‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 33 sur 194 · CHAPITRE PREMIER. oser · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. oser

Journaux. des représentations pressantes au gouvernement hova, afin de le décider à payer cette indemnité, dont dépendait maintenant leur propre situation. Celui-ci s'exécuta. La reine, sur sa cassette particulière, fournit, à elle seule, plus de la moitié de la somme; les chefs indigènes ajoutèrent la différence, aidés par l'appoint de l'or anglais. Ellis, suivant son habitude, ne manqua pas de tirer profit de la circonstance. Par ce moyen, en apparence désintéressé, 1l sut prouver à ce peuple cupide que les Anglais étaient ses vrais, ses seuls amis, des amis dévoués, toujours prêts à lui rendre service, dans les moments difficiles; et celui-ci, touché par un tel acte de générosité, dont il était trop naïf pour soupconner le véritable mobile, abandonna notre cause, à laquelle quelques-uns étaient encore attachés.

Battant le fer tandis qu'il était chaud, le consul britannique, Packenham, menait à bonne fin la conclusion d’un traité qui fut signé le 27 juin 1865.

Enfin, on expédia les fonds à Tamatave, où les attendait la /unon. Mais là, surgit une nouvelle ditficulté. Le gouverneur hova, d’après les ordres reçus de son gouvernement, exigea le texte original de la charte Lambert, pour le brüler en place publique. Le commandant de la Junon, qui ne le possédait pas, eut beau objecter que sa signature suffisait comme quittance et garantie, le gouverneur ne voulut pas l'entendre de cette oreille. Et la question, encore une fois, demeura pendante. C'était là tout ce que désirait le gouvernement de la reine Rasohérina.

Il espérait, par une circonstance quelconque, imprévue, de retard en retard, ne jamais payer cette indemnité, qui lui tenait à cœur. Il lui fallut, néanmoins,

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la verser, le 2 Janvier 4866, entre les mains du com-

mandant du Loiret, qui rapportait de Paris au gou-

verneur de Tamatave l'original réclamé.

Il est ici de la plus grande importance d'ouvrir une parenthèse, pour relater que, peu de temps après la mort de Radama Il, le cabinet de Londres avait tenté de corrompre M. Lambert. Il lui avait proposé la somme ronde de un million de livres sterling (25,000,000 de francs), sil voulait faire bénéficier l'Angleterre de la fameuse charte à laquelle il avait donné son nom. C'était mal le juger, que de le supposer capable de vendre sa conscience. M. Lambert refusa de se prêter à cette trahison. L'empereur sut reconnaître cet acte de patriotisme et de désintéressement, en le gratifiant de l'entière propriété de mille hectares, à Nossi-Bé.

On lit, dans les Journaux anglais de l'époque, publiés à l’île Maurice, que l'indemnité exigée par la France fut de 6 millions de francs; c'est un mensonge ajouté à bien d’autres. Nette de change, elle se monta à 870,246*,12 et fut partagée entre les souscripteurs de la Compagnie de Madagascar, qui se trouva ainsi liquidée.

Pour en revenir aux événements dont nous suivons

la filière, il va sans dire que le traité passé avec l'Angleterre, le 27 juin 1865, par les soins de M. Packenham, était tout au profit de cette puissance. C'était la revanche du traité conclu avec la France, en 1862. On y avait fait insérer cet article secret : que le protestantisme était appelé à devenir la religion d'État, à Madagascar. Ellis avait accompli son œuvre! Il venait, par ce traité, qui était le couronnement de sa triste carrière, d'imposer la prépondérance de sa patrie à cette grande terre malgache que, pour arriver à son

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