‹ Madagascar: Essai de géographie physiqueChapitre 13 sur 29 · SUR LES PENTES ORIENTALES · texte numérisé non relu

SUR LES PENTES ORIENTALES

comme un immense bloc boisé (2) >. La forêt entoure de toutes parts Maso-antsetra, qui est incontestablement le centre le plus important d'exploitation forestière et le séjour le plus malsain de toute l'île.

Entre TAlaotra et Tamatave, la forêt est encore puissamment développée. Là, elle est mieux connue; on connaît ses limites, car un certain nombre d'itinéraires la traversent, itinéraires Catat, capitaine Vallet; elle atteint 75 kilomètres de large : c'est une masse énorme, un obstacle puissant qu'il faut plusieurs jours de marche pour surmonter.

C'est précisément cet obstacle que la route de Tamatave à

(l)-l. .4., t. IV, p. 226.

(2) Chapotte. Les Forêts de Masoala, Notes etExp., 31 juillet 1898.

Tananarive contourne, par le sud. VA cependant, le long de cette route, la forêt, toute diminuée qu'elle est déjà, reste encore respectable, 25 kilomètres de large entre Beforona et Moramanga (I).

Dans le sud-est Tappauvrissement de la forôt est évident, les 75 kilomètres de largo se réduisent à 10 ou 20. Ce n'est plus deux ou trois jours qu'il faut pour la traverser, c'est quatre ou cinq heures. La route de Mananjary à Fianarantsoa ne traverse la forêt que pendant quelques kilomètres. La route de Fianarantsoa à Ambohi-peno traverse en quelques heures de des-

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DE LA FOHKT.

cente brusque un ruban de forêt; puis, à partir d'An-kitsika, elle entre dans la région des ravenales.

Caractères botaniques de la flore, — La flore de la région orientale est celle d'un pays humide et chaud, naturellement. Pour des botanistes, son trait le plus saillant est la prédominance anormale des fougères. Baron en compte 200 espèces, soit 13,1 pour 100 du nombre total des espèces orientales. Dans le reste de Tile, la proportion s'abaisse à une fraction d'unité pour cent.

Pour le profane qui traverse la forêt, les formes inusitées de végétation abondent; les grands bambous {yolo) de 7 à 8 mè-

(1) Cf. coiipo.

très de haut; des plantes herbacées géantes, grandes comme des arbustes, que les créoles appellent longouzes et que les botanistes rangent dans la famille des cardamum (exactement aniomum Daniellii) ^ les lianes, les orchidées.

L'ensemble est admirablement vert et riant; on est pourtant frappé de la rareté des beaux arbres : presque tous les troncs sont élancés et grêles ; d'ailleurs les sous-bois abondent, c'est un fouillis de broussailles, au milieu desquelles on ne peut pas avancer hors du sentier. A de rares exceptions près, on ne voit pas à Madagascar la grande forêt de l'Amérique du Sud, celle des gravures, la colonnade de troncs énormes géants supportant un dôme de verdure lointain et impénétrable au soleil, sous lequel aucun sousbois ne peut vivre.

11 est certain que, si le climat de la région orientale est exceptionnellement favorable à une luxuriante végétation tropicale, on ne peut pas en dire autant du sol ; même au cœur de la forêt, à travers la mince couche d'humus on voit percer de place en place Tomineuse latérite. Dans la région desravenales elle donne à tous les mamelons, à perte de vue, l'éternelle et lassante couleur rouge brique.

Grandidier attire l'attention sur l'abondance des mousses et des lichens qui couvrent les troncs d'arbres, et qui sont un sûr indice de croissance lente et laborieuse (1).

Scott Elliot : a La forêt est le plus souvent désappointante. Dans les environs de Fort-Dauphin où j'ai eu le temps de la connaître assez bien, elle contient bien peu de belles pièces de bois [Utile really good timber). Je me demande si, d'Angalampona à Fort- Dauphin (c'est-à-dire au sud du parallèle de la Mati-tanana), il y a autant de bois utilisable que dans la forêt de Knysna dans l'Afrique du Sud (2). »

(1) Comptes rendus, t. CXVllI, 30 avril 1894.

(2) Notes on a hoianical trip in Madagascar^ A. A., t. IV^, p. 397.

Baron est « convaincu depuis longtemps que le sol de Madagascar a été beaucoup trop vanté (1) ».

Le garde général des forêts Chapotte , parlant des célèbres forêts de Maro-antsetra, signale « la pénurie des vieilles futaies ou, ce qui revient au même, la grande dissémination des arbres exploitables de belles dimensions... Ce sont des taillis sous futaie en voie de conversion en futaie (2). » Comme il s'agit de forets séculaires, il faut que cette conversion en futaie ait les caractères d'une asymptote.

La note est partout la même : pour trouver des enthousiastes sans réserve des forêts orientales, il faut s'adresser aux ouvrages de vulgarisation et aux conférences dont la tâche est de fournir au public français des notions coloniales vagues et optimistes.

Richesses exploitables, — La forêt n'en contient pas moins des richesses dont une partie est déjà exploitée. Les indigènes en tirent une foule de choses : le grand bambou que les Malgaches appellent volo-tsangana (Cephalostachyuni Chapelieri) est employé à toutes sortes d'usage; l'écorce de quelques arbres, en particulier le nato {Labramia Bojeri?\ fournit des couleurs excellentes, aujourd'hui trop abandonnées pour de mauvaises couleurs d'aniline d'importation européenne ; les bois de construction abondent; le plus connu est le voamboana que les botanistes appellent Dalbergia Baroni et que les profanes, à tort ou à raison, prennent pour du palissandre.

Ces bois de construction ne s'exportent guère et leur exploitation à l'européenne n'a jamais pu être organisée pratiquement; ils ont tous l'inconvénient grave.de n'être pas flottables à cause de leur poids.

Le seul produit de la forêt qui prenne régulièrement le chemin d'Europe est le caoutchouc.

Madagascar tout entier ou du moins toutes ses côtes sont riches

(1) Z.. c, A. A.,t. IV, p. 341.

(2) Le% Forêts de Masoala. Notes et Explorations, 31 juillet 1898.

en plantes lactescentes productrices de caoutchouc. La quantité exportée en 1897 a été évaluée à sa sortie en douane à une valeur totale de 907.890 francs, près d'un million; sur ce chiffre 614.016 francs reviennent à la côte Kst (1) ; il est vrai qu'en bonne justice il faudrait déduire les 188.514 francs de Fort-Dauphin, car le caoutchouc exporté à Fort-Dauphin vient de TAndroy. La côto Est aurait donc exporté, en 1897, pour environ 400.000 francs de caoutchouc sur un million de production totale.

Seul le commerce du caoutchouc est européen. L'exploitation est entièrement aux mains des indigènes; aussi les végétaux producteurs de caoutchouc ne sont-ils probablement pas tous connus.

(1) Les végétaux producteurs de caoulchouCy p. Girod-Gonot, Notes,

31 août 1898. Voici la statistique oxacto :

. CAto Est. kil. frcs.

Fort-Dauphin (34.2-21 188.514

Mananjary 3.2:i7 0.438

Mahanoro 184 4 jO

Vatomandry 137 (JSO

Tamatave 73.003 :>90.2()5

Fenerivo. 1 .374 4.095

Maroantsolra 10.(^)3 5>.3l)7

N'gontsy .4.t>55 10.899

Antalaha 4.828 19.080

Soanierana 1 .39^) 5.5<î0

VolKMuar &3(» ::'.03r»

niéj,'o-Suarcz 512 2 . 1 20

Sambava 0.12:? 2:L73r»

Hcnanon'iiio 3. 177 7 . 297

Total 179.104 014.010

Cdto Ouest. kil. frcs.

Analalava 4.8»30 19.810

Andranosamonla ' 901 2.552

Majunga 41 .488 I 11 .875

Amhanoro 3. 149 1 . RN»

Ilellville : 37. 147 105. 177

Soalala 10.473 25.aSo

ToTAi 1J8.021 293.874

iV. B. — Ce.schifTres, les seuls que nous pos.séd ions, ne peuvent pas du tout i^tre considérés comme ceux d'une année moyenne, 1897 étant Tannée de l'insurrection.

MADAGASCAK.

Parmi ceux tic la cùlc Est on toiiijilc liii assez grand nombre de lianes, cinq ou dix peul-t^lre. I)t^ dtmx d'ontrt' elles un a do bonnes ropiodnclions : l'uni', Valiy, est une A pocynaci^-o (geiirc

lu tMrat 0*lHt»i (HMimm. m

Laiidotphîa); rnutre, le Voaliena, rst une AsclépiadiV.

IjCscuI arbre produutcur de caoutchouc qu'on connaisse est une Apocynacéc du genre Alstonia : on l'appelle, suivant les ri?gions, barabanja, liazoïidrano, berolra. Jo crois pouvoir alTirnier, sous les résprvtia déjà fornmlées que m'impose mon iticompétenoe, que

cet arbre ou plutôt cet arbuste se retrouve à la côte ouest, au voisinage (le Majunga, sous le nom de Kidroa.

On pourrait ajouter un grand ficus, le nonoka, mais on n'est pas certain que la gomme tirée du nonoka soit du caoutchouc; les indigènes ne travaillent son latex qu'en le mélangeant avec celui des lianes, ce qui a pour résultat d'augmenter, à vrai dire, la quantité du caoutchouc obtenu, mais d'en diminuer la qualité.

Ces végétaux producteurs de caoutchouc appartiennent plus spécialement au nord-^est; au moins ne les retrouve-t-on pas à Fort-Dauphin, d'après Prudhomme (1). En revanche, on y voit apparaître trois espèces nouvelles de lianes à caoutchouc, auxquelles les indigènes donnaient le nom d'erobahy. Prudhomme en donne de bonnes photographies, mais qui ne sont pas très caractéristiques, parce qu'elles n'indiquent ni la fleur ni le fruit.

Culture de l'Est. — Une étude sur la flore de l'Est pourrait réserver un alinéa aux cultures introduites par l'Européen. Mais, sauf celles de la vanille qui donne de très bons résultats dans les alluvions épaisses, toutes les autres, café, canne, cacao, sont encore dans l'enfance. Des tentatives ont été faites, se poursuivent, mais n'ont pas encore donné de résultats concluants ; elles auraient même donné des résultats peu encourageants; l'omniprésence delà latérite est le grand obstacle (2).

Parmi les produits commerciaux de la forêt, il faut signaler la cire, qui est l'objet d'une exportation. L'abeille malgache a été l'objet dans YAntananarwo Annual d'une étude intéressante, mais impossible à résumer, parce que tout son intérêt est dans ses détails (3).

(1) Remie de Madagascar, n" G, p. 3GC et s.

(2) Gi*andidier, Scott ElUott, /. c. Voir une excellente étude de Prudhomme dans la Revue de Madagascar sur les Cultures de l'Est.

(3) T. IV, p. 39.

xMADAGASCAR. 225

L'Ouest.

La côte Ouest est l'antithèse de la côte Est : climat et sol sont différents. Le sol est presque partout scdimentaire, le climat est sec.

Végétation du Nord-Ouest. — Le Nord-Ouest pourtant, Tile de Nosy-Bé et la côte qui lui fait face ont un climat humide, encore bien qu'il y ait, pendant une moitié de Tannée, décroissance très marquée d'humidité et de pluies. Les mois les plus secs reçoivent encore en moyenne 82 millimètres de pluies (mai à novembre), les autres 457 millimètres (novembre à avril). Le tolal est énorme : 2.861 millimètres, près de 3 mètres d'eau en 1884, à peine moins qu'à Tamatave. Aussi le Nord-Ouest, de la vallée du Sambirano à l'embouchure du Loky, a-t-il sa bande boisée, prolongation de la forêt orientale et comme, avec une humidité excessive, il a un sol riche en éléments calcaires, ce sera vraisemblablement le coin d'élection des riches cultures tropicales.

Dispersion des forets de l Ouest. — A Majunga, il y a déjà six mois de sécheresse absolue, et le total annuel des pluies ne dépasse pas l'",50. A Mainti-rano, à Morondava, il va certainement en décroissant; à Morondava, la saison des pluies se réduit à deux ou trois mois, décembre, janvier, février.

C'est une opinion répandue, et presque consacrée que la côte Ouest, comme la côte Est, est longée par une ligne continue de forêt. Sibree mentionne « l'existence d'une ceinture à peu près continue de forêt vierge tout autour de l'île (1) ». Ces généralisations hâtives sont inévitables dans un pays fragmentairement connu ; il y a des chances pour que le présent ouvrage en contienne.

(1) Gicit African Islaïul, p. "^7. Cf. carte joinlt*.

MADAGASCAK. 15

En réalité, TOuest a des forets, mais dispersées, tandis que celles de TEst sont évidemment alignées.

Dans une partie de l'Ouest, entre le cap Saint- André et Morondava, mes itinéraires sont assez multiples et recroisés pour que ma carte des forêts ait chance d'être complète. C'est près de la moitié de la zone occidentale.

Mcnabe, — Dans cet espace les grandes forets sont massées au Menabe.

Le cirque immense de Mahabo, entouré de plateaux gréseux et nus, est une masse compacte de verdure. De Morondava au Tsiandava on traverse d'Ouest en Est 60 kilomètres de foret, et du Nord au Sud on cheminerait plus longtemps encore sans en sortir. Aussi bien, c'est à ce cirque que convergent tous les petits fleuves du voisinage : Andrano-mena, Morondava, Mananarivo, Lampaolona s'y longent eu voisinant pendant des lieues.

Le long de la Tsi-ribihina, entre le Be-marà et la mer, le fleuve traverse successivement deux cuvettes boisées à rebords de calcaire et de grès, celle du lac d'Andrano-mena, et celle du lac Ilima. Dans celle du lac Andrano-mena, le sentier qui va de Hemena à An-kalalo-be traverse, pendant quelques heures à peine il est vrai, ua coin de forêt auquel M. le garde général Chapotte ne pourrait pas reprocher d'être un taillis en voie de transformation; c'est de très hautes futaies, pas de sous-bois, une colonnade de grands arbres de 20 mètres de haut et 3 ou 4 de circonférence. Beaucoup de ces arbres sont des espèces de jacquiers ou arbres à pain (l). Leurs troncs sont creusés de cannelures profondes et régulières, ce qui ajoute à l'impression de nef d'église gothique. Aussi bien, en pleine saison sèche, le sentier longe incessamment ou traverse des marais; dans la saison des pluies on doit pouvoir voyager en pirogue dans ce coin de foret.

(1) Jo crois; $Hiipa en sakalava.

Le Manamb-olo doit (?) avoir, lui aussi, sa masse de verdure. Les postes de Be-kopaka et de Benjavilo sont, dit-on, en relations dilliciles à cause de la forêt qui les sépare; les petits détachements qui craignent les embuscades, sont forcés de contourner la forêt par le nord en suivant les plateaux.

En somme, une partie considérable du Menabe est couverte de forêts qui ont une tendance à se masser en trois groupes, celui du Manamb-olo, de la Tsi-ribihina, de iMahabo.

Mailaka et Ambongo, — Au contraire le Mailaka et TAmbongo sont en grande partie découverts. Dans les anciennes cartes, ces deux provinces sont teintes d'une énorme tache verte, intitulée forêt de Manerinerina. On voit nettement Torigine de cette notion fausse. Manerinerina est un ancien poste hova, abandonné aujourd'hui, à la frontière de TAinbongo et du Mailaka; il s y trouve, dans le voisinage, de vieux tombeaux Vazimba.très vénérés. Le poste avait encore sa garnison au temps de Ranavalona I, qui y vint en grande pompe, fit sa prière aux vieux Vazimba, et chassa ou fit chasser le bœuf sauvage dans la petite forêt voisine de Manasaha. Dans les souvenirs du cortège royal le bois médiocre où la reine avait chassé s'est étendu aux proportions d'une forêt immense. Manasaha est une cuvette alluvionnaire (jue traverse le Makambahy au sortir des hauts plateaux, avant de s'engager dans la vallée d'An-kilahila: quatre ou cinq petits allluents de gauche viennent y converger et s'y côtoient longtemps avant de rejoindre le Makambahy; à l'ouest on voit se dresser le plateau de Manerinerina. Le fond de la cuvelte est couvert d'une forêt crevée de nombreuses clairières; c'est un point en comparaison de Tétendue entière du Mailaka et de l'Ambongo, 15 à 20 kilomètres peut-être de diamètre dans tous les sens.

A cela près, et quelques autres bouquets de bois de dimensions analogues ou moindres, Thinterland de Mainti-rano, Tamboho-rano, Nosy-Voalavo est dénudé. De ces trois points on peut

monter sur les hauts plateaux intérieurs sans traverser de foret, à tout le moins dès qu'on est dégagé de la zone immédiatement côtière et large à peine de quelques kilomètres où des marais salants remplis de palétuviers et des lagunes d'eau douce bordées d'une végétation arborescente se disputent des vases et des sables récemment émergés.

Rien ne donne une idée plus fausse de l'intérieur, qu'une promenade le long de la côte. Aller le long de la mer, de Maintirano à Tamboho-rano, c'est faire un voyage pittoresque et désagréable sous bois, à travers marais, fondrières, estuaires infranchissables à marée haute. Qu'on fasse au contraire un médiocre crochet dans l'intérieur, par le sentier Mainti-rano, An-jia, Tamboho-rano, sur un parcours de 100 à 120 kilomètres, on a 4 kilomètres de bois avant d'arriver à Tamboho-rano (foret et lac de Mandrozo). Le reste du temps, on trouve juste assez d'arbres pour déjeuner à Tombre, sur les bords d'un ruisseau.

Le Menabe a la même zone côtière, le ruban boisé, semé de marais salants ou non. Mais Tintérieur est, lui aussi, en grande partie boisé; au Mailaka, au contraire, le liseré de végétation arborescente est un mince rideau, derrière lequel s'étend la brousse.

Le contraste entre les deux régions voisines est d'autant plus frappant que la moins boisée des deux est assurément celle qui reçoit la plus grande quantité de pluie. Mais le Mailaka- Ambongo est une région relativement^ élevée, sillonnée de fleuves maigres et courts; c'est un pays de sources d'où les rivières divergent en éventail. Au Menabe, aboutissent de très grands fleuves venus d'Imerina et du Betsiléo; ce sont les pluies de TAnkaratra que boivent les jacquiers de l'Andrano-mena : le plateau Bara septentrional est incliné de telle façon que toutes ses eaux viennent, en rivières convergentes, aboutir et couler lentement dans rimmense plaine boisée de Mahabo.

Bouéni. — Je vois moins bien, c'est-à-dire moins complète-

ment, la distribution des forêts au Fîouéni. Ce qui est certain, c'est que le Bouéni dans son ensemble n'est pas un pays boisé. Qu'on le traverse d'ouest en est, suivant la direction Majunga-Mandristara ou du nord au sud, suivant la direction Majunga-Mevatanana, on y voit beaucoup de brousse et très peu de vraie forêt. II existe un paquet de bois sur les bords de la Betsiboka dans les deux cuvettes que traverse le fleuve, et dans les gorges qui les rejoignent à travers le plateau d'Aiïkara-fantsika. La basse Mahajamba et la basse Sofia qui confondent presque leur embouchure, ont un paquet de forêts communes de Antsinjo-mitondraka à Ampara-mandrevo. H y a sans doute d'autres coins boisés; mais, en règle générale, l'espace intermédiaire entre les vallées ne l'est pas.

Nudité des pentes des hauts plateaux tournés vers i ouest. — Au-dessus du Menabe, du Mailaka, de l'Ambongo et du Bouéni, les grands plateaux Hova-Betsileo se dressent en bastion; la tranche abrupte surplombante est souvent de 800 à 1.000 mètres d'un jet; à l'est du Menabe et du Mailaka, elle est remarquablement régulière et porte le nom général de Bongo-lava. On y trouve des arbres, des bouquets de bois, mais confinés au fond des trous, des ravines, des vallées profondes, dessinant l'hydrographie. Les gorges profondes par lesquelles la Betsiboka débouche au Bouéni sont boisées. Sur l'éperon de Makarainga, les moindres rivulets se sont creusés des ravins à pic, du fond desquels s'élancent jusqu'au bord des arbres drus, dans la verdure desquels les propithèques de Verréaux mettent des taches blanches, etc.. Il en est ainsi tout le long du Bongo-lava. Mais ces points verts doivent une grande partie de leurs charmes à l'aridité de ce qui les entoure. La pente occidentale, Sakalava, des hauts plateaux Hova-Betsiléo est nue; une semblable muraille si elle regardait l'océan Indien, et si elle était remontée par l'alizé, serait couverte de forêts de la base au faîte, mais elle regarde le canal de Mozambique et l'alizé la descend.

Végétation des causses. — La distribution des arbres à la surface des causses est intéressante à étudier; la végétation arborescente fait le tour des causses, elle n'apparaît que sur les tranches à pic et sur les parties les plus basses des pentes doucement inclinées, là où la circulation souterraine sourd à la lumière ou du moins se rapproche de la surface. Si nous considérons, par exemple, le grand causse qui borde le Mahavavy sur sa rive gauche, la tranche à pic, haute de 400 mètres, qui surplombe An-kilahila, est couverte d'un liseré de forôt sur toute sa longueur, mais surtout à la base suivant la ligne des suintements. A l'autre extrémité, du côté do Namoroka, là où les rivières sortent brusquement, toutes formées, des cavernes calcaires, le causse commence à se couvrir de bois. Les causses de l'Ankara, du Bcmarà, ceux qui servent de frontières entre les Bara et les Sakalava, n'ont aussi de végétation que sur leur tranche ou sur leurs premières pentes. Le sentier qui va de Tulléar à Bo-raketa, traverse sur les premières pentes une forôt coupée de clairières, où l'eau courante paraît tout à fait inconnue ; l'étape se fait à Andrano-hinaly, où des puits, creusés par les indigènes, trouvent l'eau à l"V,r)0 de profondeur. La forêt disparaît à mesure qu'on arrive aux parties élevées du causse.

Les grands plateaux gréseux se comportent de môme, Tlsalo, le plateau Bara septentrional prolongé par le Tsiandava. Les arbres n'y apparaissent qu'au pourtour et en contre-bas.

Distribution de la végétation forestière. — La loi qui préside à la distribution de la végétation n'est plus du tout la môme que dans TEst. Dans TEst, c'est la fréquence des pluies qui importe; dans rOuest, c'est l'irrigation naturelle, l'utilisation des réserves d'humidité du sol et du sous-sol.

11 n'est pas douteux que l'Ouest, exception faite pour l'extrôme nord-uest, soit plus pauvre en forôts que TEst. Le sol, étudié dans un laboratoire, est chimiquement plus riche. Cependant deséten dues considérables à la côte Ouest sont d'une dénudation qui ne

craint aucune comparaison à Madagascar et certainement sans analogue à la cote Est. Un pays, où pendant une moitié de Tannée Tatmosphère est brûlante et sèche, est dans de mauvaises conditions pour se couvrir de forêts vierges. L'extrême perméabilité des roches et du sol protège la réserve d'humidité contre Tévaporation et Técoulement rapide, mais elle la recule souvent hors de la portée des racines. La puissance de l'érosion, la profondeur des gorges, des cafions,a sans doute une influence funeste, exerce une sorte de drainage.

En aucun pays on ne peut s'attendre à trouver sur des causses une végétation luxuriante. Ces causses malgaches sont d'énorme étendue; on y marche des jours entiers, sur un dallage uniforme de calcaire mal recouvert d'herbe; les points d'eau sont espacés, mares sans écoulement et sans alimentation apparente; des troupeaux de bœufs sauvages viennent y boire le soir, témoignant que Télevage serait possible, ce qu'au premier abord on aurait hésité à croire. Les plateaux gréseux sont encore plus terribles, l'herbe et la terre végétale y sont encore plus rares peutêtre. On marche sur des débris d'une roche violacée, couleur de sang caillé, ferrugineuse.

Les argiles et les grès tendres triasiqnes (?) ne sont guère moins désenchantants, au moins sur certains points comme Ankavandra et le Betsiriry, où l'argile est profondément drainée par le Manamb-olo, le Mahajilo et leurs affluents. Toute la terre superficielle a fui, laissant s'accumuler sur place les galets, plus lourds, h travers lesquels à peu près rien ne pousse.

Le Betsiriry, où débouche l'un des deux grands fleuves de Madagascar, est un chaos de collines de galets dominant un immense marécage de dessin compliqué, où les bambous bararata peuplés de sarcelles font aux arbres une concurrence victorieuse.

Un tiers au moins de la région occidentale est désolé. Le reste est partagé entre la forêt et la savane parsemée d'arbres isolés.

partafto cnprtcîpux cl fcrlaiiieniciil im'-^iil, lu ïorH nynnt In moindre part.

A pou prrs pni'Iout on conalalo la liiltf tif la vt'^t5tnlioii coiilrc la aûclicressc.

Lnltc lie la vegdtatitin contre la sér/icrcsse. — Il L-st Ijit'ii rare rjuc la foriM soit digne do ce nom; celle du lac Andrano-mona est un nis A peu près isolé. Un naturaliste allemaud qui a long-

^^^r MADAC.ASCAIt. 933 Ifiiiips linhité Mnjunga rcfusnit à la forûl ile l'OtiPst 1p nom de forOt vierge. II rsl certain qu't'n géii<'Tal. clli> !i,bii'ii pliia encore quo la fon'-l Je l'Rsl, l'aspect iJo t-e qur les forosliors appoUeiil bûia taillis par opposition A la hnule futaie; les belles pièce» y sont eneoro plus rarns. dn grandes (étendues ne sont couverloti que d'un fouillis d'arbrisseaux. Beaucoup d'arbres se défendent de la sèebi'reHSf piiiUMiil (les rcuill.'s ciuluqurs. .|iii tomiii-ul p'-ndanl lu saison sè-

elle; dans lieauc'onp de euins où l'on ne vitit se détacher sur le ciel 4ue le dessin eusquelcllc des ramures, on a la sensation conlradicloire d'une journée d'Iiiver dans nos bois français par 30" de chaleur. C'est dans les parlies boi.sées sur les premières pciUes des causses que la végétation déploie dans sa lutte contre l'humidité l'énergie la plus admirable au moins en apparence. Le sol est dn [;alcaire nu, tanti^t de grandes dallci^irréguliéres, tanttMdos amas :;liaotiqucs de blocs, tantôt des gradins et des muraillcr) & assises

MAnA{;ASCAH,

maniiorûeniiGs ri-j^Iièrcs. Pas trace d'Iiuiiiiis, très pou de feuilles morlns, on iliraît du marlire époussctf!-, et sur le sentier li' frotlenient des [lîeds des piissîints a laissé l'usiiro d'un \ieil escalier de pierre. Là-deasus la forint est posée h mi^mo, les racines ser-

pentent el s'accroclient, disparjiissent dans les anfractuosiléa, allant cliercher au fond invisible des trous un terreau humide dont on est bien forci^ d'admettre l'existence probable; mais un pareil n'-gime ne nourrit gut'-re de véffétaux géanls.

Arbres partirulicrs à l'Oiust. — L'Ouest a ses arbres tn''s particuliers, inconnus nu reste de l'ilc. et sans anenne L'ouiiais-

sance botanique on se familiarise vite avec eux. Les plus nombreux et les plus familiers sont les lataniers [satrana) ; ce sont des palmiers à feuilles immenses, dures, dentelées, une seule est un siège suiTisamment large, sur lequel un nègre assis en tailleur a Tair d'un fruit sur une feuille de vigne. Il y a deux espèces de lataniers dont le fruit et le port diffèrent : Tun est petit, souffreteux, tordu, épineux, avec un fruit qui a la forme et la couleur d'une poire tapée, mais dont le noyau est protégé par une cuirasse épaisse de fibres, impénétrable au couteau. C'est le satrana proprement dit, les botanistes rappellent ^y/?Arr/?^ co/7rtrc^^. I/aulre {inokoty du Menabe) est plus élancé, plus élégant, les feuilles et le tronc sont identiques.

Ces deux espèces, mais surtout la première, celle qui mérite Tépithète de coriacea, sont assurément celles de TOuest qui sont représentées par le nombre incomparablement le plus grand d'individus. Elles sont exclusives et grégatives; on marche parfois des journées successives sans sortir des lataniers et sans voir autre chose. Apparemment ils trouvent moyen de vivre dans des conditions qui sont défavorables aux autres arbres. En général, ce n'est pas en forêt qu'on les voit, ils peuplent la savane et ils sont très souvent seuls à le faire; une partie importante de l'Ouest leur doit de n'être pas complètement dénudée.

En dehors des obligations que leur a le paysage, ils ne laissent pas de rendre service aux indigènes. Les feuilles font de bonnes toitures, voire de bonnes murailles, légères et minces comme une feuille de papier, des murailles qu'on traverse avec un doigt, mais imperméables; le fruit du coriacea se distille et donne un alcool apprécié des indigènes.

Une autre silhouette familière à TOuest est celle du sakoa; les créoles l'appellent arbre de Cythère et les botanistes Sclerocarya caffra. C'est un arbre médiocre à feuilles rares et caduques, qui a vaguement le port et les dimensions d'un prunier; il a de petits fruits à la rigueur comestibles et dont les indigènes tirent aussi de

Talcool. La fabrication de Talcool avec n'importe quoi est le seul point où les Sakalava déploient une réelle ingéniosité. Le sakoa est un arbre de savane plutôt que de forêt, comme le latanier avec lequel il alterne assez souvent; il a sans doute, comme lui, de moindres exigences et une force de résistance plus grande que les autres arbres. Il semble que le latanier s'accommode mieux des terrains calcaires, et le sakoa des terrains argileux; sur Tarrière-plateau mahafaly (argile rouge), le latanier cède complètement la place au sakoa, qui, d'ailleurs, en use avec une extrême discrétion.

En dehors de la forêt, le tamarinier [Tamai indus indica), un énorme figuier au tronc blanc, Tadabo [Ficus cocculifolia), et d'autres Dicotylédones géants (1) se rencontrent fréquemment hors de la forêt, mais ils sont Tantithèse des lataniers et des sakoa; ceux-ci sont les petits arbres dévoués, qui peuplent comme ils peuvent les grandes étendues arides, assurément sans les ombrager ; les autres sont d'énormes végétaux, des masses de verdure qui se réservent les coins de terreau profond et humide le long des ruisseaux.

Le tamarinier est, je crois, le plus bel arbre de Madagascar, au moins pour nos yeux d'Européens accoutumés à Tidéal du chêne séculaire. Le tronc est énorme, il a couramment 4 à 5 mètres de circonférence. La ramure est très touffue et très développée, de grandes branches horizontales d'une dizaine de mètres de long viennent presque toucher le sol à leurs extrémités, entraînés par leur poids ; c'est un dôme de verdure pérenne ; à peu près chaque village sakalava a son tamarinier, le grand cercle d'ombre à son abri sert alternativement de grande salle des fêtes et d'étable. Le chef y reçoit les étrangers, le dos appuyé au tronc et tous ses guerriers accroupis autour de lui; pendant la grande chaleur du jour, le troupeau tout entier vient dormir à Tombre du tamarinier.

(l) Soliihi. Cephalanthus spalelU feints : Hotra, une vanélé (VEttgenio.

A regarder de près ses reuîllea et sesfrtiîts, il sciulilc bioii qu'ils soienl organist's pour résister eflicacemciit à Tévaporatiori, les feuilles sont multiples, mais toutes petites, Ravin'kily, feuilles dt' tamarinier, est une expression proverbiale parmi les Sakalava pour désigucr les choses minuscules; les graines dures et coriaces sont prot^'giJes non seulement par une goussi; ligneuse, mais

encore par une pAt^- mucilagiiieuse avec laquelk' la pharmacie européenne fait, ji^ crois, le a tamar indien ».

Le terrain huniide au bord des rivières nourrit aussi une liane qui frappe par ses dimensions; les indigènes l'appellent Karabo, les botanistes serablunt l'ignorer, c'est une liane grosse comme la cuisse, indéfiniment longue, qui serpente d'arbre eu arbre avec des allures de hoa; le fruit est une gousse démeaurée de l mètre de long sur 20 centimètres de large; \\\\\3 seule graine (comestible pour le» indigènes) remplit toute la

paume de la main. C'est sans doute par la production de semblables monstres que se traduit spontanément, çà et là, malgré la sécheresse, la richesse chimique du sol.

Le baobab est un autre monstre difforme et pachydermiquc, un énorme tronc spongieux surmonté à une hauteur vertigineuse d'une petite ramure, ridiculement disproportionnée, et presque toujours dépourvue de feuilles; la fleur est géante, à épaisses pétales blanches lippues (au moins dans certaines espèces) ; on la voit d'ailleurs très rarement, elle fait une apparition discrète de quelques jours, et pas toujours annuellement. Grevé prétendait avoir surveillé inutilement pendant trois ans un baobab de l'espèce za dont il attendait la floraison. Un baobab est un réservoir d'humidité soigneusement défendu, et offrant pour son volume la moindre surface possible à Tévaporation.

C'est souvent un arbre de forêt, et le fouillis des petits arbres du milieu desquels il s'élève fait ressortir sa taille, les Sakalava donnent à la plus belle espèce le nom de rcni-ala, mère de la forôt, lui trouvant sans doute un aspect de végétal maternel entouré de sa petite famille.

Tous ces arbres sont du domaine exclusif de l'ouest. 11 en est d'autres qui sont communs à l'Est et à l'ouest. L'un d'eux est le plus connu peut-être en Europe de tous les végétaux malgaches au moins par ses produits, c'est le rafia, dont les libres telles quelles ou tissées en rabanes, font l'objet d'une exportation importante. C'est un palmier, il ne pousse que les racines dans l'eau , en troupe, remplissant les bas-fonds, les fibres se tirent des jeunes pousses annuelles (i). Entre autres utilisations du rafia, il en est une qui lui est fatale : sa sève donne, après quelques jours de fermentation, une boisson aigrelette que les Sakalava appellent arafo et dont ils sont friands, on se la pro-

(1) Sijie% el Edcploradonif, BciiévcMit. Une élude minulieu!<c et très exacte ^nv l'expluitatioiidu rada.

MADACASI-Ai:, 33'J

t'urB par un prucùdO liarLaro aLti[ui-'i t'arlu'c iie survit pas : nii exvavc i\ coups do hache et A pointe de sagaie l'intt'rieur de Tarbro, et la poussée de la aôvo remplit la cavité. Des millïiTS de rniîa sout aitisî mis l>ii perçu chaque uiméc.

Quoique le raUa existe à la cùte lîst, c'est daus l'ouest i[iril |iiii;iil le plus iiljnuihuil. Au moins Tiiiiaïuirivc ''st-il appiovi-

sioiiiié de ce ci>té eu filires el eu tissus de rafia; ou s'en est hien aperçu au marché du Jornà penduut que l'in^urrecliou interrompait les communications avec Andriha. Oaiis Touest, les brauchcH du rafia, c'est-à-dire les grandes nervures des palirios, longues, résistantes et légùros, jouent dans la eonstruclion cl la vie quotidienne une partie des rOlcs multiples qui sont, dans l'Est, dévolus au grand buml)ou volo-tsangana; le grand hambou est eu elTet très rare dans l'ouest; il n'y est ce|)endant pas tout A fait inconnu. Dans l'Ainhuugo on l'appelle /ioi/nha, d'où le nom

du poste de Be-kodoka ; les bambous de Bc-kodoka poussent sur le gneiss; faut-il croire qu'ils s'accommodent mal d'un sol cal-

caire ?

Je crois spécial à l'ouest et même au Menabe un palmier dattier nain que les Sakalava appellent kalatoy et qui semble tout à fait inconnu aux botanistes (1). Il faut bien que ce soit un dattier puisqu'il porte de petites dattes aisément reconnaissablés à la forme et au goût. C'est le kalalo qui donne son nom au poste sinistrement connu d'An-kalalo-be.

Particularités botaniques. — Toutes ces particularités de la végétation occidentale sont aisément perceptibles pour le profane, elles déterminent le caractère du paysage. D'après les botanistes, les légumineuses y jouent un rôle prépondérant, 18,8 % des espèces connues appartiennent à cette famille. Immédiatement après viennent les euphorbiacées avec 1 J %- A la côte Est les légumineuses ne viennent qu'au troisième rang (5,2 %) et les euphorbiacées au sixième (3,7 %).

L'agriculture. — L'agriculture indigène à la côte Ouest fait aussi avec celle de la côte Est un contraste qui s'accroît à mesure qu'on va plus au sud. Dans cette direction le riz cesse de plus en plus d'être la base de la culture et de l'alimentation; déjà dans le Bouéni les plantations de bananiers font aux rizières une concurrence sérieuse sur les bords de la Betsiboka et sur la basse Mahajamba; les indigènes préfèrent, le terrain s'y prêtant, la culture qui donne la moindre peine; la banane se cueille avant maturité et se mange cuite, on fait aussi des conserves de bananes séchées et confites. Au Mailaka, le riz est moins cultivé que le maïs et le sorgho (inconnu dans tout le reste de l'île) il est vrai que la terre est entre les mains des Makoa plus habitués par leurs traditions africaines à ces cultures qu'à celle du riz; au Menabe apparaissent les a pois du

(1) Dictionnaire do llichardson au mot kalalo : a large Ihorny tree,.. jjerhaj*s a patm. — A'. B, Ce dictionnaire est très au courant des identifications botaniques.

Cap », de gros haricots appelés kabaro par les Sakalava; le maïs est superbe; on voit beaucoup d'arachides, une rizière est une rareté; on n'en trouve plus du tout au Fiherenga, et c'est évidemment que la sécheresse croissante du climat interdit cette culture.

Produits utilisables. — Les produits végétaux de Touest commercialement exploités sont en petit nombre. Au premier rang se place le caoutchouc. Il semble bien que les plantes qui le fournissent ne soient pas différentes de celles de TEst; ce sont surtout des lianes dont Tune au moins ressemble beaucoup au voahena;\e kidroa [barabanja dans TEst) se retrouve jusqu'au Menabe (1).

Parmi les bois d'ébénisterie et de construction, c'est Tébéne surtout qui s'expédie en Europe. Baron ne sait pas « à quelle espèce de diospyros appartient l'arbre qui fournit cet ébène ». C'est Mainti-rano qui était le port de l'ébène, et il y venait surtout de la forêt du Manamb-olo, maïs il se vendait un peu partout dans l'ouest. Il semble plus rare dans TEst, bien qu'il y existe.

Un faux bois de santal fait aussi l'objet d'un certain commerce. La côte Ouest est bien plus riche que l'Est en bois odoriférants; le plus commun est l'hazomalanga, un faux camphrier qui exhale une odeur pénétrante, et qui résiste admirablement à la pourriture et aux vers, les Sakalava en font des balanciers de pirogue à cause de son imputrescibilité. Les Hindous et Comoriens en font des malles, où les vêtements se conservent à l'abri de la vermine.

Le palissandre {Dalbergia des botanistes) se retrouve à la côte Ouest comme à la côte Est, mais ne paraît pas, ici plus que là, faire l'objet d'un commerce, ce Le nato (?) a un bois rouge très dur et très fin... Les Indiens exportent beaucoup (?) de

(1) Lévrier. Le» Productions végétales du Menabe. Noies et Explorations, 30 novembre

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nato, » d'après le D' Lévrier (1). D'après la même source, « une sorte de palétuvier, le tanga », s'exporterait à Natal, et le Katrafay (?) a dont Técorce donne du goût au rhum indigène, est exporté surtout à Bombay ». (?) Seuls le caoutchouc et Tébènc font l'objet d'un commerce régulier, quoique d'autres produits végétaux s'écoulent sans doute sporadiquement soit sur le marché de Natal qui est tout proche mais très insuffisamment relié à Madagascar, soit sur celui de Bombay avec lequel les Hindous trafiquants sur la côte ont leurs relations habituelles.

L'orseille a fait l'objet d'un grand commerce, aujourd'hui tombé.

Arbres d'origine étrangère. — Dans l'Ouest comme dans l'Est, un certain nombre d'arbres récemment importés ont fait une fortune rapide ; on les reconnaît parfois à leur nom : ainsi dans bonara [Albizzia Lubbek), un assez bel arbre à feuilles caduques et à longues gousses, répandu sur tout l'Ouest, on retrouve le nom créole de bois noir. L'arbre qui donne la pomme d'acajou, le mabibo, qui donne son nom à un faubourg de Majunga, doit avoir été importé par les Zanzibarites [Souahili bibo, pluriel mabibo). Le manguier et le cocotier (2) peut-être ont été eux aussi importés à Madagascar et y ont prospéré, surtout le manguier qui est disséminé dans toute l'île. Le cocotier pourrait, comme ailleurs, devenir une source d'importants revenus si on en entreprenait des plantations; il pousse actuellement à la grâce de Dieu.

Madagascar est isolé, et se divise en outre en compartiments étanches de végétations très spécialisées. Plus qu'ailleurs on peut espérer que des plantes étrangères y trouveraient un sol et un climat appropriés, auxquels n'aurait manqué jusqu'ici

(2) Le manguier a le même nom à peu près en malgache et en français. Le cocotier j)orto en malgache le môme nom que dans difft!'rents idiomes polynésiens et mélanésiens; ce qui n'est pas, il me semble, un argument suflisant pour établir son origine étrangère; je ne sais pourquoi on est, en général, aussi aflirmatif sur cette question.

que la première semence. Il faut faire la part de la plante inconnue, deo ignoto.

On a cru l'avoir trouvé dans le caoutchouc céara du Brésil (nom scientifique manioth Glazoni). Les plants sont venus avec une grande vigueur, puis on s'est aperçu que le céara de Madagascar, tout arbre superbe qu'il soit, ne donne pas de caoutchouc, au moins en quantité rémunératrice.

Le Centre.

La différenciation entre les flores occidentale et orientale s'explique sans doute par la différence des sols et des climats; mais elle est exagérée encore par l'interposition entre les deux d'une barrière infranchissable à beaucoup d'espèces tropicales, la zone des hauts plateaux. Les flores de l'Est et de l'Ouest n'ayant de contact que dans l'extrême nord n'ont pu réagir l'une sur Tautrc et ont conservé à travers les âges géologiques une évolution distincte.

Caractère de la flore. — Dans Timmense zone intermédiaire, celle du Centre, la flore a, comme le climat, un caractère plus tempéré ou sub-tempéré. a Les Anonacées, dit Baron, n'ont qu'un ou deux représentants; les Pipéracées sont rares; il y a des palmiers, mais bien peu. D'autre part, des plantes de climats tempérés sont relativement abondantes. » Baron cite : Renonculacées. Crucifères, Crassulacées, Caryophilées, Ombellifères, Ericacées, Primulacées, Gentianes, Iridées, un saule, une violette, un géranium. Madagascar partage l'honneur de posséder une violette et un géranium avec un petit nombre de points dans la zone tropicale, Fernando-Po, Cameroon, l'Abyssinie, le Kilima-n'djaro (1).

Dans cet ordre d'idées, le profane est surtout frappé de la va-

(1) .1. A. y IV, 345 et s., pour plus de détails.

riétc extraordinaire des fruits ou produits végétaux qu'on peut trouver par exemple sur le marché de Tananarive : les uns nettement tropicaux, bananes, cafés, coton (indigènes); les autres européens et presque tous étrangers et acclimatés, pèches, pommes, pommes de terre, petit pois, blé, raisins (ces derniers peut-être indigènes) ; d'autres intermédiaires, comme les oranges et les citrons (indigènes dans toute Tile) : tout cela, il est vrai, de qualité très médiocre et parfois en quantité si minime qu'ils n'ont, pour figurer dans cette énumération, qu'un titre de curiosité (le blé par exemple). Toutefois la pomme de terre vient admirablement : elle est devenue, en Imerina, une véritable culture nationale. Les pêchers donnent énormémept et se multiplient beaucoup.

L'absence des bambous dans les bas-fonds marécageux est encore un fait qui frappe le profane. La végétation des marais sur les hauts plateaux se compose de joncs, de nénuphars, de zozoro {cyperus œqualis; c'est, je crois, le papyrus), de herana (un autre cyperus, mais aplati), malgré la présence des joncs et des nénuphars, qui rappelleraient l'Europe; le papyrus qui pullule donne aux paysages des marais une physionomie toute particulière; c'est un jonc gigantesque, émergé presque tout entier, haut de 2 ou 3 mètres, avec une tige triangulaire presque aussi grosse que le poignet.

Tout autre cependant est la végétation de marais dans l'Ouest, au Betsiriry, par exemple ; le caractéristique du paysage est une herbe géante, surmontée d'un panache volumineux et léger, en forme de grappe, et qui a les dimensions, la tenue et la résistance d'un bambou, le bararata {Phragmites communis). Elle n'est pas complètement inconnue sur les hauts plateaux où on lui donne un autre nom (yolotara)^ mais elle y est sporadique, le climat apparemment n'est pas assez chaud pour elle, et elle cède la place aux cyperus. La moitié du Betsiriry au contraire est une jongle de bararata.

Variations avec Vallitudc, — Les hauts plateaux étant loin d'avoir une altitude uniforme, la végétation ne laisse pas de varier un peu avec l'altitude et par conséquent la température. Le changement frappant ne peut tHre que dans la nature de la végétation herbeuse puisqu'il n'y en a guère d'autre.

Ankaratra, — Aux environs de 2.000 mètres, sur le sommet de l'Ankaratra par exemple, le sol est recouvert d'un tapis vivant de gazon vert, semé de petites fleurs, un paysage européen; aussi bien est-ce le pays de la violette, celui où les rizières cèdent complètement la place à la pomme de terre (1).

Imerina, — Au-dessous de 2.000 mètres, ou plus exactement au-dessous de 1.800 et même 1.700, on ne revoit jamais le tapis de gazon et les petites fleurs, mais c'est dans la région immé* diatement inférieure, aux altitudes intermédiaires entre 13 et 1.700, que l'herbe est le plus laide et le plus insuflisante; elle est de couleur brune toute l'année; elle pousse en touffes de paille, chaque touffe séparée de sa voisine par un petit désert, qui s'agrandit souvent aux dimensions d'un large espace chauve. Ce vilain tapis gris est criblé de trous à travers lesquels le rouge cru de la latérite perce en écorchures. Du haut de Tananarive, quand on contemple le panorama de collines, on ne voit que des tons gris ou rouges vifs ; la saison des pluies réussit à peine à y mettre quelques tons verts. Il est vrai que l'effet pittoresque est curieux, le vert des rizières, ici pâle et ailleurs foncé suivant Tâge des semis, rehausse les rouges et les gris; l'air des hauts plateaux est transparent et rien ne voile la vivacité et le contraste des couleurs.

Au-dessous de 1.000 mètres, — Au-dessous de 1.200 mètres d'altitude, mais surtout au-dessous de 1.000, la végétation herbeuse prend une grande vigueur. Le contraste est bien marqué quand on descend des sommets de l'Imerina dans la direction du

(1) Baron donne une lislo des plantes « qui semblent y ùlre confinées •; cette liste contient une soixantaine de noms, /. c, p. 317.

nord ou de l'ouest. Quand on débouche sur le gradin inférieur de plateaux qu'entaillent la Betsiboka et la Mahajamba au nord, lo Sakay, le Manamb-olo à l'ouest, on entre, suivant les saisons, dans une mer de verdure ou de paille. Des espèces nouvelles font leur apparition, ou du moins on les voit pour la première fois en masses compactes, ce sont les vero {Andropogon hirtus^ id. Cymbarius).

« Dans une grande partie des régions inhabitées, dit Baron (1), ces deux espèces poussent si dru et atteignent de telles dimensions (10 à 12 pieds) que voyager au travers devient à peu près impossible. » Hors du sentier, au milieu des vero, les porteurs disparaissent jusqu'au chapeau et s'ouvent lentement un chemin avec tout le poids du corps, un effort qui évidemment ne peut se prolonger indéfiniment. Aux vero se substituent souvent les ahidambo (litt. herbe à sanglier — ne semble pas identifié scientifiquement), sans que le voyageur gagne beaucoup au change. Les ahidambo sont plus grêles et moins résistants, mais ils sont armés de crins en touffes, longs, souples, à petite tête en hameçon, qui abandonnent sous le moindre prétexte la tige qui les a nourris, et se fixent par milliers dans les vêtements ou plutôt s y tissent ou s y brodent; l'impression d'agacement est intolérable.

Ces grandes herbes sont vivantes et vertes pendant les six mois humides, la saison sèche a vite fait de les transformer en paille de la racine au panache; alors les indigènes, qui sont depuis longtemps arrivés aux mêmes conclusions que le R'' Baron, (( font le chemin », comme ils disent; en mettant le feu aux herbes mortes ; l'incendie se propage de lui-même en crépitant dans les chaumes; pendant la saison sèche, il est bien rare qu'on n'en voie pas chaque nuit trois ou quatre à tous les bouts de l'horizon; c'est d'ailleurs une ligne très mince de feu, qu'on franchit

aîsément d'un saut quand on la rencontre : en arrière il n'y a déjà plus que des cendres, en avant la paille est encore intacte; les seules victimes possibles sont les insectes; ils n'échappent au feu que pour être gobés par les milans et les corbeaux, qui escortent l'incendie en vols tournoyants. La fuite éperdue des grands animaux devant l'incendie est du domaine des gravures, ou du moins d'autres climats que celui de Madagascar.

Alors les collines se couvrent d'une lèpre noire, au dessin capricieux, le terrain est dégagé; c'est le moment d'ailleurs où les rivières sont sûrement guéables, où les rôdeurs sans abri n'ont rien à craindre des orages, et les Sakalava quittent, ou plutôt quittaient, pour venir piller l'Imerina, leurs plaines basses où la saison des pluies les avait confinés. C'est ainsi que les andropogon hirtus et cymbarius, assistés de 1' a herbe à sanglier », ont joué pour l'Imerina, dans une certaine mesure et pendant une partie de l'année, le rôle de défenses naturelles.

Pendant les six mois de la saison humide les vero et les ahidambo ont, chaque année nouvelle, »^ reparcourir tout le cycle de leur évolution herbeuse depuis le moment où ils percent au ras du sol jusqu'à celui où leur extrémité ayant germiné à 1 ou 2 mètres au-dessus, toute la plante sèche et meurt à l'exception de ses racines. Ils doivent repousser presque à vue d'œil sous les premières pluies, et sans doute il faut à une évolution aussi rapide des conditions de chaleur qui ne se trouvent plus au-dessus d'une certaine altitude.

La localisation au-dessous de 1.200 mètres d'une végétation herbeuse plus vigoureuse est soulignée par celle d'animaux qui en vivent. En contre-bas et à l'exclusion de l'Imerina on est frappé de voir apparaître deux espèces animales extrêmement dissemblables, mais qui l'une et l'autre tiennent une certaine place dans le paysage, les termites et les bœufs.

Les termitières sont extrêmement rares où même tout à fait inconnues en Imerina, elles se multiplient traîtreusement au milieu

des hautes herbes de l'Ouest et du Nord ; elles atteignent tout au plus 1 mètre de haut et le plus souvent ne dépassent pas 50 centimètres; elles sont donc complètement dissimulées sous les herbes, le piéton les trouve inopinément sous ses pieds et culbute par-dessus. Il est naturel de croire que l'existence des termites est associée à celle des graminées dont ils se nourrissent.

On ne voit de bœufs en Imerina que des bêtes isolées et soignées par rhomme. La plupart sont des animaux de boucherie, récemment importés, et qu'on engraisse on les gavant avant de les abattre. Le bœuf est descendu au fond du fahitra, un petit trou quadrangulaire aux bords à pic, où il peut à peine se mouvoir; on garnit son râtelier de pierre d'une alimentation variée, dont la canne à sucre forme la base; à ce régime il devient en quinze jours un monstre gélatineux qu'on traîne au marché. Ainsi finit le bœuf; mais il a commencé ailleurs, et ce n'est assurément pas sur les mamelons désolés de l'Imerina qu'on a pu l'élever au vert- Le bétail des Hovas, et ils en ont beaucoup, s'élève tout entier hors de l'Imerina, du côté de l'Alaotra, auprès de Vohilena, dans la vallée du Sakay, à l'ouest de l'Itasy, à Tsi-roamandidy, etc.. Les bœufs y vivent à môme les grandes herbes, engraissant pendant la saison des pluies et maigrissant pendant la saison sèche, par grands troupeaux de plusieurs centaines et parfois d'un millier de têtes. Les bergers armés qui les gardent, jadis soldats de la reine, n'ont d'autre travail que de les pousser le soir dans l'enceinte de cactus qui protège bétail et gardiens contre les voleurs. Tout autour, dans les immenses espaces vides des troupeaux de bœufs sauvages vivent d'une existence analogue, aux gardiens près; et bœufs domestiques et sauvages ne laissent pas de se mêler un peu sur leurs frontières.

Absence iVarbres. — A la différence près de la végétation herbacée, suivant les altitudes, la flore des hauts plateaux tout entière a ce caractère commun que non seulement les forêts, mais même les arbres, y font défaut. Assurément il y a dans la région

occidentale bien des parties aussi nues que les plateaux du centre. Mais du moins voisinent-ils avec des coins boisés et parfois avec des forêts d'une étendue considérable ; celle du Menabe est la rançon des causses. Sur les plateaux du Centre la forêt ne prend jamais sa revanche. A la surface de Tlmerina et du Betsiléo, par exemple, on compte aisément les bouquets de bois; ce sont des curiosités. L'Imerina et le Betsiléo sont des régions où la paille est le combustible de beaucoup le plus employé ; le riz des Hovas se cuit à un feu de paille ; le bois à brûler est un luxe de hautes classes. Flacourt (1), parlant de la seule partie des hauts plateaux qu'il ait un peu connue par les rapports de ses agents, c'est-à-dire du « païsde Manamboule. .. (2) comme aussi les païs qui suivent », dit que le bois y est rare. Si dans Tlmerina et le Betsiléo les maisons sont en terre battue, tandis que sur les côtes on les construit en bois, c'est évidemment à la nudité du pays qu'il faut l'attribuer au moins en partie ; le travail de la brique est d'importation récente et européenne sans doute, mais ce n'est pas nous qui avons appris aux Ilovas le travail du pisé. Les indigènes des hauts plateaux ont leurs procédés à eux pour élever les murailles de terre rouge qui constituent leurs maisons et leurs murs d'enceinte {tamboho).

En bas, chez les Sakalava ou les Be-tsi-misaraka, murailles et clôtures se font en entrelaçant les pieux avec des bambous, des feuilles, des écorces, de la paille. On ne voit jamais chez eux de murs en terre.

Les anciens Merina naviguaient sur leurs fleuves et lacs, au moyen de radeaux faits de roseaux secs ; ces radeaux subsistent aujourd'hui sur Tltasy, ils sont bien d'un pays où il est plus diflicilo qu'ailleurs de se procurer une pirogue en bois, faute de bois.

Lo sens populaire à Madagascar souligne cette nudité des

("2} Manamb-olo. affluent de gauche de l'Ongaivo.

hauts plateaux, en donnant à ceux qui les habitent, les Hovas, le nom d'Ambani-lanitra ou d'Ambani-andro, littéralement : sous le ciel. Le sens de cette expression est précisé par des désignations comme Ambani-volo, littéralement : sous les bambous, nom ou sobriquet du pays Be-tsi-misaraka, ou encore Ambani-hazo, littéralement : sous les arbres, appliqué aux Sakalava par Radama I dans un Kabary dont le souvenir s'est conservé à Ankavandra. Los Ambani-andro habitent le pays sans ombre, où le sol s'étale sans protection sous la lumière du jour (l).

Les botanistes donnent à la même idée forme de statistique. « De 1.236 espèces connues sur les hauts plateaux, 900, au dire de Baron, sont des herbes ou des sniall wiry suffruticose plants, 336 seulement sont des arbres ou des arbustes ; c'est-à-dire que les trois quarts des plantes sont herbacées. Sur la côte orientale et probablement aussi l'occidentale, plus de la moitié de la flore est composée d'arbres ou d'arbustes (2).

Conditions climatiques et géologiques. — La raison semble assez évidente. Les hauts plateaux ont en commun avec la zone orientale le sol, et avec l'occidentale le régime des pluies, c'està-dire qu'ils ont emprunté à leurs voisines ce qu'elles avaient de pire.

Tananarive a sensiblement le même régime de pluies que Majunga, et, ici comme là, une saison sèche prolongée pendant six mois n'est pas une condition favorable à la forêt tropicale.

D'autre part, les hauts plateaux, comme la côte Est, sont recouverts d'une couche épaisse de latérite. Mais l'inondation tiède qui ruisselle toute l'année sur les pentes orientales y a favorise le développement, sur la latérite, d'une pellicule d'humus dont vit, pour mince qu'elle soit, le manteau de végétation arbores-

(1) C'est (lu moins le sens actuellement prêté à ce mot très ancien par les Hovas, très sujets à caution en matière d*(Hymologie.

(2) L. c, .4..4.. t. IV, p. 315.

conte. Au contraire, sur la latérite des hauts plateaux aucun humus n'existe.

Les boqueteaux, — Les quelques bouquets d'arbres des hauts plateaux poussent dans des conditions qui rendent sensible la puissance stérilisante de la latérite.

L'aspect ordinaire des lavaka est déjà instructif; ces grands trous caractéristiques, vaguement circulaires, profonds de plusieurs dizaines de mètres, sont le plus souvent comme des vases immenses débordants de verdure. De grands arbres s'enracinent au fond et poussent leurs couronnes jusqu'au-dessus des bords, cherchant la lumière et l'air libre. Tout autour des lavaka la latérite s'étend à perte de vue avec son aspect habituel et désolé. Aussi bien les fonds de lavaka sont humides toute l'année puisqu'ils doivent leur existence à l'action d'une source qui mine par la base la couche de latérite et en amène l'écroulement. Parfois ce sont les sommets qui sont couronnés d'un bouquet de bois. C'est très nettement le cas à Ambohi-manga et à Vohi-lena, à llafv, à Andramasina, à Ant-saha-dinta; ce sont de tout petits bois, les trois derniers étant encore moindres que les àeux premiers; mais ils ont un air de famille, chacun d'eux escalade les pentes très raides d'une colline isolée rocheuse et surmontée d'un village.

M. Grandidier pense que la présence du village explique celle du boqueteau; le fumier s'étant nécessairement amassé, et le sol amélioré sur des points habités pendant des siècles (I). Cette hypothèse peut être à retenir dans certains cas particuliers, il est évident que les très nombreux lilas de Perse qui ombragent les jardins de Tananarive bénéficient de beaucoup d'épluchures et d'immondices. Mais on ne peut s'empêcher de songer que le Malgache défriche bien plutôt qu'il ne plante. Tananarive en particulier fut, semble-t-il, autrefois une colline boisée comme celle

d'Ambohi-manga ; dans les vieilles traditions elle s'appelle Alamanga, littéralement la forêt bleue; nous dirions plutôt la forêt sombre, épaisse; ce sont évidemment les 42.000 habitants de Tananarivo qui ont détruit a la forêt bleue ».

Les collines à sommet boisé de Tlmerina ont toutes un caractère commun, ce ne sont jamais des mamelons de latérite, mais au contraire des escarpements rocheux, des chicots de gneiss ou de granité, parfois de basalte (Tananarive) , qui, grâce à la structure ou à Tâge de la roche apparemment, ont mieux résisté à la décomposition et percent le manteau uniforme de la latérite environnante. Ce sont les collines rocheuses qui sont boisées, ce qui ne veut pas dire assurément qu'elles le soient toutes; l'apparition de la végétation arborescente est liée à l'affleurement de la roche fraîche, non décomposée.

Circulation souterraine des eaux, — Ces sommets rocheux sont d'ailleurs des points de sources, il s'y conserve toute l'année une certaine humidité. Le rocher de Tananarive (gneiss maintenu par une armature de filons basaltiques) est un exemple excellent; tout au sommet de la ville, au niveau de la place d'Andohalo et au-dessus suintent toute l'année trois sources minuscules; elles sont bien connues : l'une est à Andohalo, elle alimentait une petite mare à la porte de la cathédrale catholique; une autre est à Ant-saha-tsi-roa en bas de la caserne de l'infanterie de marine ; une troisième, plus cachée, est au quartier d'Antsaha-ondra. Ces suintements ne répondent assurément pas aux besoins d'une population de 42.000 habitants, fût-elle d'habitudes malpropres, mais ils attestent Texistence d'une humidité constante au sommet d'un chicot rocheux; et sans doute, au temps de la « forêt bleue », la forêt et l'humidité exerçaient l'une sur l'autre une influence réciproque, c'est-à-dire que si Thumidité alimentait la forêt, celle-ci le lui rendait bien; mais les sources, ou, si l'on veut, les suintements sont encore là cent ou cent cinquante ans après que les arbres ont disparu.

Un phénomène très général en Imerina, et très connu, jette une certaine lumière, semble-t-il, sur la circulation souterraine des eaux. Un proverbe hova, qui s'applique aux vaines apparences, dit : a C'est Teau qui brille au soleil sur un rocher; on ne peut pas la boire (I). » On voit souvent en Imerina, à flanc de coteau, des plaques de gneiss dénudé, sur lesquelles des taches irrégulières tantôt se détachent en noir sur le fond plus clair de la roche, et tantôt reflètent en lumière éclatanle la lumière du soleil; c'est de l'eau, ou plutôt de l'humidité, mais qu'il est impossible de recueillir; il n'y a pas d'écoulement apparent, quelle que soit l'inclinaison de la surface rocheuse; cette surface retient l'humidité un peu comme le ferait une éponge, et la capillarité l'emporte sur la pesanteur.

Tandis que la latérite sur toute son épaisseur parfois énorme reste sèche comme une brique, ce sont les feuillets supérieurs du gneiss qui sont le réservoir d'humidité. L'eau d'infiltration descend jusqu'au roc, et s'y fixe par capillarité ; quelle que soit l'altitude relative, la nappe humide est au contact de la latérite et du roc, c'est-à-dire de la roche pourrie et de la roche vive; elle suit les sinuosités de ce contact sans aucune prétention à l'horizontalité, et se moque des lois de la pesanteur.

Partout où la couche de latérite est trop épaisse pour que les racines puissent atteindre le roc, la végétation arborescente est impossible; elle apparaît aux points d'affleurement rocheux et par conséquent d'humidité constante, que le roc perce au sommeil d'une colline ou qu'il ait été mis à nu dans une vallée par les entailles de l'érosion.

Cette théorie repose peut-être sur une génélarisation hâtive. Il serait intéressant de l'étayer ou de la renverser éventuellement par une étude minutieuse des sources et de la circulation souter-

(DTrad. anglaise do Iloulder : ivafer on a sitnnij rock : it shines brighUy buf canf be drawn up. A. A., t. III, p. 47.

raine des eaux en Imerina ; étude impossible dans Tétat actuel de nos connaissances.

Le groupe de bosquets le plus étendu et le moins connu de rimerina est celui d'Ambohi-tantely (nord-est d'Ankazobe). La forêt (?) d'Ambohitantely couronne Téperon terminal du grand tampo-ketsa qui sépare Tlkopa de la Betsiboka, mais du côté de la Betsiboka, c'est-à-dire du côté où l'érosion a été la plus violente (8 à 900 mètres de dénivellation brusque, sur une pente de latérite qui s'en va en énormes escarres [tany homantena^ disent les Malgaches, un pays qui se mange lui-même).

Tout se passe comme si l'ennemi irréconciliable des arbres sur les hauts plateaux était la latérite; c'est une immense éléphantiasis qui recouvre tout le pays, et qui met la nappe humide hors de l'atteinte des racines ; là seulement où elle est usée ou suffisamment amincie, aux écorchures, le vert des arbres apparaît. Mais les écorchures sont rares, la latérite est presque partout tenace, compacte, épaisse.

Influence de V alizé, — Scott Ëlliott propose une autre explication, ce Les ravins de TAnkaratra, dit-il, sont souvent remplis de bouquets de bois et il est intéressant de voir comment ces arbres sont exactement confinés aux coins les mieux abrités. Les arbres qui longent les bords supérieurs des ravins, les plus exposés par suite au vent et au soleil, sont souffreteux et malingres. L'exposition au vent et à l'évaporation explique l'absence de toute végétation sur les plateaux nus de Tlmerina , à allure de steppes (i).

Il faut évidemment compter avec l'alizé, le vent d'Est, ou sudest, qui souffle sur les hauts plateaux une partie notable de Tannée, avec une régularité et même une violence qui parfois sur certains points approche de la tempête. 11 a marqué partout sa trace dans l'orientation des maisons , dans l'égueulement des volcans, dans

(I) .1. -4., t. IV, p. 391-5, Soie^ on a bolanical Inp.

la direction des sentiers ; son influence ne peut manquer de se faire sentir sur les arbres ; ne fût-ce que par son efl*et mécanique d'arrachement et de torsion. Les rares collines rocheuses et boisées dont il a été question ne le sont pas uniformément sur toutes leurs pentes, la végétation arborescente se localise plus ou moins sur le versant ouest, abrité de Talizé; ce semble être assez nettement le cas à Ambohi-manga, à Ant-saha-dinta.

Tendance au boisement corrélatwe de V altitude décroissante. — Les facteurs du problème sont évidemment multiples. L'action concomitante de l'altitude et de la température a son importance. Aux modifications dans la végétation herbacée correspondent des variations dans la fréquence de la végétation arborescente. L'Imerina, la zone au-dessus de 1.200 mètres, est déboisée par excellence.

Plus bas, dans la région plus chaude au-dessous de 12 ou I.IOO mètres, celle des grandes herbes, des vero, la tendance au boisement s'accuse ; les bosquets sont bien plus nombreux qu'en Imerina, surtout dans les trous et les ravines. Et on se rend bien compte que pour les arbres comme pour les herbes une quantité de chaleur déjà sensiblement plus élevée permette, pour une saison des pluies d'égale durée, une évolution plus aisée à maturité et à germination, une vie en somme tout aussi courte, mais meilleure.

D'ailleurs la présence d'une masse herbacée considérable , qu'elle soit réduite en pourriture ou en cendres, doit tendre à l'enrichissement du sol et particulièrement des fonds où les eaux de ruissellement entraînent des parcelles d'humus.

Cependant la distribution de la végétation sur la latérite, à quelques faibles variations près qui sont de degré et non pas essentielles, reste partout la même; non seulement sur les plateaux du contre mais dans les parties basses de l'ouest où les vieux terrains affleurent par exception (par exemple, sur la route d'An-kilahila à Be-kodoka), les arbres n'apparaissent qu'aux écorchures de la

latérite ; je ne connais pas d'exemple d'une plaque épaisse de latérite dont la surface soit boisée. C'est le leitmotiv.

Hypothèse du déboisement, — On a parfois supposé que les parcelles de verdure arborescente, perdues dans les steppes des hauts plateaux, étaient les restes et les témoins d'une ancienne forêt qui les aurait recouverts en entier, et que le défrichement humain aurait fait disparaître. Il faut bien s'arrêtera cette question, car l'hypothèse d'un défrichement ancien a déjà eu pour conséquence pratique une tentative de reboisement moderne.

En 1897-98-99 une partie de l'effort demandé aux prestataires hovas a été consacré à planter des arbres, en particulier le long des routes. La théorie officielle a été exposée par M. Girod-Genet, chef du service des eaux et forêts, dans un article auquel est joint une « carte indiquant les périmètres de reboisement créés ou à créer aux environs de Tananarive »; et le jour où cette carte serait autre chose qu'une feuille de papier, l'Imerina serait tout entière un gracieux bocage.

(( La mission forestière (1) a acquis, après trois années d'observation et les nombreuses tournées de ses membres (2), la certitude que, jadis, tout le système montagneux des hauts plateaux dut être recouvert d^un imposant manteau de végétation forestière,.. Tout le plateau central est encore, par-ci par-là, couvert de boqueteaux... Pourquoi ne pas vouloir que tous ces boqueteaux (3) aient été reliés entre eux à une époque plus ou moins reculée? L'histoire ne nous montre-t-elle pas la Gaule couverte de sombres forêts ?» Il est vrai que latérite et forêt semblent incompatibles ; « ce sol présente en effet tous les caractères des

(1) Noies, 31 mars I^IA», p. b3.

(2) Exactoment si nous comptons bien trois tournées de quelque étendue par les sentiers habituels, Tamatave-Tananarivo, Mananjary-Fianarantsoa, etc.. Cf. carte forestière jointe à l'article.

(3) Distance à vol d'oiseau entre deux boqueteaux pris au hasard (Ambohimanga et Vohilena), 75 kiloinèlres de terrai n nu comme la main. Chacun de ces boqueteaux est plus grand assurément <|u'un square, mais plus petit qu'un jardin public.

terrains les plus ingrats... Mais on oublie que ce sol ne fut pas toujours ce qu'il est. On oublie qu'avec la fortH disparue, Thumus fécondant, la couche arable d(3 cette terre, qui paraît ingrate aujourd'huy, disparut également ». Cette théorie ne pouvait être passée sans silence : elle emprunte de Tautorité à la compétence spéciale de Thomme qui la défend, et de l'intérêt pratique à ses fonctions administratives.

Vandalisme forestier des Malgaches. — Elle repose d'ailleurs sur un certain nombre de faits indubitablement observés. Les Malgaches sont de terribles destructeurs de forets. On pourrait d'abord prétendre que ces incendies de grandes herbes, qui pendant une grande partie de l'année ne s'éteignent jamais sur les plateaux, ne sont pas sans présenter de grands dangers pour la végétation forestière. Je crois même qu'en conséquence ils ont été interdits par des arrêtés d'ailleurs inapplicables. Cependant la foret malgache n'a rien de commun avec nos forêts de pins landaises; je ne sache pas qu'on en ait jamais vu brûler une; les forêts, bois et simples boqueteaux arrêtent les feux de brousse avec la même eflicacite que le cours d'une rivière ; vivante et verte, la forêt est incombustible. D'ailleurs il ne faut pas s'exagérer la puissance destructrice d'un feu de savane : c'est une ligne en progression incessante, qui ne s'attarde pas sur un point donné plus de quelques secondes. En témoignage de son innocuité, on peut invoquer l'existence des lataniers par milliards dans les plaines occidentales; ils sont presque tous à moitié enfouis dans les hautes herbes et, par suite, roussis une fois l'an, sans s'en porter plus mal.

Ce qui est bien plus dangereux, c'est le défrichement systématique de la forêt dans un but de culture; les coupables sont les populations côtières, celles de l'Est en particulier, Be-tsi-misaraka, Antaimoro, Antanosy, etc. On coupe les arbres, on les laisse sur place, et c'est quand ils sont secs, au bout d'un an ou deux, qu'on y met le feu. L'humus, encore enrichi par les cendres,

fournit deux ou trois récoltes, puis on défriche ailleurs. Le mal est ancien : « ils plantent leurs ris dans les montagnes, après avoir couppé les bois qui sont la plupart de certaines cannes creuses (bambous)... estans seiches, ils y mettent le feu, lesquelles en brûlant font un grand bruit que la terre à une lieue à la ronde en tremble... comme si un nombre infini de canons, coulevrines, fauconneaux, mousquets et pistolets, venaient à tirer ensemble. Cela est si surprenant à ouïr, qu'un jour ne sçachant pas ce que c'estoit, estant allé au village d'un grand, j'entendis en chemin ce bruit qui se faisoit de l'autre costé d'une vallée, je ne sçavois que penser (1) ».

Baron se désole : « Il est triste à dire que les indigènes sont en train de détruire les forêts de Madagascar de la façon la plus sauvage. Chaque année des milliers d'hectares sont défrichés, les arbres brûlés jusqu'à la racine, simplement pour obtenir, grâce à la fumure des cendres, quelques poignées de haricots, de maïs ou de riz (2). » Scott Elliot estime, avec quelque exagération peut-être, que dans l'Imoro (Mati-tanana) la forêt au delà d'An-kitsika, « s'étendait jadis jusqu'à la mer, mais les indigènes l'ont brûlée presque entièrement pour planter le riz » et ailleurs : « La couche d'humus en forêt (près de Fort-Dauphin) est généralement très mince. Les indigènes, après avoir brûlé la forêt, s'aperçoivent à la deuxième ou troisième année de récolte que le sol est épuisé, et vont défricher ailleurs (3). »

Les Hovas, qui n'ont pas de cultures en forêt, lui font pourtant plus de mal encore peut-être que les Be-tsi-misaraka, parce qu'ils ont les ressources d'un vandalisme administrativement organisé, a Toutes les villes et villages où réside un gouverneur liova sont entourés d'une palissade, souvent double, et construite avec les troncs de jeunes arbres de 6 à 8 pouces de diamètre,

(1) Flacourl, p. 23-24.

(2) Flora of Mad., 1. c, t. IV, p. 324.

(3) liotanicaltiip. in M., A. A., t. IV, p. 3%-9;.

fichés en terre et se touchant. J'ai eu la curiosité de compter les arbres qui entraient dans la construction d'une palissade : il y en avait à peu près 10.000 et ces arbres, dans bien des villages^ on les remplace tous les huit ou dix ans. » Pour de semblables travaux, dans des villages parfois éloignés de la forêt, il faut un gouvernement disposant de corvées dociles.

« J'ai vu un chemin ouvert à travers la forêt, sur une longue distance, dans le but unique de traîner une pierre tombale au village voisin. Pour faire ce chemin qui servit un jour, on abattit au moins 25.000 arbres. »

Les charpentiers et les menuisiers hovas sont terribles. « La fabrication des planches en forêt est un gâchage extravagant. Quand l'arbre est abattu, les bûcherons indigènes, faute de scies, évident l'arbre à la hache sur chaque côté jusqu'à ce qu'il soit réduit à l'épaisseur voulue, de sorte qu'un arbre, quelle que soit sa dimension, ne fournit jamais qu'une planche (l). »

Les progrès de la destruction sont particulièrement sensibles le long des sentiers fréquentés, a II y a bien plus de forêt entre le lac Alaotraet Fenoarivo qu'entre Tananarive et Tamatave, simplement parce que sur cette dernière route (Tamatave) les arbres ont été bien plus saccagés; et cependant, même sur la première depuis mon dernier passage, il y a neuf ans seulement, la hache et le feu ont fait des trouées énormes (2). » Entre les deux, loin des sentiers et des hommes, le D''Catat a eu grand'peine à traverser la forêt de Didy ; il en parle avec un enthousiasme qui ne lui est pas habituel.

A la hauteur de cette grosse agglomération humaine qu'est rinierina on suit dans le courant de ce siècle le recul de la forêt orientale.

Girod-Genêt remarque justement que, sur un point particulier, la forêt venait jusqu'aux portes de iManta-soa, vers le milieu

(1) A. A., t. IV, p. 32Ï-325.

(2) Twelve fiiindred miles in a palanquin, A. A., t. IV, p. 43^4.

du dix-neuvième siècle ; nous le savons par Laborde qui y avait établi, sous Ranavalona I, des forges à proximité de la forêt; aujourd'hui elle a reculé jusqu'à Andrano-goloaka , c'est-à-dire d'une dizaine de kilomètres.

Tels sont les faits constatés, ils sont tout à fait concluants en ce qui concerne la dévastation des forêts sur la côte Est. Baron est l'homme du monde qui a de la forêt orientale la plus grande connaissance à la fois scientifique et pratique ; il Ta parcourue en tous sens pendant vingt ans et il en a rapporté quantité d'herbiers qui ont enrichi les collections de Kew; il a écrit sur la forêt malgache des pages où la botanique s'élève jusqu'à la poésie (1). La nécessité de protéger la forêt est depuis des années la conclusion invariable de chacun de ses nombreux articles dans VAntananarwo Annual: ce Espérons que le gouvernement mettra bientôt un terme à la destruction de la forêt par les indigènes. Sinon au bout de quelques générations, il ne restera plus de la forêt la matière d'un article, catastrophe d'autant plus regrettable qu'elle implique l'extinction absolue d'une quantité d'espèces qui n'existent nulle part ailleurs dans le monde (2) », et qui de la botanique seraient ainsi promues à la paléontologie.

Cet appel, qui s'adressait au gouvernement malgache, il est superflu assurément de le transmettre au service des forêts. Dans son souci enthousiaste de faire pousser la forêt dans les régions arides et saines où elle n'existe pas, il ne cesse pourtant pas apparemment de songer à sa défense dans les contrées humides et fiévreuses où elle existe. Il y a tant à faire cependant qu'on regrette de voir dépenser une somme notable d'efforts et de talent à une tâche paradoxale, lorsque ces mêmes efforts, concentrés au voisinage et aux clairières de la forêt, auraient tant de chances d'être couronnés de succès.

Anciennes limites de ta foret, — Sur les anciennes limites de

U) Malagasy forest, A. A., t. IV, p. 196.

iCZ) L. c, p. 211.

la forêt il n'est pas possible raisonnablement d'aller plus loin que Baron ; on peut même rester on deçà. Il estime que ce la côte Est tout entière a été jusqu'au bord de la mer couverte d'épaisses forêts,... dont plus de la moitié a déjà disparu (i) », Mais il ne lui est jamais venu à l'idée que Tensemble des hauts plateaux, à quelques variations de limites près, ait jamais été autre chose que ce qu'il est et restera, une steppe.

Antiquité de la steppe, — Historiquement nous n'avons aucune indice que l'Imérina ait jamais été boisée. Au contraire Mayeur, quand il fit en 1777 un voyage à la vallée de l'Andrantsay, (( entra le 6 juillet 1777 dans un pays entièrement nu,... où il marche pendant sept jours avant d'atteindre la vallée de TAndrantsay. Le sol de tout ce plateau est ingrat, les arbres y manquent totalement, et les habitants peuvent y satisfaire à peine les premiers besoins de la vie, car il n'y a ni bois pour bâtir ni bois pour se chauffer ou cuire les aliments,... déserts arides qu'on traverse pendant tant de jours... ; il n'y a d'autres arbres que ceux qui ont été plantés, çà et là, par les indigènes, et les seuls arbrisseaux qu'on y voit sont les ambrevates cultivés dans les champs ».

Sur rimerina où Mtayeur se rendit ensuite, les observations sont les mêmes, « on n'y voit partout que des montagnes, sauf dans l'ouest de Tananarivo, où s'étend une vaste plaine qui est fertile en riz; le sol de ces montagnes qui sont entièrement nues, est aride, les seuls arbres qu'on y voit sont ceux qui ont été semés dans les fossés des villages, et leur nombre n'est pas grand; les bois les plus voisins sont à deux journées de marche ». Un peu plus loin, Mayeur précise davantage : « après avoir fait dix lieues dans un pays nu et aride (en partant de Tananarivo), il franchit la petite bande de bois large d'une lieue qui limite l'Imérina à l'est (2) ». Dix lieues, en deux jours de marche, équiva-

(1) T. IV, p. 434.

(2) Congrès des Sociétés savantes, Discours par M. Grandidier, 11 avril 1896.

lent sensiblement aux 50 kilomètres qui séparent aujourd'hui Tananarivo d'Ankera-madinika. Rien n'a changé depuis 1777.

Le mol de Flacourt sur la rareté du bois à « Manamboule » nous fait remonter jusqu'en 1650. Et il est intéressant de constater que l'explication de Flacourt est déjà celle de M. Girod- Genét; a il est tellement cultive' que le bois y est rare » ; tant est immuable à travers les âges Toptimisme administratif.

La tradition hova, en affirmant que les radeaux de joncs ont préexisté à Andriamanelo, par opposition aux pirogues inconnues avant lui, semble même se rapporter à une époque antérieure au dix-septième siècle.

Les hauts plateaux ont été steppe de temps immémorial; il est vrai qu'à Madagascar la mémoire humaine est courte. Mais un siècle ou deux ne sont pourtant quantités négligeables qu'en m{\tière d'âges géologiques, et lorsqu'il s'agit d'œuvres de la nature. En matière d'œuvres humaines, comme la dévastation des forêts, cent ans ne laissent pas d'être un espace de temps appréciable.

Les mômes Hovas d'ailleurs qui ravagent de si bon cœur la forêt du voisin, ne sont pas si mauvais ménagers de leurs arbres à eux. La loi et la religion interdisaient de couper un arbre dans le boqueteau d'Ambohi-manga, et la plupart des arbres merina, comme le remarque déjà Mayeur, ont été plantés par les Hovas, et ne subsistent que par leurs soins.

11 faut se rendre compte des dimensions de la steppe, elle s'étend de Tamotamo à la rivière Loky, sur 1.300 kilomètres de long. En largeur, à la hauteur de Tananarive, elle a 400 kilomètres de large d'Ankera-madinika au Bemarà. Une pareille surface aurait été dénudée par ces pauvres sauvages, dont le nombre actuellement ne dépasse peut-être pas 3 millions. La Gaule était (( couverte de bois », précisément à l'époque où elle avait une population analogue.

Particulièrement probante est la régularité des limites de la steppe. Le voyageur qui monte de la côte Est sur les plateaux,

quel que soit le sentier qu'il suive, sort toujours de la forêt et entre dans la steppe au moment où il cesse de monter, c'est-àdire au point précis où un changement radical dans Tallure orographique amène avec une nécessité immuable^ un changement dans le régime des pluies. Cet argument dispenserait de tous les autres.

Et sans doute aurait-on pu trouver superflue la démonstration détaillée d'un fait aussi évident que celui-ci : la répartition de la steppe et de la forêt sur de grandes étendues dépend d'influences autrement profondes que la simple action de Thomme.

Richesses économiques. — a Comme cette Imerina paraît aride et lugubre, s'écrie le R. Aitken, quand on sort des zones côtières... J'ai le sentiment très vif que, dans l'avenir, Tlmerina perdra sa prépondérance et que les pays Betsimisaraka et Sakalava deviendront les grands centres de richesse... quand leurs ressources agricoles auront été évoqués par la main magique du travail (1). jo Beaucoup d'autres ont eu le même sentiment depuis le R. Aitken et sans doute avant lui. C'a été la malédiction de Madagascar que, par une sorte de maldonne, la main-d'œuvre, la a main magique du travail » s'y trouve d'un côté et les richesses latentes de la nature de l'autre ; la plante humaine et la végétation tropicale ont des exigences de développement inverses, et celle-là croît avec prédilection dans un pays où, d'après un humoriste à tendances pessimistes, il ne pousse par ailleurs que des briques. Le chemin de fer résoudra peut-être cette antinomie, ou du moins l'atténuera. En attendant, l'homme lutte vigoureusement contre la stérilité de la steppe.

Les steppes d'Imérina et du Betsiléo, entre les mains de cultivateurs indigènes plus tenaces, plus attachés au sol, mieux protégés par un gouvernement plus fort, sont actuellement les parties de Tîle à la fois les plus stériles et qui rendent le plus.

(1) Journey belxoeen Antsihanaka and Ihe eastcoast, A. A., t. 1, p. 49.

Dans rimcrina proprement dite, le riz met €^ mûrir deux mois de plus que dans la haute vallée de la Betsiboka (Anati-volo) pour ne rien dire de la côte. Et cependant Tlmerina est par excellence le pays des rizières; elles sont le fruit d'une culture ingénieuse et assidue; elles couvrent tous les fonds; des canaux d'irrigation, et des travaux de terrassement les font même remonter à flcinc de coteau dans les vallées étroites. Les Betsiléo et surtout les Hovas sont peut-être les seuls Malgaches chez qui le riz forme la base de Talimentation; ailleurs, et chez les Sakalava en particulier, il se rapproche des caractères d'une friandise accidentelle. Les Hovas cultivent en outre le manioc et la patate, qu(î les Kabary des vieux rois appellent « la nourriture noire, complément de la nourriture blanche (1) », le riz ; dans Talimentation humaine manioc, patates, maïs, restent accessoires, ils servent à nourrir le bétail, en particulier d'innombrables cochons noirs.

Le ver à soie malgache vit sur un certain nombre d'arbustes comme l'ambrevade qui se cultive, et surtout le tapia (une Chrysopia) ; c'est un arbuste à peine plus haut que l'homme qui constitue à lui seul le plus grand nombre peut-être des rares boqueteaux épars sur la steppe. Mais le ver à soie n'y est pas cantonné, il se retrouve dans toute l'île, ce qui n'empêche que l'Imerina et le Betsiléo sont les pays par excellence des tissus de soie. Les cocons Bara de Tlsalo, au lieu de se tisser surplace, prennent régulièrement chaque année le chemin des marchés Betsiléo.

Il en est ainsi du coton mérina, encore inférieur, quoiqu'il soit cultive, au colon sauvage sakalava, qui lui-même est inutilisable dans nos manufactures. Les Hovas pourtant tissent leur coton, mélangé, il est vrai, à celui de leurs vieilles cotonnades européennes usées, qu'ils refilent et retissent avec l'acharnement à l'épargne du paysan.

On vend du café indigène sur les marchés, et ce fait incontes-

(l) Tant ara Andriana.

table a fait naître des espérances qui malheureusement ont avorté (1). Les caféiers des hauts plateaux sont des individus, fort beaux, mais isolés. Ils poussent généralement au fond des fossés très profonds dont les villages s'entouraient jadis, au temps des guerres civiles, et qui ont subsisté après avoir perdu toute signification militaire. Au fond de ces fossés, les caféiers trouvent une humidité constante, tout le fumier du village, un abri contre les vents d'est, et ils portent témoignage de l'ingéniosité hova à ne rien laisser perdre.

Les manguiers, qui abondent dans le voisinage do Tananarive, sont un spectacle intéressant; cet arbre qui sur la côte, a les dimensions d'un chêne séculaire, ne dépasse pas en Imerina celle d'un oranger dans sa caisse ; une plantation de manguiers en Imerina a d'ailleurs ceci de particulier, qu'aucune végétation spontanée ne pousse entre les arbres, sur la terre durcie et nue; l'impression est celle d'un arbre sur le macadam d'un trottoir; l'intervention de l'homme éclate, sans laquelle cet arbre n'(»xistcrait et peut-être même ne subsisterait pas ; une culture en pots.

Le P. Batut donne des renseignements sur la pépinière des Jésuites dans leur domaine d'Ambohipo, qui date de 1862. En 35 ans, les manguiers, au nombre de 514, y ont atteint un diamètre moyen de 0'",38 et une hauteur moyenne de 7'", 30. Une tentative de culture du blé a été abandonnée au bout de quelques années (2).

11 est d'ailleurs significatif que les I lovas, très h l'affût des cultures nouvelles et rémunératrices, n'aient jamais réussi à acclimater la culture du blé.

Un grand Jardin d'essai a été créé à côté de Tananarive, il y a été beaucoup et méthodiquement travaillé. Les conclusions du directeur sont que rien n'est possible sans fumure, a au mini-

(1) Chiiiîi\. Culture dans le Belsiléo. Notes et Expl., 31 juillet 1897. (•2) Batut. Le domaine d'AmbohipOy 30 septembre 1899.

mum 35.000 kilos par hectare ». Il faudrait par conséquent, rendre possible l'élevage du bétail, source unique du fumier, dans un pays sans engrais chimique; introduire des plantes fourragères, le cactus inermis de Tunisie, etc. (1).

La situation est donc assez nette : des deux éléments nécessaires à la culture, le paysan et le sol, le premier et peut-être le plus nécessaire existe en Imerina; peut-être peut-on lui faire crédit du miracle qui serait la création du sol arable. L'Européen, dans la steppe malgache, a la sensation qu'il foule pour la première fois la vraie face nue de la terre; nos labourés d'Europe prennent par comparaison un aspect artificiel d'œuvre humaine, poussière et fumier des siècles qui farderait le vrai sol.

La pacification livrera d'ailleurs à l'habitation et, par suite, à la culture des Hovas toute la partie ouest des hauts plateaux, où le bétail, à tout le moins, trouve dans les immenses brousses à vero un fourrage naturel dont Prudhomme reconnaît les qualités (2).

Le Sud.

Caractères de la végétation. — La région sud et sud-ouest, à climat subdésertique, a sa végétation qui contraste violemment avec celle des autres parties de l'ile. Cette végétation est grêle, souffreteuse, broussailleuse, mais assez touiïue. Deux ou trois mètres de haut. Sur de grandes étendues, les fourrés sont impénétrables; d'autant qu'ils sont défendus par un hérissement d'épines; le nom de l'Androy est significatif, « le pays des épines ». Ce sont des arbres de climat sec, organisés défensivement contre l'évaporation. Les feuilles sont toutes petites et même dans beaucoup de plantes il n'y en a pas trace ; a les

(1) Ln station agronomique de Nahanisana, Notes et Expl., 30 novembre 18118.

(2) NakanisanUf I. c.

MADAGASCAlî. M?

fonctions respiratoires et oblorophyllieuiiea sont exercer» par cIp jeunes rnmeanx » ; certains, avec leurs ramures do bâtonnets verts flmidés les un» aux autres suivant tlt-s angles plus ou moins droits, lîvoqneni l'idée d'une branche de corail; aussi bien les créoles de In ci'ite appellent cette plante l'arbre corail.

Prudbomme signale « l'existence d'un enduit cireux très mince qui rev^l les brandies, les rameaux et les feuilles d'une enveloppe protectrice (1) d.

Un aulni caractère de cette végétation sont les racines bulbeuses, les troncs, IcsbraucheH, éventuellement les fi-uilles spongieuses, lippues et succulentes,

Cbaque plante est à elli'-môme son réservoir iriiiiiiiiililé. mis ti contribution d'ailleurs par lliomuie et tes animaux. — Le enclns est assez répandu dans la plus grande partie ib' l'ilc, au moins dans l'ouest et sur les bouts plateaux ; c'est l'enceinte habituelle des villages. Mais dans l'cxtrémc sud où il abonde, il joue en outre uu rôle considérable dans ralimcntalion: son fruit, la figue de barbarie en somme, avec ses propriétés non seulement nourrissantes, mais, ce rpii est l'essentiel, désaltérnnles, n'est pas,

(Il lU-viie <k Maday«,c,„-. 1(1 <li'>c.'mbrv IW.'. p. :r;7.

comme ailleurs, une simple ressource éventuelle pour le voyageur altéré ; il entre dans les prévisions alimentaires des villages. — « Les botes qu'on achète à la côte (bœufs, moutons, cabris) ont souvent la langue garnie d'épines des raquettes (1). »

Comme impression d'œil, la brousse du sud a des végétaux tantôt obèses comme des outres, tantôt secs comme des manches à balais renversés, tantôt parodiant le corail et rappelant enfin tout ce qu'on voudra, excepté d'honnêtes arbres habituels. C'est une gageure, un paradoxe.

Au point de vue scientifique, dans la mesure très faible où cette flore est connue, c'est un musée de monstres. « Le songo, par son port, rappelle les grands cactus-cierges; plante encore énigmatique, peut-être une euphorbe, » au dire du botaniste Doulliot (2). Aux dernières nouvelles, ce cactus ferait aux catégories scientifiques la plaisanterie de fleurir et de germiner comme un châtaignier.

Limites : affinités occidentales. — Les limites orientales de la flore du sud sont très nettes, comme celles du climat; la chaîne côtière de Fort-Dauphin est une barrière.

Sur la côte ouest au contraire, la transition est ménagée entre les flores comme entre les climats, les espèces particulières au sud reculent plus ou moins loin leur limite extrême nord; aussi bien est-ce avec la flore occidentale que celle du sud a les plus grandes aflinités; elle en est quelque chose comme la caricature.

Parmi les arbres qui tirent Tœil et donnent la note du paysage, ceux dont on garde le souvenir après une simple traversée du pays, le sud a de commun avec tout l'ouest outre les cactus, les baobabs, et les tamariniers :

L'arbre corail et le cactus-cierge (songo) qui apparaissent déjà au Menabe (exactement à Taolampia) (3), au sud de Morondava.

(1) Note sur les Mahafaly, Noie% et Explorations, 31 août 1898, p. y92. (•2) Doulliot, Journal de voyage, p. 12, (3) Doulliot. L, c.

Les autres espèces caractéristiques iie vont guî-re le long de la côte plus au nord que la montagne de la table auprès de Tulléar.

Euphorbiacée à caoïitchtmc. — La Table, qui est tout entière

buissonneuse, appartient déjà à la zone florale du sud. On y voit apparaître l'arbre cpii, dans ces dernières aum'^es, a le plus attiré ratteution, et pour cause, l'euphorbiacée à caoutchouc (intiay). « C'est un arbuste atteignant au maximum 6 à 7 mètres de

haut sur 70 à 80 centimètres de tour... Il est souvent ramifié dès la base, » dit Prudhomme, qui Ta étudié plus longtemps que personne, et en donne une bonne photographie. Il appartient, comme Tarbre corail, à la catégorie des arbustes sans feuilles, où les fonctions chlorophylliennes sont remplies par la ramure. Le Menabe possède en abondance un arbuste très voisin de rintisy, le laro, dont le lait sert aux pêcheurs à empoisonner les rivières. Mais laro et intisy sont très certainement deux espèces différentes; les bâtonnets verts, la jeune ramure faisant fonctions de feuilles sont plus gros chez le laro. D'ailleurs, c'est Tintisy seul qui donne du caoutchouc ; on lui a reconnu cette précieuse faculté il y a uîie dizaine d'années à peine , quoique l'extraction soit très facile, le lait se coagulant à l'air libre. Quoique l'extraction se fasse par incision sur le tronc, ce qui n'est pas en soi un procédé destructeur, les indigènes multiplient tellement ces incisions que l'arbre n'y survit pas. Le long des sentiers, on voit beaucoup de cadavres d'intisy à demi déracinés pour porter les entailles plus bas, au refuge des dernières gouttes. La destruction des intisy fait des progrès d'autant plus rapides que l'arbre met, au dire de Prudhomme, trente ou quarante ans à pousser. Le caoutchouc du sud s'exporte moitié àTulléar et moitié à Fort- Dauphin, mais surtout, je crois, dans ce dernier port. C'est aussi lo seul sur lequel nous ayons des statistiques.

Exportation de caoutchoucs à Fort-Dauphin (1) :

1891 20.000 kilog. 00.000 fr.

Ces chiffres, fournis par Prudhomme (évidemment approximatifs

(1) Prudhomme. L. c.

jusqu'en 1896), indiquent la diminution croissante. Le chiffre extrêmement bas de 1897 (année de Tinsurrection) doit avoir été dépassé, sinon en 1898, du moins en 1899. En somme, dans les deux premières années, de Fort-Dauphin et de Tulléar, il a dû sortir pour près de 2 millions par an de caoutchouc d'intisy.

Et depuis, la réserve d'arbres s'épuisant, le produit annuel a baissé de plus de moitié. Pour modestes que soient ces chiffres, cette malheureuse petite euphorbiacée n'en a pas moins causé, à partir de 1892-93, un véritable petit rush à la proportion de Madagascar; elle a fait monter au double ou au triple le prix des objets de consommation, dans un pays où les poulets coûtaient auparavant 25 centimes et les bœufs 25 francs; causé une petite fièvre du caoutchouc parmi les traitants de la côte, arraché à leurs rizières et au travail des champs les pauvres Antanosy, intermédiaires naturels entre les sauvages Antandroy et Fort-Dauphin.

Autres arbres spéciaux au sud. — D'autres arbres du sud n'ont pas eu une destinée aussi retentissante et se contentent de figurer dans le paysage à titre d'étrangelé. Ainsi une plante arborescente de belle taille pour la brousse du sud, émergeant toujours de 2 ou 3 mètres au-dessus de la brousse. Prudhommo, qui donne une bonne photographie de cette plante, l'appelle fanscyllus, la notation exacte de la prononciation indigène dialectale est fantsi-holitse ; en orthographe usuelle (c'est-à-dire en dialecte hova), ce serait fantsi-koditra, c écorce épineuse ». D'après Grandidier, c'est une espèce de didierea. Son port a vivement frappé tous les voyageurs. Les branches, au lieu de diverger, prolongent le tronc en brins de balais, dont chacune se termine à son extrémité par ce qui doit être une fleur. Lemaire les compare à a un faisceau de trompes d'éléphants; la tige qui est grosse comme la jambe, est toute couverte de grosses épines entre lesquelles poussent de petites feuilles rondes (1) ».

(1) bulletin de la Société de Géographie, l^ trimestre 1897, p. 101.

■m MADAGASCAR.

Drtiry conniiU 1res bien le m Fontiioletcii », comme il l'appelle, cl noua donne ce Jiilail, trts vraisemblablemonl l'xacl, que son tronc rend de grands services aux indigènes dans la confection des rnclics ( I ) .

Le vontaka est très parliculier anssi, il fait antiflièse nvec là pri^cédenl. C'est une onlrc épineuse d'où divergent ù roriliee quan ques Filaments à couronne terminale de feitillea; une réduction

(h tJi'ui-.v. |>. U».

madagascah.

jDaobali. Drury naturellement connaît le « vounturk n qui est « un (irbrc ou une plante, je iio sais pas coinmpnt l'appeler, de forme bien singulière... Il ust mince à la base, gros au milieu, et redevient mince en haut comme un fuseau d ; en évidant l'intérieur, on eu fait un vase très grand et très li^ger, où les indigèn conservi-nt et transportent le miel. « La sève est bonne à boirfi i et on peut y faire bouillir les aliments à défaut d'eau {(), n \,v

I mot vonlaka signifie précisiîment gorg(^ d'eau, di^saltéré.

I Drury parle rré([uemmenl aussi de deux lianes, dont le;

bulbeusi-3, aiiueuses et comestibles sont évidemment au premier rangdes aliments antandroy; il les appelle « verlaway b et « faungidgc » (2). On aurait quelque peine à les reconnailre sous ce fantastique travesli.is<'ment anglais, si FUcourt ne nous aidait. Il parle du n Valialaye, une espéci- île racine d'tnie sampe qui vient dans le païs des s Antandroy... « elles ont le goût d'une poire de bon tdirétien,... elles viennent très grosses ».

Kt plus loin : a les Fanghits sont d'autres racines qui viennent monstrueusement grossesn. Drury dit : u notmur/i li^ss... (hana

(I) Drury, |i. irj-Tl.

(8) Drury, il ITO.

gallon tunlet »; a elles apaisent, d'après Flacourt, et la faim et la soif tout ensemble » et Drury les compare à un « watermellon sans pépins » ; — « elles se mangent crues. . . et ont Técorce rougeâtre », exactement comme le faungidge de Drury.

Il n'est pas douteux que le « faungidge » soit le « fanghits » et le ce verlaway » le a vahalaye » ; seulement Torthographe de Flacourt est beaucoup plus malgache (1) : nous écririons aujourd'hui vahi-lahy, et fangitse.

Je ne crois pas que ces deux lianes aient été identifiées, mais la présence de racines juteuses, de dimensions parfois énormes, est une caractéristique de la flore du sud.

Une autre caractéristique négative est Tabsence d'arbres qui abondent dans Touest comme le latanier et le rafia. Drury qui les appelle satter (2) (satra) et rofl'eur (3) n'a fait leur connaissance qu'après avoir quitté le sud, l'Androy, pour le pays sakalava; à peu près à l'époque où il fit une autre connaissance de climats humides, celle des moustiques. « Cette nuit, dit-il (celle où il arriva sur les bords de l'Oni-lahy après plusieurs années de séjour dans le sud), je m'aperçus pour la première fois de l'existence de moustiques dans l'île (4). »

Limite d'altitude. — Jusqu'à quelle distance dans l'intérieur s'avance la flore du sud, il est diflicile de le dire avec exactitude; dans le pays androy pourtant elle va jusqu'au coude du Mandrere et jusqu'à Tsivory, tout le fond de Timmense cratère de l'Ivohitsombe est rempli de broussailles épineuses ; et cela revient à dire qu'en pays androy la flore du sud monte à peu près jusqu'à la cote 300, ce qui lui permet de pénétrer sur ce point spécial jusqu'à une centaine de kilomètres de la côte.

(1) Drury arrive à orthographier Woozingtone le nom d'un roi niahafaly, et pourtant il n'est pas douteux qu'un nom malgache se dissimule sous ce ti-avestissemcnt j)articulièrement réussi.

(4) 1». 3ai.

En pays mahafaly, tout ce qu'on peut affirmer d'une façon positive, c'est que Tarrière-plateau gneissique d'abrasion où prennent leurs sources la Linta et la Menarandra, est déjà en dehors de la zone florale du sud; c'est la steppe. Aussi bien ce plateau a-t-il 5 ou 600 mètres d'altitude.

Au Fiherenga, à part quelques enclaves de brousse à intisy dans des coins particulièrement arides comme la montagne de la Table, l'ensemble de la flore a ses aflinités avec l'ouest, le Menabe (1).

(1) Dans la carte qui accompagne l'article de Pruclhomme {!, c); les limites de la brousse à intisy surl'Onilahy sont démesurément et à tort reculés dans l'intérieur.

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