CHAPITRE PREMIER
Ce monopole sera-t-il suivi de réalisation? Nous croyons que cette condition sine qua non relardera tout au moins l’exécution des travaux, car elle n'entre pas dans les vues de M. Maigrot. M. Maigrot, dont il est difficile de préciser la nationalité, a le titre du consul général d'Italie à Madagascar, bien qu'il n’y ait qu’un Italien dans ce pays; ila manqué de la déférence la plus
“élémentaire envers M. Le Myre de Vilers, en voulant
se dispenser de lui demander l’exéquatur, imitant en cela l'exemple du consul Haggard. De plus, M. Maigrot, après avoir vanté les bienfaits de la France à Madagascar, dans une brochure, s’est tout à coup tourné contre elle, oubliant que son père appartenait à cette puissance.
Rainilaiarivony, suivant, à cette heure, un autre courant de sentiments, était en veine de concessions vis-à-vis de nous. Subissant toujours l’heureuse influence de M. Le Myre de Vilers, devenu pour lui l'homme du moment, il accorda encore à M. Suberbie, commercant français, établi depuis longtemps à Madagascar, le privilège exclusif d'installer des quais a Tamatave, à Fénérive et à Majunga et d'établir des phares sur toute la côte est. Cette concession lui est faite pour cinquante années ; à l'expiration de ce délai, les travaux opérés par M. Suberbie resteront la propriété du gouvernement hova. Mais, le concessionnaire, pour s'indemniser de ses débours, jouira, pendant cette période, de la faculté de prélever certains droits de péage sur les navires qui profiteront de l’accès des ports concédés.
Ces travaux, menés à bonne fin, seront l'aube d’une ère nouvelle pour Madagascar. Ils introduiront au cœur de la grande île la vraie civilisation, dont elle ne connait encore que les petits côtés. :
Par suite de ces diverses combinaisons, intervenues entre le premier ministre et le résident général, M. A. Kingdon se trouvait donc évincé. De son emprunt, il ne subsistait plus que le souvenir d'une opération mort-née. Mais, M. A.Kingdon est un homme d'expédients. Pour battu qu'il était, il n’a pas abandonné la place, comptant peut-être, un jour, utiliser des circonstances plus propices aux intérêts dont il est le mandataire. Pour le moment, il se raccroche aux bénéfices qu'il espère tirer d’un important comptoir qu'il vient de fonder là-bas, avec le concours du même syndicat londonien qui faisait les fonds de l'emprunt. C'est là sa fiche de consolation! Si nous sommes bien avisés, nous ne perdrons pas de vue la menace latente qui couve sous cette apparente résignation. |
Les difficultés étant aplanies, du moins jusqu à nouveau conflit, — on ne peut répondre de rien avec des êtres aussi versatiles que les Hovas — les relations entre le premier ministre et le résident général avaient repris leur caractère amical. Nous autres, toujours trop prompts à oublier le passé, pour ne considérer que l'heure présente, sans jamais nous méfier de l'avenir, nous poussions l'extrême bienveillance, à l'égard du gouvernement d'Emyrne, jusqu à transporter sur nos navires de guerre les troupes de la reine dans leurs garnisons de Vohémar et d’Ambohimanga (Diégo-Suarez).
S1 nous nous fussions contentés de faire servir nos vaisseaux au transport des troupes hovas, ce n’eût été qu'un pas de clerc, dont n’eût pas souffert notre patriotisme, mais où cette condescendance se complique d’une faiblesse coupable, c’est en ce fait révoltant que «le Nielly», en embarquant ces troupes, avait pris