‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 30 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

que l'apparence brillante d’un intolérable esclavage.

Elle ne se trompait pas! Craignant quelle ne vint à suivre les idées libérales de son mari défunt, en se montrant trop sympathique envers la France, il fut décidé, par ses terribles conseillers, qu'on ne lui laisserait qu'une autorité nominale, et que le pouvoir serait confié à celui qui en avait endossé la responsabilité, au premier ministre. Bon gré, mal gré, en dépit de l'horreur imvincible qu'il inspirait à la reine, 1l simposa comme époux et devint une manière de prince consort omnipotent, véritable maire du palais, administrant au nom d'une royauté forcément fainéante.

Tout aussitôt, une série de décrets fut promulguée, au nom de la reine, rapportant tous ceux qui émanaient de Radama IL, et rétablissant toutes choses en l'état où elles étaient avant son règne, désormais rayé de l'histoire.

Cependant, dès que la nouvelle de l'assassinat de Radama s'était propagée dans la population, qui longtemps avait cru à une simple disparition, une telle exaltation s'était emparée des esprits, que les villages voisins de la capitale s'étaient soulevés en masse et avaient marché contre Tananarive. Il s’en fallut de peu que la contre-révolution, d’abord victorieuse, ne renversàt le nouveau régime. Mais les rebelles, à cause du désordre qui régnait dans leurs rangs, ne purent soutenir un combat régulier contre les troupes de la reine, mieux exercées et surtout plus disciplinées ; ils ne tardèrent pas à essuyer une défaite qui fut pour eux le signal d'une débandade générale. On en égorgea un grand nombre ; leurs femmes et leurs enfants furent réduits en esclavage. La reine, dont le cœur compatissant saignait à l’idée

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qu'une partie de son peuple serait ainsi esclave de l’autre moitié, voulait inaugurer son règne par un acte de clémence. Mais le premier ministre s’opposa à cette mesure. Alors, la malheureuse souveraine, courbée sous un joug de fer, ne pouvant user de la plus noble des prérogatives royales, le droit de grâce, eut recours à un moyen terme : elle tira 2,000 piastres de son trésor particulier, pour racheter de la servitude les personnes libres qui s y trouvaient réduites. :

Pendant que ces événements bouleversaient Madasascar, la mission Dupré Lambert, revenant de France. débarquait à l’île de la Réunion, avec tout son personnel, vers la fin de juillet. Là elle apprit le drame qui s'était accompli à Tananarive. Laissant le reste de la mission à Saint-Denis, MM. Dupré et Lambert partirent, seuls, pour Madagascar où ils arrivèrent le 4 août. Ils répondirent aux fonctionnaires hovas qui se présentèrent à bord, quand ils entrèrent dans Île port de Tamatave, par cet ultimatum : «De deux choses l’une : ou le traité conclu avec le gouvernement francais serait maintenu dans son intégralité, ou le gouvernement hova subirait les conséquences du refus d'en exécuter les clauses. » Dans ce dernier cas, M. Laborde avait ordre d'amener immédiatement le pavillon consulaire et de quitter la capitale avec tous les nationaux qui y résidaient.

Après avoir échangé bien des pourparlers, au cours desquels la reine, d'accord avec ses ministres, s'était montrée disposée à exécuter les clauses du traité, tandis que le premier ministre, guidé par les conseils d'Ellis qui avait su lui persuader qu'il n'avait rien à redouter du commandant de la division navale, sy était opposé formellement, il fut décidé que le ministre

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