‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 38 sur 194 · CHAPITRE PREMIER. : mo · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. : mo

neté de la reine des Hovas sur toute l’île de Madagascar. Ce titre, du moins, lui était décerné dans le texte, sans qu'aucune mention expresse de nos anciens droits sur l'ile, toujours réservés, fût spécifiée dans le corps même du traité.

À peine ce traité venait-1l d’être signé, que le pre-

mier ministre le viola de plusieurs facons : entre autres, au moyen d'une prétendue loi, défendant à tout indigène la vente des terres à un étranger, sous peine d'être condamné à dix ans de fers. Et cependant, l’article IV autorisait les Français à acquérir des immeubles !

Différentes raisons, notamment l'époque de la vé- gétation des plantes, qui n’était pas encore venue (on tient compte de cette circonstance pour consacrer une reine à Madagascar), retardèrent la cérémonie du couronnement. Cette solennité n'eut lieu que le 3 septembre 1868, avec le plus grand apparat, mais aussi avec des détails inaccoutumés et caractéristiques, se ressentant de l'influence anglaise.

Dès la veille, des réjouissances de toute espèce en avaient été le prélude. La plus comique de ces manifestations d’allégresse est assurément la fête de la réimplantation des cheveux. En signe de Joie, les cheveux coupés au moment du deuil royal et soigneusement conservés sont rendus à leurs propriétaires, à l'avènement de la nouvelle Majesté.

La place d'Andohalo est le théâtre traditionnel de la cérémonie du couronnement. C'est sur cette place que Ranavalona II fut proclamée reine et couronnée. Descendant de son palanquin, escortée de 15,000 à 20,000 personnes, en présence d’une foule compacte d'au moins 100,000 Malgaches, la souveraine se montra à son peuple enthousiaste, dans le prestige éblouissant

de la pompe royale, et se placa sur la pierre légendaire. Elle en reçut aussitôt la vertu consacrante et. fut, par ce fait, sacrée reine. Alors, les vivats éclatèrent de toutes parts, les têtes se découvrirent et s'inclinèrent respectueusement, et la nouvelle reine fut acclamée, aux sons de l'hymne national. Puis, conduite par deux grands dignitaires du royaume, elle monta solennellement sur le trône dressé à cet effet. La place d'honneur, à la droite de la souveraine, avait été réservée à M. Garnier.

Ranavalona Il avait environ quarante ans. Elle était de petite taille; son visage était plutôt blanc que noir; ses traits sympathiques reflétaient la douceur. Elle était vêtue à l'européenne,avecle manteauroyalblane, parsemé de fleurs et de couronnes d’or; elle avait sur la tête la couronne royale, et tenait à la main un sceptre d'or ; assise sur le trône de ses ancêtres, elle paraissait très émue de tous ces hommages, dont elle était l'objet idolâtre, de tous les regards de cette foule, fixés sur elle et la contemplant avec adoration.

Pendant le défilé, les chanteuses de la reine entonnaient ses louanges : « Notre reine est une bonne reine ! Elle est notre soleil! notre Dieu! » Puis, Ranavalona, selevant, haranguales À mbonilanitras(ceux qui sont sous le ciel). Elle remercia d'abord ses ancêtres de lui avoir légué leur royaume et, après eux, son peuple d’être accouru pour la proclamer, en le qualifiant des noms de père et de mère. Mais elle eut soin de rappeler, dans ce discours du trône, qu'elle seule était la propriétaire unique de toute la terre de Madagascar, formule consacrée par l’usage de ses ancêtres.

S'adressant ensuite à ses ministres, aux magistrats, aux grands du royaume, aux officiers, elle leur enjoignit de veiller sur le bien-être de ses sujets et fit

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