‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 52 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Hovas prenaient la fuite et se réfugiaient dans leur camp retranché, situé à 5 kilomètres dans l’intérieur. Le lendemain, le fort, où il ne restait plus, en fait de garnison, qu'une poule et ses poussins et un chat, était occupé par quatre cents de nos marins et quatre cents soldats d'infanterie de marine.

À cette heure, si Rainilaiarivony eût été libre de suivre ses propres inspirations, il eût capitulé, se rendant nettement compte que, dans la partie engagée, les chances étaient trop inégales. Bien que tout-puissant dans l'exercice de son autorité, il n’étail plus maître de remonter le courant des passions qui grondaient. Entrainé, malgré lui, dans le mouvement général, dominé par l'influence anglaise, qui avait fanatisé les esprits, il avait été contraint, sous peine de tomber du pouvoir dans un soulèvement populaire, de répondre à nos mesures de vigueur par l'expulsion de “tous les Français, de Madagascar ; c'était rendre impossible toute transaction honorable entre les deux gouvernements.

Le délai accordé à nos nationaux pour quitter la capitale avait été fixé à quatre Jours seulement. La difficulté, pour les expulsés, était de se procurer des porteurs, défense ayant été faite aux esclaves de remplir auprès d'eux cet office. Une première bande de quelques personnes partit à pied, poursuivie par les huées des enfants, élèves des RR. Indépendants. Cependant, le premier ministre envoya des ordres pour qu'ils n'eussent pas à faire à pied ce long trajet de Tananarive à Tamatave, leur promettant une escorte de soldats et de porteurs à gages. Maïs, comme les exilés étaient au nombre de quatre-vingt-douze, il leur fallait au moins neuf cents porteurs; or, c’est à peine s’il s’en présenta une centaine, et encore n’en élait-on pas sûr.

À peine eurent-ils franchi l'enceinte de la capitale, que les soldats de leur escorte, excités par leurs chefs, les insultèrent, les frappèrent et Un en partie leurs bagages.

Le voyage, comme bien on pense, fut des plus pénibles. Les porteurs ne marchaient qu'à force d’arsent, les soldats, sachant qu'ils n’allaient à Tamatave que pour se battre, s'ingéniaient à rendre la route interminable. I fallut aux pauvres fugilifs un courage surhumain, pour surmonter toutes les épreuves de ce voyage, qui ne s'accomplitpas en moins de vingt-cinq jours, au lieu de douze qu'il dure habituellement, quand il s'effectue dans les conditions normales.

Sur ces entrefaites, dans la nuit du 42 au 13 juillet, mourait Ranavalona Il. Depuis longtemps, elle était goutteuse et hydropique. Elle succombait, terrassée par ses cruelles infirmités.

Malgré la crise que traversait le royaume hova, Rainilaiarivony fit faire à son auguste épouse des funérailles dignes des monarques ses ancêtres. La dépouille mortelle de la reine fut transportée, avec la pompe traditionnelle, à Ambohimanga.

Nullement libre de ses actes, tenue par la constitution sous la tutelle de son ministre-époux, la reine Ranavalona Il n'était, entre les mains du princeconsort, que l'instrument docile des missionnaires protestants anglais. On l'a entendue plus d’une fois les traiter de fourbes et de menteurs, et envier tout haut les dames de sa cour qui avaient rejeté les propositions de ces tartufes. Ambitieuse avant tout, elle n'ignorait pas que sa couronne et sa vie dépendaient de sa soumission. Aussi, pour conserver l’une et l’autre, subissait-elle un joug qu’elle n'avait pas le pouvoir de secouer.

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