‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 37 sur 194 · CHAPITRE PREMIER. ir · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. ir

Toute la troupe et une foule immense se réunirent au bord du lac Tsimbazoza, situé au pied de la ville. Là, après des harangues interminables, on immola deux bœufs, l’un noir, l’autre rouge, et la troupe fit entendre une fusillade prolongée, dont la fumée fut censée obscurcir l’éclat du soleil. Après cette cérémonie, princes et princesses du sang se dirigèrent en toute hâte vers le lac, afin de purifier dans le bain toutes les souillures légales contractées durant le grand deuil, qui finissait ce jour-là.

Pendant le petit deuil, qui dura quinze jours encore, on pleura au palais, mais à certains jours seulement, et le canon ne cessa de tonner à intervalles réguliers. La population dutse soumettre aux ridicules exigences du deuil royal, auxquelles n’échappèrent pas, non plus, les Européens résidant à Tananarive.

RANAVALONA IT (1868-1883). — D'une nature faible et superstilieuse, les femmes sont généralement plus faciles à diriger que les hommes. Pour peu que l'homme sache les prendre, et au besoin s'imposer, il acquiert sur leur esprit un tel ascendant, quelles se courbent d'elles-mêmes sousla domination du maitre. En raison de ce principe, le vieux parti, conseillé une fois de plus par les missionnaires anglais, porta son choix sur la princesse Ramona, cousine de Rasohérina, et la proclama reine, sous le nom de Ranavalona IL.

Cette princesse, élevée par un pasteur protestant anglais, avait non seulement embrassé sa religion, mais encore avait appris sa langue. Ce détail explique la raison qui détermina les dignes missionnaires à mettre en avant leur élève, pour recueillir la succes- Sion vacante. | |

Pendant toute la durée du deuil royal, il n'avait

pas été permis à M. Garnier d’entrer en pourparlers avec le premier ministre. Débarqué à Tamatave, on s'en souvient, lors du voyage de Rasohérina, voyage pendant lequel, comme dans tous les voyages de souverains à Madagascar, il n'avait été question que de parties de plaisir, il n'avait pas pu aborder les affaires sérieuses. À peine arrivé à Tananarive, tous les événements dont nous avons parlé avaient empêché les ministres hovas de traiter avec notre plénipotentiaire. Enfin, dès que les délais de rigueur, consacrés à pleurer Rasohérina, furent officiellement expirés, 1} put entrer en relations avec Rainilaiarivony, qui avait conservé, auprès de la nouvelle souveraine, sa double qualité de premier ministre-époux.

Un mois plus tard, le 8 août 1868, après avoir enduré toutes sortes d'humiliations, de la part de ce ministre inféodé à l'Angleterre et livré corps et âme aux factions prolestantes, M. Garnier réussissait dans sa mission, et la France possédait enfin un traité. Encore, ce traité venait-il trois ans après celui de l'Angleterre, deux ans après celui des États-Unis, et avait-il été auparavant soigneusement revisé par les Anglais. N'était-ce pas un triomphe pour eux de voir la France plier l’échine, pour passer sur les fourches caudines de leur politique ? |

Le traité francais comprenait vingt-quatre articles. Si notre liberté commerciale et religieuse s'y trouvait stipulée dans l'article IIT, ce n'était qu à grand renfort de clauses restrictives et ambiguës.

En revanche, quant au droit de propriété, c'est à peine si l’article IV nous le concédait; prenant, pour le reconnaitre, mille détours et l’insérant dans une clause équivoque, empruntée au traité anglais.

La France, de son côlé, reconnaissait la souverai-

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