CHAPITRE PREMIER
Ici se termine l'ère de la découverte proprement dite, et s'ouvre. celle de la colonisation.
Juan Serrano avait établi dans l’île quelques comptoirs et y avait introduit une mission; sa tentative ne fut pas couronnée de succès, elle fut néfaste. Les comptoirs, au lieu de se borner au trafic des marchandises, commirent la faute de se livrer à la traite des nègres, avec les Arabes. La mission s’en ressentit. Loin de porter ses fruits évangéliques, elle n’obtint qu'un résultatnégatif. Bientôt même les chosess’envenimèrent à tel point, que négociants, missionnaires et soldats, ayant déchaïiné contre les naturels des haines implacables, tombèrent sous les coups des indigènes exaspérés.
Pendant de longues années, après ce tragique événement, aucune puissance européenne ne tenta sérieusement de recueillir l'héritage de ces infortunés Portugais.
Bien que, sous Henri [V, les Français eussent commencé à fréquenter les côtes de l’île et eussent un moment songé à s y fixer, c'est à la Société française de l'Orient qu'échut, en 1642, le triomphe de prendre officiellement possession de Madagascar et de planter notre pavillon dans la baie de Sainte-Luce (Manghafia). ;
La création de cette société fut l'œuvre de Richelieu.
Voici dans quelles circonstances le grand ministre eut la conception de cette entreprise digne de son HOME:
En 1601, une compagnie de marchands malouins ayant équipé deux navires à destination des Indes, cette petite expédition, poussée par une effroyable tempête, trouva un refuge inespéré dans la baie de Saint-Augustin (4 février 1602). Sur les rapports favo-
rables que, à leur retour en France, ils firent de cette grande et belle île, Richelieu entrevit la possibilité d'en faire une terre française.
Son but était, puisque la Manche, en Europe, sert de barrière défensive et offensive à l'Angleterre, de voir, dans les Indes orientales, nos colonies se dresser en face des possessions britanniques, non pour prendre une attitude belliqueuse vis-à-vis de l'Angleterre, mais uniquement pour faire contrepoids à sa puissance maritime, et cela, dans l'intérêt du monde entier.
C'était une noble et généreuse inspiration, qu'il s’'empressa de mettre à exécution. Des lettres patentes du 24 juin 1642 organisèrent, sous ses auspices, une compagnie chargée de nouer des relations commerciales avec les habitants de ces contrées lointaines. Il confia le commandement de l'expédition au capitaine de marine Rigault, originaire de Dieppe. Malheureusement, Richelieu mourut, le 4 décembre 16%2, sans avoir pu constater les résultats de son œuvre.
Ces lettres patentes, que l'illustre cardinal, quelques mois avant sa mort, avait fait signer par Louis XIIL, furent conrees. le 20 SPpente 1643, par Louis XIV.
De 1643 à 1644, des navires transportèrent à Madagascar deux cents personnes, sous les ordres de Pronis et de Fouquembourg, nommés agents de la Société. Ceux-ci prirent possession dela baie de Sainte-Luce, sur la côte sud-est. Ils y établirent, d'abord, le siège de la Compagnie, avec des comptoirs à Fénérive et à Manahar, mais l’insalubrité de ces parages les ayant forcés à les abandonner, ils se retirèrent dans la presqu'ile de Tholangare, où ils bâtirent un fort, auquel ils donnèrent le nom de Fort Dauphin. Là, les exactions et
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l'immoralité de Proniset de ses compagnons faillirent annuler l'œuvre de Richelieu. De plus, notre petite colonie, décimée par les maladies, s’affaiblissait peu à peu; elle était sur le point de succomber, faute de secours de la mère patrie, lorsque l’énergie d’un compatriote, nommé Levacher, plus connu sous le nom de Lacaze, parvint à la sauver. Lacaze releva les courages chancelants, battit les chefs indigènes, qui nous harcelaient sans répit, et finit par épouser la fille du roi d'Amboule. |
Étienne de Flacourt remplaca Pronis, en décembre 1648. C'était un homme énergique, un observateur perspicace, un esprit éclairé, un caractère élevé, aux vues sages et prudentes. Malgré l'opposition systématique des anciens compagnons de Pronis, malgré l'exaspération des Malgaches, double obstacle contre lequel le nouveau commandant de l’île de Madagascar eut à lutter, dans le début de son administration, il parvint néanmoins, en 1652, à assurer la conquête de l'île, comme il l'avait déjà fait, en 1649, pour une des iles Mascareignes, à laquelle il avait donné le nom d'’ile Bourbon. Malheureusement, en 1655, au retour d’un voyage en Europe, Flacourt périt en mer, dans un combat acharné qu'il eut à subir, le 10 juin, contre des pirates barbaresques.
Après la mort de Flacourt,-Fort-Dauphin fut brûlé, par l’imprudence d’un soldat de la garnison. Pronis, qui, revenu de France, était, sur le tard, devenu un homme de bien, au contact de Flacourt, en mourut de chagrin. Desperriers et Laroche en profitèrent pour s'emparer de la direction de la petite colonie. Les détails de leur administration sont tellement navrants, que nous nous dispenserons de les relater.
Ensuite, l’ancienne Compagnie périchita dix ans,