‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 41 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

prétait volontiers toutes les vertus, lorsque la conspiration qui éclata contre lui, pendant la maladie de Rasohérina, et faillit le renverser du pouvoir, vint modifier, du tout au tout, l'excellente réputation qu'il avait acquise. Subitement, à partir de cette date, il mit bas le masque et dépouilla, du jour au lendemain, le manteau d'hypocrisie qui voilait toutes ses actions. Toutes les passions contenues qui gonflaient son cœur éclatèrent, et il ne prit plus la peine de dissimuler ee qu'il était au naturel : c'est-à-dire un vulgaire ambitieux, jaloux de conserver son autorité, et usant, dans ce but, de tous les moyens bons ou mauvais, propres à le maintenir au pouvoir. Dès lors, on le vit, comme son frère aîné, se jeter ouvertement du côté de l'Angleterre et, grâce à une politique de faux-fuyants, se maintenir au pouvoir jusqu à l'heure actuelle. Profitant de ce que la France, occupée à des expéditions lointaines, était obligée de différer le moment de marcher sur Tananarive, pour lui demander compte des innombrables injustices commises par son gouvernement à l'égard de ses nationaux, il nous a OocCasionné, au mépris des traités, les plus grands embarras.

Mais n anticipons pas sur les événements et reprenons-en la filière au point où nous l'avons interrompue. Le lendemain du couronnement de Ranavalona II, de nouvelles réjouissances eurent lieu, au champ de Mars, en présence de S. M. malgache, devant un concours de 300,000 spectateurs. Après une visite de la reine aux tombeaux de Radama I et de Rasohérina, après une autre visite à Ambohimanga, la ville sainte, la Saint-Denis hova, sur les tombeaux de ses ancétres, qu'elle remercia de l’avoir élevée au trône, en leur faisant le hasina, et dont elle invoqua les lu-

mières, pour gouverner sagement leur héritage, tout fut terminé et les affaires reprirent leur cours.

Six mois à peine s étaient écoulés depuis ce nouveau règne, lorsqu'au mois de février 4869, Rainilaiïarivony répudiait publiquement sa première femme, dont il avaitcependant seize enfants, pour devenir prince-consort. En vrais moralisateurs, les missionnaires anglais n eussent-ils pas dû le détourner de cette union qui en Prisaitune autre, déjà fortancienne et consacrée par une nombreuse descendance. C'était évidemment leur rôle et leur devoir; mais ils se seraient bien gardés d'élever un obstacle quelconque contre ce mariage odieux, au point de vue évangélique, car il assurait le triomphe de leur doctrine et de leurs menées accaparantes. En effet, le 21, la reine et le ministre époux se déclaraient ouvertement protestants et recevaient le baptême des mains des RR. anglais, dont le culte, désormais assis sur le trône hova, devenait religion d'État.

Déjà, au mois de décembre 1868, les Indépendants londoniens avaient fondé une église d'État malgache, conçue d’après le modèle de l’église officielle anglicane, avec une hiérarchie conçue dans une réunion appelée congregational union meeting. Cette hiérarchie se divisait en trois degrés distincts, ayant au sommet, comme chef suprême, l’imposante figure deS. M. Ranavalona Il.

Là ne se borna pas le zèle évangélique de la nouvelle église. C'était peu qu'elle possédât un temple royal dans la capitale et quelques autres dans le pays. Il lui fallait asservir tout le royaume à sa dépendance. En juin 1869, elle entrait en campagne et lancçait, au sud, dans la province des Betsiléos, et, au nord, dans celle des Antscianacs, des prédicants choisis parmi les dignitaires du second degré. Puis, peu après, pour

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