CHAPITRE PREMIER
terminait par quelques bonnes paroles : « Que chacun aime la patrie, que chacun, par ses efforts, contribue à la fortifier, afin que le royaume hova devienne bientôt un royaume puissant et indépendant, et que tout l'univers célèbre sa gloire et sa prospérité! »
Comme on a pu en juger, le traité franco-malgache définissait très vaguement les droits respectifs des deux gouvernements. Il stipulait, il est vrai, la main-mise de la France sur les relations extérieures du royaume malgache,c’est-à-dire sa tutelle exclusiveetsouveraine, mais en des termes si peu précis, qu'il nous attribuait un protectorat plutôt platonique qu'effectif. Certes, le nouveau régime qu'il instituait pouvait donner de bons résultats, s’il était placé sous le vigilant contrôle d’un représentant habile et respecté, mais aussi, et c'était là le revers de la médaille, il devenait pour nous une source de graves embarras, voire même de dangers sérieux, Si Ce représentant n'avait pas la dose nécessaire de tact et de fermeté pour se maintenir, sans défaillance, à la hauteur de ses difficiles fonctions. Il y a un proverbe qui dit : Zant vaut l'homme, tant vaut la chose. Ce proverbe s'applique exactement au traité franco-malgache. Un tel traité n'aurait de valeur qu'en raison directe de la valeur propre de l’homme auquel incomberait la mission de le faire exécuter, car il n'a désarmé aucune des intrigues des Anglais contre cette suzeraineté de la France, imposée, il y a deux cent quarante-quatre ans, à la grande île africaine, par Richelieu.
M. de Freycinet l’a implicitement reconnu, quand il a déclaré à la commission chargée d'examiner le traité, quil comptait beaucoup, pour faire triompher sa politique à Madagascar, sur « l'influence morale » de son représentant auprès de la cour d’Imérina.
La tâche était donc rude et délicate. Il fallait un administrateur qui eût le tempérament d’un soldat: qui unit à l'expérience consommée du négociateur familier avec les procédés diplomatiques des races orientales, la sûreté de vues, le sang-froid, la prudence, l'autorité du commandement, qualités inséparables du désintéressement et du mépris de la vie.
En un mot, pour donner un corps à cette ombre de traité, pour en tirer le meilleur parti possible, pour lui prêter une réalité agissante, il fallait quelqu'un qui eùt fait ses preuves, qui se recommandât de luimême par des états de services exceptionnels, qui, sûr de lui, marcherait droit au but, dans un sentier semé d'embüches et de chausses-trappes, comme un équilibriste sur la corde raide, sans se laisser distraire en chemin par les chinoiseries d'un gouvernement retors, astucieux et menteur.
Un homme se présentait, peut-être en ce moment unique en son genre, qui réunissait, an plus haut degré, cet ensemble de qualités indispensables. C'était M. Le Myre de Vilers.
Ancien gouverneur de la Cochinchine, il avait fourni dans la marine, avant d'entrer dans l'administration, une carrière des plus brillantes. Il avait autant d’ambition que de patriotisme, mettant toujours l’une au service de l’autre, une intelligence d'élite, un esprit aventureux. C'était un de ces hommes à vues larges et hardies, qui peuvent beaucoup pour le gouvernement qui les emploie, qui, susceptibles de se laisser entrainer très loin par les écarts de leur tempérament, savent néanmoins, à force de volonté, réfrigérer l’exubérance de leurs ardeurs généreuses. Depuis longtemps, il avait mis un mors aux fougues du marin qu'il fut jadis. Ses preuves, comme administrateur,illesavait