CHAPITRE PREMIER. en
La période d'observation réciproque, entre le résident général et le gouvernement hova, menacçait de se prolonger indéfiniment, si une première dérogation aux clauses du traité n’eût fourni à M. Le Myre de Vilers l’occasion de la rompre. |
* Un certain M. Abraham Kingdon était arrivé à Tananarive, au commencement de juin, chargé d’une mission importante auprès du premier ministre, par un syndicat de capitalistes londoniens. Aux termes d'un contrat qu'il soumettait à l'approbation de Raïnilaiarivony, il lui offrait une vingtaine de millions, dont celui-ci avait besoin pour faire face à l'indemnité de guerre réclamée par la France. En échange de cette somme, Rainilaiarivony s'engageait, de son côté, à concéder à la Société dont M. Kingdon était le mandataire la perception des droits de douane, le monopole de l'exploitation des mines et de la frappe de la monnaie, et la création d'une banque d’État.
Rainilaiarivony souscrivit à ces conditions. En vertu de ce contrat, ilaccorda, sur-le-champ, à MM. Ross et Mac Lean, l'autorisation de fonder une banque d'État malgache, au capital de 30 millions de francs. Cette banque émettrait des billets au cours forcé, revêtus du timbre de l'État; elle aurait son siège central à Tananarive, et des succursales sur divers points de la côte.
* Quand on saura que M. Ab. Kingdon est un des principaux agents de la London missionnary Society, et que M. Mac Lean en est un des directeurs, on se
, rendra compte, ense rappelant les efforts constants de cette association britannique pour faire échec à notre influence à Madagascar, du préjudice énorme qu'un pareil contrat était capable de porter aux intérêts irancais.
Pendant que l'emprunt Kingdon se négociait à Tananarive, Willoughby, ce Hova d'occasion, était en Angleterre, où il essayait, lui aussi, marchant sur les brisées de la £London missionary Society, de contracter un emprunt pour sa nouvelle patrie.
Dans ce but, il faisait conférences sur conférences, au Royal United service institution, assisté des évêques méthodistes de Madagascar et de Maurice; il exhibait, afin d'amorcer les souscripteurs, des échantillons d’or malgache, extraits des mines du premier ministre.
Tout cela eût été très normal, si le gouvernement hova eût été libre d'engager ses revenus, pour garantir un emprunt. Mais il oubliait, avec la désinvolture qui lui est coutumière, qu'en vertu du traité du 17 décembre 1885, qui placait Madagascar sous notre protectorat, les relations extérieures du royaume étaient soumises au contrôle de notre ministre-résident, et que, par ce fait, toute concession ou aliénation, au profit d'étrangers, ne pouvait être valablement consentie, sans l’assentiment de ce dernier. Or, cette opération était du ressort des relations extérieures; etsi le gouvernement hova se figurait qu'il pouvait impunément faire un accroc au traité, sans éveiller la vigilance de M. Le Myre de Vilers, il se trompait. Notre résident général n'était pas homme à se laisser berner ; il était trop à cheval sur sa consigne, pour tolérer
la moindre dérogation à des conventions qu'il était
de son rôle et de son devoir de faire respecter, dans toute leur intégrité. Du moment qu'on touchait au traité, il entrait dans ses attributions d'intervenir et de protester. Aussi, désirant obtenir une explication du premier ministre, il lui demanda une entrevue, que celui-ci fixa au 51 août.
Nous n'avons pas besoin de relater les détarls de cette