‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 68 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Willoughby devrait être rappelé, ou bien qu on devrait lui retirer ses pouvoirs.

« Je répondis alors :

« Premièrement. — Que les négociations du traité, qui avaient été déclarées sujettes à ratification, avaient eu lieu à Tamatave et que, à l’occasion du voyage que fit notre ministre plénipotentiaire à la capitale pour me soumettre ce traité, je lui avais fait observer que certaines clauses dudit traité étaient trop complexes, qu'il était nécessaire de les expliquer, sans quoi elles ne sauraient être acceptées. Je rédigeai alors une note explicative, que j'envoyai à notre plénipotentiaire, à Tamatave, en lui recommandant formellement que s’il n’obtenait pas une lettre explicative de cette nature, nous n’accepterions jamais le traité. Les plénipotentiaires français acceptèrent et firent parvenir une lettre au général Willoughby, lettre que nous appelons «annexe au traité ». Le seul fait de l’envoi de cette lettre décida mon gouvernement à accepter le traité et à le faire ratifier par Sa Majesté la reine de Madagascar.

« Je lui déclarai, en outre, que, à notre sens, le traité et la lettre avaient une valeur égale.

« En conséquence, je lui dis que s’il désapprouvait ce que le plénipotentiaire avait fait, nous devrions savoir à qui recourir, au sujet des questions que nous traitions avec lui. :

Secondement. — Au sujet de l'opposition qu'il fait à l'emprunt et à l'établissement d’une banque anglaise, je lui fis observer que nous avions le droit de nous livrer à des entreprises commerciales de ce genre, et que rien dans le traité ne nous en empêchait.

Pour preuve, Je lui citai votre dépèche du 27 décembre 1885, adressée aux ambassadeurs français, près les différentes cours de l’Europe, par laquelle vous les informiez que le traité n'avait rien à voir dans les intérêts particuliers.

« Troisièmement. — Au sujet de la délimination de la baie Diégo-Suarez, je lui dis que la limite revendiquée par : lui dépassait de beaucoup celle dont il était question dans la lettre explicative, et que vos plénipotentiaires reconnaissent comme plus que suffisante, pour les établissements à faire dans la baie.

« Il reprit alors ses arguments tendant à annuler « l’annexe », à quoi Je répondis que, si son intention, en demandant une limite plus grande que celle indiquée, était d’annuler l'annexe au traité, Jamais je ne consentirais, et j'ajoutai que, dans le cas contraire, quand bien même la limite serait un peu plus grande que celle indiquée, si c'était une erreur de rédaction, je consentirais.

« Quatrièmement. — Au sujet de la demande faite par lui du rappel du général Willoughby, ou du retrait des pouvoirs de ce général, Je lui exposai clairement comme quoi la mission du général avait un caractère non pas politique, mais principalement amical, en même temps qu’elle avait pour but de prouver au gouvernement français notre sincère désir de maintenir les relations amicales qui existent actuellement entre les deux nations.

« Il me notifia aussi son intention de prendre lui-même en main la direction des affaires étrangères et de relever de leurs fonctions nos consuls à Londres et à Maurice, parce que c'était lui qui devait avoir la haute main sur toutes nos affaires étrangères. :

« Je lui répondis que, en ce qui regardait les questions politiques, c'était la France qui représenterait Madagascar à l'étranger; quant au reste, nous nous réservions le droit de traiter avec les puissances étrangères. Quant à nos consuls, je ne vois pas pourquoi ils devraient être relevés de leurs fonctions. S'ils rencontrent quelques questions politiques, 1l est de leur devoir de vous en référer.

« Je lui fis aussi remarquer que le traité récemment conclu entre Madagascar et la France n’apportait aucun changement dans les traités conclus par nous avec les autres puissances. À l’appui de ce fait, je citai la dépêche adressée par vous, le 27 décembre 1885, aux ambassadeurs de France en Europe et en Amérique. A

« Tels sont, Votre Excellence, les mots prononcés par le

ministre plénipotentiaire résident général, nommé par vous à notre cour, pour être le gage d’une solide amitié. Ses mots nous ont grandement surpris, et je suis convainçu qu'ils causeront la même surprise à tout le monde, si on les compare aux paroles prononcées par les deux plénipotentiaires précédents, M. Patrimonio et l'amiral Miot, qui ont négocié le traité de paix à Madagascar, vers la fin de l’année 1885.

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