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M. Le Myre de Vilers.
passage. Dès que le gouvernement hova eut connaissance de l'approche de la légation francaise, il s’empressa d'envoyer à sa rencontre une députation d’officiers du palais, pour lui souhaiter la bienvenue. La
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légarion se reposa, une journée, à Andreivoro, village situé à quelques kilomètres de Tananarive, où s’arrêtent les étrangers de distinction, avant d'entrer dans la capitale. Le lendemain, 14 mai, une députation plus nombreuse, ayant à sa tête le prince Radiaky, fils du premier ministre, et composée de grands dignitaires revêtus d'uniformes éclatants, tous plus chamarrés les uns que les autres, rappelant, mélangés dans une singulière macédoine, les uniformes adoptés par les diverses nations européennes : habits rouges des généraux anglais, tuniques vertes de l’armée russe, dolmans blancs de la cavalerie autrichienne, redingotes noires, brodées d’or, de la marine française, venait la chercher pour l’introduire solennellement dans la capitale. Elle y fit son entrée, précédée d’un cortège imposant. Une compagnie de cent soldats hovas, armés de remingtons, ouvrait la marche. A leur suile, venaient les vingt-cinq instrumentistes de la musique royale; puis une deuxième compagnie de soldats; puis le porte-étendard de la reine, bizarrement accoutré d’un justaucorps vert, d'un pantalon de même nuance, à bande rouge, et d’un shako monumental. Derrière lui, constellés de broderies et coiffés de chapeaux à plumes de toutes couleurs, s'avançaient vingtcinq honneurs, montés sur de superbes coursiers venus d'Afrique à grands frais. Le quinzième honneur Radiaky fermait la marche, suivi de deux pages de Sa Majesté, habillés l’un en Mameluck, l’autre en Persan; puis, à distance respectueuse, d’un peloton de soldats, alignés sur deux rangs, des officiers hovas qui avaient accompagné le résident général dans son voyage, portés sur des fitacons, et du personnel de la mission. M. Le Myre de Vilers venait le dernier. C'est à Madagascar, en matière de préséance,
la place d'honneur, réservée au personnage le plus important. L’étiquette l’assigne à la reine, à la suite de sa cour, quand elle daigne, de son auguste présence, honorer une cérémonie publique.
Ce cortège baroque, mais néanmoins pittoresque, faisait plutôt l'effet, par la variété extravagante de ses costumes et le clinquant exagéré qui lesrehaussait, d’un grotesque défilé d’opéra-bouffe, que d'une députation officielle, en grande tenue.
Il s'arrêta sur une éminence, d'où l’on aperçoit la ville. Là, tout le monde mit pied à terre, et se tourna vers le palais de la reine, comme les musulmans, pour faire leurs prières, se tournent vers le soleil levant. Les troupes présentèrent les armes, les officiers salüèrent avec leur sabre, et la musique joua, successivement, l'air de la reine, la Marseillaise et l'air du premier ministre. Et l'on repartit, dans le même ordre, pour ne s'arrêter, définitivement, que sur la place du palais, d'où le résident général fut conduit à sa demeure.
Le 17 mai, M. Le Myre de Vilers, recu en audience solennelle, dans la grande salle des fêtes du palais royal, remettait à Sa Majesté ses lettres de créance, en présence de tous les dignitaires de la cour. Ranavalona [IT était assise sur son trône, ayant à sa droite le premier ministre, son époux, qui, pour la circonstance, avait endossé son plus bel uniforme. M. Le Myre de Vilers fit un discours rempli des meilleurs sentiments, auquel Rainilaïarivony répondit en excellents termes, au nom de sa souveraine.
Le 18 mai, le résident général fit sa visite officielle au premier ministre. Celui-ci la lui rendit, le lendemäin, non pas en uniforme resplendissant de broderies d’or, mais en habit noir. Il avait remarqué que
ce vêtement était la tenue du résident général, et, supposant, d'après cet exemple donné par un homme d’une aussi haute distinction que M. Le Myre de Villers, que le frac, dans son élégante simplicité, est la toilette de cérémonie la plus en faveur chez les peuples occi- : dentaux, il n'avait pas voulu rester en arrière de bon ton vis-à-vis de notre représentant; il avait cru faire à la fois preuve de tact et de goût, en conformant sa mise à la sienne. Avouons que, pour un premier pas fait dans la civilisation raffinée, il avait été bien inspiré. |
Le soir du même Jour, un grand banquet, présidé par le ministre des affaires étrangères, clôturait la cérémonie des fêtes de circonstance. Pendant ce, repas, on but à l'union éternelle de Madagascar à la France, à la santé du président de la République, de la reine Ranavalona IIT et du premier ministre, son époux, du ministre des affaires étrangères, des dames de la cour, etc., etc.
Dès son entrée en fonctions, M. Le Myre de Vilers avait adopté une ligne de conduite prudente, s’attachant surtout à entretenir des relations amicales avec les Européens de toutes nationalités, et à rester étranser aux compétitions des diverses sectes chrétiennes, tout en témoignant une bienveillance particulière à la mission catholique qui représentait l'élément français.
Le 23 juin, le Melly, ayant à son bord Rainizanamanga, un des fils du premier ministre, qui était allé visiter tous les points occupés par nos troupes, tant sur la côte est que sur la côte ouest, rentrait prendre son mouillage, à Tamatave.
Le 29, la Seudre ramenait dans ce port les quelques hommes que nous avions laissés à Vohémar, de sorte que l'évacuation stipulée par le traité du 17 dé-