‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 69 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

« Vous n'êtes pas sans savoir, Votre Excellence, que ce traité a été négocié, à Tamatave, par vos deux envoyés et le général Willoughby, l’envoyé de ma souveraine.

« Notre plénipotentiaire est ensuite retourné à la capitale, pour me soumettre le traité, et je lui fis alors remarquer que les privilèges accordés à la France, aux termes du traité, étaient trop complexes.

« Je rédigeai alors un autre traité, auquel j’apportai bien des restrictions, et que j'envoyai à Tamatave. Vos plénipotentiaires ont donnéleuradhésion à cenouveautraité,et nous envoyérent une lettre que nous appelons «annexe au traité ».

« C’est cette lettre que S. M. la reine de Madagascar et son gouvernement ont considérée comme l'explication et la réduction du traité.

« Cette lettre n’a pas été donnée, et j'insiste sur ce fait auprès de Votre Excellence, dans le but, ni de tromper, n1 d’être tenue secrète; elle a été écrite de bonne foi et pour être publiée.

«— À leur arrivée à la capitale pour recevoir la ratification du traité par la reine de Madagascar, M. Patrimonio et l'amiral Miot ont été interrogés par moi, deux ou trois fois en ces termes :

« Admettez-vous que cette annexe soit l'explication du traité? Car, sans cela, ajoutais-je, Sa Majesté la reine ne consentirait pas et n’accorderait certainement pas satisfaction.

« Leur réponse affirmative vint corroborer ce que notre plénipotentiaire avait précédemment dit, à ce sujet. «Néanmoins, pour détruire toute ombre de doute, je leur demandai une nouvelle déclaration formelle, dans un post-scriptum ajouté au traité, qui nous permit de conclure tel traité de commerce qu'il nous semblerait bon.

« En fait, votre Excellence, la lettre définissant le traité qu'ils nous ont délivré portait bien leur signature, aussi bien que le traité lui-même.

« En réalité, ce fut le recu de cette annexe au traité qui a décidé la reine de Madagascar à ratifier le traité et, sans lui, Sa Majeté n'aurait certainement pas donné sa signature.

« De plus, Votre Excellence, je dois mentionner un autre traité, portant ma signature et celle de notre plénipotentaire, que nous leur avons donné, à titre de satisfaction et pour chasser leurs doutes.

« J'ai l'honneur de vous adresser ci-inclus une traduction de ce traité.

« Ge traité secret montrera clairement à Votre Excellence et au monde de quelles dispositions nous étions animés, lorsque avons élaboré le traité en question, tandis que l’un de vos envoyés nous écrit en ces termes :

« Le gouvernement français n’approuve pas l'annexe au traité, » et même il ajoute des mots calomniateurs, me traitant de fourbe. Si jamais quelqu un a usé de fourberie envers la France, on le trouvera plutôt de votre côté que du nôtre.

« Nous, Malgaches, nous ne nous considérons pas comme faisant partie des grandes nations de l'Europe, qui se vantent de propager la civilisation par tout l’univers, mais nous savons, néanmoins, qu'il est infamant de désavouer sciemment des engagements contractés de bonne foi. Car, s’il en était autrement, aucune confiance mutuelle ne serait possible ; et comment pourrions-nous avancer dans la voie du progrès et de la civilisation, si nous avions constamment à nous méfier de la conduite de vos envoyés, à notre égard ?

« Tel est, Votre Excellence, l'exposé exact de la question. J'espère que vous le prendrez en considération, car ce sera avec un profond regret que mon gouvernement verrait la rupture des relations dont nous souhaitons ardemment la continuation, afin que nous puissions librement avancer dans la voie du progrès et de la civilisation, pour le plus grand bonheur des deux pays, le jour où le manque d’informations véridiques ferait cesser ces relations.

« Confiant dans l’espoir que Dieu vous maintiendra sous sa garde,

« J'ai l'honneur d'être l’ami de Votre Excellence,

« RAINILAIARIVONY,

« Premier ministre. »

Tout commentaire, au sujet de cette lettre, serait superflu. Un tel échantillon dépeint l’homme par luimême, mieux qu'une étude approfondie du personnage, et nous démontre, par la prodigieuse élasticité

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