CHAPITRE PREMIER
crainte salutaire du nom francais, au lieu de nous laisser prendre naïvement aux filets de leur politique inextricable, et nous dicta, pour l’avenir, la conduite que nous avions à tenir vis-à-vis d'eux.
Le 31 juillet 1873, la reine entreprit dans la pro- vince des Betsiléos, un grand voyage, qui devait durer trois mois; elle fit prier M. Laborde de vouloir bien l'accompagner, ainsi qu'un des pères de la mission catholique. |
Le jour du départ, vers trois heures du matin, un roulement de tambour annonçait à ceux qui étaient désignés pour faire partie de l'expédition qu'il était temps de plier leurs tentes, et aux auxiliaires de prendre les devants, avec les bagages. Car, dès la veille, tous, répondant à l’appel et ne connaissant que la consigne étaient venus dresser leurs tentes sur la place de Mahamasina, où le rendez-vous était fixé, prêts à lever le camp, dès qu'ils en recevraient l’ordre.
Les fourgons à bagages étant inconnus et leur usage impraticable dans ce pays sans chemins, ce sont les esclaves qui les remplacent, faisant l'office de bêtes de somme. Ces pauvres diables, fléchissant sous le poids énorme de leurs fardeaux, sont chargés de tout un matériel de poteaux, de tentes, de canons, de munitions, et de l'approvisionnement des provisions de bouche pour plusieurs mois. Ceux qui sont réquisitionnés pour le service particulier de la reine transportent les différentes pièces du palais royal ambulant (rova), avec son ameublement de campagne. Tous doivent, à l'avance, chemin faisant, se pourvoir de leurs aliments; ce qui fait que beaucoup d’entre eux succombent en route, de fatigue et d’inanition.
La reine, portée dans un gigantesque palanquin, à la suite duquel s’avancaient quinze cents autres
litières, de dimension moins grandiose et de décoration plus modeste, était accompagnée de sa petite escorte, composée seulement de ses ministres et de ses favoris. Tout le long du parcours, le tambour, la grosse caisse,
toute la musique royale, faisaient entendre une caco-
phonie assourdissante.
Malgré les précautions prises pour frayer passage au cortège, il arrive souvent qu à la suite des pluies torrentielles, toute la caravane se trouve prise et arrétée dans un immense bourbier, contre-temps fâcheux, auquel les porteurs du palanquin royal n'échappent pas plus que le commun des gens de la suite. Quand l’ordre est un peu rétabli, et que la route est déblayée, un coup de canon donne Île signal du départ. Il en est ainsi, chaque fois que la souveraine se remet en marche.
Arrivé à l'étape indiquée d’après l'itinéraire, on dresse le camp, au milieu duquel s'élève, à vue d'œil, le palais ambulant. Tout autour, suivant un tracé quadrangulaire, s'alignent d’abord les tentes royales, puis celles des grands officiers, ensuite celles des simples officiers, et enfin celles des soldats : ces dernières en toilegrise. Partant des quatre coins du palaisambulant, quatrerues, lirées au cordeau, conduisent hors du camp.
Dans les endroits où coulent des rivières importantes, on Jette un pont. Rapidement, on construit, de distance en distance, des piles de pierres sèches, que l’on relie entre elles par des arbres non équarris. Sur le tout, on étend une épaisse couche de terre mouillée. Le pont ainsi établi, grâce au nombre considérable d’esclaves affectés à ce travail, la troupe le garde, et il est rigoureusement interdit à quiconque d'y passer, avant que la reine l'ait traversé, la première. Alors, la souveraine descend de son grand palanquin et adresse à
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