CHAPITRE PREMIER
avec ses offfciers, qu'au lieu de porter la main sur la reine et son époux, ce fut le ministre disgracié luimême qu'il jeta dans les fers, avec tous les autres conspirateurs.
De retour à Tananarive, la reine, déjà très fatiguée du long voyage qu’elle avait entrepris, tomba gravement malade et s’alita. Son état alarmant fut soigneusement caché au peuple. En effet, c'est une coutume à Madagascar de ne jamais parler de l'indisposition du souverain et, füt-il à toute extrémité, füt-1l dans la bière, de toujours laisser apparaître au peuple, sous les varangues supérieures du palais, le grand parasol rouge, surmonté d’une boule d’or, qui l’abrite, en temps ordinaire.
Rasohérina rendit le dernier soupir, le 4° avril 18638. âgée d’un peu plus de cinquante ans.
Avant de mourir, la veille de sa mort, elle pria M. Laborde, qui ne quittait plus son chevet, d'envoyer chercher le Père Jouen, supérieur de la mission catholique, pour recevoir de ses mains l’onction du baptême. Étrange illumination de la dernière heure, chez une femme qui avait toujours été passionnée pour le culte des idoles !
Raboude-Rasohérina possédait, à un certain degré, les nobles instincts de son époux Radama Il; ce qui nous avait permis, un moment, de fonder sur elle quelques espérances, malheureusement décçues dans la suite. S'il n'eût dépendu que d’elle seule, elle eût certainement tenu les engagements contractés envers la France ; mais, faible femme, elle eut à subir l'ascendant despotique de ses deux premiers ministres et époux successifs, gagnés à la cause anglaise par l'or des Indépendants.
D'un libéralisme intelligent, elle eût voulu que cha-
cun de ses sujets füt libre d’embrasser la religion qui lui convint, füt-ce le culte des idoles. Bonne et humanitaire, nous l'avons vue racheter de ses deniers des hommes qui allaient être vendus comme esclaves, et prélever également sur sa cassette privée la moitié de l'indemnité due à la France.
Si, durant le cours de son règne, elle s'était laissée dominer par les Ellis et consorts, c'est parce que, dans ses nuits d’insomnie, elle revoyait, comme dans un hideux cauchemar, la fin tragique de son époux bien-aimé, et qu'elle redoutait une mort semblable à la sienne, si elle tentait de gouverner par elle-même.
Ses funérailles eurent lieu, en grande pompe, selon
l'étiquette de la tradition malgache. Une grande partie
des richesses personnelles de la défunte précéda son corps au caveau royal tendu de pourpre, où elles étaient destinées à être ensevelies avec elle. On remarquait dans ce défilé d'objets précieux, qui dura plus d'une heure, deux cents robes de soie, de satin et de velours, des étoffes, des couronnes, des meubles, des bijoux, des parfums et, entre autres choses dignes d'attirer l'attention, un surtout en or et argent, d'un admirable travail, la selle de cheval de Rasohérina, des chaises d'or et un coffret contenant environ 11,000 piastres. À leur suite, parut le cercueil renfermant la dépouille de la reine, préalablement enveloppée dans de nombreux lambas desoie. Ce cercueil, en argent massif, avait été fondu par les orfèvres royaux, avec les pièces de 5 fr. fournies par le peuple. IL fut déposé, au soleil couché, avec les trésors qui l’accompagnaient, dans un magnifique mausolée de pierre, à côté du tombeau de Radama [®.
Le lendemain, eut lieu la fameuse cérémonie, appelée modestement l’obscurcissement du soleil.