CHAPITRE PREMIER
Malgré cette renonciation effective de M. de la Bretesche, qui, avant de partir, avait fait brüler les magasins et enclouer les canons, les édits de 1686, 1714, 1719, 1720, 1725, maintinrent nos droits de priorité sur Madagascar et la déclarèrent possession française.
Louis XIV, en 1686, la réunit à son domaine privé, ainsi que les forts et habitations en dépendant, pour en disposer, selon son bon plaisir, en toute propriété, seigneurie et Juslice.
Nous ne rappellerons que pour mémoire le voyage d'exploration de l'ingénieur de Corbigny à la baie d’Antongil (1733), el la visite de M. Mahé de la Bourdonnais, gouverneur de l'île Bourbon (1746), pour nous arrêter à la cession solennelle que, le 30 juillet 1750, la princesse Béti fit à la France de l'ile Sainte-Marie et des droits de suzeraineté qu'elle possédait sur toute l'étendue de la côte d'Antongil, en qualité d'unique héritière de Tamsimalo, roi de Foulepointe.
Par un acte en bonne et due forme, Béti s engageait à céder à Louis XIV, en toute propriété et souveraineté, Sainte-Marie de Madagascar, à la charge par lui et ses successeurs d'admettre les États de la reine Béti, dans la grande île, sous le protectorat de la France, d'y établir des comptoirs et d'y envoyer des vaisseaux. Jamais cession ne fut plus spontanée, ni plus unanime, la signature de la reine Béti étant, sur le traité, Ccontresignée par la totalité des chefs malgaches de Tongil et de Foulepointe.
Ainsi se trouvent sanctionnés, diplomatiquement, notre possession de Sainte-Marie et notre protectorat sur le pays sakalave et la côte est de Tanni-Bé (Grande terre), faisant face à l’île de la Réunion.
Vers cette époque, le sieur Gosse, gouverneur de Sainte-Marie et représentant de la Compagnie des
Indes, exerçca une telle tyrannie sur la population placée sous ses ordres, qu'il périt dans un soulèvement général, sans que ce fait, d'ailleurs isolé, rompiît pour cela les excellents rapports qui existaient entre la France et la reine Béti, laquelle s’empressa de confirmer à nouveau l’ancienne cession (1754).
De 1761 à 1767, notre influence s’étendit depuis Fort-Dauphin jusqu'à la baie d’Antongil, avec Foulepointe comme centre d'action.
En 1767, M. le comte de Mandave, alors gouverneur de Madagascar, proposa, mais en vain, au duc de Choiseul de relever Fort-Dauphin. Il essaya, et ne réussit pas davantage dans son entreprise, d’inaugurer un nouveau système de colonisation, ayant pour seul objectif le commerce. L’antagonisme déclaré du gouverneur de l'île Bourbon fit échouer cette tentative. Découragé, M. de Mandave revint en France (1769). C'est sous son gouvernement que le naturaliste français, Commerson, visita Madagascar et l'étudia, au point de vue scientifique.
Enfin, en 1772, un magnat hongrois, le comte Benyowski, exilé politique, sut convaincre le ministre Choiseul et le faire entrer dans ses vues. Mieux secondé, 1l eût pu assurer à jamais notre influence à Madagascar. Mais des intrigues de cour paralysèrent malheureusement ses efforts.
Afin de permettre au lecteur de mieux juger l'œuvre de Benyowski, il est nécessaire d'esquisser, à grands traits, la biographie de cet aventurier de génie.
Né à Verbowa (Hongrie), en 1741, Benyowski étail le fils d'un général autrichien. Chassé de l'Autriche, qu'il avait combattue à Lobositz, à Prague et à Donstadt, il mit son épée au service de la Pologne, contre les Russes. Fait prisonnier par ces derniers, à Cra-