‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 73 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lement les droits de la France d'exercer son protectorat sur Madagascar, en vertu du traité du 17 décembre 1885.

Mais, où cet Anglo-hova pousse l’impudence à son comble, c’est en se disant l’ami de la France, quand tout son passé proteste contre cette allégation mensongère ! Il est, du reste, de notre dignité de repousser hautement le témoignage d’une pareille amitié.

Cette lettre insolente était la goutte d'eau qui fait déborder la coupe trop pleine.

La Chambre des députés, décemment, ne pouvait temporiser davantage. Grâce à un nouvel et éloquent appel de M. de Mahy, qui n’a jamais perdu de vue nos intérêts dans ces parages, dans la séance du 29 octobre 1886, soulevée d'indignation par tant de duplicité, elle votait les crédits des résidences, s’élevant à 349,000 francs, en enjoignant au gouvernement de nome les Hovas à exécuter strictement le traité, et d'imposer au besoin par les armes ce que l’on ne saurait obtenir par la douceur.

Le ministère de Freycinet venait d’être renversé; et M. Flourens entrait comme ministre des affaires étrangères dans le cabinet Goblet,

A la suite de ce vote de la Chambre, une rupture semblait imminente. Il n’en fut rien. Au moment où on Sy attendait le moins, des nouvelles satisfaisantes nous parvenaient de Madagascar.

Les difficultés étaient encore une fois aplanies, Jusques à quand?... M. Le Myre de Vilers avait fait entendre raison à Raimilaïiarivony ; il lui avait clairement démontré que l'alliance des Anglais le conduisait à sa perte, que si la France, jusque-là, avait fait preuve de mansuétude, c'était afin d’épuiser tous les

moyens de conciliation, mais que, si on la poussait à

bout, son réveil serait terrible, et, qu'alors, en persistant à renier ses engagements vis-à-vis d'elle ül Jouait un jeu dangereux, qui pourrait bien lui coûter le pouvoir et la vie.

Le premier ministre était dans une impasse tellement critique, qu après avoir pesé les avantages illusoires que lui offraient les Anglais et le concours efficace que lui prêterait la France, il s'était rendu à la-justesse des raisonnements de M. Le Myre de Vilers et avait penché pour la France. C'était, d’ailleurs, le seul moyen de se maintenir. Vingt-cinq années de tyrannie à outrance avaient amassé contre son aulorité bien des haines, qui n’attendaient que le moment d'éclater. Il savait qu'il comptait des ennemis, non seulement dans la population, mais encore au sein de sa famille ; et ces derniers étaient d'autant plus redoutables que, dévorés par la jalousie et l'ambition, ils pactiseraient avec les premiers pour arriver à leurs fins. D'un autre côté, il n ignorait pas qu'une nouvelle guerre avec la France dépendait de son attitude, et que cette guerre, forcément malheureuse pour le peuple hova, aurait pour résultat de le livrer sûrement, comme victime expiatoire, au parli des mécontents. De plus, sentant sa situation ébranlée et voyant venir à grands pas la vieillesse, (il a maintenant, —1887 — ,cinquante-huit ans), il vivait dans une perpétuelle anxiété. Où trouverait-1il un appui contre les manœuvres de ses adversaires, sinon dans la France, qui était son soutien naturel? Le langage ferme et résolu de M. Le Myre de Vilers l'avait éclairé sur cet état de choses, lui avait fait entrevoir les orages qui grondaient sur sa tôle, et il s'était rallié à nous, parce qu'il avait enfin compris que son propre sort était intimement lié au succès de notre cause.

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La reine aussi n'avait pas été étrangère à cette résolution. Cette jeune reine, qui à été choisie à cause de son insignifiance, s'est révélée depuis qu’elle est sur le trône. Douée d'un grand sens politique, très persévérante, d'un caractère décidé, elle finit toujours par triompher des hésitations de son mari. Il faut compter avec elle. Malheureusement, sa santé est mauvaise et s’affaiblit de jour en jour.

M. Le Mvyre de Vilers, en faisant part de ces bonnes nouvelles au nouveau ministre des Affaires étrangères, M. Flourens, lui annonçait que la fête annuelle du bain, le « Fandroana », avait eu lieu à Tananariveavec son éclat accoutumé. Lui-même, disait-il, dans sa dé-

pêche, occupait la place d'honneur, sur un tabouret, en face de la reine. Tous les consuls et agents étrangers étaient présents à la cérémonie. Après avoir fait ses ablutions, la reine avait mis la parure en or et coraïl que lui avait envoyée le président Grévy. Ensuite, selon le vieil usage malgache, on avait aspergé les assistants avec l'eau lustrale dans laquelle s'était baignée la souveraine. Le soir, un feu d'artifice, tiré par les soins de la légation française, dans la cour du palais, émerveillait la population tananarivienne, peu habituée à ce genre de réjouissance.

En outre, nous apprenions, peu après, à la date du 18 décembre 1886, que le gouvernement hova venait de signer une convention avec le Comptoir d'escompte de Paris, par laquelle cet établissement de crédit lui prétait une somme de 15 millions, devant être attribuée, jusqu'à concurrence de 10 millions, au payement de l’indemnité de guerre due à la France, en vertu du traité du 17 décembre. Le reliquat de 5 millions resterait à la disposition du gouvernement hova, pour subvenir à ses dépenses militaires.

Cet emprunt, amortissable en vingt-cinq années, avec faculté de remboursement anticipé, était productif d'intérêts à 6 p. 100, et garanli, pour le service de ces intérêts, parles recettes douanières, dansles six ports suivants : Andakube et Majunga, sur la côte ouest; Vatomandry, Vohémar, Fénérive et Tamatave sur la côte est. Le Comptoir d’escompte se réservait d'installer, dans chacun d'eux, deux agents, l’un Franeais, l’autre Malgache, àlasolde du gouvernementhova.

En exécution du traité du 17 décembre 1885, dès que l'indemnité de guerre serait payée à la France, les troupes françaises devaient évacuer Tamatave, où 1l ne resterait plus en permanence qu'un navire détaché de la division navale des mers des Indes, et ces troupes seraient dirigées sur Diégo-Suarez, où elles tiendraient, désormais, garnison.

L'indemnité de dix millions, stipulée au profit de la France, a été payée en une traite à l’ordre de M. le Président du conseil. En conséquence, nos troupes oni évacué Tamatave, le 28 janvier 4887.

Le 23 décembre 1886, M. Daumas, vice-résident à Tamatave, débarquait à Marseille, amenant en France douze jeunes Hovas, appartenant aux premières familles du pays. Ces jeunes Hovas, qui doivent compléter chez nous leur éducation, ont été, quelques Jours après leur arrivée, répartis dans différents régiments ou écoles spéciales de la région du midi. Assurément, à mesure qu'ils connaîtront mieux les Francais, leurs mœurs, leurs lois, leurs arts, ilss’attacheront de plus en plus à la France.

Une ambassade malgache, chargée de porter les félicitations de la reine Ranavalona III au président de la République, suivait deprès cette mission.

A sa tête, se trouvait le fameux Mariavelo, qui a

trouvé bon de changer de nom et a pris celui de Rainiharovony. Agé alors à peine de vingt-huit ans, il était déjà ministre de la guerre et, par conséquent, 15° honneur, c'est-à-dire plus que maréchal. C’est le fils préféré du premier ministre; il jouit à la cour d’une très srande influence. D'une intelligence remarquable, assez ouverte aux idées françaises, c'est à son initiative personnelle qu'était due cette démarche auprès de notre gouvernement, et on peut dire qu'il avait sollicité la mission dont il était chargé.

Au moment du départ de ses jeunes compatriotes, RaMiharovony, qui assistait à leurs adieux, manifesta hautement ses sympathies pour la France et félicita ses jeunes amis d'avoir le bonheur d'aller, pour quelques années, dans ce beau pays.

— Que n'y allez-vous vous-même? lui dit M. Le Myre de Vilers. Vous pourriez ainsi vous rendre compte de sa puissance, de ses richesses, de ses arts, et surtout des sentiments que notre gouvernement nourrit pour la reine et pour votre patrie ? | |

Raïiniharivony saisit la balle au bond, et son départ pour la France était décidé, avant que le paquebot qui emportait les jeunes Hovas eût quitté Tamatave.

Le ministre de la guerre était accompagné du capitaine de gendarmerie Gaudelette, attaché au corps d'occupation de Tamatave. La mission, dont il était le chef, se composait de huit a appartenant tous à la cour d'Emyrne.

La résiliation du contrat Kingdon, ), conclusion d'un emprunt avec le Comptoir d'escompte de Paris, l'envoi de jeunes Hovas en France et la présence du ministre de la guerre à la tête d'une ambassade, tous ces gages d’apaisement et d'entente cordiale impli-

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