CHAPITRE PREMIER. VUE
RANAVALONA IIT (1883-18...). — Le premier ministre n'attendit pas que les funérailles de Ranavalona II fussent terminées, pour lui donner une remplacante. Dès que le décès de la reine fut constaté, Rainilaiarivony présenta au suffrage du peuple la jeune princesse Razatindrahety, petite-nièce de Radama [°*, veuve, depuis un mois seulement, du prince Ratrimo. Le grand f£abary populaire auquel fut soumise cette candidature en ratifia le choix, et Razatindrahety monta sur le trône vacant, sous le nom de Ranavalona II.
Elle était âgée de vingt ans. C'était, et c’est encore d’ailleurs, une assez jolie personne, d’une belle couleur chocolat, mais n'ayant pas cependant le type de la négresse. Les yeux sont très beaux, et surtout expressifs, le nez est effilé, les cheveux sont lisses ettrès longs. Les extrémités sont remarquablement petites. Elle le sait et se gante et se chausse dans la perfection.
Elle s'habille à l'européenne, avec beaucoup de goût, et paraît généralement, dans les cérémonies, en robe de velours noir, à longue traine. Elle saitle francaiset l'anslais, mais, par dignité nationale, ne parle que le hova.
Bien entendu, Rainilaiarivony s’empressa d’épouser cette princesse, en même temps qu'il faisait proclamer son avènement. Inamovible à son poste de prince-consort et de premier ministre, ce faiseur de reines disposait du trône à sa convenance, comme d’une propriété personnelle.
En réalité, c'était lui qui élevait la souveraine jusqu'à lui, mais s'il lui laissait l'illusion du rang suprême, il en conservait les attributions. S'il ne régnait pas nominalement, il gouvernait de fait. Ranavalona III, sous son autorité, ne devait pas être plus maîtresse de ses actions que ne l'avaient été, avant
elle, ses devancières : Rasohérina et Ranavalona II.
Par un hasard singulier il n'a jamais eu d'enfant avec ses royales épouses, tandis qu'il en avait eu dixhuit légitimes, alors qu'avant d'arriver au pouvoir il n'était marié qu'avec une noble hova.
Ce fut le 22 novembre 1883, en présence de plus de 200,000 Hovas, dans le cadre d'un luxe resplendissant, qu'eut lieu le couronnement de la nouvelle reine.
Nous ne reviendrons pas sur les détails de cette cérémonie : offrande du hasina et de l'omby valavita (bœuf sacré), discours, banquets, etc., ete.
Observatrice scrupuleuse de sa religion, Ranavalona IIT inaugura son règne en faisant jeter dans les fers les habitants du village d'Ambohinambolo, qui avaient manifesté l'intention de revenir au culte des idoles. Sa piété fervente et austère n admettait pas, pour les autres, la liberté de conscience.
Avec le trône, elle hérita de la guerre engagée avec la France. Cette guerre, inique autant qu'onéreuse, était aux yeux de ses sujets une guerre sainte, une guerre à outrance. Elle était nécessaire à Rainilaiarivony, pour se maintenir au pouvoir. Du moins, les RR. l'avaient suggéré au premier ministre, et celui-ci, dont l’ambition étaiten jeu, n'aurait pas osé éluder des conseils gros de menaces. Il était pris dans Île même dilemme à deux tranchants que, chez nous, un de nos derniers chefs d'État : ou se soumettre, ou se démettre. :
L'amiral Pierre, nous l’avons vu, avait bombarbé Tamatave, le 10 juin 1883, et chassé les Hovas du fort qu'ils occupaient. Il avait, après cela, adressé au gouvernement de la reine un ultimatum resté sans réponse. L'amiral avait l'ordre de ne pas aller plus loin; il attendit.