‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 76 sur 194 · CHAPITRE PREMIER. AT · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. AT

t-on pas tué? achèvera d'édifier nos lecteurs sur les agissements de nos éternels ennemis, quand ils sauront qu'il était question de M. Le Mvre de Vilers.

Tout commentaire serait superflu. Passons, cependant, aux faits qui ont motivé cette infamie : c'était le 12 janvier 1888, S. M. revenait de villégiature. A cette occasion, M. Le Myre de Vilers avait donné rendezvous à tous ses compatriotes, sur la grande place d’Andohalo, pour saluer, à leur passage, la souveraine et le premier ministre. Il est d'usage, en pareil cas, que la reine s'arrête sur cette place et descende, un instant, de son filanjane, pour recevoir les hommages des députés et des chefs, réunis pour la circonstance. Or, les coups de canon devant annoncer l’arrivée des augustes personnages ayant devancé l'heure fixée, l’escorte du résident général français se trouva en retard et, au lieu d’être exacte au lieu indiqué, se croisa en chemin avec le cortège royal. Ce que voyant, le premier ministre donna aux troupes l’ordre d'ouvrir les rangs, pour livrer passage au représentant de la France et à sa suite. Mais, les Marakely (soldats de la garde) n’exécutèrent cet ordre qu'à moitié. Ils profi- tèrent de la confusion qui résulta de ce mouvement, pour bousculer les porteurs du résident et Les frapper avec une telle furie que l’un d'eux fut foulé aux pieds et faillit perdre la vie; tout cela, sous le prétexte qu’ils avaient rompu les rangs de la garde royale, Voilà la raison pour laquelle la feuille méthodiste demandait Pourquoi on ne l'avait pas tué?

Dans l'entourage du résident général, on crut d’abord à la complicité tacite de Rainilaïairivony, et l’on craignit, un moment, que les choses ne se compliquassent, lorsque, fort heureusement, le Progrès de l'Emyrne publia, quelques jours après, dans son nu-

méro du 24 du même mois, une note officielle protestant contre le procédé inqualifiable du journal anglais, et désavouant l’auteur de cette sauvage excitation. | |

Le ilecteur est peut-être curieux de savoir des nouvelles du trop célèbre généralissime Digby Villoughby ? Voici celles de la dernière heure (mai 1888). A la suite de cette équipée diplomatique à travers l'Europe, dans laquelle il à eu la prétention de singer. la patriotique odyssée d'un de nos grands hommes d'État, Willoughby a comparu devant une commission d'enquête, sorte de jury d'honneur chargé d'examiner sa conduite un peu louche. Cette commission, composée cependant d’Anglais naturalisés hovas, MM. Graves et Sherrhington (15° honneur) et M. Parrett, défenseur de l'inculpé, après avoir entendu Willoughby, émit l'avis qu'il convenait de le déférer aux tribunaux compétents, et qu'en attendant il méritait d'être gardé à vue, pendant quatre mois, au village d’/radraciova. Les griefs qui pèsent sur lui sont graves et nombreux. Il se serait rendu coupable, au préjudice de la cour d'Emyrne, de malversations dont le chiffre dépasserait 300,000 francs. Au moment où ce volume va paraître, nous recevons une dépêche de Tamatave à la date du 20 mai 1888, nous informant que le Tribunal suprême de Tananarive a rendu son Jjugement dans cette affaire. En vertu de ce jugement, l’ex-général est expulsé de Madagascar, et toutes ses concessions sont confisquées. Lui-même a quitté Tananarive, sous forte escorte, à destination de Tamatave, où il a été embarqué sur le premier navire en partance pour l'Europe.

Malgré toutes ces preuves manifestes de notre influence croissante, à Madagascar, et de la disgräce

Page 1