‹ Madagascar: Essai de géographie physiqueChapitre 10 sur 29 · iH>rd-est a soufiDô 158 jours · texte numérisé non relu

iH>rd-est a soufiDô 158 jours

ot le sud-est 134

A TamataN^, la proporiion esl inverse :

Norvl ot norJ-^st a soufflé 297 fois.

iXfcntro sud-est ot sud 583 --

Lo uord-est de Tamatave ne souffle presque jamais de mars à iX^tobre^ dans la saison plus fraîche^ quand le soleil est dans Thèmisphère uord; dans celle saison^ les colonnes du nonl-esL d)Uis les s**ries d\>bservations. se peuplent de léros : lo nord-est

de Tamatave est le vent lourd, étouffant, de la saison chaude, et les Européens le voient s'établir avec angoisse.

A Vohémar, le nord-est proprement dit a disparu à peu près complètement (il a soufflé 8 fois en 1892), mais il est évident qu'il a simplement dévié vers le sud, et qu'il est représenté par le vent d'est qui souffle exclusivement en saison chaude quand le petit continent malgache tend à devenir foyer d'appel.

Le vent d'est souflle 90 fois.

contre vents de sud et de sud-est. . . . 532 —

De quelque partie de l'horizon oriental que vienne le vent, c'est de la pluie qu'il apporte à Tamatave ; quelque déviation que l'influence de la terre fasse subir à l'alizé, il n'en trouve pas moins sa route barrée par les hauts plateaux.

Mais, à Vohémar, le cas est différent; Vohémar se trouve presque à hauteur de l'éperon terminal des hauts plateaux, et, dans la mesure où les vents dominants s'y rapprochent du sud, ils tendent à contourner les montagnes au lieu de les franchir, et par conséquent échappent à leur influence condensatrice. Si donc les pluies sont moitié moins abondantes à Vohémar qu'à Tamatave, c'est peut-être que les vents régnants appartiennent au quart de cercle sud-est.

Le Nord. — Diego et Nosy-Bé climat de transition.

La côte Ouest est l'antithèse climatérique de la côte Est, en ce sens que les saisons y sont tranchées, la sèche s'opposant à l'humide. Mais la démarcation entre les deux, qui est au centre et dans le sud d'une simplicité linéaire, est assez complexe au contraire dans le nord, à Diégo-Suarez et à Nosy-Bé.

Il se produit une sorte d'interversion; Diégo-Suarez est sur la côte Est une enclave du climat occidental. Au contraire, Nosy- Bé est sur la côte Ouest une enclave du climat oriental.

Pluies. — Diego est sec, il y tombe moins d'un mètre d'eau par an, 693 millimètres seulement en 1892 (1), en 60 jours pluvieux.

Nosy-Bè est à peine moins humide que Tamatave : en 1879, il y a plu 188 jours et il est tombé 2'",861 d'eau (2). G^est bien plus qu'à Vohémar.

Encore, au dire du D*^ Guyol, les pluies sont-elles moindres dans Tîle de Nosy-Bé que sur la « grande terre », c'est-à-dire à la côte de la baie de Pasindava.

Distribution des pluies, — Il est vrai qu'à Nosy-Bé comme à Diego, Tannée se divise déjà en saisons sèche et humide. Mais l'opposition est bien mieux marquée à Diego. Il y a des mois de saison sèche où il ne tombe pas une goutte d'eau, d'autres où il tombe, 2, 3, 4 millimètres. En 1892, la tranche des pluies dans les sept mois de saison sèche est de 61 millimètres seulement sur 693, les 5/7 pluies sont tombés en janvier et février (490 millimètres). Aux seuls mois de décembre, janvier, février,

mars, les mois de mousson, reviennent 46 des 60 jours de pluie, total annuel.

A Nosy-Bé on trouve une disproportion assez forte, mais la sécheresse n'est jamais que relative. Sur 188 jours pluvieux 112 appartiennent aux cinq mois d'été; encore en reste-il 76 à répartir sur les sept autres mois, et c'est plus qu'il n'en revient à toute l'année à Diégo-Suarez. En fait, il n'y a pas de mois à Nosy-Bé où il n'y ait quelques jours de pluie.

Décembre, janvier et février sont particulièrement humides, à eux trois ils ont deux mètres d'eau. Mais il reste 860 millimètres répartis sur les autres mois. Le mois de janvier 1879, le plus mouillé de l'année, a 981 millimètres; mais le mois de mai, le plus sec, ail millimètres. D'après Guyol, les ondées de l'hivernage sont plus abondantes, elles déversent en moyenne

(1) Tous les chiffres concernant Dit^go sont empruntés à P. Colin, /. f.

(2) Tous les chiffres concernant Nosy-Bé sont empruntés aux Annales du Bureau central inétéoroiogique {ohsovyaWon du D' Guyol), 1881.

20 millimètres d'eau par jour pluvieux contre 8 millimètres, apport moyen d'un jour pluvieux de l'autre saison, saison sèche, si l'on veut, mais comparativement.

Pour se rendre compte des différences de climat entre Diego et Nosy-Bé, il n'est pas nécessaire de consulter des tables météorologiques, il suffit d'y avoir passé quelques heures ou simplement jeté un coup d'œil d'un pont de paquebot. La superbe rade de Diego est sertie de roches grises et nues. Hellville, la petite capitale de Nosy-Bé, est une masse de verdure, présage d'ailleurs certain de fièvres et de maladies de foie.

Vents. — Les causes de cette différence sautent aux yeux. Diégo-Suarez est à 100 kilomètres au nord de la rivière Loky, où viennent finir les hauts plateaux; c'est-à-dire qu'il échappe à leur influence. Climatériquement, cette pointe mince et longue, ne fait pas partie du petit continent malgache. L'allure du vent y est nettement maritime. L'alizé, qui sur le reste de la côte gauchit si souvent au nord-est ou au sud franc, souffle à Diego du sud-est vrai comme au large : 593 fois en 1892 contre 14 fois de l'est et 3 du nord-est.

11 souffle aussi avec une violence mieux établie. A Tamatave, la force moyenne du vent n'est dans aucun mois évaluée plus haut que 1,5 (1); à Diego, ce chiffre est minimum, les notations au-dessus de 3 abondent (maximum 3,7). La colonne des calmes est instructive. A Tamatave, en 1892, il a fait 201 fois calme : la colonne de Diego, pour la même année, ne contient absolument que des 0. C'est le régime de la pleine mer sous cette latitude.

L'alizé n'amène pas plus de pluie à Diego que d'une façon générale sur l'océan Indien. Les pluies arrivent quand, à l'autre saison le vent saute cap pour cap et que s'établit la mousson d'ouest. Les chiffres sont parfaitement clairs. A Diego, en

(1) Le chiffre 6 représentant la tempôte.

1892, les vents d'ouest ont soufflé 100 fois, sur lesquels il revient 82 fois aux seuls mois de janvier et février, qui sont aussi de beaucoup les plus mouillés (305 et 185 millimètres, un seul des autres mois atteignant le chiffre de 69 millimètres).

La situation de Nosy-Bé est tout autre; Tîle est encastrée dans le cirque montagneux de Pasindava, en arrière duquel, à proximité, se dresse la masse non seulement élevée, mais énorme en superficie, de la section nord des hauts plateaux.

Dans la saison chaude, les moussons viennent Tescalader, en déversant des torrents de pluie extraordinaires; d'après le D*^ Guyol, il est tombé, les H et 12 janvier 1880, 576 millimètres de pluie, dont 223 millimètres en moins de 12 heures

Dans la saison fraîche, d'avril à octobre, le vent normal, d'après le I)"^ Guyol est celui de Sud^Ouest. C'est le seul point de Madagascar peut-être où l'alizé subit une aussi forte déviation locale, à ce point qu'on est à peine justifié à lui laisser ce nom. La déviation est accusée par la régularité des vents de sud-est aux stations météorologiques voisines (Diego et Majunga) (1). Il y a là évidemment, sous l'influence de la terre ferme, une courbe des isobares qu'on a essayé de schématiser dans la carte jointe. Mais qu'on lui laisse, ou non, la dénomination d'alizé, ce vent de sud-ouest qui souffle en hiver à Nosy-Bé vient des plaines basses du Bouéni en longeant la côte. Ce n'est donc pas un vent descendant; le relief accusé de Nosy-Bé et de la « grande terre » voisine lui arrache naturellement des précipitations notables.

Température et hygrométrie, — Que la différence des précipitations pluviales entre Diego et Nosy-Bé doive être attribuée

(1) Nous avons dos sôries d'observations barométriques pour toutes ces stations de la côte (Majunga, Nosy-Bé, Diego, Vohémar, Taniatave). Elles donnent, pour chacun do ces points, des chiffres à peu près identiques; et d'ailleurs concordant avec ceux de la carte de l'amirauté allemande. Mais partout, sauf à Tamatave, elles ont été prises au baromètre anéroïde, dont on ne peut pas attendre une précision sensible à do faibles écarts.

à une situation différente par rapport au massif montagneux, on pourrait déjà Tinférer des ressemblances thermométriques et hygrométriques entre les deux stations. Toutes deux ont 27"* de température moyenne avec de très faibles oscillations. Diego a 70 ^ d'humidité relative moyenne et Nosy-Bé 77. Les indications de la station de Nosy-Bé peuvent être considérées comme valables pour la vallée du Sambirano, celle du Mahavavy, de Loky, c'est-à-dire les pentes des plateaux qui font face au nord.

Climat de l'Ouest.

Sur la côte ouest, Majunga est le seul point sur lequel nous ayons des séries d'observations, permettant de préciser en chiffres les traits principaux du climat de l'Ouest.

Température. — Les tables accusent d'abord une différence thermique assez grande, entre Majunga et Tamatave. Majunga a 28*" de moyenne annuelle (83** Fahrenheit) ; c'est un chiffre très élevé; Tamatave a 24"* seulement. Il n'y a pas de raison pour attribuer cette différence à des erreurs d'observations. D'abord, à Tamatave comme à Majunga, observateurs et instruments paraissent dignes de confiance. Puis le phénomène est général. Diego et Nosy-Bé, on Ta déjà dit, ont 27"* de moyenne annuelle. Nosy-Vé, à la limite extrême des tropiques, a encore 26°. 11 semble bien vrai que sur toute la côte Ouest le thermomètre soit régulièrement plus haut que sur la côte Est.

L'écart thermique moyen est aussi plus grand de quelques degrés. Il est à Majunga de 11"* (de 21 minimum à 32 maximum moyen). A Tamatave de 8*" seulement (de 20® minimum à 28 maximum moyen). L'écart des minimum et maximum absolus est

à Majunga de 21° (de 16'^ à 37°); à Tamatave de lO'» (de IS*» à 34*^).

Les indications de Thygromètre concordent avec celles du baromètre. L'humidité relative moyenne est bien plus faible à Majunga :

Majunga 55 ;^.

Tamatave 85 %.

Dans Tannée 1897-98, elle est montée à 60 ^; mais c'est, au dire de l'observateur, une année anormale, année de pluies rares, de récoltes manquées et de famine (1).

La sécheresse relative de l'atmosphère est à la côte ouest comme ailleurs un phénomène concomitant avec l'élévation thermométrique, comme aussi une certaine exagération dans l'écart des minimum et maximum.

Ce fait de vérité météorologique n'est en contradiction qu'apparente avec cet autre de vérité populaire : la salubrité relative de la côte ouest. Majunga, tout compte fait, a, il serait peut-être exagéré de dire meilleure, mais cependant moins mauvaise réputation que Tamatave ou que Maroantsetra, et, comme tant d'autres opinions européennes au sujet de Madagascar, celle-là, en particulier est inexplicable qui fait de la côte ouest plus spécialement a le cimetière des Européens ».

Il est après tout de constatation scientifique qu'une chaleur plus élevée, si elle est sèche, se supporte bien mieux qu'une moindre chaleur humide. L'organisme humain, grâce aux glandes sudorifiques, a bien plus d'analogies avec une gargoulette qu'avec un thermomètre, à moins qu'on ne songe au thermomètre humide (2).

. (1) Stratton Knott, ^1..4., 1H97, p. 127.

(2) L'idée que la mer Rouge est une fournaise infernale repose moins |)eut-<}tre sur une sensation d'organisme humain que sur la lecture des indications tliermomôtriques, et sur la vue des chiffres voisins de lU' dans les colonnes des manuels de climatologie. Cette idée livresque a passé dans l'opinion publique par l'endosmose habituelle qui conduit, en les défigurant, les idées scientifiques aux journaux quotidiens, et pendant l'expédition de Madagascar elle a joué, à un moment donné, un rôle tragique. Pour éviter

mada(;ascar. 153

Pluies, — 11 tombe cependant à Majunga une quantité de pluie assez grande. Le dernier chiffre publié est seulement de l'",13; mais il s'agit de Tannée 1896-97, Tannée do la famine et des mauvaises récoltes. 11 semble d'ailleurs que la côte Ouest soit depuis quelques années entrée dans une période de pluies décroissantes (1).

Kn 1891-02 il est tombé 72 pouces « on l-^OA.

1892-93 — 57 « 20 ou 1"S53.

1893-94 — 51 (( 91 ou l'»,37.

1896-97 — 42 « 01 ou 1"M3.

Le chiffre de l*",!)} étant manifestement trop faible, on pourrait admettre peut-être qu'il tombe en moyenne à Majunga i'",50 d'eau.

C'est un chiffre encore élevé, égal à celui des précipitations sur certains points de la côte Est comme Vohémar. Pourtant entre la côte Est el la campagne de Majunga, le Bouéni, le contraste est violent, i^e lîouéni a franchement une végétation de pays qui souffre d(î la sécheresse.

C'est que les pluies à Majunga sont groupées toutes dans une moitié de Tannée. En 96-97 toute la pluie est tombée d'octobre en avril, sauf 2 millimètres, tombés en juin.

En 93-94 juin et juillet, en 92-93 juin, juillet, août n'ont que des zéros dans la colonne des pluies, et les mois immédiatement précédents et suivants comptent la pluie par millimètres.

Au contraire, en décembre, janvier, février, mars, il pleut, en moyenne, une dizaine de pouces d'eau par mois (0,27 centimètres). Une fois (janvier 92) le chiffre de 20 pouces est atteint; soit plus d'un demi-mètre d'eau en un seul mois et dans un pays

lo passago (!(» la inor Houjrc à do jounos soldais (|uo I«> souI mot do i*apatriomoiit aurait à moitié guôris, on los a (envoyés mourir dans los hôpitaux do N(»sy-Koml»a ot kU* Bourbon. Passiigors d'avant cl n'ayant pas lo droit d«* consultor h' thormomètre placéàl'ai-riôn^ sur lo rouf!»», ils soraiont pourtant arriv(^s à Suoz sans w* doutor qu'ils avaient Iravors«» une lournaiso.

(1) Stratlon Knolt, l. c.

OÙ, pendant de longues périodes de plusieurs mois, il n'en tombe à la lettre pas une goutte. — Le chiffre annuel des jours de pluie, 70 seulement, schématise bien le groupement des pluies sur une période très humide.

A Vohémar, la même quantité absolue se répartit sur 164 jours.

C'est la marque essentielle de Touest, tandis que sur Tautre côte Tannée coule uniforme à de presque insensibles variations près, sur l'ouest elle est violemment contrastée en saisons. C'est le principe d'une différenciation profonde dans les façons d'être de tout ce qui a vie. Les plantes sont autres et autrement distribuées, le décor est changé à ce point que dans bien des cas une photographie sans subscription se classerait au premier coup d'oeil côte Est ou côte Ouest. La vie sociale des indigènes se rythme comme l'année ; les pluies retiennent les Sakalava au village et à leurs rizières ; la saison des nuits sèches et des rivières guéables les éparpille au loin en bandes de pillards, il n'est pas jusqu'au sol qui ne doive aux saisons une partie de son originalité; la végétation plus pauvre de l'ouest ne le recouvre pas, comme dans l'est, d'une pellicule d'humus, il a l'air écorché, à vif. C'est un autre monde. •

Grandidier remarque que, dans les mêmes espèces, les animaux de l'ouest sont plus petits et ont une tendance à l'albinisme, c'est-à-dire qu'ils sont de coloration plus claire. Les œufs même des oiseaux ont cette tendance. 11 n'est pas besoin d'ailleurs d'être zoologue pour se souvenir que dans l'ouest les lémuriens les plus fréquemment vus sont les maques blanches [Sifaka en sakalava, propithecus Verreauxii, je crois). Elles sont inconnues dans l'est où toutes les maques sont de couleur foncée, quelques-unes d'un noir franc; les plus grandes des maques malgaches sont d'ailleurs orientales (baba-Koto n. s. indris brevicaudatus).

Vents, — Ainsi se marque jusque dans les détails cette divi-

sion de Tîle en sortes de compartiments quasi étanches, dont l'origine est assurément climatérique.

C'est le régime des vents naturellement qui rend intelligible celui des pluies. Si on cherche à le traduire en chiffres, il n'y a que deux colonnes d'observations chargées :

celle du sud-est, qui a soufflé 148 fois en 1896-97 et du nord-ouest, qui a soufflé 240 fois.

Les autres vents n'ont été notés que 30 ou 40 fois au maximum. L'observateur (Stratton Knott) croit que le chiffre 240 nordouest est au-dessus de ce que serait une moyenne basée sur une plus longue série d'observations. En 1896-97, le nord-ouest a soufflé avec une fréquence inusitée (1).

Les tables marquent bien le caractère saisonnier des vents de sud-est et du nord-ouest.

Sur 148 notations du sud-est toutes, à 23 près, se rapportent à la saison sèche.

Sur 240 notations du nord-ouest toutes, à 24 près, se rapportent à la saison humide.

Sur la direction et Talternance des vents dominants à la côte Ouest nous avons des renseignements, à tout prendre, plus certains que des observations météorologiques, et qui d'ailleurs concordent avec elles ; c'est le consensus des indigènes et le témoignage que porte leur langue, les expressions techniques des caboteurs du nord-ouest. A Majunga et sur la côte les vents du sud-est et du nord-ouest ont une individualité populaire et un nom, comme ailleurs le mistral ou le sirocco. Tous les Sakalava connaissent le talio qui souffle du large et le varatazy qui vient de terre ; à Majunga, les enfants du port savent qu'en saison sèche les boulres mettent ou plutôt mettraient de quinze jours à un mois pour remonter la rivière jusqu'à Maro-voay (60 kilomètres) et qu'en saison des pluies, poussés en poupe par le talio, ils

(1) L'observatoire de Majunga n'a pas publié de chiffres sur la direction des vents pour les années 1892-93 — 1893-94.

font à la rigueur le trajet en vingt-quatre ou quarante-huit heures.

Il n'est pas difficile d'identifier le talio avec la mousson du nord-ouest et le varatazy avec Talizé du sud-est. A Majunga Talizc, qui a traverse Tîle en écharpe, apparaît en vent de terre; il descend asséché des hauts plateaux et le même vent qui a inondé les pentes de la côte Est, éclaircit le ciel de Majunga.

Généralités sur la côte Ouest, Pluies d'été. — Dans une situation assez centrale Majunga n'est pas un mauvais type du climat de l'ouest entre Nosy-Bé et le Fiherenga ou tout au moins le Menabe. Dans toute cette région, c'est bien l'alternance des moussons avec l'alizé qui donne au climat sa physionomie, entraînant comme conséquence la division de l'année en saison sèche et saison humide. Je retrouve dans mes notes et dans mes souvenirs qu'en août et septembre 1892, dans les bassins de la Mahajamba et de la Sofia, un vent régulier d'est ou de sud-est n'a cessé de menacer la stabilité de mon casque. D'ailleurs le talio et le varatazy sont des personnalités populaires non pas seulement à Majunga, mais dans tout le Bouéni et l'Ambongo.

A Ankavandra, le chef Andriatsileo qui surveille les pluies avec l'œil d'un gros propriétaire de cannes, dit qu'elles sont amenées par les vents du nord. 11 en est de même fort loin dans le sud, à Fanjairana sur les bords de l'Oni-lahy, chez les Antanosy, au dire du Révérend Ton, qui a séjourné trois ans dans le pays (1).

Climat de la vallée triasique, — Il est pourtant probable que des séries d'observations, prises de points comme Mevatanana et Ankavandra, c'est-à-dire dans la vallée triasique, s'il y existait des stations, seraient intéressantes à consulter. A une certaine distance dans l'intérieur, au voisinage des hauts plateaux, le climat n'est plus tout à fait celui de Majunga.

Température, — La chaleur est probablement beaucoup plus forte; à Mevatanana, autrement dit Suberbieville, les blancs

(1) Renseignements omux.

assez nombreux qui y séjournent depuis une dizaine d'années font une réputation de chaleur étouffante.

A Ankavandra, d'un premier séjour d'un mois en saison chaude, février 1893, j'ai gardé le souvenir que le sol des sentiers au milieu du jour brûlait le pied nu à rendre la marche impossible (1). D'un second séjour, en saison sèche cette fois, (septembre 1893), j'ai une série d'observations prises au thermomètre fronde à des heures qui malheureusement ne sont pas toujours invariables. L'oscillation diurne du thermomètre est assez régulière. Dès 6 heures du matin, on observe déjà 25"*, à dix heures on atteint 30"*, à midi 32°, à trois heures 34 et parfois 35"*; h neuf heures du soir le thermomètre n'est pas encore descendu au-dessous de trente. A Majunga, au mois de septembre, la moyenne des observations prises à 11 heures du matin et 5 heures du soir est seulement de 27'', et le maxinmm absolu de 30 ou 31° (2). On pourrait donc admettre un écart de 3° environ, avec l'incertitude que comporte l'imperfection des observations faites à Ankavandra (?).

Pluies, — Il est probable aussi que les points situés comme Mevatanana et Ankavandra, à proximité de hauts et puissants massifs, sont plus humides. Je retrouve dans mes notes pour le régime d' Ankavandra un premier orage le 21 septembre, puis cinq autres dans le courant d'octobre; au 28 octobre, la rivière Manandaza avait une crue. La saison des pluies a donc commencé cette annèe-là, dès la fin de septembre, dans la région d'Ankavandra; et c'est bien précoce. La première pluie en 189G est tombée à Majunga le 28 octobre seulement, d'après Stratton Knott.

Ces orages de la région d'Ankavandra en septembre et octobre 1893 étaient d'ailleurs curieux à observer. On les voyait à 4 ou

(1) Pas do notos sm- co prcniior st'jour, \o voyage a «'tr* d/'sorpanisé par une attaqua (lo Fahavalo.

(2) Knott, Anlan. Amuial.

5 heures du soir se former sur le Bongo Lava, la haute muraille de 1.000 mètres; de petits nuages s y aggloméraient, tournoyant et courant à la rencontre Tun de l'autre, puis la petite masse noire, crevant en pluie, zigzaguait sur la plaine d'Ankavandra à une allure rapide, et nettement délimitée comme d'un trait au crayon. L'influence locale des montagnes était évidente.

Il est vraisemblable que les pluies de moussons s'établissent d'abord sur la pente ouest des hauts plateaux et plus tard seulement à la côte ; la vallée triasique en aurait donc plus que sa part, puisqu'elle forme un fossé continu au pied des grandes falaises gneissiques.

Insalubrité de la vallée triasique. — On ne peut parler qu'avec les plus grandes réserves du climat d'une région aussi mal connue météorologiquement. Il est pourtant bien certain, en tout cas, que dans l'ouest la résistance de l'Européen au climat est moindre, suivant qu'il séjourne à la côte ou à une certaine distance dans l'intérieur; c'est l'intérieur qui est plus malsain, notre corps expéditionnaire en a malheureusement fait l'expérience à Mevatanana.

Décroissance des pluies du nord au sud. — Sur toute la côte on observe, ou du moins on observerait à coup sûr, une décroissance progressive dans la quantité des pluies à mesure qu'on s'avance vers le sud. Dans cette même année 93 où il pleuvait à Ankavan dra depuis la (in de septembre, à Majnnga depuis la (in d'octobre, les habitants de Morondava attendaient encore la première pluie au milieu de décembre. Nous n'avons pas d'observations pluviométriques, mais à leur défaut, non seulement l'avis des Européens et des créoles est unanime, mais encore la végétation porte un témoignage irrécusable ; les premiers ce arbres corail » , et les cactus-cierges, si caractéristiques de climat sec, apparaissent de Taolampia (15 kilomètres au sud de Morondava).

Rareté des cyclones à la côte Ouest. — La côte Ouest contraste encore avec la côte Est, ou plutôt le canal de Mozambique

avec l'océan Indien , par la sécurité de ses eaux. Aux cyclones de l'océan Indien qui font tant de ravages à Bourbon, Maurice, Tamatave, l'épaisseur de l'Ile semble opposer un obstacle infranchissable.

Ce n'est pas naturellement que le canal de Mozambique n'ait quelquefois des coups de vents. En trois années l'observatoire de Majunga en enregistre trois ; pendant celui qui semble avoir été le plus violent (20 février 1897), le baromètre est descendu à 28 pouces 616, soit environ 752 millimètres ; c'est la plus basse lecture barométrique observée. D'après la carte 19 de l'atlas de l'amirauté allemande, les grands cyclones de l'océan Indien amènent des dépressions autrement marquées : 735 et même 718 millimètres au centre du cyclone.

A Ankavandra en février 1893, un coup de vent avait laissé des traces très visibles de son passage, mais les ravages paraissaient être le fait moins de la force mécanique du vent, que des pluies et des inondations dont il avait été la ca,use. On voyait d'immenses traînées de sable, lits desséchés de torrents provisoires qui avaient balayé les arbustes et courbé les grands arbres; les Sakalava s'émerveillaient de la violence inusitée de cet orage qu'ils appelaient mpanosfa lalana, celui qui change les chemins.

Je retrouve dans mes notes mention d'une bourrasque les 29, 30 et 31 mai 1894, essuyée sur une petite goélette à l'ancre aux embouchures du Mangoky. Le vent était assez violent pour rendre la navigation dangereuse; une bâche imperméable assez lourde posée à plat sur la dunette fut emportée comme un mouchoir de poche dans les palétuviers, mais le baromètre après tout n'est pas descendu au-dessous de 758 millimètres.

Nosy-Bé, au dire de Stratton Knot, « souffrit beaucoup » d'une bourrasque du sud-ouest le 20 février 1897. Cependant, de l'avis du D*" Guyol, Nosy-Bé ne connaît que des formes atténuées de cyclone.

Diégo-Suarez, le 5 février 1894, a été visitée par un cyclone qui

a fait chasser de gros bateaux sur leurs ancres et dépouillé de leurs toits eu tôle ondulée la majorité des maisons de Diego. La tempête a duré quelques heures à peine et Tétonnement des colons et des marins en soulignait le caractère exceptionnel.

On admet généralement que la zone des grands cyclones commence seulement à partir de Vohémar en tirant vers le sud et que la côte Ouest, Diégo-Suarez inclus, n'a de perturbations cycloniques qu'aux dimensions du canal de Mozambique.

Pour la division navale de Tocéan Indien et pour la Compagnie des Messageries maritimes la côte Ouest est Tasile et le champ d'action habituel des canonnières et des vapeurs de petit tonnage et de navigabilité médiocre, qu'il serait imprudent d'aventurer sur la côte Est.

Zone subdésertique du sud-ouest

Il est tout à fait certain qu'il faut mettre à part la côte sud et sud-ouest de Madagascar, les pays Antandroy et Mahafaly; le climat est sub-désertique, et les conditions de la vie n'y sont plus du tout les mêmes que dans l'ouest.

Malheureusement il n'existe de séries d'observations que pour un point, Nosy-Vé. Encore ce point est-il à la limite extrême du pays Mahafaly, c'est-à-dire de la région sub-désertique, et c'est peut-être un type incomplet du climat. Les chiffres fournis par les observations de Nosy-Vé ont donc plutôt chance d'atténuer les caractéristiques du climat du sud.

Température. — Quoique située déjà hors des tropiques, la région est chaude. La température moyenne de l'année à Nosy-Vé est 26 ou 1T (1), c'est à peine moins que Nosy-Bé (27") et que Majunga (28"*) ; c'est 2 ou 3 degrés de plus que Tamatave (24"*). — Les écarts thermiques tant diurnes qu'annuels sont assez rapprochés de ceux de Majunga, et plus forts que ceux de Tamatave. Au seul

point de vue des indications thermométriques il n y a pas entre Nosy-Vé et Majunga de différences bien sensibles. D'après le W Walen qui a séjourné longtemps dans le voisinage : ce dans ce qu'on appelle la saison des pluies la chaleur sur la côte sudouest est intense; presque insupportable au milieu du jour (1) ». Même au mois le plus froid de Tannée, le mois d'août, le thermomètre, aux heures les plus fraîches de la nuit, ne descend guère au-dessous de 16** et dans le jour il monte à S?**. Même en admettant, ce qui est probable, que la moyenne thermique des pays Mahafaly et Antandroy est inférieure à celle de Nosy-Vé, ce n'est pourtant pas un pays où l'Européen puisse chercher de la fraîcheur.

Salubrité. — Il y trouve en revanche un certain degré de salubrité. Le R'' Walen le reconnaît avec quelque mauvaise grûce. ce La fièvre sur la côte n'a pas suc/i a fatal c/iaracter que dans l'intérieur (2) ; » elle n'a même pas de caractère fatal du tout : comparée à Nosy-Bé, et même à Majunga, Nosy-Vo serait presqu'un sanatorium ; et l'intérieur même parait beaucoup plus sain que le Bouéni, autant qu'on peut être affirmatif en se faisant l'écho d'opinions individuelles et profanes, nécessairement influencées par le hasard de la date, rapprochée ou lointaine, du dernier accès de fièvre ou de la dernière crise hépatique.

Pluies, — En tout cas, le sud-ouest a pour être moins insalubre un motif indéniable, la sécheresse subdésertique de son climat. C'est là son originalité, et toutes les conditions de la vie en sont modifiées si profondément que le sud-ouest est un monde à part.

Il n'est tombé à Nosy-Vé que 410 millimètres en 1891 et 277 en 1892. Ce qui fait une moyenne de 35 centimètres par an, soit dix fois moins qu'à Tamatave, cinq fois moins qu'à Majunga. La chaleur du soleil subtropical d'une part, en favorisant Tévaporation

(1) .4. .1., t. II, 1». 5.

MADAGASCAU. 11

rapide, la perméabilité du sol calcaire d'autre part, et la circulation souterraine qui en est la conséquence, contribuent à rendre inutilisable, pour Thomme et les végétaux, cette quantité d'eau déjà si faible en soi.

Le sud-ouest est un pays d'Oueds, de lits à sec la plus grande partie de Tannée, ou semés d'un chapelet de ilaques. Ceci ne s'applique pas à TOni-laliy, qui est un grand fleuve, venu du cœur de Tîle, navigable pour de petites embarcations sur 200 kilomètres, et qui d'ailleurs, n'est mahafaly qu'au voisinage de son embouchure et sur une rive seulement. Mais les deux petits fleuves mahafaly, laLinta et la Menarandra, ne parviennent à la mer qu'exceptionnellement. Lemaire décrit ainsi le Manambovo, l'un des deux petits fleuves antandroy : « 11 coule dans une très large vallée,... et le lit, qui est à sec, se déroule en un long ruban jaunâtre , coupé, çà et là, par quelques flaques d'eau, mal reliées entre elles par un petit filet d'eau (1) ».

L'autre rivière antandroy, le Mandreré, n'appartient à la région sub-désertique que sur une moindre partie de son cours, et se tient un peu mieux. Pourtant, ce en octobre ce fleuve roulait très peu d'eau, et son embouchure était ensablée et par conséquent fermée depuis des semaines (2) ».

Encore est-il curieux de trouver un aussi petit nombre de tout petits fleuves sur une étendue de côtes aussi considérable. Quatre embouchures sur près de 500 kilomètres, c'est assurément beaucoup moins qu'on ne trouverait partout ailleurs à Madagascar sur une étendue correspondante.

La vie humaine est dans la dépendance étroite des points d'eau. L'humidité cachée dans le sous-sol affleure parfois en petites flaques, qui sont des centres de villages. Tel est « Analavondrové, où il y a sept à huit mares, dont deux contenaient encore un peu d'eau. C'est là que viennent s'abreuver les trou-

(1> BuUclin de la S^fciclc tle (ji'tnjrapliie, I8ti7, V' trimestiv, p. ICXi. {i) L.c.,\). 1)7.

peaux de cette région, et que les ménagères indigènes s'approvisionnent dans des trous qu'elles creusent sur leur bord, dans le sable. Pendant rhivernage, cette dépression forme un lac d'un kilomètre de diamètre (1). »

D'autres fois, ce sont des puits, c'est-à-dire de pauvres trous remplis d'eau boueuse, qui deviennent des choses infiniment précieuses, propriété de la tribu, qu'on défend et qu'on se dispute. « 11 n'y a pas de village à Amborobé, mais seulement, comme rindique son nom, une douzaine de puits, creusés dans le sable et profonds de 7 à 8 mètres, où l'on accède par des marches taillées grossièrement dans la terre ; chacun de ces puits est la propriété d'un des villages environnants du petit district de Sevohitra, et est entouré d'une haie de nopals. Lors du passage de M. Lemaire, ils étaient taris, à l'exception de deux, au fond desquels il a trouvé, dans une petite cavité, 10 à 15 centimètres d'une eau boueuse, jaune (2). »

Ces points d'eau sont éloignés les uns des autres et le voyageur emporte avec tui sa provision d'eau, certain de n'en pas trouver en route (3).

L'indigène, Antandroy ou Mahafaly, s'est accommodé à ce climat. Faute d'eau, ils semblent avoir complètement renoncé à toute espèce de soins de propreté, ce M. Lemaire, qui avait permis à l'un des chefs de marcher pendant assez longtemps à ses côtés, la main dans la main, le regretta vivement lorsqu'il vit le lendemain sa main enfler et se couvrir de boutons qui le firent souffrir pendant plusieurs jours. Le manque d'eau explique cette saleté, qui engendre la gale et les plaies hideuses dont la plupart des indigènes sont couverts ; leurs yeux chassieux sont d'ordinaire entourés de mouches qu'ils ne cherchent môme pas à chasser (4). »

(l) L. c, p. MVl.

yl) L. c, i). KX).

(1) A. (\, p. UH.

11 >o i»roiliiit iiiriiio uiu- -vrto d'adaptation physique, autant qu'on |»oiit l'ii jui:iT. L«> iuJi^» lU'S du sud que la traite J'> e>rl;4Yi-s anuiu- ou daulr» > j.ai lio> dr V\\v. au Menabe par exenip!^. >'oloiiiK'iit, dil-i»n, >iuciTinuiit dv voir les Sakalava boiro autant d eau.

L\iirrlculturi' i*l rrduito à i illts df> cultures qui exigent la moindri' sonimo dinuniditr. uu juu do manioc, surtout des [«alatos; 1rs rizirivs >out iui'Ounur> dans le sud. Des provinces vui- 5i!n*s, lo Fihcroujra jiar iXinijilo. on faiu surtout dans les mauvaises années, l'importation di> dinroes alimentaires qui a pour eontre-parlio Texportation des osi-laves, — des sacs de manioc s écliangenl e^mlre drs êtres liumaius.

('/est à la dittieultô dr \ivrr qnil faut, somble-t-il, attribuer r<'\islrnee dans le >nd dnn plat bizarre: on mange les grains de tannirins niêlansîés avee dr la nFnhr pour leur enlever leur aeiilitr. Drury h» compare à nne platée de « mortier avec des chevriix dedans (11, ///»>■ ///o;/f/; %<7/A /rn// in if ». C'est déjà delà groplm^ir. Plus enrore qnr les autres trilius cotières, les Sakalava rn parlienlirr, qui \ivent Inaneonp à m<>me la naturelles inilim'hi's du sud sont u manireurs de choses immondes ».

Tout rr pa\s, faute ilrau. est à la limite extrême de riiabila-

hilitr.

liii MiiMrrr a stir la population st^< ei>nsrqnences morales habihirlli'fi. (I'i'mI Ir roin de Madaira>rar on la société est le plus iii')rj/iinii|ur, où rr\i>!t»urr luunalne est la plus violente et le plus iihil »?.;-.iirii', 1rs rrlalious triunnmr à homme les moins sûres. l,t\ Miilinlaly mouI drrrii^> pour Irur sauvatrerie jusque chez les •wd'dhivii, rr qui rs| paradi>\al ; la ri»nqurle française, quand elle i- ' !' irhii jui'.qu'à ru\,potïna prul-rtrr les transformer rien qu'en l' iM 'l'Hitiiihl «il' rrau;i»n sruihlaMr pa\ s on ne se défend pas de la \if u:\ii' qii iiur rquipi» dr junsatiers vaudrait une société de

(h / • . |( jlii

Il se produit même une sorte d'adaptation physique, autant qu'on peut en juger. Les indigènes du sud que la traite des esclaves amène en d'autres parties de Tîle, au Menabe par exemple, s'étonnent, dit-on, sincèrement de voir les Sakalava boire autant d'eau.

L'agriculture est réduite à celles des cultures qui exigent la moindre somme d'humidité, un peu de manioc, surtout des patates ; les rizières sont inconnues dans le sud. Des provinces voisines, le Fiherenga par exemple, on fait, surtout dans les mauvaises années, l'importation des denrées alimentaires qui a pour contre-partie l'exportation des esclaves, — des sacs de manioc s'échangent contre des êtres humains.

C'est à la difficulté de vivre qu'il faut, scmble-t-il, attribuer l'existence dans le sud d'un plat bizarre; on mange les grains de tamarins mélangés avec de la cendre pour leur enlever leur acidité. Drury le compare à une platée de « mortier avec des cheveux dedans (1), like mortar with hair in it ». C'est déjà de la géophagie. Plus encore que les autres tribus côtières, les Sakalava en particulier, qui vivent beaucoup à même la nature, les indigènes du sud sont « mangeurs de choses immondes ».

Tout ce pays, faute d'eau, est à la limite extrême de l'habitabilité.

La misère a sur la population ses conséquences morales habituelles. C'est le coin de Madagascar où la société est le plus inorganique, où l'existence humaine est la plus violente et le plus mal assurée, les relations d'homme à homme les moins sûres. Les Mahafaly sont décriés pour leur sauvagerie jusque chez les Sakalava, ce qui est paradoxal; la conquête française, quand elle s'étendra jusqu'à eux, pourra peut-être les transformer rien qu'en leur donnant de l'eau; en semblable pays on ne se défend pas de la pensée qu'une équipe de puisatiers vaudrait une société de missionnaires.

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DISTHlIlT'VION

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C'est sur la v(^g6tation que lu sécheresse du climat se marque (le la façon la plus apparente au premier coup (Foeil, toute la côte sud et sud-ouest est couverte de plantes pachydermiques, épineuses, sans feuilles, et gorgées de sucs ; ce sont des réservoirs d'humidité ingénieusement protégés contre Tévaporation.

Ils jouent un grand rôle dans Talimentation de tout ce qui vit, à commencer par Thomme et son bétail. Les bœufs qu'on achète à la côte sud ont la langue garnie d'épines ; et les cactus dont les mauvaises figues de Barbarie pourrissent généralement sur place dans le reste de l'île, s'élèvent en pays androy et mahafaly à la hauteur d'arbres fruitiers. Les maques blanches, qui abondent, ne boivent apparemment pendant la plus grande partie de l'année que des sucs végétaux. Certainement la faune est très particulière, elle est loin d'être scientifiquement connue, mais on sait que certains animaux se trouvent exclusivement dans le sud.

C'est le cas à tout le moins pour une espèce de tortue qui fait l'objet d'un certain commerce, une tortue haute forme, petit dôme du Panthéon ambulant, très demandée sur le marché de Bourbon et de Maurice où les créoles en sont friands. Ces animaux sont évidemment organisés pour les longs jeûnes d'un pays pauvre. A Nosy-Vé on voit des parcs exigus, à sol de sable sans un brin d'herbe, remplis de tortues qui attendent la prochaine goélette, sans que personne s'occupe de leur subsistance. Elles supportent ce régime avec une indifférence nécessairement puisée dans une longue habitude. Après des semaines de diète, on les voit toujours continuer les unes par-dessus les autres leur promenade lente, avec un bruit de carapaces heurtées^ comme un cent d'écrevisses dans une serviette mouillée. Leur vie en liberté doit être, elle aussi, coupée de longues famines. Après un orage Lemaire les a vues sortir fourmillantes de tous les fourrés.

Répartition des pluies. — Tout cela ne laisse pas de doute sur le peu d'importance des précipitations fluviales dans le sud;

quant à leur répartition le long de Tannée, elle ne semble pas différente de ce qu'elle est dans tout l'ouest, malgré la situation extra- tropicale du pays.

A Nosy-Vé en 1891, sur 418 millimètres, 247 reviennent aux cinq mois de saison chaude.

Et en 1892, sur 277 millimètres, 263 reviennent aux cinq mois de saison chaude.

C'est une disproportion très marquée ; et ces chiffres concordent avec des faits d'observation générale qui emportent la conviction. Lemaire a voyagé en pays antandroy au mois de novembre, on se trouvait à la fin de la saison sèche et tous les puits étaient à sec.

Personnellement sur la route de Tulléar à Be-raketa, j'ai vu les puits de Rano-hinaly parfaitement utilisables au mois de juin, commencement de la saison fraîche, et desséchés jusqu'au fond au mois de novembre. La saison fraîche est donc sèche dans le sud comme dans l'ouest.

C'est dans la saison chaude, lorsque l'air échauffé a une tendance à s'élever, que quelques orages apportent à la côte sud la partie de beaucoup la plus grande de ses pluies.

Rosées. — Pourtant un passage de Drury (1) ne peut pas être passé sous silence, ce J'aimais assez garder le bétail, excepte dans la saison chaude ; c'était alors une grande fatigue de les mener à Teau tous les jours à plusieurs milles de distance : dans la saison fraîche, c'était inutile : il tombe alors une si forte rosée qu'il était suffisant de pousser les bœufs dans l'herbe au lever du jour : ceux des Antandroy qui vivent loin de Teau, vont aux champs avec deux assiettes de bois et un récipient, et en une heure de temps ils ramassent de huit à dix gallons de rosée; il est vrai qu'elle ne se conserve pas, elle surit en un jour ou deux. »

Le passage est trop circonstancié pour ne pas inspirer une certaine confiance, quoiqu'il soit un peu délicat de donner une valeur météorologique à une assertion de Drury. Elle n'a cependant* rien d'invraisemblable. L'humidité relative est toute l'année assez élevée à Nosy-Vé, de 70 à 80, et par contre la nébulosité est très faible. Elle est évaluée à 0, ou 0..., une fraction, pendant trois mois, le reste du temps elle n'est presque jamais supérieure à 1.... une fraction. A Fort-Dauphin, l'évaluation de la nébulosité n'est en aucun mois de l'année inférieure î\ 2. Le sud est un pays de ciel implacablement pur; il est donc très croyable que la rosée y soit abondante.

Si cela est, c'est un contraste avec le reste de Madagascar; une expérience assez prolongée des nuits en plein air dans l'ouest laisse l'impression que la rosée y est un phénomène assez rare. Des rosées abondantes pendant la saison fraîche aideraient donc la côte sud à lutter contre la sécheresse. Est-ce pour cela que l'atlas de l'océan Indien de l'amirauté allemande donne au sud malgache un climat de transition entre le régime des pluies d'été et des pluies d'hiver?

Il est remarquable d'ailleurs que, si la végétation du sud est pauvre et très particulière, elle soit du moins assez fourrée. L'Androy n'est pas un pays nu, seulement c'est d'épines qu'il est couvert. Les rosées d'hiver peuvent y être pour quelque chose, et grAce à elles, si l'eau est rare, du moins la répartition sur les mois de l'année est-elle moins inégale et moins défavorable dans le sud que dans l'ouest.

Vents, — Le régime des vents, responsable naturellement de celui des pluies, est assez simple à définir. A Nosy-Vé, c'est le vent du sud qui domine; les tables pour l'année 1892 l'indiquent; le vent du sud franc aurait soufllé 216 fois, tandis que le vent d'ouest, le plus fréquent après celui du sud, a soufflé 117 fois seulement et le vent d'est qui suit, par ordre d'importance, 107 fois.

II est pourtant très probable, et je crois certain, que ces chilTros expriment d'une façon tout à fait insuffisante la disproportion énorme qui existe entre le vent du sud et tous les autres, sur la côte de Nosy-Vé. Aux heures calmes du matin, avant que rinvariable vent du sud n'ait son réveil journalier, des souffles incertains et faibles viennent de tous les points de Thorizon. 11 est évident que l'observateur a dû les affecter de la mc^me notation que la brise du sud régulière et « fraîche » pour employer un terme de marine, qui passe sur Nosy-Vé toute l'après-midi et la plus grande partie de la nuit. Dans des notes anciennes je retrouve le récit d'un voyage en bateau à voile de Morondava à Nosy-Vé. C'était une embarcation gréée en goélette, comme les charpentiers créoles en construisent au Menabe, à Belo en particulier, mais non pontée, vieille, et tout à fait incapable de piquer dans le vent; en louvoyant, elle perdait à chaque bordée. Pour nous pousser de Morondava à Nosy-Vé {400 kilomètres environ), il nous fallait des vents de nord et j'ai pu apprécier combien ils font défaut dans ces parages ; une circonstance heureuse, un coup de vent de noroît qui malheureusement devint bien vite trop violent pour être utilisé, nous fit franchir en un jour près de la moitié du chemin, jusqu'à l'embouchure du Mangoky; mais la bourrasque passée, il fallut près d'un mois (du 26 mai au 21 juin), pour franchir la seconde moitié. C'est la brise du sud qui était responsable de ce retard.

Parfois elle souffle sans rémission pendant plusieurs jours consécutifs. En général cependant elle faiblit et s'arrête dans le courant de la nuit, à mesure que la terre se re.^'roidit.

Alors arrivent les calmes qui durent la matinée; quelquefois, quatre ou cinq peut-être dans le mois de juin 1894, la brise de terre s'établit, toujours faible, soufflant de l'est d'abord, puis du nord. Immanquablement, de midi à trois heures, le vent s'établit au sud, très frais. La série des observations barométriques dansée voyage du nordau sud-est est 764, 764, 764, 767,

770, 767, 767, 770, 768, 769, 770, 771. Lo baromètre à Morondava marque 764; à Nosy-Vé, 771. De jour en jour on pénètre sous une colonne d'air de plus en plus dense et pesante qui nous refoule au visage le vent du sud.

A Nosy-Vé, ce vent a la réj^ularité d'une entreprise de transports; à heure dite, tous les jours après déjeuner, c'est lui qui emmène les embarcations à la grande terre, à Tulléar. Il se lève aussi régulièrement que le soleil.

Ce vent du sud a une puissance asséchante sensible à Tœil. A Morondava, lorsqu'il s'établit, le ciel s'éclaircit brusquement d'un bout de l'horizon à l'autre, et les derniers nuages s'évaporent dans le bleu. Au cours du voyage en goélette de Morondava à Nosy-Vé je retrouve notée l'insolation perpétuelle , pénible au milieu du jour, quand les amures sont du mauvais côté et que Tombre de la voile tombe à Teau inutile.

Il est aisé de la reconnaître cette brise ; c'est le varatazy du nord-ouest, l'alizé qui à Majunga souffle du sud-est, à Nosy- Vé du sud franc, au cap Sainte-Marie (semble-t-il) (1) de l'est.

Il vient de Fort-Dauphin en épousant la courbe de la côte.

Quelle que soit la déviation que la terre lui fasse subir, il n'en a pas moins partout la môme origine, la zone de hautes pressions subtropicales.

Il semble bien que la forme et la position de cette zone au voisinage de Madagascar soit marquée dans l'atlas de l'amirauté allemande d'une façon trop sommaire et même fausse. Dans les tables du P. Colin la moyenne annuelle de la pression barométrique est à Nosy-Vé de 770, à Fort-Dauphin de 762. Assurément ce sont là les données de simples baromètres anéroïdes. Cependant le baromètre, anéroïde aussi, mais différent^ dont je me suis servi en 1894, indiquait à Nosy-Vé 771 millimètres en Juin; deux ou trois mois après, à Fort-Dauphin, en septembre, le

(1) Cf. carto liivo do l'atlas do ramirautô allomando.

même baromètre marquait 705, et reporté à Nosy-Vé, fin octobre, il remontait à 770.

On pourrait admettre que, d'une part, sous Tinfluence réchauffante de la branche du courant équatorial qui longe la côte Kst, les isobares reculent sensiblement vers le sud dans la région de Fort-Dauphin, — et que, d'autre part, ils s'infléchissent fortement au nord sur l'extrémité méridionale de l'île, située en dehors de la zone tropicale, et relativement froide en hiver. C'est une hypothèse qu'on a essayé de schématiser dans la carte jointe. En tout cas il faut constater ce fait incontestable. Le môme vent, l'alizé, souffle du nord-est à Fort-Dauphin et du sud franc à Nosy-Vé; il a opéré une conversion de 135 degrés.

En hiver le vent de sud franc, appelons-le vent de Nosy-Vé, souffle jusqu'au cap Saint-André, au delà duquel commence le domaine du varatazy de Majunga, le vent de sud-est ou même d'est.

La Mousson du nord. — En été, le varatazy, sur la cote nord-ouest, cède la place au talio, la mousson du nord. La mousson s'étend au sud du cap Saint-André, sur le Mailaka, le Mcnabe, refoulant devant elle le vent de Nosy-Vé et restreignant son domaine, mais le vent du sud, pour affaibli qu'il soit en été, ne cesse pas de dominer sur la cote mahafaly. Le Mailaka, le Menabe, la partie vaseuse de la côte où viennent s'accumuler tous les débris des falaises du nord-ouest et du sudouest, sont le champ de bataille où les vents du nord et du sud se refoulent alternativement, l'un apportant l'humidité et l'autre la sécheresse.

II est d'expérience courante qu'un voyage à la voile de Morondava à Nosy-Vé, si long et presque impossible au mois de juin, se fait rapidement et sans difficulté dans la saison des pluies. Les tables météorologiques pour l'année 1892 affectent le vent du nord du chiffre total de 78 sur lequel 7 fois seule-

ment reviennent aux six mois de saison sèche et 71 aux six mois de saison pluvieuse. Mais h Nosy-Vé, même en saison pluvieuse, le vent du sud ne cesse d'alterner avec celui du nord. C'est assurément pour cela que celle saison mérite si mal son titre.

Limites indécises au nord de Nosi/-Vc\ — Aussi tout au long de la cote ouest la ligne de démarcation est impossible à établir entre le climat de Majunga et celui de Nosy-Vé. Le Fihorenga ne devrait-il pas être considéré en tout ou partie comme partie du sud-ouest au point de vue climatérique? On serait tenté de Tadmettre à voir sa végétation. Mais la question est oiseuse; ce qui est certain, c'est que la transition est progressive entre les 0"\3*> d^' pluies annuelles à Nosy-Vé et les 1"',50 à Majunga.

Limite nette à Vouest de Fort-Dauphin. — Du coté de Fort-Dauphin au contraire il existe, au sens propre du mot, une ligne de démarcation entre le climat tropical de l'est et subdésertique du sud-ouest. Le voyageur qui suit le sentier de Fort-Dauphin à l^]lak-elaka la franchit au point précis où il passe du versant Est au versant Ouest de la chaîne, et il en est averti par le changement soudain et radical des formes végétales. Ainsi s'accuse la cause déterminante de la sécheresse dans le sud-ouest.

L'Androy et le Mahajaly, où les moussons du nord pénètrent dilhcilement, ont pour unique pourvoyeur de pluies l'alizé, et se trouvent, par rapport à lui, du mauvais côté de la montagne.

Parallélisme avec les grands continents austraux. — « J'ai été souvent frappé, dit Scott Elliot, — et d'autres l'ont été avec lui, — de certaines ressemblances entre le sud Afrique, et le sud Malgache. Le désert antandroy correspond au Namaqualand, les forets de Test à la ceinture boisée de Natal (l). »

La comparaison pourrait être généralisée davantage. Le sud-

(!) Notefi on a hofaniral fn'p.^ A. A., t. IV, p. HOS.

Amérique et TAustralie ont, tout comme rAfriquc et Madagascar, une côte sud-ouest subdésertique contrastant avec une côte Est de climat tropical. Ce fait général ne peut pas être fortuit, il s'explique évidemment par la même cause, îa direction constamment sud-est de Talizé dansThémisphère sud. Après tout Bourbon lui-même, malgré ses dimensions minuscules et grâce à son relief, se divise en deux régions de climat assez distinct, ou du moins d'humidité assez différente, la partie auvent et sous le vent.

Le parallèle pourtant ne se laisse pas pousser dans le détail. Les grands continents de Thémisphère sud se prolongent tous au moins jusqu'au 35** de latitude et l'Amérique 55. 11 en résulte qu'ils pénètrent par leur extrémité dans la zone des vents réguliers du nord-ouest. Madagascar s'arrête au 25** et reste comprise tout entière jusqu'au cap Sainte-Marie dans la zone de l'alizé.

Les grands continents sont longés sur leur côte ouest par de grands courants froids, résultat des vents de nord-ouest, et dont l'influence asséchante est bien connue. Il n'y a pas trace d'un semblable courant sur la côte ouest de Madagascar.

Le climat subdésertique strictement limité à la côte. — Dans rhinterland du Namaqua la sécheresse s'aggrave au désert de Kalahari. A Madagascar la zone subdésertique est un simple ruban côtier. Dès qu'on parvient dans l'intérieur aux altitudes médiocres de 2 ou 300 mètres, on se trouve dans une région de pluies assez abondantes.

Le contraste est instructif entre Nosy-Vé et Fanjairana (de l'Oni-lahy). Il n'y a pas de séries d'observations publiées pour Fanjairana; mais, d'après les observations manuscrites d'un missionnaire norvégien (R*^ Toy), il a plu 101 jours en 1893, tandis qu'à Nosy-Vé le nombre des jours de pluie, en 1892, est de 30 jours seulement. Les deux points sont pourtant situés sous la même latitude.

L'aspect du pays no laisse d'ailleurs pas de doute sur l'abondance relative des pluies. Sur tout Tarrière-plateau gneissique d'abrasion auquel s'adosse le pays Mahafaly; dans la vallée Manambia (Tamotamo, Tsivory), on ne voit pas trace de végétation subdésertique, les rivières (sources de la Linta, de la Menarandra, du Mandrere) ont un cours pérenne; ce sont pourtant les mêmes qui près de la mer prennent des allures d'oueds. La saison des pluies serait môme, au dire des indigènes, très marquée ; elle amènerait des inondations qui rendraient impraticable, de décembre à avril, la route ordinaire de Tulléar à Fort-Dauphin.

L'hinterland Mahafaly-Antandroy semble donc avoir assez vite un climat très analogue à celui de l'ouest (1); ce n'est pas que le régime des vents y soit autre que sur la cote, mais l'altitude croissante a d'autant plus vite fait d'amener l'air à saturation, que son humidité relative est toujours assez élevée dans un pays comme Madagascar, beaucoup plus petit que le sud- Afrique, et beaucoup plus accessible par conséquent aux influences maritimes.

Caractère descendant des vents du nord. — A titre d'hypothèse, on pourrait croire que la sécheresse du sud et du sudouest sur la côte tient précisément à la présence de cet hintcrland montagneux, l'arrière-plateau Mahafaly, les plateaux Bara, qui abritent la région côtière des vents du nord, les grands générateurs de pluies, les moussons issues de la mer des Co.mores. 11 est évident en effet que non seulement dans l'Androy, mais au Mahafaly et môme au Fiherenga les vents de nord-est et de nord franc ne peuvent arriver que par-dessus des plateaux assez élevés, c'est-à-dire à titre de vents descendants. Ce n'est pas seulement par rapport à l'alizé, c'est aussi par rapport à la mousson que ces régions sont situées du mauvais côté de la montagne.

(1) La carte de l»rudlioimne signalée plus haut (Revue de Madagascar) exagère au triple l'épaisseur de la zone cOtière subdéserlique.

Et ceci s'appliquerait à toute la partie de la côte ouest au delà du cap Saint- André en tirant vers le sud; passé ce tournant, la côte est séparée dd ce réservoir d'humidité qu'est la mer des Comores par une étendue croissante de sol plus ou moins montagneux.

Le Centre.

Le cœur de Tile, le sommet si étendu des hauts plateaux devrait être climatériquement rattaché à l'ouest, si Tabondance et la répartition des pluies, la direction et l'influence des vents étaient seules à considérer. C'est la température abaissée par l'altitude qui est ici l'élément de la difl'érenciation.

Pluies, — Abstraction faite des coordonnées thermométriques, les tables météorologiques pour Tananarive ressemblent assez à celles de Majunga, la hauteur des pluies est sensiblement la même. A Tananarive la moyenne de dix années d'observations (1) serait à peu près l'",20 ou 1™,30, ce qui est un chiffre inférieur de peu à celui de Majunga (1™,50).

Il est vrai qu'à la côte ouest la quantité absolue de pluies diminue progressivement à mesure qu'on s'avance vers le sud, et rien de semblable ne s'observe sur les hauts plateaux. En 1892, il est tombé à Fianarantsoa la même quantité d'eau qu'à Tananarive, l"\iGO. En 1891 (2) il est tombé à Ambohi-mandroso, c'est-à-dire plus au sud encore, l'",146. Dans les plaines du Menabe, les Sakalava qui connaissent bien les plateaux Bara pour y être allés souvent en maraude, savent parfaitement que les pluies y sont à la fois plus précoces et plus tardives et par suite plus abondantes que chez eux; ils organisent en conséquence leurs expéditions de brigandage. L'un d'eux, Fahavalo

(1) 1>. Colin, 189-?, p. 1-25.

(•2) La soulc année où nous ayons une série d'observations pour Anibohi-mandroso, P. Colin, 1891.

expérimenté, résumait à ce propos ses connaissances de météorologie populaire sous la forme bongo Isy miova, « les montagnes sont toujours les mêmes ». Dans tout le cœur montagneux de Tîle il ne tombe probablement nulle part moins de un mètre d'eau par an.

Répartition. — Cette quantité, après tout assez considérable de pluies, tombe tout entière dans la saison chaude comme à la côte ouest. En 1892 le pluviomètre K (1) de Tobservatoire de Tananarivo sur 1,229 millimètres annuels en a marqué 1,194 dans les mois d'octobre à avril. Les mois de décembre, janvier, février ont chacun 300 millimètres environ et mai, juin, juillet, août, septembre, environ 5 millimètres.

A Fianarantsoa, sur 62 jours de pluie en 1892, un seul revient aux cinq mois de saison sèche.

Vents. — Comme à la côte ouest, la saison des pluies est liée à la saute du vent cap pour cap, et à l'établissement des moussons succédant à Talizé. Lorsque le grand drapeau claquant au sommet de l'ancien palais de la reine, actuellement école Le Myre de Vilers, après être resté pendant des mois obstinément tendu vers le lac Itasy, se retourne vers Ankera-madinika, la saison des pluies commence.

Sur 8.545 (2) vents d'ouest franc et d'ouest-nord-ouest (direction dominante des moussons à Tananarive), il en revient, en 1892, 557 seulement à la saison sèche.

Un missionnaire anglais qui a séjourné longtemps à Tananarive, le R'' Toy, (3) décrit ainsi le début de la saison des pluies, dans une année déterminée (1877, semble-t-il). « Nous eûmes, comme d'ordinaire, les trois jours de pluies préliminaires, au commencement d'octobre. Du 13 octobre au 20 novembre, il ne

(1) A cause du oai'juUèn» local dos oni^'os, h» P. Colin a installé 4 pluviomètres siii* «inatro points dilTôronts.

Vl) Proportion sur 10.0<)(> vents par mois, I». Colin, 1Hλ2. p. \l\. (*l) liemarka vn the me(eorolof/y of Anlananarivo, A. A., t. I. p. 47.

tomba plus une goutte d'eau, le vent soufflant constamment du sud-est. Le 15 novembre, il passa à Test-nord-est pendant quelques heures, mais revint très vite au sud-est. Le 17, il accusa une tendance à sauter; des cumulo-stratus venant du sud-ouest et de Test passèrent dans Taprès-midi. Le 18, le vent était Est franc et les nuages du genre cumulo-stratus. Le 19, il était de retour au sud-est, mais au coucher du soleil des nuages sombres se formaient à Thorizon ouest, et Tony voyait des éclairs. Le matin du 20, en me levant, je remarquais que le vent s'était établi à Touest pour la première fois depuis les pluies précoces d'octobre. De légers nuages d'ouest passaient lentement. J'étais sûr que la pluie allait venir et je ne me trompais pas. Vers midi, de gros nuages se formèrent à l'ouest et au sud-ouest, on entendit des coups de tonnerre lointain, et on vit tomber la pluie au delà des rizières sur les collines de l'autre côté de l'ikopa. Un peu avant quatre heures, le vent sauta encore au sudest, et de gros nuages avancèrent, les plus bas du sud-est, les plus élevés de toutes les directions. Au coucher du soleil, la pluie commença et dura deux heures, M. Wilson enregistra plus d'un pouce. Ainsi, aussi longtemps que le vent resta ferme au sud-est, il n'est pas tombé une goutte d'eau; mais dès qu'il se mit à sauter et que le vent d'ouest apparut dans les hautes et basses régions de l'atmosphère, la saison des pluies commença le jour même. »

Les hauts plateaux sont, en été, le point d'aboutissement des moussons, le centre d'une dépression, ce l'air est souvent dans un état de perturbation. On voit des couches de nuage, hautes et basses, venir de tous les coins de l'horizon ; il arrive même couramment, en particulier dans l'après-midi, qu'on voit un nuage inférieur frotter littéralement contre un nuage supérieur, tous deux se rencontrant à angles droits, ou même de front ».

Caractère des pluies. — C'est sous forme d'orages que la

région reçoit la plus grande partie de ses pluies. Il est rare à Tananarive d'avoir pendant plusieurs jours consécutifs une ' pluie continue. Le fait se produit pourtant et semble corrélatif du passage d'un cyclone sur l'océan Indien; ainsi le cyclone qui en février 1893 a mis le la Bourdonnais à la côte de Sainte-Marie a valu à rimerina huit jours de temps abominable ; ce sont des périodes d'autant plus désagréables qu'elles sont inusitées; de petites catastrophes se produisent à Tananarive, les murs de soutènement en pierres sèches glissent, les maisons en pisé se fondent en boue et s'écroulent, l'ikopa fait craquer ses digues et inonde les rizières.

Normalement, les matinées d'été sont toujours belles, sèches et ensoleillées : vers le soir seulement un orage se forme. Du haut de ce rocher énorme où s'étagent, se nichent sur les anfractuosités les maisons de Tananarive, — par-dessus l'immense étendue verte des rizières de Be-tsi-mitatatra, tout au bout de l'horizon, on voit s'avancer l'orage. C'est un gros nuage zébré de foudre sous lequel on distingue les hachures et la pluie, « a grand sight » en effet, comme dit le R"' Toy. L'orage est nettement délimité ; il peut passer au nord ou au sud de la ville sans y toucher, inonder un quartier, tandis que, dans les autres, pas une goutte de pluie ne tombe. On pourrait se concevoir à la rigueur une épaule mouillée et l'autre sèche. L'orage ne dure guère et même, lorsqu'il se prolonge une partie de la nuit, c'est toujours dans les deux premières heures, quelquefois la première., que tombe la quantité de pluie de beaucoup la plus considérable. Ces pluies torrentielles et brèves ruissellent sur les collines en un instant sans pénétrer le sol, comme elles le feraient si elles étaient plus fines et prolongées. Tout est sec le lendemain. Cet effort bref qui arrache à l'atmosphère une quantité d'eau disproportionnée au temps écoulé est au point de vue agricole une sorte de gaspillage.

Sur 91 jours de pluie en 1895, 81 ont été accompagnés de

tonnerre (l). La foudre tombe fréquemment et fait des victimes; la plupart des indigènes ont senti le besoin de piquer sur leurs maisons des paratonnerres, et s'ils n'ont pas encore appris à y joindre un fil conducteur fixé dans le sol, c'est que la civilisation n'a pas dit son dernier mot.

Des trombes ont été scientifiquement observées. Le 5 janvier 1891, le P. Colin note sur son journal météorologique : « 17 heures 12 minutes, trombe à l'ouest-nord-ouest ; longueur de la queue, S'* environ; semblable fiun tuyau transparent; la partie inférieure aspire l'eau des rizières : elle chasse vers le sud-ouest, s'infléchit .et diminue rapidement de volume; 17 heures 25 minutes, disparition de la trombe; elle a emporté les toits de plusieurs maisons (2) ». Quoique le phénomène soit assez difiieilement observable pour l'Européen, comme en témoigne le septicisme du IV* Toy ù son égard, il doit pourtant n'être pas si rare, puisque les indigènes connaissent la trombe, se rendent parfaitement compte de sa forme et lui donnent le nom expressif de rambon danitra, queue du eiel.

Limite orientale. — La zone des pluies d'été, qui embrasse les hauts plateaux et la côte ouest, a des frontières très nettes du côté do la zone oriontulo aux pluies d'hiver et d'été. — Dos terrasses de maisons situées sur le versant Est do Taiianarive, on aper<;oit très souvent, barrant l'horizon, un mince bourrelet do nuages, c'est la brume qui repose touto l'année sur la forêt d'Ankora-madinika; A co mur grisAtre commence très exactement Tautre climat. Cotte limite est ù pou près exactement la ligne de faîle, l'arote dorsale de Tilo qui est, ou le sait, tout à fait dêconlrée ot proche do l'océan Indien. Comme elle parta^ les eaux entre cet ooôau et le canal de Mozambique, elle sép;\ro les deux niions A régime dos pluies opposé. C'est qu^eu la franchissant, lalixê changi^ d'état hygri^métrique avec la ué-

! r. Coîin, ï\ l:iC\ il iijiHito : ÉcUirs sans lonnonv tV fois \ 1

cessité inéluctable d'une loi naturelle. En deçà il montait et se condensait en pluies; au delà il descend déjà peu ou prou et tend à s'assécher.

Vents (T hiver. — Pendant tout Thiver, les alizés balaient tous les hauts plateaux comme ils font dans l'ensemble de l'île. Pourtant a en juillet et août, le vent saute parfois du sud-est à l'ouest pendant quelques jours, ce qui amène un orage ou deux, accompagné de pluie peu abondante. Il peut arriver que le tait se reproduise en septembre et c'est presque toujours le cas entre le commencement et la fin de la seconde semaine d'octobre; mais le vent retourne tout de suite à sa place habituelle dans le sud-est ». Cette curiosité climatologique se retrouve à Majunga, il y est de règle annuelle qu'on ait au mois de juillet une tentative de pluie, à peu près avortée, mais soulignée pourtant par la floraison des manguiers qui saisissent ce prétexte en apparence insuffisant.

La prédominance de l'alizé à Tananarive est extrêmement accusée. D'après les tables de 1892, sur 120.000 observations annuelles concernant les directions des vents 69.712 se rapportent aux seules directions S.-E., E.-S.-E. et E., soit plus de la moitié des observations ppur un secteur d'horizon de 45**, le huitième de la circonférence.

La direction, — L'expression de vent du sud-est, constamment employée par le R*' Toy, n'est pas rigoureusement exacte. D'après les tables du P. Colin, plus scientifiquement adéquates que les descriptions vivantes du missionnaire anglais, ce sont les directions E.-S.-E. et E. qui sont les plus fréquentes; à chacune revient un peu plus de 29.000 observations. A Fianarantsoa, c'est aussi l'E. qui domine, 514 observations sur un total de 642. En revanche, à Arivo-ni-mamo (à une soixantaine de kilomètres ouest de Tananarive), c'est bien le S.-E. franc (531 observations sur un total de 899).

L'alizé qui gauchit fortement au voisinage de la côte, c'est-à-

dire de l'obstacle, tend à reprendre sur les hauts plateaux, une fois Tobstacle franchi, sa direction normale de haute mer.

Sa violence. — A Tananarive il souffle déjà avec violence, évoquant certains jours Tidée d'une tempête par ciel pur. Le 9 août 1890, par exemple, il a passé sur l'Observatoire avec une vitesse moyenne de 565 kilomètres à l'heure; à une heure de l'après-midi, il atteignait 725 kilomètres.

Autant qu'on peut en juger d'après des impressions personnelles et le consensus omnium ^ il est encore plus fort à Arivoni-mamOy peut-être parce que le plateau y est uni sur une grande étendue et que rien n'enraye son élan.

Mais c'est au nord-ouest de Tananarive qu'il atteint son maximum de violence. Moss dit d'Antongo-drahoja, où il a passé en juillet : « Pendant que nous y étions, le vent faisait trembler les maisons sur leurs fondations; en nous promenant au sommet des rochers, il nous fallait marcher sur les genoux et sur les mains pour n'être pas emportés. En quarante-huit heures de séjour dans un endroit pareil on fait provision de vent pour un bon mois (1). » Antongo-drahoja est l'éperon terminal des haut plateaux, au-dessus des plaines basses du Bouéni.

Sur les plateaux de 15 à 1.600 mètres, qui clôturent Tlmerina au nord, et que les Malgaches appellent tampoketsa, Talizé souffle en tempête; au mois d'août par exemple, sur le sentier qui conduit d'Ankazobe à Vohi-lena, le vent est assez violent pour causer une souffrance physique.

Sans doute l'alizé s'accélère sous l'influence de l'appel d'air sur les plaines basses du Bouéni, voisines immédiates des Tampoketsa.

A bien des traits dans le paysage merina on retrouve l'influence de cet éternel et violent vent d'est; les maisons lui tournent le dos, ayant toutes leurs ouvertures à l'ouest, à tout le moins les

(1) Over swampf tnoor and moiinlahi. A. A., t. I, p. 111.

anciennes maisons de pure architecture malgache, avant Timportation des vitres. Les villages ne se trouvent jamais sur le sommet des Tampo-ketsa d'où il semble que le vent éternel ait balayé la vie. L'ancienne route de Majunga à Tananarive évitait, elle aussi, le sommet plat et uni des Tampo-ketsa; la nouvelle,^ la carrossable, la nôtre, le recherche au contraire, construite qu'elle est par des Européens soucieux de ne pas perdre la cote.

Son influence asséchante. — C'est à la fin de la saison fraîche, au mois de septembre et d'octobre, que le caractère sec de l'alizé est le plus accusé en Imerina : a à cette époque le sol est parcheminé, la couche de végétation herbacée s'en va en écorchures, toutes les plantes se fanent et meurent, sauf les arbrisseaux et les arbres dont les racines pénètrent profondément

Au milieu du jour on voit passer quelques nuages, mais les matins, les soirs et les nuits ont un ciel invariablement net et clair, étincelant de toute la beauté du firmament dans l'hémisphère sud (1) ».

Hygrométrie, — Au commencement de l'hiver, en mai, juin, juillet, la saison est déjà sèche, puisqu'il ne pleut plus, mais il bruine — et l'hiver se divise ainsi en deux parties : un début nuageux et brumeux, une fin claire et aride. Après tout, sur les hauts plateaux l'alizé descend à peine, on peut s'attendre à ce qu'il ne soit pas aussi sec à Tananarive qu'il le sera 1.400 mètres plus bas, à Majunga. — L'humidité relative moyenne de l'année est assez élevée ; pour 1892 elle est de 70 % (tandis qu'à Majunga elle est de 55); le mois d'octobre, le plus sec de l'année, a 62 (à Majunga 28), le mois de septembre 68, et celui d'août 69; il est vrai que le 23 août, à 4 heures de l'après-midi, la proportion est descendue exceptionnellement à 14 ^. Juin a 74; février, le mois le plus humide, a 80 (Majunga 70) (2).

Toy parle d'un blue dry mist, et le P. Colin d'une a brume

(1) Toy, A. A., I. c.

gècbe ou qobar » qui enlève beaucoup à la transparence de Fair même par ciel pur. c Même dans des nuits qui semblent claires, il y a trop de vapeur d'eau pour qu'on puisse distinguer autrement que par intervalles les étoiles de 4* grandeur. On les voit nettement à certains moments et Finstant d'après elles s'obscurcissent. Des constellations comme la cbevelure de Bérénice, le Daupbin, etc.. et même les Pléiades restent rarement distinctes pendant longtemps, si parfaitement claire que paraisse Tatmospbère. 9

Cette humidité à la fois scirntiflquement constatée et sensible à l'œil ne se traduit ni par des rosées ni par des brouillards, c Les hauts plateaux, dit Toy, ne sont pas sujets du tout à de fortes rosées. » En 1892, l'Observatoire a noté 95 rosées, assez également réparties sur l'année, ce qui fait une moyenne de 7 à 8 par mois, encore la plupart sont-elles très légères. La rosée n'est forte qu'à titre de phénomène local, auprès des rizières ou des fleuves, dans les bas-fonds. Et c'est là aussi qu'on a chance de voir du brouillard; Toy parle avec enthousiasme de a la mer de nuages blancs floconneux a qu'on a parfois au-dessous de ses pieds les matins, quand, du haut de Tananarive, on domine les rizières de Be-tsi-mitatatra, ou du haut du Fody la plaine du Mangoro. C'est un phénomène assez rare que ces brouillards, au moins des brouillards épais : le P. Colin en note 33 pour 1892, et ce chifl're étonne, quoique, ou plutôt parce qu'il est minutieusement exact; les moindres tendances ont été notées.

Erika. — La manifestation d'humidité atmosphérique la plus intéressante sur les hauts plateaux, est la bruine des premiers mois d'hiver. — Toy la compare au a Scotch niist », et elle est quelque chose de si particulier que les Malgaches lui donnent un nom spécial, erika; ils ont un tout autre nom pour la pluie franche d'été, orana, et aucune appellation commune pour ces deux phénomènes, comme s'il leur était impossible de conce-

voir qu'ils se réduisent en définitive à un seul, la pluie, à des degrés différents d'intensité.

Par un ciel couvert de nuages bas, c'est une bruine poussée par le vent d'est, mais dont les chiffres suivants rendent sensible Tinsignifiance. Au mois de juin 1892 où a 16 jours sur 30 sont signalés comme bruineux » dans le Journal météorologique y les tables pluviométriques donnent une hauteur totale pour le mois de 5 millimètres.

Il semble bien que sur le massif de l'Ankaratra la bruine se transforme en petite pluie. D'après Scott Elliott, « ces montagnes sont very misty, et ne souffrent jamais , autant que je puis en juger, de l'aridité qui prévaut sur le reste des hauts plateaux pendant la saison sèche (1) ». Aussi bien le plus haut sommet do l'Ankaratra, qui l'est en même temps de l'île s'appelle Tsi-afajavona a jamais dégagé de nuages ».

Je retrouve dans mes notes que, du 19 au 22 juin 1893, sur la route de Tananarive à Antsirabé, à la traversée de l'Ankaratra, nous avons marché sous une érika battante pour laquelle l'épithète de bruine me semble un euphémisme; c'était une pluie, fine il est vrai, qui traversait les vêtements et détrempait le sol. A Antsirabé, le missionnaire norvégien questionné n'avait pas remarqué les petites pluies des jours derniers , sans doute parce qu'elles avaient été localisées à l'Ankaratra. Peut-être pourtant faut-il tenir compte de ce fait que , exposé sans abri aux intempéries , mon organisme , le seul instrument hygrométrique dont je disposais, a dû se montrer beaucoup plus sensible que celui de M. Rosaas, bien installé dans une maison construite à l'européenne, et doit être, de ce chef, affecté d'un certain coefficient d'erreur; mais en tout cas l'aspect de la végétation de l'Ankaratra ne permet pas de doute sur l'humidité plus constante du climat.

L'érika est bien connue en Imerina, dansl'Ant-si-hanaka, la val-

(1) Soie^ on a botanical trip. A. A., t. IV, p. 3ÎM.

lée du Mangoro, où elle est particulièrement abondante, au Betsiléo, et jusque chez les Bara; je retrouve dans mes notes, à la date du 28 et 29 août 1894, aux environs du village de Be-troky sur le haut Oni-lahy mention d'une petite pluie fine que les indigènes appelaient érika comme en Imerina.

Mais il n'y en a pas trace en plaine sakalava sur la côte ouest; c'est une particularité climatérique des hauts plateaux, une transition dans l'état hygrométrique de l'alizé entre la côte Est où il est constamment pluvieux et la côte ouest, où il est non moins constamment sec.

A Madagascar, l'alizé est extraordinairement protéiforme; suivant les régions, il apparaît avec les propriétés et presque les directions les plus opposées. Pour admettre que le a vent de Fort- Dauphin ï>y celui de Nosy-Bé, le varatazy de Majunga, le vent de l'érika à Tananarive, ces brises qui ont chacune leur individualité populaire, ne sont en somme que des travestissements d'une individualité scientifique, l'alizé, il faut faire une sorte d'effort d'imagination météorologique.

L'importance de l'érika, au point de vue de l'humidité, est très faible, sauf dans l'Ankaratra. Elle n'empêche pas le dessèchement progressif du sol et de toute la vie végétale, pendant cette moitié de l'année que les Malgaches d'Imerina appellent ririnina — la saison dénudée (1) ; par opposition à l'autre fahavaratra, a la saison du tonnerre ».

Température. — C'est au point de vue thermique que l'érika me semble avoir grande influence, elle est le produit d'un abaissement de température qu'elle accentue ou qu'elle rend du moins plus sensible à l'homme. Toy l'appelle a a cold misty kind of rain », et constate que le vent qui a l'amène est extrêmement froid et perçant en juin, juillet, août, voire même occasionnellement pondant quelques jours de septembre et d'octobre... A cette épo-

(1) Do nry probablement. Cf. Diclionn. de Richardson.

que de Tannée on n'est pas fâché d'avoir du feu chez soi, et même, c'est presque un besoin, les Européens mettent leurs vêtements les plus chauds. Les pauvres diables d'indigènes qui n'ont qu'un lamba pour se couvrir... souffrent beaucoup (1) ». Voilà bien la caractéristique la plus marquée de l'érika, c'est une pluie dt hiver dans le sens que nous donnons à ce mot en Europe; elle est causée par l'abaissement de la température, elle est froide comme le vent qui l'amène. Les Amboalambo qui ont donné à Drury des détails sur leur pays lui lui ont parlé du « mauvais air y> de l'Imerina et de ses a vallées brumeuses (2) ». L'érika a quelque chose d'antitropical.

C'est la température qui fait si particulier le climat des hauts plateaux; grâce à leur élévation et au refroidissement qui en est la conséquence, ils sont au milieu des tropiques une sorte d'enclave de la zone tempérée.

A Tananarive, la moyenne thermique annuelle est de 18** seulement. Les mois les plus chauds : décembre, janvier, février, ont une moyenne de 20**; les plus froids : juin, juillet, août, une moyenne de 14** (3). En 1890, juin et juillet ont même une simple moyenne de 12**.

Les oscillations thermométriques sont faibles naturellement. En été, au mois de janvier, le thermomètre, à une heure de l'après-midi, ne monte guère au-dessus de 25** et ne descend guère la nuit au-dessous de 15**.

Au commencement de l'été ou à la fin de l'hiver, les oscillations sont plus fortes. En novembre 1892, qui a 62 ^ seulement d'humidité relative, le thermomètre des maxima a marqué une fois 31, celui des minima une fois 10.

Tout cela fait en été une chaleur très supportable, on pourrait presque dire à peine sensible.

(1) L.c.,A. A., t. IV, p. 477.

(2) Drury, p. lOS.

(3) Colin, tableau V. Températures moyennes durant dix-sept ans, p. 127.

En hiver, juillet 1892 par exemple, le thermomètre au milieu du jour oscille autour de 17"* à 9 heures du matin et, à 6 heures du soir, autour de 12 et 13"*. Le maximum absolu du mois a été de 22** et le minimum absolu de 4**. Ce sont des chiffres qui n'ont évidemment plus rien de tropical.

Au voisinage de 2.000 mètres dans TAnkaratra, le P. Roblet a vu le thermomètre descendre à — 4**. Un missionnaire anglais y a vu une fois, par une matinée de grésil {white, hoar frost)^ un morceau de glace d'un demi-pouce d'épaisseur (1). Il est rare qu'il se passe une année sans qu'il tombe au moins une fois de la grêle. La neige pourtant est absolument inconnue. Et la glace elle-même n'est qu'une curiosité climatologique. Les Malgaches ont une chanson sur a l'eau endormie », comme ils disent; elle se compose de ces trois mots : eh ! rano mandry ! oh ! la glace ! répétés indéfiniment sur deux phrases musicales. Ce cri ingénu exprime bien l'étonnement des indigènes en présence d'une monstruosité particulièrement rare.

Climat des sommets. — Un climat très doux en somme, qu'on a souvent comparé à celui de Nice, mais qui ne laisse pas d'avoir ses rigueurs pour des indigènes drapés de cotonnades. Très certainement si l'Ankaratra, où la terre est plus fertile qu'ailleurs, reste dans son ensemble aussi peu habité, les fonds de vallées abrités mis à part, c'est qu'au marché de Tananarive on ne vend pas encore de chaudes étoffes de laine à des prix abordables. Au mois de décembre 1898, c'est-à-dire en été, sur la route nouvelle de Majunga, au sommet des Tampo-ketsa, entre les postes d'Ankarabe et de Manerinerina qui sont distants de 25 kilomètres, j'âî trouvé une dizaine de cadavres d'indigènes semés le long du chemin, et il n'est pas douteux que ces malheureux étaient morts de froid quelques heures auparavant, encore qu'il faille tenir compte naturellement de la fatigue et de la faim. Le vent soufflait

en tempête ce jour-là, et poussait devant lui une pluie glaciale; le mot ne doit assurément pas être pris à la lettre, mais ce ruissellement d'eau froide, pour des nègres à peu près nus, était aussi mortellement dangereux que Test chez nous une tempête de neige pour un montagnard égaré. Ainsi donc il arrive qu'on meure de froid en été sur les hauts plateaux, à 1.600 mètres d'altitude seulement.

11 est vrai que ces Tampo-ketsa, d'ailleurs inhabités, semblent de température exceptionnellement basse. En hiver, c'est le vent de sud-est, particulièrement violent, qui les balaie, les assèche et les refroidit. En été, des orages plus fréquents, plus abondants et plus durables qu'à Tananarive, en abaissent la température. Il serait intéressant d'avoir des chiffres prêtant à une comparaison ; tout ce qu'on sait actuellement, c'est que nos chefs de poste s'y trouvent fort mal; en février 1898, celui de Manerinerina se plaignait de n'avoir pas vu le soleil depuis un mois et d'avoir vécu sous une série à peu près ininterrompue d'orages.

Climat du Betsiléo. — Tout ce qui a été dit de la température à Tananarive s'applique à Fianarantsoa. Pour rudimentaires qu'en soient les séries d'observations, comparées à celles de Tananarive, elles suffisent pour montrer la concordance. Aussi bien les altitudes sont peu différentes.

Limite occidentale. — C'est en dehors des limites del'Imerina et du Betsiléo qu'il se produit évidemment dans le climat des hauts plateaux une transformation progressive. Quand on arrive à la vallée du Sakay par exemple, sur la route d'Ankavandra, et d'une façon générale à la région d'altitude moindre variant de 800 à 1.200 mètres, la transformation de la végétation herbacée spontanée, la rapidité plus grande avec laquelle le riz arrive à maturité, sont des indices d'un changement dans la température, qu'il est impossible de rendre sensible en chiffres.

Aussi longtemps pourtant que l'altitude reste supérieure à 800 mètres, l'Européen supporte facilement le climat; c'est en

descendant la falaise énorme du Bongo-lava qu'on a la sensation d'entrer dans une région de chaleur aggressive.

En juillet 1894, au village de Be-raketa, à 400 mètres d'altitude seulement, je retrouve dans mes notes mention d'une température de 8° seulement — au voisinage du matin; température assez basse déjà pour qu'on fût réveillé par la sensation de froid. Il est vrai que Be-raketa est très au sud, à la limite du tropique.

Conclusion anthropogéographique. — Cette zone centrale, à limite ouest mal déterminable, qui jouit d'un climat à la fois sec et frais, pourrait-elle se prêter au développement d'une race euro})éenne, comme l'Afrique du Sud, par exemple. C'est une question aussi intéressante qu'insoluble ; puisqu'en matière d'avenir il n'est pas possible d'invoquer des faits précis.

Mais ce qui est certain, dans le passé, c'est que les hauts plateaux, grâce à leur climat, ont exercé sur les indigènes qui les habitent une influence évidente. Si les Betsiléo, physiquement apparentés aux races les plus dégradées de l'île, leur sont intellectuellement et moralement supérieurs, je ne crois pas que ce soit seulement une conséquence de la conquête hova. Flacourt dit déjà de leur pays que a les villages y sont plus beaux qu'en aucun endroit de cette terre, les maisons de charpenterie mieux bâties, etc. (1) ». Aujourd'hui, les maisons sont en pisé (Flacourt ne connaît d'ailleurs le Betsiléo que par ses agents) ; ce sont eu tout cas des asiles incomparablement plus confortables contre les intempéries que les huttes de la côte. Si les Betsiléo excellaient déjà du temps de Flacourt, et aujourd'hui encore, dans le tissage des étoffes indigènes, n'est-ce pas tout simplement parce qu'ils éprouvent le besoin de se couvrir davantage? 11 est naturel de croire qu'un climat plus rude leur a rendu la vie nomade plus pénible, et les a fixés au sol.

Pour les Hovas, ce n'est plus d'une influence morale seulement

qu'il est question; Tinfluence physique du climat est indéniable. Personne ne conteste le fait que le Hova, transporté à la côte, végète ou meurt individuellement, se transforme et dégénère, c'est-à-dire se négrifie, en tant que race. A Andriba, sur le Manambaho, au Betsiriry, les fils des émigrés hovas tendent à se rapprocher du Sakalava, la peau noircit et la musculature s'accuse. Chez les fils de cette race évidemment métisse, les influences ataviques nègres prennent la prépondérance en climat chaud et paludéen. De quelque partie du monde que soient venus les ancêtres, les conquérants étrangers, s'ils ont transmis à leurs enfants beaucoup de leur teint clair et de leur intelligence supérieure, c'est parce qu'ils ont essaimé sur les hauts plateaux exempts de malaria. H est historiquement certain que, apportés tantôt par l'alizé et tantôt par la mousson, de tous les coins de l'Asie, sur les côtes Est et Ouest de Madagascar, des germes de civilisation ont été bien souvent déposés; mais seul a levé et poussé des racines celui que des péripéties inconnues ont poussé jusqu'au sommet de l'île au-dessus des fièvres.

Dans un certain sens, les Hovas sont de tous les Malgaches, quoique les derniers venus, les plus réellement autochtones, fils du sol et du climat.

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