CHAPITRE PREMIER
rive, cumuiant ainsi les profits du culte, du commerce et de l'espionnage, se meltait en campagne avec le R. Pickgersil, pour aller explorer la côte N.-0. et les pelites iles avoisinantes, et, tous deux essayaient, comme l'avait fait, en 1877, leur évêque Kestellkornisch, de soulever à prix d'or, contre notre autorité, les chefs sakalaves, nos protégés. Bien plus, l'amiral anglais Gore Jones venait offrir ses bons services à la reine et au premier ministre.
Nous en étions, là-bas, à cet état de crise aiguë, lorsque M. Baudais, remplaçant M. Meyer, jeta un cri d'alarme vers le ministère des affaires étrangères, à Paris. La situation était devenue intolérable. On ne pouvait différer plus longtemps d'y porter remède. De deux choses l’une : ou il fallait protester énergiquement et agir avec vigueur pour maintenir nos droits sur la côte N.-0. de l'île, où flottait déjà, soidisant à titre gracieux, le pavillon hova, et obtenir, bon gré mal gré, le règlement de la succession Laborde ; ou consentir à voir les derniers vestiges de notre influence et de nos anciens droits sur Madagascar disparaitre sans retour, sous la poussée de plus en plus menacante des usurpalions anglaises. M. Gambetta, alors au pouvoir, le quitta avant d'avoir fait une réponse positive; il avait été remplacé par M. de Freycinet, lequel envoya, le 28 mars 1882, au commissaire général de la république à Tananarive, l'ordre de ne laisser porter, ni directement ni indirectement, atteinte aux prérogatives de la France à Madagascar. À ce moment même, une reconnaissance dirigée sur la côte N.-0. par M. le lieutenant de vaisseau Ch. Bayle fut recue à coups de fusil et dut faire usage des armes pour accomplir sa mission.
M. de Freycinet avait quitté le ministère des affaires
étrangères; il avait cédé la place à M. Duclerc. Celui-ci entendit le cri patriotique de M. Baudais. Justement ému des plaintes de notre agent, fidèlement renseigné par lui sur les manœuvres des Indépendants, il résolut de travailler, de tout son pouvoir, à opposer une digue au torrent envahisseur.
Il fut puissamment aidé, dans cette noble entreprise, par MM. de Mahy et Dureau de Vaulcomte, députés de la Réunion, auxquels s’adjoignit plus tard M. Milhet Fontarabie, sénateur de la même colonie. Ces Messieurs mirent tout en œuvre pour éclairer non seulementle Président du conseil, maisencoretousleurs collègues de la Chambre et du Sénat, sur les affaires de Madagascar. Assuré, grâce à leurs actives démarches, du concours indispensable des représentants de la nation, M. Duclerc fit avertir officiellement le gouvernement de la reine Ranavalona IT, que la France avait de sérieux griefs à lui reprocher, concernant, principalement, le droit de propriété à Madagascar et l’empiètement progressif des Hovas sur la côte N.-0. dépendant de notre protectorat. Il déclarait, dans la note qui fut remise au premier ministre, Rainilaiarivony, qu'il entendait soutenir nos droits sur la grande île et faire appliquer, dans toute leur intégrité, nos anciens traités conclus avec les Sakalaves.
Des chefs sakalaves s'étaient déjà rendus à Tananarive, de leur propre mouvement, non pas, comme l'affirmaient les Hovas et les agents anglais, pour faire leur soumission, mais simplement pour prier la reine de relever de leur côte les postes qu'elle y avaitétablis.
Au recu de cette note, qui lui signifiait nettement les intentions du gouvernement francais, le premier ministre hova joua l'étonnement; avec sa finesse diplomatique, digne d’une meilleure cause, il feignit