‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 65 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cembre 1885 se trouvait, maintenant, un fait accompli.

Vers la fin du même mois, notre consul à Maurice, M. Drouin, arrivait à Tananarive. Il était chargé par le gouvernement français de préparer les travaux de la commission de répartition des indemnités, et venait s'entendre, à ce sujet, avec M. Le Myre de Vilers.

Ici, se place un incident qui eût pu tourner mal, mais qui, fort heureusement, n'eut pas de suites.

À l’occasion de la prise de possession de son poste, notre résident général, comme c'est l'usage chez les ambassadeurs nouvellement accrédités auprès d'une puissance, avait donné un grand diner suivi de soirée, auquel étaient conviées les notabilités les plus marquantes. Le banquet terminé, la foule des invités s'était répandue dans les jardins de la résidence, illuminés a giorno. La fête de nuit s'annoncait très brillante et très animée. Tout à coup, une bande de soldats hovas en goguette, conduite par Mariavelo, ministre de la guerre, fils préféré de Raïinilaïarivony, fit irruption dans les jardins et enleva les musiciens . engagés, pour la fête, par M. Le Myre de Villers.

Le fait, comique en lui-même, eût pu être considéré comme une farce anodine, s’il ne se fût passé chez le ministre résident de France. Mais, s'accomplissant chez M. Le Myre de Vilers, au beau milieu d’une réception officielle, il prenait un caractère plus grave. Sous une apparence inoffensive, il devenait une atteinte à la dignité de la France, en la personne de son représentant. ;

Le lendemain, le résident général porta plainte au premier ministre et exigea réparation. Rainilaiarivony, retenu chez lui, la veille, n'avait pu assister à la fête. Il se montra très surpris el visi-

blement contrarié-de ce fâcheux incident, auquel il était complètement étranger, et s'empressa, séance tenante, de présenter Loutes ses excuses à M. Le Myre de Vilers, en y joignant l'expression de ses regrets. De plus, faisant droit à ses légitimes exigences, il promit de sévir contre les auteurs de cette mauvaise plaisanterie. Et il tint parole. Par son ordre, les soldats reconnus coupables furent sévèrement punis, et Mariavelo, leur instigateur, fut mis aux arrêts.

Rainilaiarivony n'a vraiment pas de chance avec. sa nombreuse famille. Ses fils, ses petits-fils, ses gendres, ses neveux, ses parents et alliés à tous lestitres, qu'il a pourvus des plus hautes fonctions dans l'État, quil a dotés des plus grasses sinécures, non seulement ne lui savent aucun gré des faveurs dont il les a comblés, mais encore s’ingénient à le discréditer.

Il a, dit-on, dans son neveu, Ravoninahitriniarivo, le ministre des affaires étrangères, le même qui, en 1882, a été envoyé à Paris, à la tête de l’ambassade malgache, pour traiter avec M. Duclerc, un rival affamé du pouvoir, friand de popularité. Celui-là, contrairement au reste de la famille, a su mettre une partie du peuple de son côté. Par ce fait, c'est le plus redoutable adversaire du premier ministre, celui qui, un jour, pourrait bien le supplanter. Mais, Ravoninahitriniarivo a beau être acclamé sur son passage, lorsqu'il parcourt les rues de Tananarive, il a beau recruter ses partisans jusque dans le camp des Vazaha (blancs), il a beau faire de la propagande sous le « lamba », jamais il ne vaudra son oncle Rainilaiarivony. Il y a entre eux deux la différence d'un homme d’État à un mauvais sous-chef de bureau (1).

(1) Ravoninahitriniarivo a, depuis, été condamné à vingt années de férs, peine commuée en bannissement perpétuel (v. p: 168).

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