‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 40 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

et, parsonétrangeté, mérite d'être relevé. Ilinterditformellement la culture du pavot, à Madagascar, où cette plante n'a jamais existé. Sous cette prescription, en apparence absurde, se cache la plus profonde malice. Les Anglais, par cette prohibition, quon pourrait qualifier de préventive, redoutant les hasards de l’avenir, réservaient à leurs possessions de l'Inde cette culture féconde en bénéfices.

Puis, ce fut au peuple de faire son solo da le concert. Chacun des assistants offrit à la reine le hasina, lequel consiste en l'offrande d’une piastre, ou d'un simple morceau d'argent et exécuta le Zoky, pantomime figurée par des gestes de défi et de victoire, où l’on pare avec un bras les coups d’un ennemi supposé, tandis que, de l’autre, on invite Sa Majesté à la confiance, en l’assurant de son zèle à la défendre et de. sa SOUMISSION.

Enfin, le premier ministre prit, le dernier, la parole. Il protesta contre les imputations calomnieuses dont il était l’objet, contre l'accusation, entre autres, d’avoir voulu rétablir la cruelle épreuve du tanguin et de s'être laissé soudoyer par les Anglais. Il jura qu'il ne désirait rien tant que le bonheur du peuple malgache, et qu'il serait inexorable envers ceux qui oseraient violer ses lois et porter atteinte à son indépendance. «Aie confiance, Ranavalona! conclut-il, ne crains pas de régner! ne crains pas de commander ! »

Rainilaïiarivony, le premier ministre, était l’'adversaire le plus acharné de notre politique. Déjà nous l'avons vu à l’œuvre, sous le règne de Rasohérina, quinze mois après la mort de Radama IT. Nous le verrons encore dans la suite, dirigeant, sous Ranavalona IT et Ranavalona IIT, avec le même titre de premier ministre et d'époux, les affaires du royaume.

Fils de Rainiharo, l’un des plus puissants favoris de la farouche Raänavalona EF, il s’unit à son frère ainé pour faire périr Radama Il, sous prétexte de sauver le peuple hova. Ce meurtre accompli, Rainivoninahitriniony, qui était le principal auteur du complot, commença par se conférer, avec le titre de premier ministre d'État, celui de prince-consort de la veuve du monarque assassiné. Le cadet ne songea pas d’abord à contester à son aîné une dignité qui lui revenait, de par la logique des circonstances, et si, le 14 juillet 4864, 1l renversa du pouvoir son frère ainé et se déclara, en même temps que premier ministre, époux officiel de Rasohérina, ce fut uniquement, dit la chronique hova, dans un louable sentiment de patriotisme, et pour maintenir la puissante famille des Rainiharo en possession de la suprématie, que les brutales violences de son frère ainé menacaient de faire passer à une famille rivale.

Politique. consommé, Rainilaiarivony posséda, de tout temps, au suprême degré, le don très rare de savoir cacher ses véritables sentiments. Lorsque sa main emmêlait habilement tous les fils d'une intrigue politique, on aurait Juré, à en juger par sa modestie et son apparente bonhomie, qu'il était complètement étranger à la tournure que prenaient les événements.

En réalité, il les dirigeait seul, avec un instinct diplomatique supérieur, et s'il consentait à en assümer la responsabilité quelque part, c'était toujours la plus infime de toutes, celle qui convenait à un très humble serviteur des volontés royales.

Par cet adroit système, il était arrrivé à se concilier la sympathie universelle. On le croyait sincèrement dévoué au bien général; on en faisait un modèle de désintéressement et d'équité; enfin on lui

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