CHAPITRE PREMIER
pussent se grouper à l'abri de cet ouvrage fortifié, sous le feu même de notre garnison. :
Après avoir mürement étudié la question, il fut décidé que l'endroit le plus propre à l'édification de ce blockhaus se trouvait au fond de la baie de Passandava, à Ambohemadiro, ancien retranchement hova, brûlé, en mai 1883, par l’amiral Pierre. Aussitôt, le commandant de Nossi-Bé avisa les chefs sakalaves de cette décision. Ceux-ci promirent de nous aider dans l'exécution de ce projet, et nous fournirent leur contingent d'hommes et de matériaux, enfin tout ce dont ils disposaient. Grâce à leur concours dévoué, grâce aussi au zèle de nos marins et de nos soldats, tout cela fut promptement exécuté, et, quelques Jours après, à 8 heures du matin, le commandant de Nossi-Bé avait la glorieuse satisfaction de voir, au bout dun bambou de 12 mètres de haut, le drapeau de notre patrie, salué par 24 coups de canon, ombrager majestueusement de ses plis, non pas une nouvelle possession, mais un coin de territoire qui nous appartenait, en vertu d'une cession légitime, et que des usurpateurs nous avaient volé.
Les travaux avaient été menés de main de maître. avec une telle discrétion, une telle célérité, que les Hovas, qui n'étaient qu'à 12 ou 15 kilomètres de là, n’en connurent l’accomplissement- qu'après leur achévement.
En octobre 1884, afin de couper à l'ennemi toute communication avec l'intérieur, l'amiral Miot faisait bloquer Foulepointe, Mahambo, Fénérive et occupait ensuite la baïe de Passandava. :
Le 5 décembre, il s’'emparait de Vohémar. Il fut puissamment secondé, en cette circonstance, par les Sakalaves, ayant à leur tête le roi de Nossi-Mitsiou,
qui enlevèrent d'assaut le“poste hova d'Amboonio, situé à une faible distance de Vohémar. Dans cet engagement, 250 Hovas furent tués, 2 canons furent capturés et 2,000 employés des douanes tombèrent prisonniers entre nos mains. Le gros de l'ennemi s'enfuit en désordre, vers le sud, et alla chercher refuge dans un autre retranchement, à 25 kilomètres plus loin.
Ce succès nous livrait entièrement la partie nord de Madagascar, qui s'étend depuis le cap d’Ambre jusqu'au 14°, et avait pour effet immédiat la soumission des chefs du district. De plus, la province de Vohémar, si fertile en pâturages, si riche en besliaux, devenait le centre de nos approvisionnements. Elle fournissait 1,200 bœufs par mois à la division navale et au corps expéditionnaire, et aurait pu produire davantage.
Peu de temps après, en Janvier 1885, nos troupes poursuivant le cours de leurs heureux faits d'armes occupaient la magnifique baie de Diégo Suarez, à 10 milles environ, dans le nord, de Vohémar, où les Hovas, bien qu'entourés de populations hostiles, entretenaient, au mépris des traités, une forte garnison, composée de leurs meilleures recrues.
Ici, nous avons à déplorer un sinistre qui émut péniblement l'amiral et vint jeter la consternation parmi nos troupes. Le 24 février, notre transport l'Oise, surpris par une effrayante tempête, se perdait avec douze hommes d'équipage, au moment où il était sur le point d’atterrir, après une traversée des plus mauvaises. Et ce n'était là que le prélude de toute une série de catastrophes : le même cyclone coulait également le steamer français l’Orgo affecté au service de l’ile de la Réunion et le voilier américain Sarah- Burk ; il jetait à La côte, où elles se brisaient complè-