos ressources pour empêcher l'exécution du traité passé avec Napoléon IIL, le jeune roi dût-il y perdre la vie! »
Au commencement de mars 1863, des intrigues étranges jetaient la perturbation dans les esprits et signalaient l'approche d’une révolution. Les Sikidys, soudovyés par les indépendants, ne craignaient pas de distribuer à la population pauvre des infusions de plantes excitantes, de leur composition, qui agitaient de mouvements convulsifs ceux qui en faisaient usage. Ces malheureux rappelaient les convulsionnaires du cimetière Saint-Médard. On les voyait errer par les rues, en bandes désordonnées, se livrant à toutes sortes d’excentricités, chantant, dansant, gesticulant, pénétrant dans les maisons, où ils se disaient les envoyés de la reine défunte, irritée de la bienveillance coupable que son fils témoignait aux Français. Et, comme à Madagascar les fous sont l’objet d’une sorte de vénération, presque d’un culte, on les écoutait comme des oracles. Puis, vinrent les apparitions : Ranavalona, sortie soi-disant de la tombe, pour sauver son peuple et arracher son royaume des mains des envahisseurs, avait déclaré Radama IT indigne de