‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 70 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de son argumentation, à quel profond diplomate, à quel esprit supérieur nous avons affaire.

Mais, quelque subtiles, quelque spécieuses que fussent les réponses de Rainilaiarivony à M. Le Myre de Vilers, elles étaient faites pour engluer tout autre que notre résident général.

Celui-ci, refusant de suivre le premier ministre sur le terrain d’une discussion sans issue, lui déclara nettement que s'il ne résiliait pas le contrat passé indüûment avec M. Ab. Kingdon, il était fermement résolu à agir dans toute l'étendue de ses moyens.

Ce que voyant, Rainilaiarivony changea d’attitude, et, par une volte-face instantanée, M. Le Myre de Vilers devint aussitôt l’objet des prévenances de toute la cour, qui ne lui ménageait n1 les honneurs ni les légumes. Car il est d'usage, à Madagascar, qu'au lieu de s'offrir des fleurs, dans certaines occasions, on se comble de patates, de choux, de carottes, de navets et autres produits alimentaires. Quand la reine se montre prodigue de ces denrées envers un de ses favoris, c'est la marque non équivoque de la plus haute faveur.

M. Le Mÿre de Vilers, croyant de sa dignité de ne pas s'amoindrir par de nouvelles représentations, voulant donner au gouvernement hova le temps de la réflexion, avait jugé opportun de s’absenter pour quelques jours. Il était parti à la chasse, dans l’intérieur, en compagnie de son secrétaire. Dès qu'à Tananarive on apprit la nouvelle de ce départ précipité, ce fut une panique. On s’imagina que le résident général avait abandonné son poste; on craignit une rupture avec la France. Aussi, quand il rentra dans la capitale, l’accueillit-on avec la plus vive satisfaction, presque avec soulagement. Dans l'intervalle, con-

vaincue qu il ne céderait pas, la cour d'Emyrne s était ravisée. Le premier ministre, sous le prétexte de le saluer, à son retour, fit auprès de lui une démarche personnelle et lui proposa de trancher le différend, en concédant l'emprunt à une maison de banque francaise. [l fit plus, il le pria de demander, d'urgence, à son gouvernement, le personnel et le matériel nécessaires à la construction d’une ligne télégraphique, de Tamatave à Tananarive. |

Naturellement, M. Le Myre de Vilers accepta ces deux propositions et promit d'y donner suite. Elles étaient conformes à l'esprit du traité du 17 décembre,

Nous verrons, plus loin, dans quelles conditions fut contracté l'emprunt. Quant au personnel et au matériel de la ligne télégraphique, ils furent expédiés de Marseille, le 20 octobre 1886, par le Yarra (1).

Enfin, Rainilaiarivony, désireux de donner à la France des gages de sa bonne volonté, d'en finir avec toutes les questions pendantes, envoya un de ses nombreux fils, Rainizanamanga, à Diégo-Suarez, en compagnie de M. le lieutenant de vaisseau Buchard, afin de tracer, contradictoirement avec lui, les memes de la future délimitation.

En même temps, d'accord avec M. Le Myre de Vilers, 11 cédait à M. Maigrot, consul d'Italie, une large bande de terrain, tout le long de la côte est, à l'effet de relier par un chemin de fer les points importants du littoral, situés entre Fénérive au nord et Matinanana au sud, à la condition expresse et sine : qua non que la construction et l'exploitation de cette ligne fussent entreprises et ess par une Compagnie française.

(1) Le télégraphe de Tamatave à Tananoarive a été inauguré, le 15 septembre 1857, v. Postes et télégraphe. ch. VI.

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