CHAPITRE PREMIER
Raharolahy etun officier, Rainivao, accompagneraient M. Laborde, pour traiter, de la part de la reine, avec le commandant Dupré.
Pendant que duraient ces négociations, le couronnement de la reine Rasohérina eut lieu, le 30 août 1863. Quelle différence avec celui de Radama If! Cette cérémonie ne fut précédée d'aucun préparalif, et saluée par aucun cri d'allégresse. Elle s'accomplit presque mystérieusement, sans pompe el sans éclat, comme s'il s agissait de remplir une formalité légale. Au silence glacial qui accueillit, sur son passage, le cortège officiel, on sentait que si le deuil public avait été interdit, il ne régnait pas moins dans les cœurs, avec une intensité d'autant plus vive qu on était contraint d'en dissimuler le témoignage. Quelques discours furent prononcés; celui du premier ministre était particulièrement agressif : « Il n’y à qu'un seul souverain à Madagascar, y déclarait ce personnage. Dussions-nous détruire les deux tiers de la population, pour faire respecter ce principe de notre intégrité, nous ne faillirons pas à notre devoir, quelque pénible qu'il soit à accomplir! »
Le 4 septembre, M. Laborde, accompagné du personnel du consulat, arrivait à Tamatave.Ensa présence, le ministre hova Roharolahy, après qu'on lui eut rendu les honneurs dus à son rang, informait le commandant Dupré que son gouvernement se refusait à appliquer le traité signé par Radama Il, et lui soumettait un contre-projet en sept articles. Le commandant, devinant que ce factum dérisoire était dû à l’inspiration d'Ellis, le repoussa dédaigneusement et consentit encore à attendre jusqu’au 20 septembre la réponse de la reine.
Comme on l'avait prévu, cette réponse fut négative :
elle parvint, le 18, à bord de l’Aermione, en même temps que la nouvelle que le consul anglais à Tananarive avait écrit à la reine pour désavouer, au. nom de son gouvernement, les agissements d’Ellis, et qu'en dépit des insinuations mensongères de ce dernier, l'Angleterre n’était pas disposée à lui prêter son concours, dans le cas où un conflit avec la France serait la conséquence du présent état de choses.
Dès le lendemain du Jour où la réponse de la reine avait été signifiée au commandant Dupré, le gouvernement hova commencait les hostilités par une première dérogation aux clauses du traité. Les canons du fort de Tamatave annoncaient le rétablissement des droits de douane, tels qu'ils existaient avant le
règne de Radama IT, à la grande joie des fonctionnaires oligarchiques qui, par là, voyaient refleurir
pour eux l'ère des abus et des concussions.
En présence de cette violation flagrante du traité, l'agent consulaire français amena son pavillon.
De son côté, le gouverneur hova réunissait le peuple au fort pour l’exhorter à la résistance, si la France prétendait employer la force pour le maintien de ses prétendus droits.
Cependant, cette affaire n'eut pas de suite. Les choses en restèrent à l’état latent.
Quand Ellis et les siens constatèrent qu'au lieu de répondre par un ultimatum à la démonstration hostile du gouvernement hova, nous nous étions bornés à rompre avec lui nos rapports de bonne amitié, que le conflit soulevé était tombé de lui-même, que M. Laborde était rentré, le 26 septembre, à Tananarive, sans caractère officiel, et que, le 1% octobre suivant, notre dernier bâtiment avait quitté Tamatave : « Ne vous avions-nous pas affirmé, dirent-ils à
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