CHAPITRE PREMIER
Le 14 juillet 1878, parut toute une série de nouvelles ordonnances, sanctionnant les édits précédents, dans lesquels la reine accentuait encore la note protestante.
Au mois de décembre, la France faisait .une perte douloureuse : M. Laborde mourait à Tananarive. Pendant plus de vingt-cinq ans, avec un admirable désintéressement, il avait mis au service de la cause française son intelligence, sa fortune et son influence personnelle.
Cet homme de cœur, ce grand patriote, emportait dans la tombe l'estime et les regrets universels, même de ses ennemis. | La reine, qui l’honoraïit d'une profonde affection, lui fit faire des obsèques presque royales. Elle le pleura, comme on pleure un père, disant à tous ceux qui l’entouraient qu'en le perdant, elle devenait orpheline. — « Vous aussi, fit-elle dire aux deux neveux du défunt, vous êtes maintenant orphelins, mais consolez-vous, Ranavalona sera désormais votre mère. » — Ces quelques mots de consolation ne furent, hélas! que de belles paroles, comme elle savait en prononcer dans les grandes circonstances, car, suivant son habitude, elle ne tint pas sa promesse, comme on le verra un peu plus loin. |
La dépouille mortelle de notre ancien consul fut transportée à Mantasoa, à 8 lieues de la capitale.
M. Laborde mort, c'en était fait du peu d'influence que nous possédions encore à Madagascar. La déférence respectueuse qu'il avait su inspirer à tous n'était plus là pour nous couvrir comme d’une égide tutélaire, et nous préserver de bien des injustices par trop flagrantes qu'on n'aurait pas osé commettre, par égard pour lui seul. Maintenant qu'il n'était plus, | ÿ
nous devions nous attendre à toutes les humiliations, à toutes les iniquités, au déchainement, à bref délai, de toutes les rancunes amassées et contenues.
En effet, nous n’attendimes pas longtemps l’explosion des hostilités dont nous avions le pressentiment.
Elles débutèrent par le refus opposé à M. Cassas. notre nouveau consul qui, en 1879, avait succédé à M. Laborde, de laisser les deux neveux de notre regretté consul entrer en possession de leur héritage. C'était ainsi que la bonne Ranavalona entendait leur tenir lieu de mère! Convoitant cette succession pour son trésor, elle se retrancha, pour motiver un refus, derrière la fameuse loi 85 du Code hova, laquelle déclarait que nul terrain du royaume ne pouvait être ni vendu, ni mis en gage, ni aliéné, entre les mains de qui que ce fût, sujet ou non de la reine de Mada- Sascar.
Aprèsd'interminables pourparlers, quidurèrent près de deux ans et n'aboutirent qu'à des fins de non-recevoir, découragé, M. Cassas abandonna son poste et se retira provisoirement à Tamatave. Il y recut bientôt l'avis qu'il était remplacé dans ses fonctions par M. Meyer (avril 1881).
M. Meyer joignait au titre de consul celui de commissaire de la république française. D'un tempérament plus énergique que son prédécesseur, il sut se créer à Tananarive une situation supérieure à celle de ce dernier ; malheureusement, son séjour dans la capitale hova fut de très courte durée. Quelques mois après son installation, il était appelé au consulat de France à Singapour.
À peine M. Meyer eüt-il quitté Madagascar, que le R. Parrett, résident secret de l'Angleterre, qui, depuis des années, s'était établi imprimeur à Tanana-