DES CÔTES
soient africains. M. Grandidier est le seul Européen qui ait séjourné parmi leurs descendants pendant des semaines, et qui ait fait sur leur compte une enquête détaillée (1). 11 affirme de la taçon la plus positive que les Vazimba sont des Malgaches comme les autres ; il fait observer, ce qui est patent, que même au dixseptième siècle, leurs chefs portaient des noms malayo-polynésiens; leurs institutions sont tout à fait malayo-polynésiennes aujourd'hui, et elles étaient déjà telles au temps de Drury; on ne trouve pas trace dans leurs traditions d'origine africaine; au contraire, ils réclament l'honneur d'être aborigènes. Il semble difficile d'aller là contre, sous le seul prétexte que le nom de cette tribu malgache a une consonance africaine.
Admettons d'ailleurs que les Vazimba soient apparentés à leurs homonymes de l'autre côté du canal ; il serait tout naturel qu'il ait existé au dix-septième siècle, dans le voisinage en somme de la côte ouest, des nègres africains; il y en a bien aujourd'hui et qui portent le nom d'une tribu africaine, ce sont les Makoa. On appelle ainsi les esclaves ou anciens esclaves annuellement introduits dans l'île par les négriers arabes, qui devaient être jadis autrement actifs, deux cents ans avant l'existence de la division navale de l'océan Indien. Pourquoi les Vazimba n'auraient-ils pas été les Makoa du dix-septième siècle?
D'une façon générale on n'a pas apprécié à sa juste valeur l'importance numérique des esclaves africains de la côte ouest. Au Mailaka ils constituent peut-être la moitié de la population, ils sont groupés en villages, en communautés armées, dont Tappui est recherché, l'hostilité redoutée; ils arrivent individuellement à devenir grands chefs ou même rois. Ils se malgachisent, se fondent dans la population sakalave. Et cette infiltration dure depuis dix siècles!
A l'appui de cette opinion que le fond de la population mal-
(1) Mém. Cenlen. Soc. philomathique, 1888, p. 155-161.
gâche soit africain il n'y a donc pas un fait précis. On ne connaît pas un seul exemple de migration spontanée à travers le canal de Mozambique; beaucoup de nègres africains Font passé, mais sur des boutres négriers, et à une époque relativement récente, ils sont à Madagascar, au même titre que les Merina, un épiphénomène.
Hypothèse de M, Grandidier. — On tendra de plus en plus, je crois, à adopter Thypothèse de M. Grandidier. Puisque les Malgaches, sans être Africains, sont noirs et parlent malayopolynésien, il faut donc qu'ils soient apparentés aux Mélanésiens, ou plutôt, pour adopter une appellation plus générale et plus prudente, a aux Indo-Mélanésiens, ou nègres asiatiques (1) ».
M. Grandidier estime que a la parenté de la masse des habitants avec les nègres orientaux ressort pleinement de l'étude de leur aspect physique ». « La race que j'appellerai autochtone est bien certainement du groupe des populations négroïdes d'Océanie. Tôte grosse, cheveux en tête de vadrouille, figure plate et ronde, lèvres épaisses, nez aplati à la naissance, tout rappelle les nègres orientaux (2). »
Il n'est pas douteux que cette hypothèse choque actuellement la vraisemblance; les négroïdes d'Océanie sont, par rapport à Madagascar, l'arrière-garde des Malayo-Polynésiens. Il faut que les deux branches de la race aient émigré en sens contraires. « Du reste, dit M. Grandidier, si l'opinion du baron d'Eckstein sur le lieu d'origine des nègres océaniens (Papous et Mélanésiens) est exacte, si l'Inde primitive et la presqu'île malaise ont été le point de départ d'où ils se sont dispersés en Océanie, comme semblent l'attester les îlots ethniques qu'on trouve encore dans les montagnes de l'Himalaya et du Vindhia, dans les Nilghirris et le Deccan, aussi bien que dans Tlndo-
(1) Grandidier. .9wr Corigine des Malgaches. Revue do Madagascar, n" 1. {'2) Hevue scientifique, 11 mai 1872, p. 1085.
Chine, il serait tout naturel qu'une branche se fût portée vers Touest, pendant que d'autres allaient dans Test, fuyant tous rinvasion touranienne et aryenne qui eut lieu plus de 2500 av. J.-C. »