‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 48 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

d'abord de ne pas comprendre de quoi il s'agissait, et, finalement, ne tenant aucun compte de cette première sommation, il se refusa formellement à enlever le pavillon hova des divers points où il flottait, dansle pays des Sakalaves.

Les Indépendants, sentant que l'heure était décisive, ne cessaient de répéter au peuple, en qualifiant le nom français d'épithètes injurieuses que nous ne saurions traduire ici sans manquer aux convenances, que nos réclamations n'étaient qu’un prétexte pour nous emparer de la terre de la reine, seule et unique souveraine de toute l'étendue de l'ile, sans restriction. Chauffés par eux, les esprits étaient si montés, l’attitude de la population était si menaçante, que notre consul dut prévenir le premier ministre que, dans ces conditions, les négociations étant devenues impossibles, la dignité de la grande nation dont il était le représentant l'obligeait à s'éloigner de Tananarive.

Et il quitta, en effet, la capitale, se retirant à Tamatave, où il arriva le 29 mai 1882.

À peine M. Baudais fut-il parti, que son chancelier, M. Campan, un des neveux de M. Laborde, auquel, en son absence, il avait confié l'intérim du consulat, fut menacé de mort, le 6 juin, par une affiche placardée sur la porte même du consulat. Cet infâme libelle lui donnait le sinistre avertissement que son cadavre serait Jeté en pâture aux chiens. M. Campan porta plainte au premier ministre. Rainilaïiarivony lui fit des excuses, que la reine ratifia, en protestant du parfait accord de son gouvernement avec tous les cabinets européens.

Malgré les dénégations hypocrites du premier ministre, cet avis comminatoire n’était que le prélude de toute une suite ininterrompue d'hostilités.

Le 14 juin, un Hova que l’on fit passer pour fou menaca de mort les Français résidant à Tananarive et maltraita un P. jésuite.

Impuissant, désormais, à protéger nos nationaux contre de semblables violences, pour ne pas exposer le pavillon français à de plus graves insultes, M. Campan, lui aussi, abandonna son poste et vint rejoindre à Tamatave, M. Baudais.

Ce départ significatif de notre agent consulaire et de son chancelier aurait dû donner à réfléchir aux Hovas sur la portée de leurs actes. Tout au contraire, il ne fit que les encourager dans la voie des excès.

À quelque temps de là, le directeur de la maison Roux et Frayssinet de Marseille fut assassiné, sa maison fut pillée et saccagée, et, hideux trophée de ce sauvage exploit, la tête coupée de la victime fut promenée à travers la ville, plantée au bout d'une sagaie.

Enfin, la surexcitation de la populace était à son comble, et les quelques Français établis dans la province d'Emyrne étaient sérieusement en danger.

Dès que les premières difficultés avaient commencé à s'élever entre notre représentant et le gouvernement hova, le lieutenant de vaisseau Campistro, commandant la Pique, informait son commandant en chef, M. Le Timbre, en ce moment à Zanzibar, des faits qui s'étaient accomplis sur la côte N.-0. et des menaces proférées contre les Français. Celui-ci en référait immédiatement, par le télégraphe, au ministre de la marine, et se rendait en toute hâte à Nossi-Bé, où devaient le rallier le forfait, l'Adonis et la Pique. En altendant les ordres du ministre, il se portait au secours du roi Tsimiharo, notre protégé, qui, ayant rejeté les propositions des Hovas, était aux prises avec eux.

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