CHAPITRE PREMIER
faites, lors de son gouvernement en Cochinchine, en réprimant l'insurrection de Bac-Lien. |
Un tel homme était tout désigné, par ses antécédents, pour les nouvelles fonctions que venait de créer le traité conclu avec Madagascar. M. de Freycinet n’hésita pas. Il vint à lui, parce qu'il ne pouvait aller à un autre, impérieusement attiré par la puissance d’une capacité vraie, indiscutable, quis’impose, en dépit des préférences politiques.
M. Le Myre de Vilers accepta la mission qu on attendait de son dévouement. Elle était de celles qu'il ne pouvait décliner, étant, plus que tout autre, apte à l'accomplir. Il l’accepta simplement, sans récrimination contre le passé, estimant à honneur de servir utilement son pays. Et, de sa part, c'était une grande marque de courage, de confiance en son étoile, car il savait qu'avec les vingt-cinq ou trente soldats d'infanterie de marine composant sa garde d'honneur, il serait à la discrétion, pour ne pas dire à la merci des Hovas. Dans ces conditions, il n'aurait qu'à compter sur [a loyauté de ce peuple, si sujette à caution, et sur cette précaire « influence morale », que M. de Freycinet espérait lui voir acquérir, à bref délai. C'était peu; mais encore, pour acclimater cette influence morale qui devait lui donner les moyens d’asseoir sur des bases solides le régime du protectorat, aurait-il affaire à des diplomates très fins, très rusés, rompus à toutes les roueries d’une politique sans scrupules, assez mal disposés à notre égard, qui ne manqueraient pas de lui tendre des pièges, dès qu'il entrerait en relations avec eux. Non seulement il aurait à lutter pied à pied contre le mauvais vouloir du premier ministre, mais encore à se tenir sur la défensive contre les intrigues des missionnaires anglais.
Nous avons dit, plus haut, que le résident général à Madagascar devait être un administrateur doublé d'un soldat. Soldat, M. Le Myre de Vilers l’est resté, malgré tout, bien que des considérations de famille l'aient obligé à renoncer à la marine. De sa carrière de prédilection, où, n'étant que simple enseigne, il a débuté par une action d'éclat qui lui valut la croix de la Légion d'honneur, il a conservé les goûts et les habitudes.
Avant de gagner son poste, le résident général eut une longue entrevue avec M. de Freycinet, dans laquelle notre ministre des affaires étrangères lui traça nettement la ligne de conduite qu'il aurait à suivre, et appela particulièrement son attention sur divers points du traité qui restaient à élucider, tout en laissant le champ libre à son initiative.
Muni des instructions de son supérieur hiérarchique, M. le Myre de Vilers s'embarqua à Marseille, et, le 29 avril 1886, après dix-huil jours de traversée, il débarquait à Tamatave. :
En chemin, il s'était arrêté à Diégo-Suarez, pour étudier la question de la délimitation de nos territoires. À
A Tamatave, notre marine, nos colons et même les indigènes lui firent un accueil très cordial.
Le 4 mai suivant, il quititait Tamatave, en compagnie du personnel de sa résidence, et, le 13, arrivait en vue de Tananarive, fatigué par un voyage des plus pénibles. La montée de la côte à la capitale, déjà très dure par elle-même, s'était effectuée dans les plus mauvaises conditions climatériques. Une pluie torrentielle n'avait cessé de tomber, noyant la pauvre mission sous un véritable déluge, l’embourbant dans des marais sans issue. En revanche, pour racheter