‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 54 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Sur ces entrefaites, un incident fâcheux vint encore compliquer la situation, déjà fort tendue. Un des adversaires les plus acharnés de notre influence, le prédicant Schaw, fut accusé de tentative d’empoison- nement, decomplicité avec les Hovas, sur quelquesuns de nos soldats. L’amiral Pierre le fit appréhender et le détint prisonnier, à bord de la Vièvre, pour le traduire, ensuite, en conseil de guerre. Le R. Schaw ne faisait pas partie pour rien de la secte des Indépendants. Il jeta les hauts cris et en appela à son souvernement. Le cabinet de Londres, par l'intermédiaire de son ambassadeur, réclama auprès du cabinet de Paris; et, par ordre supérieur, l'amiral dut relaxer Schaw. Bien plus, lord Granville, alors chef du foreign office, exigea et obtint du gouvernement francais une indemnité de 25,000 francs, en faveur de la victime de cette soi-disant erreur. L'affaire Schaw et son misérable dénouement était le digne pendant de l'affaire Pritchard, à Tahiti, quarante ans auparavant. Il était dit qu'en pareille circonstance, lorsqu'un sujet de S. T. G. M. l'Impératrice des Indes, violant la foi destraités, commettait notoirement un délit de droit commun, de connivence avec nos ennemis, ces grotesques aventures devaient toujours tourner à l’humiliation de la France. Cette triste solution d’une cause qui criait vengeance était un désaveu officiel infligé à la conduite de l’amiral Pierre. Esclave du devoir, l'amiral exécuta sa consigne, mais, atteint en plein cœur par cette compromission, qui blessait en lui la droiture du marin et la fierté du patriote, il tomba gravement malade. Bientôt, dans l'impossibilité de continuer son commandement, il fut autorisé à rentrer en France. Il était, d’ailleurs, tellement affligé de la tournure que prenaient les événements auxquels il était condamné

à ne plus assister que comme témoin impassible, qu'il préférait ne pas voir de près le douloureux spectacle de l’abaissement de sa patrie, devant des sauvages sans parole, guidés par une poignée d'intrigants. Hélas! comme peu de temps après, l'amiral Courbet, son ami, son compagnon d'armes, le pauvre amiral ne devait revoir, que de loin, les côtes de cette terre de France, où il espérait panser dans l'oubli la blessure faite à ses sentiments les plus chers. Il mourut en vue de Marseille, attendant, pour entrer dans le port, l'expiration du délai de quarantaine. |

Ainsi finit un homme, en tous points supérieur, qui, si on l'eût laissé agir, suivant son expérience et ses hautes capacités, nous eût épargné la déception finale d'un traité dérisoire.

Plutôt que de mourir dans son lit, impuissant et désavoué, ce brave marin eût cent fois préféré tomber à son poste de combat, sur la passerelle de commandement, au plus fort de l’action, frappé d’une balle ennemie. La destinée n'a pas voulu lui réserver cette fin glorieuse, digne couronnement de sa carrière sans tache.

Au regretté amiral Pierre succéda l'amiral Galiber. Après avoir occupé Vohemar, Fort-Dauphin, Foulpointe et autres points du littoral, croyant naïvement à la bonne foi des Hovas (nous étions cependant payés pour ne plus nous y laisser prendre), le nouveau commandant essaya d'entamer des négociations avec eux, en vue d'arranger à l'amiable les différends provoqués par le blocus de la côte de Madagascar. M. Baudais, de son côté, avait recu de M. Jules Ferry, alors Président du Conseil et ministre des affaires étransères, des instructions pour suspendre les hostilités, jusqu’à ce que l'expédition du Tonkin fût terminée.

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