CHAPITRE PREMIER
Cette attitude énergique eut pour résultat immédiat de provoquer une détente, de la part du premier ministre. Épouvanté, comme tousles Hovas, des conséquences désastreuses que pouvait entrainer cette rupture éclatante, ébranlé par les supplications de la reine, à qui cet incident avait fait verser d'abondantes larmes, Rainilaiairivony n’osa tenir tête à l'orage qui srondait sur sa tête et le menaçait de la déchéance à bref délai. Il s’empressa, tout aussitôt, de faire dire à notre Résident général qu’il y avait dans cette affaire un déplorable malentendu et le pria de vouloir bien reprendre les rapports suspendus.
Ce qui fit que ce léger désaccord ne fut pas de lonsœue durée.
Notre cause était gagnée une fois de plus, grâce à la fermeté de M. Le Myre de Vilers, qui obtint toutes les satisfactions qu'il exigeait. Le premier ministre vint, en personne, apporter au Résident général, en son nom aussi bien qu en celui de la reine, ses plus humbles excuses. |
Quelle amère déception, dans le camp des correspondants anglais, qui, dans leurs dépêches en Europe, avaient considérablement exagéré la portée des événements! Ils enrageaient de voir à nouveau leur échapper cette île, objet de leur convoitise séculaire, au moment même où, suivant leur habitude, ils avaient brouillé les cartes, dans l'espoir de retirer leur épingle du jeu, en confisquant à leur profit Madagascar, pour y établir, sur la route des Indes, une escale à la sortie du canal de Suez.
Dès que la question de l’exequatur, qu'ils avaient soulevée à dessein, avait pris un caractère aigu, les Pickersgill et les Parett étaient accourus au palais, sous prétexte d'offrir à la cour leurs consolations,
mais, en réalité, pour lui promettre l'appui secret de l'Angleterre, en armes et en argent.
Déjà, au dehors, ils excitaient le peuple à la révolte, l’exhortant à secouer le joug des Français, leurs soi-disant oppresseurs, à les chasser de leur territoire et à les massacrer, lorsque le brusque revirement de Rainilaïairivony était venu déjouer leurs honteuses manœuvres, | e
Après avoir, dans un grand Xabary, sondé l'esprit de la population, le premier ministre avait enfin fini par comprendre le jeu de ses funestes conseillers, les Indépendants. C'est pourquoi, réflexion faite, il avait accordé satisfaction à M. Le Myre de Vilers, et l'avait prié de faire revenir son escorte, laquelle était déjà sur le chemin de Tamatave.
Quant à Master Haggard, il recevait son exequalur, le 23 septembre 1887, d’après la formule exigée par notre Résident général, formule conforme aux prescriptions de l'article 2 du traité. Get échec ne devait pas lui porter bonheur. Au mois de février 1888, il était rappelé en Angleterre. On attribue cette mesure aux rapports motivés que ses nationaux adressèrent contre lui au Pare Office. |
Le second incident fut l’arrestation, suivie d’ ao du ministre des affaires étrangères hova, Ravoninahitriniarivo, accusé, pour la forme, d’avoir scellé d'un faux cachet les papiers de l’État. Condamné à vingt années de fers, ce malheureux, victime expiatoire de la haine des Anglais, avait vu sa peine commuée par la clémence de la souveraine, ou plutôt du premier ministre, en un bannissement perpétuel à Ambositra, petit village situé sur laroute de Betsiléo, avec défense, sous peine de mort, de communiquer avec qui que ce
commandant en chef,
istre
jairivony, premier minis
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Ra
fût. Il dut s’y rendre, le jour même où la sentence fut prononcée. C'est tout au plus si on lui permit d'emmener avec lui deux esclaves hommes et deux esclaves femmes.
L'excessive rigueur de cet arrêt frappa d’effroi les partisans de Ravoninahitriniarivo, dont le véritable crime, inavoué dans le procès, était d’avoir cherché à supplanter Rainilaiairivony, qui retrouvait, par ce châtiment exemplaire, toute son autorité un instant compromise.
Un autre incident est venu troubler la fête du F'androana, célébrée le 22 novembre 1887. On remit solennellement à la souveraine les offrandes traditionnelles. Notre résident général y occupait, comme l'année précédente, un tabouret réservé, en face du trône. Mais, au cours de l'audience royale, un Français administra deux soufflets retentissants à M. Tacchi, rédacteur du Madagascar Times. Il faut dire que ce Journaliste ne les avait pas volés; il était l’auteur d'un article contenant des insinuations malveillantes à l’adresse des Français; ce qui explique l'indignation de notre compatriote. On croira peut-être que Tacchi riposta en demandant à son agresseur une réparation quelconque? Pas le moins du monde! il courba l’échine, et, sommé de s'expliquer sur les faits avancés, les déclara inexacts, en offrant humblement ses excuses à la colonie française. Il est bon d'ajouter
qu'il avait été mis en demeure de le faire par le pre-
mier ministre lui-même.
Pour clore la série des événements qui se sont écoulés depuis août 1887, relatons un dernier incident, qui donna lieu à un article d'une extrême violence, paru dans le Madagascar Times du 14 janvier 1888. Le Litre seul de ce brutal factum : « Pourquoi ne l'a-