VÉGÉTATION
Au point de vue de la végétation, Madagascar a la même variété de petit continent qu'au point de vue climatique. L'Est, TOuest, le Centre, le Sud sont des mondes à part.
Spécialisation des flores. — Les trois premiers sont les seuls dont la botanique ait été étudiée. Voici quelques chiffres qui datent déjà de 1891 (1) et qui donneront une idée de la spécialisation des flores.
En 1891, un botaniste dont la compétence en matière de flore malgache est incontestée, le R*^ Baron, connaissait 3.178 espèces, et sur ce nombre considérable il en range 100 seulement sous la rubrique : « communes aux trois régions ».
L'Est sur 1.526 espèces en a 1.108 qui lui sont particulières.
L'Ouest sur 1.008 — en a 706
Le Centre sur 1.236 — en a 872 —
Cela revient à dire que les trois quarts des plantes sont exclusivement confinées dans une des trois régions.
Et quant à la quatrième qui n'a jamais fait Tobjet d'une étude scientifique d'ensemble, elle est, à tout le moins pour un œil profane, celle de toutes qui a la végétation la plus bizarre et la plus insolite.
(\)A.A., t. IV, p. 330.
L'Est.
Ce sont les pentes orientales du grand plateau, remontées et inondées, une moitié de Tannée par Talizé, Tautre moitié par la mousson. C'est une bande de terrain allant de la rivière Lokv à Fort-Dauphin, soit 800 milles de long sur 60 à 70 de large, avec des variations d'altitude de à 1.600 mètres. Etant donné de semblables chiffres, il est évident que la végétation ne peut pas être rigoureusement uniforme. Elle a cependant partout des caractères communs et un air de famille.
Richesse ^végétale. — L'Est est la seule partie de Tîle où la pluie soit répartie sur tous les mois de Tannée; il ny a pas de mois secs et à peine y en a-t-il de moins humides. Aussi est-il par excellence la région boisée, et c'est ce qui constitue son originalité. (( La région orientale est de beaucoup la plus richement vêtue de végétation... Les deux cinquièmes au moins en sont couverts d'une forêt dense, impénétrable et continue. Le reste est semé d'innombrables bouquets de bois, et là même où ils manquent, la végétation est abondante (1). » La fraction indiquée, deux cinquièmes, est peut-être un peu forte pour les parties les moins favorisées de la côte Est; il faut se souvenir que Baron a toujours voyagé dans le nord-est, pour lequel cette évaluation est sans doute exacte. Mais il reste vrai que du nord au sud court une bande tantôt large et {antôt mince, tantôt simple et tantôt double ou même triple, de forêt continue.
La forêt. — H y a donc dans la région orientale deux sousrégions, deux zones. Tune boisée et l'autre plus ou moins nue, et ces deux régions sont dans un rapport constant Tune à l'autre.
La forêt est toujours sur les sommets; elle descend sur les pentes, plus ou moins bas, jusqu'au point variable où ces pentes
cessent d'être raides, où les lignes du paysage prennent des allures plus tranquilles. Un voyage en forêt, en règle générale, ne cesse d'être une ascension pénible que pour devenir une descente vertigineuse : les arbres s'étagent les uns au-dessus des autres, comme accrochés, et la forêt semble une tenture plaquée à une muraille.
C'est sans doute que les vents de mer déposent leur humidité en bien plus grande abondance lorsque la colonne d'air est contrainte par les mouvements du terrain à une ascension rapide; car ce sont les versants Est qui sont boisés, ceux qui regardent Tocéan, et le long desquels montent les vents de mer. Les versants ouest, le long desquels ils descendent, sont au contraire déboisés; aussi, dans le cas si fréquent où deux chaînes parallèles s'étagent l'une derrière l'autre au-dessus de l'océan Indien, la vallée qui les sépare reste déboisée, et le ruban de forêt se dédouble.
Zone à ravenale. — Au-dessous de la forêt, entre elle et la mer, le socle qui supporte les hautes chaînes, le premier gradin, est en général un plateau mamelonné à pentes médiocres, un dédale de collines, où les bouquets de bois ont une tendance ù se concentrer dans les fonds, de grands espaces intermédiaires restant chauves. C'est l'arbre du voyageur, le ravenale (I), qui domine et qui donne à la région intermédiaire une physionomie à part; du haut d'une côte, le voyageur aperçoit leurs grands éventails verts par milliers jusqu'au bout de l'horizon, faisant tache sur le fond rouge des collines.
Zone (les lagunes, — Enfin la région orientale est longée, sur les bords immédiats de la mer, juste au-dessus des dernières vagues, par une troisième et dernière zone. C'est un liseré d'épaisseur insignifiante, 7 à 8 kilomètres de large peutêtre, mais probablement continu sur les 1.200 kilomètres de
(1) Exactement ravin-ala.
$16 MADAIJASCAIt.
la c^te — , à ioul It! moins l't'st-il dp Ttimatavc A Mananjary.
Son existence est lit^c à celle des sables que 1p courant équa-
lorial rcfimlp i-l (.'tnlc do Vcihcmar i\ Forl-I^fiupl'in v\ it Vnhr\ dea-
■,..VB^>r irilii>im a.
quels s'allongent des chapelets de laines. Ces lacs, bordés de la végétation spéciale qui a revêtu les langues de sable, forment un paysage qu'on a souvent comparé à un parc anglais. Quand on cherche à analyser cette impression, on se rend com[)te que le terrain est uni ou mollement enduit', que les arbres et les ar-
bustes voisinent sans former fourré, mais surtout que le sol est gazonné, qu'il a l'aspect d'une pelouse : ce dernier trait est le plus particulier. Dans le reste de l'île rien n'est plus rare qu'une pelouse : quand le sol n'est pas à vif, il se recouvre d'une brousse d'herbes hautes et dures, mortes et sèches pendant une partie de l'année, de petits bambous. Les sables qui bordent les lagunes, perpétuellement imbibés, nourrissent de petites herbes toujours vertes, à tiges tendres, d'aspect presque européen.
C'est là une simple impression de profane devant un paysage ; d'après les botanistes, « la zone des lagunes possède un grand nombre de végétaux qu'on ne rencontre nulle part ailleurs (1) ». Quelques-uns même sont confinés au voisinage immédiat de la mer et ne s'en écartent jamais à plus de a quelques centaines de yards », par exemple le « Trachylobium verrucosuniy qui fournit la gomme copal... tanghinia venenifera dont le fruit donne le tangin, le célèbre poison malgache ».
C'est au sol apparemment, et non pas au climat qu'est dû le caractère particulier de la flore dans le voisinage des lagunes. Ce sol n'a pas seulement l'originalité d'être sablonneux; la proximité des bancs de coraux, éternellement triturés par l'Océan, laisse à supposer qu'il contient une assez forte proportion de calcaire.
La succession régulière de ces trois zones étagées d'Est en Ouest :
Zone des lagunes ;
— des ravenales;
— de la grande forêt,
donne à la flore de la côte Est une physionomie d'ensemble.
Diminution delà forêt dans le sud. — Néanmoins il faut distinguer entre le nord-est et le sud-est. Au point de vue de la précipitation annuelle des pluies, il y a entre Tamatave et Fort-
(1) A. A., t. IV, p. 383.
Dauphin une diiïérence du simple au double ; aussi, à mesure qu'on s'avance vers le sud, la forêt diminue d'épaisseur.
On connaît mal sa distribution au nord de Maroantsetra, mais il est bien probable qu'elle atteint là sa plus grande largeur. Un voyageur anglais qui n'a exploré que le cours inférieur de la rivière Antanambalana, déclare que la région ce est en grande partie couverte de forêt vierge (1) ». D'après Chapotte, « la presqu'île de Maso-ala et la région qui lui fait suite au nord jusqu'aux environs d'Antalaha, peuvent être considérées dans leur ensemble
COLI»E I) ANDEVOKANTE A ANKEKAMADIMKA MONTRANT LA LOCALISATION DE LA FORET