CHAPITRE TIT
pérature minimum est environ, en Juillet, de 10°, et en janvier, de 24°; la température maximum, pour les mêmes mois, de 27° à 33°.
De juin à septembre, le froid est assez vif, dans l'intérieur, pour que les habitants soient obligés d’avoir recours à des vêtements de drap. Souvent même, le givre couvre toute la surface de la terre. On peut donc conclure qu'il existe dans l’île des différences de température très sensibles, entre ses points extrêmes, et que le climat de sa région montagneuse serait très agréable, si les averses torrentielles qui tombent sans interruption, en décembre et en janvier, ne condamnaient les habitants à la réclusion.
On a dit que l’île de Madagascar est malsaine. Elle ne l’est pas autant que ceux qui sont intéressés à le faire. croire se sont plu à le répéter. La fièvre jaune, ce terrible fléau qui décime les Européens dans le nouveau monde, n'y a jamais fait d'apparition. Certes, nous ne prétendons pâs nier la malignité de certaines fièvres, qui ont coûté la vie à tant de nos soldats, ces dernières années, mais nous considérons comme un devoir patriotique de rétablir la vérité et de réduire à leurs justes proportions les exagérations de nos bons amis, qui, en proclamant bien haut l'insalubrité de Madagascar, poursuivent le but manifeste de nous dégoüûter d'une colonie qu'ils convoitent pour eux-mêmes.
Oui, il existe une espèce de fièvre, spéciale au pays, dite fièvre de Madagascar, avec laquelle tous doivent compter. Il est même très rare qu'un étranger, après plusieurs mois de séjour, n’y paie pas son tribut d’acclimatement. Les indigènes de l’intérieur y sont sujets aussi bien que les Européens, surtout quand souffle la brise du nord-est. Cette brise chaude et chargée de miasmes délétères exerce une influence pernicieuse sur
les Hovas, tandis que, par une bizarre contradiction de la nature, les Européens y sont presque insensibles.
Cette fièvre n'est autre chose que le résultat d’une intoxication paludéenne, due aux pluies diluviennes qui inondent, chaque année, le pays, et, séjournant surle sol, forment des flaques d’eau croupissante. Lorsque surviennent les fortes chaleurs, ces eaux stagnantes engendrent des germes morbides, contre lesquels le meilleur remède à suivre par ceux qui en sont atteints est l'emploi rationnel de la quinine et des purges, dosé suivant les besoins de chaque constitution.
Au commencement de ce siècle, le roi hova Radama [°' considérait cette fièvre comme un bienfait. C'était, suivant lui, un puissant auxiliaire contre les Européens qui prétendaient conquérir son pays. « J’ai à mes ordres, disait-il à ses familiers, deux invincibles généraux, dont les blancs n'auront jamais raison. Ce sont les généraux Tazo (fièvre) et Hazo (forêt). »
On a constaté, cependant, que la fièvre dé Madagascar est plus bénigne et moins tenace que celle qui sévit sur les côtes d'Afrique. Autrefois, on fuyait ce fléau, en s’éloignant des régions marécageuses du littoral, pour aller chercher un air plus pur et plus salubre sur les hauts plateaux du centre, Aujourd’hui, l’étranger est aussi exposé à contracter ces fièvres dans l’intérieur que sur les côtes. Et la raison en est bien simple. Elle provient de ce qu'on a déboisé les terres de l’intérieur, pour y planter des rizières. Ces déboisements ont eu pour résultat immédiat de provoquer un excès de température; de plus, les rizières que l’on a substituées aux forêts, dans presque toutes les vallées de la province d'Ankove, entretiennent des foyers permanents d’effluves et de miasmes délétères, assurément moins intenses que sur les côtes, mais qui, néan-