CHAPITRE PREMIER
ressortir que ces deux documents, se complétant l'un par l’autre, constituaient ensemble une sorte de convention secrète devant servir de corollaire à l'interprétalion du traité.
Le piège était habilement tendu. Nous nous y étions laissé prendre, avec une naïveté qui, si elle ne prouve pas en faveur de notre perspicacité, fait du moins honneur à notre bonne foi. :
Que de difficultés nous ont déjà valu, et nous vaudront encore, croyons-nous, dans la suite, ces échanges de notes en
Rainilaiarivony n’ignore pas que les écrits restent, tandis que les mots s’envolent (verba volant, scripta manent).
Armé de cette lettre, il s’en tint à son esprit et persista à la déclarer valable, en la qualifiant d'annexe au traité. « Vos plénipotentiaires ont-ils, oui ou non, apposé leur signature au bas de la note explicative que leur à fait demander ma souveraine, comme au bas du traité lui-même? dit-il dans une de ses dépêches à M. de Freycinet, que nous mettons plus loin sous les yeux de nos lecteurs. Oui! Donc, cette note fait foi tout aussi bien que le traité dont elle est le complément. Croyez-vous que ma souveraine eût consenti à apposer sa signature au bas d’un traité, sans être exactement renseignée sur sa portée réciproque, par une pièce justificative? Non, jamais; nous premier ministre, nous vous le déclarons, au nom de Sa Majesté, nous aurions continué la guerre, plutôt que de nous engager sans connaissance de cause. »
La nouvelle de la ratification du traité du 17 dé: cembre avait été annoncée au peuple malgache dans un grand £abary tenu par la reine et le premier ministre. Le discours de la reine, lu par Raïnilaiarivony;
fut des plus corrects. Il ne laissait transparaître aucune arrière-pensée belliqueuse; celui du premier ministre, dicté par les mêmes sentiments de modération, était un appel à la concorde, à la soumission, mais il était empreint d’un certain malaise. Il dissimulait imparfaitement de graves préoccupations d'avenir, sous les dehors d'une bonhomie confiante. Les esprits clairvoyants y devinaient, entre les lignes, que le premier ministre sentait chanceler son inamovibilité, qu'il craignait d'avoir compromis sa popularité et redoutait surtout les manœuvres séditieuses de ses adversaires politiques. Ceux-ci, et ils étaient nombreux, pour le discréditer aux yeux de [a masse, mettaient en avant l'entremise d'un étranger, le général Digby Willoughby, dansles préliminaires et la conclusion du traité de paix, l'indemnité de guerre de 10 millions de francs à payer à la France, augmentant les charges écrasantes du peuple, déjà tant éprouvé par trois années d'hostilités, l’ingérence de notre gouvernement dans les relations extérieures du royaume, la prochaine arrivée à Tananarive d'une escorte d'infanterie de marine devant servir de garde d'honneur au futur résident général français. Tous ces griefs, habilement exploités, sapaient sourdement l'autorité du premier ministre. Rainilaiarivony, flairant la fâcheuse impression produite dans l'opinion publique par ces insinuations malveillantes, trop adroit pour se disculper directement, parait le coup et le détournaïit par une réforme qu'il savait agréable au peuple hova. Il décrétait, dans son discours, que la durée du service militaire, jusque-là fixée à cinq ans, était, dorénavant, réduite à quatre ans, qu'il devenait obligatoire pour tous sans distinction, et que nul ne pourrait s’y soustraire, moyennant des cadeaux, suivant l'usage. Il