CHAPITRE PREMIER
der aux exigences légitimes de notre commandant en chef, qui se permettait de faire suivre ses sommations infructueuses de voies de fait aussi cavalières. Ses conseillers ne l’entendirent point de cette oreille : « Nous vous avons procuré de bons remingtons, lui soufflèrent-ils, ce n'est pas pour les laisser rouiller. »
Effectivement, par leurs soins, la garde royale venail d'être pourvue de 2,500 de ces fusils.
Néanmoins, le gouvernement hova n'avait pas remis en place les pavillons abattus par nos officiers. N osant pas, lui-même, en résistant ouvertement, engager une lutte dont il prévoyait les conséquences désastreuses, il essaya de faire endosser à nos protégés la responsabilité de ses prétentions. C'est ainsi qu'il envoya à la reine Binao, par un officier supérieur, des lambas d'investiture et des bagues, emblèmes du commandement. Binao, sincèrement attachée à la France, refusa de recevoir cet envoyé et avisa le commandant de Nossi-Bé des propositions dont il élait porteur.
Comprenant, dès lors, qu'ils ne parviendraient pas à détacher nos protégés de notre alliance, les Hovas estimèrent que le megleur moyen de nous tenir tête, sans se compromettre, était de nous opposer la force d'inertie. L'essentiel était de gagner du temps; ïül fallait imaginer un expédient suprême qui leur permit de trainer les choses en longueur, avec une apparence de raison. Cet expédient, ils le trouvèrent, avec l'astuce profonde qui est la marque de fabrique de leur caractère, C'était l'envoi d'une ambassade en Europe ! Pendant que cette ambassade visiterait les grandes puissances occidentales et chercherait à se créer des alliances, parmi les gouvernements d’outremer, les hostilités en resteraient là.
Avant de se résoudre à mettre ce projet à exécu- ‘tion, le premier ministre avait consulté un Francais, M. Suberbie. D'où : grande colère des missionnaires Indépendants, qui jugeaient l'idée trop habile pour la laisser: fchapper. Enfin, après quelques tergiversations inhérentes à l'esprit hova, l'envoi de l’ambassade malgache fut chose décidée. Elle se composait de quatre personnages, qu'accompagnait, pour les piloter, en qualité de cornac et d’interprète, le R. Tacchi. Partie de Tamatave, le 1° août 1889, elle arriva à Paris, vers la fin d'octobre. Nous passerons sous silence les interminables et subtiles conférences qu'elle provoqua, au quai d'Orsay, pour constater le résultat négatif de ces négociations, vouées d'avance à l’insuccès.
Acculés par des arguments qui n'admettaient pas de réplique, les ambassadeurs hovas se montrèrent intraitables : « La force seule, déclarèrent-ils en se retirant, fera capituler les Hovas. »
C'était une rupture. Toute diseussion sur ce terrain devenait maintenant impossible. Au lieu de s'égarer, à leur suite, dans le labyrinthe d'une diplomatie de mauvaise foi, sa conscience répugnant à paraître dupe de procédés qui ne tendaient qu à éterniser la question par des pourparlers stériles, M. Duclere, impatienté et indigné, avec une franchise qui lui fait honneur, leur avait carrément posé son ultimatum.
Jugeant leur mission terminée, les ambassadeurs malgaches quittèrent Paris, et allèrent demander à l'Angleterre la protection qu'ils élaient certains d'y trouver, d’après l'assurance que leur en avaient donnée tant de fois les clergymen.
À Londres, ils recurent un accueil très flatteur, il est vrai, mais qui ne laissa pas de les surprendre.