CHAPITRE PREMIER
la population, que vous n’aviez rien à redouter de ces misérables Français ? »
Ainsi donc, Ellis triomphait; ses combinaisons avaient réussi au gré de ses désirs. Tour à tour, d'après son instigation, il avait vu le premier ministre épouser la reine, le traité passé avec la France rompu avec éclat, la charte Lambert devenue lettre morte. [l'est vrai que le désaveu officiel infligé à ses manœuvres par le consul anglais, au nom du cabinet britannique, avait un instant ébranlé. la confiance de la courthova en ses paroles. Mais, qu'importait à cet. intrigant ce désaveu? La logique des faits ne venaitelle pas, d’une manière évidente, corroborer la Justesse de ses assertions ?
Auparavant, 1l avait été écouté favorablement comme un habile conseiller ; à partir de cette heure, il serait obéi aveuglément comme un oracle infaillible.
La rupture du traité avait naturellement causé un préjudice énorme à la Compagnie de Madagascar, morte avant d'avoir vécu, et fondée sur la foi de la signature de Napoléon II et de Radama Il. Du moment que l’une des deux parties contractantes n'exécutait pas les clauses du traité, elle devait nécessairement une indemnité à l’autre.
M. Drouyn de Lhuis fut chargé par l’empereur de réclamer au gouvernement hova cette légitime indemnité, fixée à la somme de neuf cent mille francs. Elle était destinée àcouvrir les pertes et à compenser les débours de la Compagnie.
Vers le milieu de 1864, le gouvernement hova envoya à Paris une ambassade, à la tête de laquelle il avait placé un missionnaire anglais. Cet habile comédien avait pour mission de lasser la patience des intéressés.
Quand cette ambassade fut de retour à Tananarive, sans avoir conclu aucun arrangement, comme il fallait bien s'y altendre, elle trouva dans l'État un grand bouleversement. Le premier ministre, qui -à chaque instant se portait à des menaces violentes contre sa souveraine, avail été renversé, à la suite d'une révolution de palais, en juillet 1864, et remplacé dans ses fonctions par son frère cadet Rainilaiarivony.
Les ambassadeurs déclarèrent que le gouvernement français avait été inexorable, et que l'empereur n avait pas voulu les recevoir, exigeant préalablement, avant de reprendre les négociations engagées, le payement de l'indemnité fixée par lui.
Ceque voyant, Rasohérina écrivit à Napoléon If, pour lui demander une diminution sur l'indemnité. Pour toute réponse, l'empereur, excédé de tant de duplicité, signifia à la reine qu'il était formellement décidé à ne rien entendre sur Ce chapitre, el 4 Senttemie 40 règlement de la situation, dans les conditions qu'il avait indiquées, à moins qu'elle ne préférât remettre en vigueur les clauses du traité, telles qu'elles avaient été stipulées.
Alors, M. Laborde, au risque de se faire assassiner par les farouches sectaires du vieux parti, essaya d'intervenir : il fit envisager à la reine, mal conseillée, les funestes conséquences dans lesquelles une plus longue hésitation pouvait entrainer son gouvernement.
De leur côté, les missionnaires anglais, comprenant que de pareils atermoiements amèneraient une expédition française à Madagascar, et que cette expédition aurait pour résultat direct de porter un coup fatal à leur influence, adressèrent, par la voie des