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CHAPITRE PREMIER

13 mai, son cadavre, enveloppé de cent lambas et accompagné de deux mille soldats, fut transporté à deux lieues de la capitale, où il fut enterré secrètement, sans pompe et sans honneurs. Il fut interdit de porter son deuil et défense fut même édictée de le pleurer.

Ainsi finit celui qui, en essayant de rompre avec l'erreur, n'avait d'autre but que de faire profiter son peuple des lecons des Français.

RASORÉRINA (1863-1868). — Le soir même de l’assassinat du roi, à la suite d’un conciliabule tenu par les missionnaires anglais, les ministres hovas et les sikydis (prêtres), que l'intérêt commun avait coalisés, en vue de recueillir seuls les bénéfices de leur coup d'État, la veuve de Radama IT, Raboude, fut proclamée reine de Madagascar, sous le nom de Rasohérina (de sao, beau ; et de heri, fort).

Ellis avait fort habilement démontré au premier ministre que le meilleur moyen pour eux tous de conserver le pouvoir usurpé et d'arracher Madagascar à l'influence francaise, que la charte Lambert était sur le point d'y implanter, était de faire tomber le sceptre en quenouille, en le confiant aux mains d’une faible femme. Ils tiendraient facilement en tutelle ‘une pauvre reine timorée par le souvenir de l’assassinat du roi son époux, en évoquant continuellement à ses yeux les lugubres visions du crime auquel elle devait sa couronne, et l'éventualité d’un nouvel attentat qui pourrait la lui enlever de la même façon, au cas où elle voudrait faire acte d'autorité personnelle.

Comme la princesse Raboude hésitait à accepter la néfaste succession qui lui était offerte, craignant une fin semblable à celle de Radama : — « Si vous repoussez la couronne, lui fut-il répondu, il en est plus

d'un qui sera très heureux d'en porter le fardeau. » — Comprenant, dès lors, que le parti le plus sage était de se résigner, que les instances dont on la pressait n'étaient, en réalité, que des menaces déguisées, et qu'un refus de sa part la conduirait certainement à sa perte, elle n'osa résister plus longtemps.

Alors eut lieu la proclamation de l'avènement au trône de Rasohérina. En présence de la nouvelle souveraine, devant le peuple assemblé, on lut la liste des rois et reines ses prédécesseurs, en ayant soin de passer sous silence le nom de Radama II, désormais condamné à l'oubli. De sorte que, dans cette nomenclature, on faisait directement succéder Rasohérina à Ranavalona °°.

Puis, afin de ne pas perdre de temps, on fixa au soir du même jour les cérémonies populaires du serment de fidélité. Ce serment consistait d'abord à boire de l’eau mélangée avec un peu de la terre des tombeaux des anciens rois, ensuite, à percer de coups de sagaie un veau immolé pour la circonstance, auquel on avait préalablement coupé la tête, les pattes et la queue, en plaçant la tête à la place de la queue, et vice versa, et, enfin, à prononcer le serment sacramentel accompagné des imprécations d'usage.

Le lendemain, les grands dignitaires venaient présenter leurs hommages à la nouvelle souveraine. Mais, cette réception se ressentait de l'effet produit par la nouvelle de l’assassinat du roi. Entourée par les auteurs du coup d'État, qui la gardaient à vue, Rasohérina, la tête ceinte d’une couronne d’or, accueillait ces hommages avec un air mélancolique et distrait. Elle ne se dissimulait pas la lourde tâche qui Jui incombait, la pauvre reine ; elle songeait, avec effroi, que cette royauté imposée ne serait pour elle

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