‹ Madagascar: Essai de géographie physiqueChapitre 21 sur 29 · CHAPITRE XI gonquAtes AtrangAres historiquement connues · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI gonquAtes AtrangAres historiquement connues

Des conquérants étrangers ont débarqué à diverses reprises sur les côtes de Madagascar; ils ont apporté à la population indo-mélanésienne primitive un peu de civilisation, des institutions, une organisation, et même un sang nouveau. Pour imparfaitement connues que soient ces conquêtes étrangères, elles nous apparaissent pourtant avec une netteté suflisante pour qu'on puisse les qualifier d'historiques. Elles remontent à quelques siècles à peine, ce sont des phénomènes récents par rapport à l'énorme antiquité de la migration indo-mélanésienne. Aussi ont-elles laissé dans la mémoire des indigènes un nombre plus ou moins grand de souvenirs précis. C'est parmi ces conquêtes qu'il faut placer celle des Merina [vulgo Hovas). La plus ancienne est celle des Zafy-Ibrahim.

Zafy-Ibrahim (litt. descendants d'Ibrahim).

Sur la côte Est, ce nom caractéristique est encore très répandu, et des indigènes qui le revendiquaient ont déclaré à Sibree a qu'ils étaient des Juifs ». D'ailleurs les indigènes donnent à l'île de Sainte-Marie le nom d' cr île d'Ibrahim (1) ». Néanmoins c'est dans Flacourt qu'on trouve à ce sujet les renseignements les plus circonstanciés, a ils sont tous provenus d'une même lignée qu'ils nomment Zaffe-Ibrahim , c'est-à-dire race d'Abraham :

(l) Nosy-Braha.

ils ne connaissent point Mahomet et nonunent ceox de sa secte Cafres : ils reconnoissent Noé, Abraham, Moïse et David, mais ils n*ont aucune connoissance des autres prophètes, ny de notre Sauveur J. C... Il ny a que ceux qui sçavent une certaine prière... qui ont la faculté de coupper la gorge aux bestes... ils sont circoncis, ils ne travaillent point le samedy, ils ne font aucunes prières ny jeusnes, mais seulement des sacrifices de taureaux, vaches, cabrits et coqs... ils se sentent un peu du judaïsme... ils sont adonnez à la Géomance qu'ils nomment Squille (1), ne font rien et n'entreprennent aucun voyage ny aucune chose à faire, qu'ils n'aient premièrement squillé. »

Ce passage n'autorise pas de conclusions tout à fait positives. On est tenté, il est vrai, d'admettre celles de Flacourt et de considérer les Zafy-Ibrahim comme des pré-islamiques (2). Le nom qu'ils portent, le jour qu'ils chôment, les prophètes qu'ils vénèrent, tout cela concorde. Mais ce qui ne concorde pas du tout, c'est l'usage du mot « caffres • et celui du a squille » ou sikidy. Le mot kafir n'est concevable que dans la bouche d'un musulman et le sikidy ne peut avoir été qu'une importation musulmane. Tous les arabisants sont d'accord là-dessus. Les Zafy- Ibrahim seraient-ils des hérésiarques musulmans, des Karedjites par exemple (3)? Cela expliquerait leur haine pour les autres mahométans, mais non pas leur ignorance du nom même de Mahomet. Il serait peut-être plus simple de les admettre préislamiques et de supposer que le mot kafir et Tinstitution du sikidy ont été empruntés par eux à leurs voisins, les conquérants musulmans de la côte sud-est.

Quoi qu'il en soit, l'immigration des Zafy-Ibrahim est hors de doute.

Les a descendants d'Abraham » sont, on peut le dire grosso

(1) Sikily ou sikidy, suivant les dialoctos.

(2) Au vi" siècle Tllimyar, d'après l«*s historiens byzantins, adopta le Judaïsme.

(3) Hypothèse proposi'e par M. Basset, directeur de l'école des lettres d'Aller.

modo, connus aujourd'hui sous le nom de Be-tsi-misaraka (1). Us conservent des mœurs et une individualité distinctes. Fiacourt consacre un chapitre, le ix®, au pays qui commence au port de Tamatave a et qui s'estend jusqu'à la baie d'Antongil » : « les habitanz, dit-il, sont bons et point adonnés aux meurtres et volleries... ils sont fort hospitaliers et assistent un chacun ». 11 revient à la charge au chapitre xxvii où il oppose Taimable a nation de Manghabei(2) x> aux tribus pillardes et belliqueuses du sud : « la nation de Manghabei n'est pas de mesme, ce sont des gens de peu de discours mais de plus de foy, qui ne sont point si cruels, et n'usent point de trahison envers les estrangers ». Tout cela reste aujourd'hui remarquablement juste. C'a été longtemps en France, en particulier avant la dernière guerre, un lieu commun que la douceur de caractère et la sécurité des relations chez les peuplades en faveur desquelles on sollicitait l'intervention de la France contre l'oppression hova. L'assertion est ridicule en ce qui concerne la grande majorité de ces peuplades, mais elle est juste en ce qui concerne les Be-tsi-misaraka, qui étaient précisément les seuls à peu près avec qui nos compatriotes de Bourbon eussent des relations fréquentes, ils se sont toujours montrés étonnamment inaptes à la guerre. Dans le courant de ce siècle, ils se sont soumis aux Hovas d'abord, aux Français ensuite sans l'ombre d'une résistance. Au siècle dernier, dès que Benyowski eût affiché l'intention de les conquérir, ils le nommèrent chef de leur confédération (3) ; pour conquérir les Be-tsi-misaraka il n'eut de bataille à livrer qu'aux Sakalava. Ra-tsimilaho qui en 1712 donna par la force l'unité aux Be-tsimisaraka n'était pa3 un indigène; c'était un « malata », c'est-àdire un mulâtre descendant des pirates européens de Sainte-

(1) Nom n^commont donne'' à un onsouiblc de tribus diverses. En 1712, le roi Ra-lsimilaho n^unit sous son autoriu^ un certain nombre de tribus auxquelles il donna ce nom (litt. beaucoup qui ne se séparent pas).

(2) Mangabe, auprès de Maroantselra, baie d'Antongil.

(3) Am-panjaka-be, Benyowski, p. 448.

Marie (1). Les c malata » furent pendant tout le dix-huitième siècle et jusqu'à l'arrivée des Hovas les maîtres incontestés du pays. Les Be-tsi-misaraka ont toujours été à qui a voulu les prendre et ils ne sont pas plus un appui qu'un obstacle.

Il n'est pas impossible d'imaginer que la présence d'immigrés pré-islamiques, en protégeant plus ou moins les indigènes contre l'influence musulmane, les ait empêchés d'acquérir des mœurs belliqueuses. L'accueil fait aux Européens, c'est-à-dire aux nonmahométans, peut très bien s'expliquer par l'influence consciente d'abord, puis atavique d'une vieille haine contre l'Islam, contre ceux que, du temps de Flacourt, les « enfants d'Abraham » appelaient des « Cafres ».

Zafy-Ramini.

Nous avons des renseignements plus circonstanciés sur une migration postérieure à l'hégire mais très ancienne encore, celle des a enfants de Ramini ». Ramini, l'ancêtre, nous est donné comme un contemporain et un adepte de Mahomet. Le point de départ de la migration aurait été la Mecque; tout d'abord, « Ramini s'en alla avec sa femme en une terre, dans l'Orient, nommée Mangasini ou Mangaroro, où il vécut le reste de ses jours et fut grand prince ». Il y a des raisons d'admettre avec M. Grandidier que cette terre dans l'Orient était quelque part sur la côte de l'Inde. Une première raison serait le point d'atterrissement des (r enfants de Ramini » à Madagascar; il se trouve très au sud sur la côte Est, tout à fait en dehors des voies habituelles aux embarcations comoriennes, zanzibarites ou proprement arabes. Le débarquement s'est opéré sur deux points : l'un a à deux lieues de Mananzari », l'autre à « LamanoufTy (2) »,

(l) Borthier, rapport othnograpliiquo. Xolcs et fCxphraliom.

(•2) An-ala-minofy ou An-ala-menanofy, Bertliicr. L. c, p. 1116, (jvm\<\'u\'w\\ lUsUtire de la (féogrophie, p. 101,

c'est-à-dire à quelque distance au nord de Tembouchure du Mangoro.

Tous ces détails ne nous sont pas seulement donnés par Fiacourt (1), ils sont encore aujourd'hui vivants dans la mémoire des indigènes.

Une autre raison d'admettre que les enfants de Ramini avaient touché à rinde, c'est le curieux monument qui se voit encore non loin du point où ils ont débarqué. C'est un éléphant de pierre, gardé comme une relique ancestrale par les descendants actuels de Ramini (2); « il est en pierre tendre, et bien conservé; cependant les défenses et la trompe sont brisées;... il a quatre pieds de haut et à peu près sept pieds de long (3) ». Les indigènes qui n'ont jamais vu d'éléphant l'ont baptisé sanglier.

De tous les* pays sur le pourtour de l'océan Indien, c'est bien à l'Inde que fait songer ce monument exotique. Nous verrons d'ailleurs que les « enfants de Ramini » ont introduit à Madagascar l'organisation en castes.

C'étaient donc des arabes hindoustanisés ou vice versa^ il ne faut pas vouloir préciser outre mesure; mais en tout cas des musulmans; les détails que nous donne Flàcourt sur leurs croyances, leurs rites, leurs traditions ne laissent aucun doute à ce sujet. Leur petite histoire est certainement un alinéa dans celle de l'expansion islamique.

Leur débarquement serait antérieur de 500 ans à l'époque de Flàcourt (?), ce qui nous reporterait à H50 environ, en tout cas à l'époque héroïque de l'islamisme. Aussi les Zafy-Ramini ont-ils été guerriers et conquérants. Nous avons là-dessus le témoignage de la légende et de l'histoire.

La légende est celle du géant Darafify. Elle ne m'est connue

(l) P. 48ot50.

(•2) Exactcmont par les Anlambahoaka, qui sojjrlori fient d'être la branche aînée, au village d'Am-bohi tsara (embouchure du Fanantara). (3) .(. .(., t. I, 1». 525, The sione éléphant.

malheureusement que par quelques notes, mais très intéressantes, de l'histoire de la géographie de Grandidier.

Dara-fify, Thomme aux joues jaunes comme les fruits du dara, est en réalité la personniGcation des premiers colons arabe» il). Or, la légende de ce géant est en partie le récit de ses luttes avec un autre géant, Fatrapai-tanana lia main dure) qui personnifie la résistance indigène. Darafify perd une main dans le combat, de là vient Mati-tanana (la main morte), nom d'une rivière bien connue témoin de Taccident. Darafify est cependant vainqueur et jette Fatrapaitanana à la mer (2).

Darafify semble une sorte d'Hercule; la légende lui fait terrasser au village d'An-tani-fotsy c l'hydre monstrueux qui désolait ces parages (c'est-à-dire vaincre une tribu pillarde) (3) •.

Le témoignage historique sur les conquêtes Zafy-Ramini nous est fourni parFlacourt; pour anciennes qu'elles fussent au dixseptième siècle, les suites s'en distinguaient encore; la population était asser\'ie aux descendants de Ramini , et c'est à la conquête sans doute qu'il faut attribuer ces mœurs cruelles et pillardes sur lesquelles Flacourt ne tarit pas : <c ce sont les plus gr<inds adulateurs, menteurs, dissimulés qu'il y ait au monde, gens sans cœur, etc. »; la diatribe dure plusieurs pages. En partant il a laissé h Fort-Dauphin un stèle aux armes de France avec une inscription qui se termine ainsi : a adi^ena lege nio^ nita noslra tihi, tais, vUxque luœ pro/ïuura. Cave ah incolis. Valc[^) j). Ces dangereux incobe étaient les Zafy-Hamini.

Les Arabes de Vohémar.

La région de Vohémar, et d'une façon générale le pays des

(Ij UtHlnire de Ut fjcofjrapfiie, p. Kj5, riol«' a. {2) Il lut. lie fa iji'injrnphie^ p. lOô, nob' o.

(:{) ihiii.,\).m, II. ,M.

('I) P. :ni.

MADAGASCAK, 319

Antankara, a certainement été habité par des Arabes, à tout le moins des Musulmans ; on ne sait de quel nom désigner des immigrants sur le point de départ desquels on peut hésiter entre l'Egypte, l'Arabie, la Perse et Tlnde.

Nulle part le long des côtes malgaches les Arabes (?) n'ont laissé de leur passage des traces plus matérielles. Au sud de Vohémar on a trouvé les restes d'une ville et, dans une ul'ne en terre, des objets en or mélangés à des dinars fatimites des onzième et douzième siècles (1).

Malheureusement Vohémar est loin de Fort-Dauphin et Fiacourt ne nous donne que des renseignements très vagues. « J'ai appris qu'il y a une province... qui s'appelle Vohémar... où il y a des blancs depuis longtemps (2). d II ajoute un détail curieux, car les objets trouvés à Vohémar sont assurément d'orfèvrerie locale : a il y à Anossi (3) un orfèvre... qui m'a dit que ses ancêtres sont venus de Vohémar,... c'est l'origine des orfèvres du païs d'Anossi, c'est celui qui a instruit tous les autres aux Matatanes (4) ».

J^es traditions indigènes au sujet de cette migration arabe ou bien n'existent plus ou n'ont pas été recueillies. Pourtant les « descendants de la vieille caste sacerdotale (5) » portent le nom d'Onjatsy, répandu sur toute la côte Est jusqu'à Fort-Dauphin ; Flacourt nous les représente comme « les descendants des matelots qui ont amené en cette terre (6) » les Zafy-Ramini. En tout cas ils sont, à coup sur, le résidu d'une migration arabe (7).

Les rois Antankara ne sont pas moins intéressants que leurs

(1) Lavoix. Catalogue des monnaiesy t. UI, 1896 à 1808.

(2j P. 130, lo mot « blanc » est couramment employé par Flacourt pour désigner les (lescen<lants métissés d'immigrants arabes.

(3) Pays dos Antanosy, Fort-Dauphin.

(4) Matitanana, pays Antaimoro.

{h) .1. .1., t. I, p. *28o. Batcholor. A't>/es on the Antankarana.

(7) \U^rihiei\ Ra/tpijrt ethnographique. Notes etExpl., IX) s<'ptembre 18ÎW, p. 1115.

320 ll.\DAGASrAR.

sorciers Onjatsv par 1<* tf-moigna^ qu'ils portent en faTear de lointaines migrations aral>es.

C'est un*' très vieille famille dont je ne crois pas qu'on connaisse l'origine, faute peut-être de l'avoir demandée aux intéressés. En tout cas on n^monte leur histoire et leur généalogie josqa^au dix-septième siècle, époque où nous trouvons la dynastie déjà ancienne et puissante : beaucoup plus puissante qu'aujoord'hoi, car sa domination s'étendait jusque sur TAndrona (1). Elle a reculé devant les Sakalava contre lesquels les Antankara ont soutenu des guerres acharnées.

Or voici comment on nous décrit le dernier descendant de cette famille, le roi actuel des Antankara : « Il était habillé à TArabe d'une grande chemise blanche sur laquelle il portait on caftan noir brodé d'or, le fez sur la tête • ; le roi faisait profession d'islamisme, était entouré de Comoriens, et même il estimait « que le sultan de Turquie est le plus grand monarque du monde (2) ».

Si les Onjatsy nous ramenaient aux Zafy-Ramini, le costume et Tcntourage du roi Antankara évoque plutôt des afTinités avec les sultans Talaotsy dont il nous reste à parler.

Talaotsy ou Talaotra i,3 .

Nous sommes très renseignés sur Texistcnce d'un sultanat arabe ou plutôt comorien au Bouéni. II a porté le nom de Talaotsy ou Antalaotsy qui est encore aujourd'hui le nom d'une caste sur la côte nord-ouest.

Les Antalaotsy, qui sont musulmans ou croient Tètre, ont parfaitement conscience du lien qui les rattachent aux Comores ;

(Ij U«'*gion (h' F{<'fan<lnana <'t MaiHlrilsara.

(2) .1. J., l. Il V' **'• -^ xhorl cr aine on Ihe ttorth tvextern ronsl of Mmhtgasrar. (.'{) Tnlnolia <*st roilliograplK; liova Mac Alaolra;; hî nom vient «l'une racine malaise, laid, la mer, disparue «lu malgai.-lie courant : gens «J'outrc-nier.

c'est une tradition répandue sur toute la côte qu'ils seraient venus d'une cinquième Comore engloutie par la mer. Avec l'aide de Gùillain qui a recueilli très consciencieusement tous les renseignements indigènes à ce sujet, non seulement à Madagascar, mais sur la côte africaine, on arrive à préciser la tradition populaire.

Le point de départ de la migration serait Bassora, et son chef se serait nommé Hassan ; la date serait approximativement le seizième siècle. Les émigrants se seraient fixés d'abord dans une petite baie située un peu au sud de Mombasa. De là ils passèrent à Madagascar où ils s'établirent successivement à la baie d'Ampanasana (tout à côté du cap d'Ambre), à l'île de Nosy-Komba (près de Nosy-B6), à l'île de Langany (dans la baie de la Mahajamba), à l'île de Makambà (nord-ouest de Majunga), dans la baie et les petites îles de Bbuéni (1), à Kandrani dans la baie de Bombetoka (en face de Majunga), à Bali dans la baie du môme nom (2), Le plus important de ces établissements fut celui de Bouéni.

Lorsque la a Nossa Senora da Esperança » arriva dans la baie de Bouéni, le 15 avril 1613, elle trouva a tout au fond, sur un îlot de sable d'une demi-lieue de tour... une ville de 6 à 700 âmes dont les habitants se disaient musulmans », qui faisait un commerce important avec l'intérieur (3).

Sur presque tous les points signalés par Gùillain, on trouve aujourd'hui des ruines de constructions arabes : à Ampanasana, à Langani, à Makambà, à Bouéni, Ces dernières, exactement situées sur la petite île d'Antsoribory, dans la baie de Bouéni, ont été décrites par Jully. « Au bout de quelques pas, nous tombons sur un champ de poteries... sous les arbres, les ruines d'une mosquée; nous nous trouvons en présence... à deux cents mètres

(l) Orthographe europcKînnc; l'orthographe malgaclic (c'est-à-dire hova) est Boina.

{i) Guillaia, p. \S.

(3^ Don Luiz de Mariano, p. 1.

du rivage, de cinq tombeaux, de formes différentes, en maçonnerie de chaux stuquée, dont Tun dresse encore une élégante coupole, terminée par un amortissement décoré, etc.. L'importance des tombes, leur décoration, prouvaient que nous étions en présence des restes d'une grande cité (1). »

Il faut que cette ville de Bouéni ait eu une grande importance, puisqu'elle a donné son nom à la province.

Nous savons exactement comment elle a fini, elle et les aulres établissements Talaotsy. C'est la conquête sakalava qui les a balayés. Langani tomba le premier, Bali et Kandrani furent abandonnés sans combat, et Bouéni, où tous les Talaotsy s'étaient réfugiés, fut enlevé par surprise une belle nuit (2). Beaucoup de Talaotsy quittèrent Madagascar, les autres finirent par abandonner Bouéni sur l'ordre du roi Sakalava, et fondèrent dans la baie de Bombetoka, à proximité de la résidence royale, une ville où leur seule présence a reconstitué la capitale du Bouéni, celle que nous orthographions Majunga (3). Ceci se passait de 1700 à 1750.

Talaotsy à Mati-Tanana.

Au temps de leur puissance, les Talaotsy ont poussé jusqu'à la côte sud-est un rameau d'immigration.

Les Antaimoro, riverains de la Mati-tanana, sont aujourd'hui, et ils étaient déjà au temps de Flacourt, les représentants de l'arabismc sur la côte Est. Seuls sur cette côte ils écrivent le malgache avec des caractères arabes, comme le font les Talaotsy de

(1) JuUy. Les Iinmifjvaiions arabes à Madagascar. Notes et E.\])lorations, lîO avril 181)8. Un dessin est joint.

(•2) Guillain, p. 35n.

()») OrthojjTaplio IVanrai.se ; les Hovasortiiogiaphiont iVcycT/î^rt, ce qui est plus barbare encore, parce que c'est déplacer l'accent tonique. Guillain orthojrraphie Moudzanf/aie, î/étyinolojLrie est souahéli, mji-angaia, beaucoup de Heurs.

Majunga; ils ont môme a le Livre [sora-be) »; ce sont des versets du Coran très altérés; le sorcier, qu'un client consulte, recopie (( le verset approprié sur une feuille de ravenale, on fait bouillir la feuille, et l'intéressé avale le bouillon (1) ». — « Ils vendent chaque papier escrit à tous ces pauvres idiots de nègres, » dit déjàFlacourt (2).

Parmi les Antaimoro, la caste sacerdotale, la plus puissante et la plus respectée, porte le nom de Talaotra (3). L'immigration de ces Talaotra est certainement distincte de T immigration Zafy- Ramini et postérieure ; la tradition conserve le souvenir des malentendus et des luttes entre la première immigration et la seconde (4). Le nom de Talaotra permet d'affirmer avec une quasi-certitude que la seconde immigration a eu pour point de départ le sultanat du Bouéni.

Conquôte Sakalava-Mahafaly.

Autre côté de la même question.

Nous suivons historiquement, à la surface de Madagascar, les routes de différentes conquêtes étrangères. Elles ne sont pas restées le moins du monde confinées à la côte.

La conquête Sakalava-Mahafaly est très bien connue : on pourrait l'appeler conquête Maro-serang du nom de la famille royale.

Le point de départ de la tribu conquérante est dans la région de Saka [alias Isaka, Antaisaka) sur la côte sud-est, au sud des Antaimoro. « Les chefs et les principales familles Sakalava, dit Grandidier, sont venus originairement de la province d'I-

(1) lluckett. South EaH coast Customs and SttperstUions, p. 510. Ci) l*. IG. Voir aussi Berthier, Rapport ethnographique, /. c.

(;]) Berthier, Rapport ethnographique, /. c. lluckett, /. t\, mais surtout George-A. Shaw. The arab Elément in South East Madagascar, A. A., 18013, p. 09 et s. (1) Cf. Flacourt qui donne à la seconde niigi'ation le nom de Zafy-Kasimambou.

!i ^ 324 MADAGASCAR.

saka (1). » Sur ce point, les traditions Sakalava et Antaisaka concordent : les Sakalava se souviennent que leurs rois Maroserang sont venus du sud-est, du pays de Tomampe (2), et les Antaisaka ont, de leur côté, conscience de leur parenté avec ceux qu'ils appellent Antai-saka-lava (les grands Antaisaka) (3) .

Les Antaisaka, au moins leur caste noble (4), « se réclament d'une colonie arabe (?) établie depuis très longtemps dans le pays et dont Thistoire ne nous a pas été rapportée par la tradition »; une autre caste (5) descend a des serviteurs, des esclaves qui avaient accompagné les précédents (6) ». Qu'est-ce encore que ces immigrants ? Des Zafy-Ramini ? Ibrahim ? Ou ni Tun, ni Fautre ? Il a pu se produire des débarquements sur lesquels nous ne sommes pas renseignés (7). En tout cas, les traditions mahafaly et sakalava font descendre les Maro-serang d'ancêtres à peau claire (8).

La tribu conquérante a dû franchir l'extrémité sud des hauts plateaux au col de Midongy, sur le haut Tomampy.

On peut, à titre d'hypothèse vraisemblable, leur attribuer la fondation du grand royaume a des Machicores » qui au temps de Flacourt couvrait tout l'hinterland du sud malgache, mais qui était déjà en voie de dissolution et dont il ne reste plus trace aujourd'hui (9). En effet, le nom de Masikora est encore porté aujourd'hui, mais dans une partie de l'ile toute différente par les (|uatre cinquièmes des Sakalava (10). D'ailleurs le fondateur

(1) Histoire de la géographie, p. 191, voir aussi Revue scientifique, ^^ série, h'- année, nMG, limai 1872, p. 108.

(3) Tomampy, affluent do la Mananara.

(3) Berthier, Rapport ethnographique, Ao/esd £'.ry>/(;/'rt/(0/is, 30 septembre I81>8, p. 11 19. (1) Les Antaivato établis à Midongy.

(5) Zafy-Mananga.

(0) Herthier, Rapport ethnographique, l. c.

il] Histoii^e lie la géographie, 1. c.

(8) Guillain.

(9) Au moins dans la réaUté, car il s'est perpétué sur les cartes. Cf. celle du P. Roblet.

(10) Les Sakalava se divisent en vezo (pécheure), et wa^e'Aora, gens de l'intérieur, agriculteurs et pasteure.

du royaume des Machicores s'appelait Dian Balotialen, d'après Flacourt (1), qui vivait après lui : or, un ancêtre très vénéré des Maro-serang, d'après les traditions Mahafaly et Sakalava, portait un nom très analogue (2) .

Quoi qu'il en soit de cette hypothèse (3), la tribu conquérante, dans sa progression vers Touest, se scinde en deux parties : l'une s'établit en pays mahafaly, dont les rois se disent aujourd'hui Maro-serang et affirment leur parenté avec les rois sakalava. L'autre partie de la tribu apparaît sur le Mangoky vers le milieu du dix-septième siècle sous la conduite du Maro-serang Lahi-fotsy (l'homme blanc).

Sur lui nous sommes renseignés par trois sources aussi différentes et aussi concordantes que possible : la tradition, la carte do Flacourt qui porte le nom de Lahe-fouti, et enfin un rapport de pilote de 1668 tiré par Guillain des archives de la marine (4). Nous sommes donc très fixés sur l'existence de Lahi-fotsy et sur la date approximative de sa conquête.

Il passa le Mangoky du sud au nord et conquit le Menabe sur des tribus diverses Antanandro, Mikia, Vazimba, dont le nom et les descendants subsistent encore au Menabe (5). Ainsi fut fondé l'un des deux grands royaumes sakalava, celui du Menabe, dont Mahaho a été pendant deux siècles et demi, et est encore la capitale.

La puissance d'expansion de la tribu conquérante n'était pas arrêtée. A la suite d'une discussion avec son aîné, un cadet Maro-serang quitta le Menabe et continua vers le nord la conquête Sakalava. Sur son compte nous avons, avec le témoignage de la tradition, celui de Drury qui fut presque son contemporain ; nous

(2) Andrian-alim-be, équivalent quant au sens, au nom donné par Flacourt et qui s'écrivait Andriam-balo-alina : le gran(i roi des dix raille ou le roi des dix mille pai-cs à bœufs.

(3) Éraise par Berthier, Rapport ethnograi)hiquo, /. c. (A) Guillain, p. 8.

(5) Cf. Guillain, p. 18 et s.

savons par lui que Texode eut lieu vers la fin du dix-septième siècle ou le commencement du dix-huitième. Le conquérant Andria-mandiso-arivo soumet à son autorité des Vazimba, des Behosy, etc.. L'énumération serait fastidieuse (1), il suffît de dire que le souvenir des tribus Pré-Sakalava est encore très vivant, à titre de subdivision de la grande tribu Sakalava actuelle ; on voit encore Tancien ordre de choses transparaître sous le nouveau. Andria-mandiso-arivo soumit le Mailaka, TAm-bongo, le Bouéni, une partie de TAndrona; il fonda en somme le second grand royaume Sakalava, celui de Bouéni, dont la capitale politique fut un autre Mahabo sur les bords de la Betsiboka, tout à fait éclipsé d'ailleurs par la capitale commerciale, Majunga. C'est lui ou ses successeurs qui firent écrouler le sultanat Talaotra et qui refoulèrent les rois Antankara à l'extrémité nord de l'île.

En somme, nous avons la bonne fortune de connaître toute rhistoire des Sakalava depuis leur apparition, et nous leâ suivons étape par étape depuis le Tomampy jusqu'à Majunga.

Conquôte Zafy-Ramini d'Anosy.

Trois autres conquêtes, non moins historiquement certaines que la conquête Maro-serang, ont un point de départ mieux connu ; elles ont été conduites par des chefs Zafy-Ramini; ce sont les conquêtes qui ont amené la constitution des royaumes Antanosy , Bara et Tanala.

Flacourtnous donne par le menu l'itinéraire de la branche Zafy- Ramini qui fit la conquête de l'Anosy. Débarqués à Mananjary, ils s'enfoncèrent dans l'intérieur, et s'établirent pendant longtemps dans ce que Flacourt appelle le pays des Anachimoussi (quelque part dans le coude de la Menarahaka, vallée de l'Ihosy). Puis

(1) On la trouvera dans Guillain, l.c.

à la suite de dissensions avec les indigènes la migration se poursuit, et les conquérants Zafy-Ramini arrivent du nord-ouest dans le pays d'Anosy (Fort-Dauphin) où nous voyons aujourd'hui régner leurs descendants. Avec quelque précaution qu'il faille accepter cette tradition, il faut bien en retenir que les rois Antanosy afTirment être arrivés à Fort-Dauphin non par la côte, mais par l'intérieur, par le bassin du Mandrere.

Les Zafy-Ramini ont fondé dans TAnosy un royaume qui dure encore et dont la capitale est Fanjairana (le Fanschere de Fiacourt).

En 1845, une poussée vers l'ouest s'est produite pour échapper à la domination des Hovas établis à Fort-Dauphin (1). Une partie des Antanosy alla s'établir sur le cours moyen de l'Oni-lahy et sur ses petits affluents Isakondry, Teheza, Sakamare (rive droite), Tsavazy (rive gauche). Ils y ont pour capitale un autre Fanjairana, comme les Sakalava du Bouéni ont pour capitale un autre Mahabo. Les Antanosy de l'Oni-lahy, ou émigrés, conservent d'ailleurs des relations fréquentes avec ceux de Fort-Dauphin; des contre-migrations partielles se produisent; ils ont tous conscience de former un même peuple ; ils ont conservé depuis trois siècles au moins leur nom d'Antanosy ; ils ont une individualité distincte, et c'est une individualité politique, le lien est la famille royale Zafy-Ramini ; le roi Zafy-Ramini de Fanjairana a la prétention, à tout le moins, de commander h la tribu.

Conquôte Zafy-Ramini Bara (branche Zafy-Manelo).

L'arbre généalogique Zafy-Ramini porte une branche Zafy- Manelo (2), à laquelle se rattachent les rois Bara; tous se réclament d'un ancêtre commun, Manelo ou Andria-manelo, fils (?) de Ramini.

(1) Grandidier. llUtoire delà géographie, p. 197, note 4.

(t) Richardson. Tanala cmtoms, sxiperslU'ums and beliefs^ A. A.

Sur les Bara, leurs migrations et leur famille royale nous avons depuis peu des détails circonstanciés (1). Ils se souviennent d'avoir habité longtemps Tlvondro, c'est-à-dire la basse vallée du Tomampy; c'est là vraisemblablement que se trouvaient leurs ancêtres du temps de Flacourt, qui place Tlvondro dans la sphère d'influence et d'habitation des « blancs » du Matîtanana.

Les Bara rendent un compte détaillé de la façon dont ils se sont emparés de la vallée de l'Onaivo, puis de celle de la Menarahaka, d'où ils chassèrent les Betsiléo. Originairement ils étaient donc établis dans la grande cuvette où se forme la Mananara au sud du mont Ivohi-be, et d'ailleurs une subdivision de la tribu y est encore (Bara lantsantsa).

C'est de là qu'ils sont partis sous la direction de chefs dont les noms ont été conservés pour envahir la vallée de l'Ihosy. Ils ont délogé ou soumis des peuples, dont les noms, inconnus par ailleurs, nous sont donnés, et dont on nous dit qu'ils étaient apparentés aux Betsiléo.

De la vallée d'Ihosy les Bara se sont répandus dans celle du Mangoky, mais ils se sont heurtés à l'arrière-garde sakalava (royaume du Menabe). Entre les deux tribus les guerres et les haines continuent toujours. Les traditions indigènes nous montrent les indigènes d'Ihosy fuyant devant les Bara et trouvant un asile en pays sakalava (2). Il semble bien que le Fiherenga et le Menabe, que Drury (3) nous montre en guerre acharnée aux environs de 1715, et qui se sont réconciliés solennellement au début du dix-neuvième siècle, y aient été amenés par la nécessité de faire face aux Bara. Du moins Guillain associe-t-il cette réconciliation à

(1) An. des lieutenants Boin et Mouveaux sur les Bara et les Tanala, \otes et ExpL, 30 novembre 1897. — Capitaine Lefort, Noies et Expl... 11 faut esp<'«rer qu'on recueillera sérieusement le folk-lare des Bara et des Tanala. Voir aussi la tradition chez les Bara du capitaine du Boisde la Villerabol, 30 juin 1900, p. 263 et s.

(2) Boin et Mouveaux. L. c.

(3) P. 330 et s.

MADAGASCAR. 32î>

« une guerre faite de concert contre les Zafi-man'helle » (1). En tout cas la conquête bara, rencontrant vers Touest un obstacle infranchissable, s'est étalée le long des frontières du Menabe et du Fiherenga. Elle a couvert les vallées des affluents du Mangoky et même de TOni-laby.

Conquôte des Zafy-Ramini Tanala (branche Zafy-Rambo).

Gomme les rois Bara, les rois Tanala greffent leur généalogie sur le tronc Zafy-Ramini; ils se réclament de Rambo ou Firambo, « enfant de Ramini ».

Les Tanala, comme leur nom Tindique, sont avant tout les habitants de la forêt; leurs tribus s'allongent au pied de la grande falaise et sur ses pentes. Mais tout récemment, il y a vingt ans à peine, eux aussi se sont mis en marche vers l'ouest, talonnant Tarrière-garde des Bara comme ceux-ci avaient fait de Tarrière-garde sakalava, et semblant obéir à la même impulsion.

Les Tanala conquérants sont la petite tribu qui habitait la vallée de Tlantara (2). Ils ont émigré par le haut de leur vallée, contournant Tlvohi-bé par le nord, au point où Tlantara et la Menarahaka se touchent par leurs sources.

Les Tanala émigrants portent aujourd'hui, en tant que clan, le nom de Hova-lahy ny Antara (les Hovas (3) autremçnt dit les chefs de TAntara) , qui indique bien leur origine : et d'ailleurs il faudrait qu'ils aient la mémoire courte pour Tavoir déjà oubliée ; nous connaissons la date de leur migration, elle est de 1880. Les Tanala envahisseurs, au nombre de 4.000, trouvèrent les Bara-iantsantsa établis dans toute la haute vallée de la Me-

(i) Guillain, p. 16.

(2) Boin oi Mouveaux. A. c. — Capitaine Brun. .Voies et Expl.,S\ décombiv 1898, arbiv K»''n«''aIogiquo des rois d'Ikongo.

(3) Ne pas oublier qu'en appliquant le nom de hova à tous les habitants de l'imerina, nous le détournons de son sens.

narahaka jusqu'à son confluent avec la Rano-mena. Ils les refoulèrent dans la vallée de la Rano-mena, et ils occupèrent toute la haute vallée de la Menarahaka jusqu'au grand coude. La conquête Tanala n'est qu'à son début ; elle fait vers l'ouest des progrès incessants. Elle n'a pas pu entamer le bloc des Bara-bé (vallée de l'Ihosy et du Mena-maty). Aussi bien le col d'Ihosy est-il gardé par la forteresse du même nom, hova avant la guerre, française depuis, ol de tout temps imprenable pour les Tanala. Mais ils ont contourné Tobstacle; des taches çlc conquête Tanala apparaissent déjà très loin dans le nord-ouest : on retrouve les Tanala à 150 kilomètres de la Menarahaka, sur la rive droite du Mangoky, au Volambita. Cette petite tribu pillarde est en relation de complicité avec celles du Betsiriry, où il n'est pas rare de rencontrer, dans les villages Sakalava, une bande Tanala en ravitaillement. On trouve môme sur TAndranomena, affluent de gauche de la Tsi-ribihina, un groupe de villages Tanala qui ont reconnu plus ou moins l'autorité des rois Sakalava.

Généalogie des rois Betsiléo.

Sur rhistoire et le folk-lore du sud nos connaissances sont fragmentaires, mais ce n'est pas une raison pour en laisser perdre les miettes. Il faut rapporter ici le peu que nous savons sur quelques autres tribus du sud, dont le cas est moins net que celui des Tanala, Bara, Sakalava, mais dont les destinées semblent pourtant analogues.

Sur les rois Betsiléo nous n'avons que des renseignements brefs et incomplets. Très certainement ils ne se rattachent pas tous à la même souche. Aussi bien le Be-tsi-leo est- il une unité politique récente. 11 se compose essentiellement de deux pays tout à fait distincts au dix-septième siècle; et qui conservent

aujourd'hui le souvenir de leur individualité, d'Ailleurs fortement accusée par Torographie.

L'Arind-rano (Kringdranes do Flacourt, le cirque d'Ambohimandroso) et le Vohitromby (Vohitsanghombes de Flacourt, le cirque de Fianarantsoa) . Ces deux provinces se sont coalisées au dix-huitième siècle pour faire face aux Sakalava et elles ont pris le nom peu justifié de Bo-tsi-leo (les invincibles) (1).

Pour TArind-rano, le doute n'est pas possible, il rentre dans le domaine de la conquête Zafy-Ramini (branche Zafy-Rambo). Le descendant de ses anciens rois, Ralainony, actuellement déchu au rang do sous-gouverneur d'Ambohi-mandroso, est un Zafy-Rambo (2).

Sur le Vohitromby le D' Bcsson nous dit que ses rois sont venus les uns des sources de la Mania (?) et les autres du Matitanana ou du Faraony. Ces derniers à tout le moins, à en juger par leur origine, ont chance d\Hre Zafy-Ramini. C'est une question ouverte.

Antaivondro.

Sur les Antai-vondro, une autre grande tribu du sud, nous sommes encore plus mal renseignés. Comme l'indique leur nom, ce sont eux qui occupent {lujourd'hui l'Ivondro, le berceau de la tribu Bara d'après la tradition; c'est là qu'est ce qu'on pourrait appeler leur capitale, résidence dé leur roi le plus vénéré, au petit village de Soa-rano, sur la rive droite du Tomampy.

Mais ils ne sont pas restés confinés à l'Ivondro, eux aussi s'étendent vers l'ouest; ils occupent le bas Onaivo, ses affluents de gauche Manambolo et Manan-kiaiky , le cours moyen du Mangoky-Oni-lahy (sur lequel Be-troky est leur centre). En

(1) Lo fait ot \o nom rappollont la fusion n'cpnto do la IribuIBo-tsi-mii-araka.

(2) Capitaine Brun, \otes el ExpL, I. c.

3re MADAGASCAR.

somme, c'est manifestement une migration, c'est-à-dire une con* quête d'Est en Ouest; sur Torigine orientale des Antai-vondro on peut invoquer, outre le nom qu'ils portent, celui que leur donnent parfois les Bara, Ampi-loka-lefo, a les jeteurs de sagaie (1) », un surnom couramment appliqué (2) aux Antaimoro, Antaifasy et Antaisaka, quoiqu'il appartienne plutôt à ces derniers.

La conquête a dû se faire sur les Bara. Au moins les deux tribus Bara d'une part et Antaivondro de l'autre sont franchement hostiles. La première redoute beaucoup la seconde et a beaucoup à souffrir de ses incursions.

Pour les Bara, les Antaivondro sont des Tanala; mais personne ne s^est jamais enquis (3) du folklore Antaivondro, de la généalogie de leur rois et de leurs affinités avec d'autres tribus. C'est une question ouverte. On ne peut manquer pourtant de rappeler que Y « Ivonrhon », comme Flacourt appelle Tlvondro, était dès le dix-septième siècle sous la domination des Zafy-Ramini.

Andraivola.

La plus ancienne famille royale de la cote Ouest est celle des Andraivola, qui régnent au Fiherenga; elle semble on tout cas plus ancienne que la grande famille des Maro-serang, contre laquelle elle s'est péniblement maintenue. Les Andraivola sont aujourd'hui des rois Sakalava assimilés aux Maro-serang, mais ils conservent le souvenir d'une origine distincte.

(1) Souvenir poi-sonnH.

(2) Cf. Doulliot.

Ci) Au suj«'t do cos doux vallôes de l'Onaivo ol du Toiuampy nos connaissances ont su!)i un rocul étonnant. Flacourt a ou ce que nous appollorions aujourd'liui un poste - aux Mananiboullos -, chez - Dian Panolaho .. Il était impossible d'identifier ce Mananib-olo, affluent de l'Onaivo jusqu'au moment où le capitaine Lefort a vu son emboucliure. Encore aujourd'hui le coui-s de cette grosse rivière est inconnu.

C'est aux deux articles du capitaine Lefort, \ofes et Expl..., que nous devons à peu près la totalité de nos renseignements sur les Antaivondro.

Or le capitaine du Bois de la Villerabcl, qui affirme écrire sous la dictée du roi Bara bien connu Raiandry, nous dit que les Andraivola ont habité eux aussi, il y a quelques siècles, la vallée de la Mananara, c'est-à-dire Tlvondro ; leur généalogie se rattacherait à celle des rois Bara par un ancêtre commun ; ce seraient donc, eux aussi, des Zafy-Ramini.

Ce sont probablement les Andraivola que Flacon rt a connus sous le nom de « Zaffe an Renavoulle » sur les bords de la rivière Fihcrcnga. Or il y a aujourd'hui des Zafin-dra-vola aux sources de la rivière Onaivo; leur folk-lore serait intéressant à connaître.

Tsi-omain-balala .

Sur d'autres petites tribus du sud nous en savons juste assez pour affirmer qu'elles obéissent, elles aussi, à la même poussée vers l'ouest, dont le point de départ est, sur cette côte sud-est, pénétrée depuis des siècles d'influences étrangères.

Sur quelques cartes anciennes, en particulier sur celles qui accompagnent les ouvrages d'EUis et de Guillain, le nom de Tsienimbalala (que je crois devoir orthographier Tsi-omam-balala) figure en lettres capitales à l'Est duFiherenga; cette tribu y semble occuper une place aussi importante que les Bara; le nom et les capitales se sont d'ailleurs maintenus jusque sur la carte du P. Roblet, avec cette extraordinaire vitalité qu'ont toutes les indications, môme erronées, dans les coins de carte qui, sans elles, resteraient en blanc.

En réalité, aujourd'hui au moins, il existe, sur la rivière Isakondry, un tout petit groupe de villages (1) dont les habitants se donnent le nom de Tsi-omam-balala.

(1) Leiniaiky : c'est, je crois, le nom du chef.

saka (1). » Sur ce point, les traditions Sakalava et Antaisaka concordent : les Sakalava se souviennent que leurs rois Maroscrang sont venus du sud-est, du pays de Tomampe (2), et les Antaisaka ont, de leur côté, conscience de leur parenté avec ceux qu'ils appellent Antai-saka-lava (les grands Antaisaka) (3) .

Les Antaisaka, au moins leur caste noble (4), « se réclament d'une colonie arabe (?) établie depuis très longtemps dans le pays et dont Thistoire ne nous a pas été rapportée par la tradition »; une autre caste (5) descend a des serviteurs, des esclaves qui avaient accompagné les précédents (6) ». Qu'est-ce encore que ces immigrants ? Des Zafy-Ramini ? Ibrahim ? Ou ni l'un, ni l'autre ? Il a pu se produire des débarquements sur lesquels nous ne sommes pas renseignés (7). En tout cas, les traditions mahafaly et sakalava font descendre les Maro-serang d'ancêtres à peau claire (8).

La tribu conquérante a dû franchir l'extrémité sud des hauts plateaux au col de Midongy, sur le haut Tomampy.

On peut, à titre d'hypothèse vraisemblable, leur attribuer la fondation du grand royaume a des Machicores » qui au temps de Flacourt couvrait tout Thinterland du sud malgache, mais qui était déjà en voie de dissolution et dont il ne reste plus trace aujourd'hui (9). En effet, le nom de Masikora est encore porté aujourd'hui, mais dans une partie de l'île toute différente par les quatre cinquièmes des Sakalava (10). D'ailleurs le fondateur

(1) Histoire de la géographiej p. 191, voir aussi Revue scienlifiquef *2« sôrie, l'" aniH'e, n«46, limai 1872, p. 108.

(3) Tomampy, affluent d(? la Mananara.

(3) Berthior, Rapport ethnographique, Notes et Eaj^hrat ions, 20 m'inemhvo 1898, p.llUl. (l) Les Antaivato (!«tablisà Midongy.

(5) Zafy-Mananga.

(0) Berthier, Rapport ethnographique, /. c.

(7) Histoire de la f/rographie, I. c.

(8) Guillain.

(9) Au moins dans la ivalilis car il s est perpétué sur les cartes. Cf. celle du \\ Roblet.

(10) Les Sakalava se divisent en vezo (pécheui's),et7wa«èAora, gens de l'intérieur, agriculteui*s et pasteurs.

du royaume des Machicores s'appelait Dian Baloiialen, d'après Flacourt (1), qui vivait après lui : or, un ancêtre très vénéré des Maro-serang, d'après les traditions Mahafaly et Sakalava, portait un nom très analogue (2) .

Quoi qu'il en soit de cette hypothèse (3), la tribu conquérante, dans sa progression vers l'ouest, se scinde en deux parties : l'une s'établit en pays mahafaly, dont les rois se disent aujourd'hui Maro-serang et affirment leur parenté avec les rois sakalava. L'autre partie de la tribu apparaît sur le Mangoky vers le milieu du dix-septième siècle sous la conduite du Maro-serang Lahi-fotsy (l'homme blanc).

Sur lui nous sommes renseignés par trois sources aussi différentes et aussi concordantes que possible : la tradition, la carte do Flacourt qui porte le nom de Lahe-fouti, et enfin un rapport de pilote de 1668 tiré par Guillain des archives de la marine (4). Nous sommes donc très fixés sur l'existence de Lahi-fotsy et sur la date approximative de sa conquête.

Il passa le Mangoky du sud au nord et conquit le Menabe sur des tribus diverses Antanandro, Mikia, Vazimba, dont le nom et les descendants subsistent encore au Menabe (5). Ainsi fut fondé l'un des deux grands royaumes sakalava, celui du Menabe, dont Mahaho a été pendant deux siècles et demi, et est encore la capitale.

La puissance d'expansion de la tribu conquérante n'était pas arrêtée. A la suite d'une discussion avec son aîné, un cadet Maro-serang quitta le Menabe et continua vers le nord la conquête Sakalava. Sur son compte nous avons, avec le témoignage de la tradition, celui de Drury qui fut presque son contemporain ; nous

(2) Andrian-alim-be, ««quivalent quant au sens, au nom donné par Flacourt et qui s'écrivait Andriam-balo-alina : le grand roi des dix mille ou le roi des dix mille pares à bœufs.

(3) Émise par Berthier, Rapport cthnographiquo, /. c.

(4) Guillain, p. 8.

(5) Cf. Guillain, p. 18 et s.

savons par lui que Texode eut lieu vers la fin du dix-septième siècle ou le commencement du dix-huitième. Le conquérant Andria-mandiso-arivo soumet à son autorité des Vazimba, des Behosy, etc.. L*énumération serait fastidieuse (1), il suffit de dire que le souvenir des tribus Pré-Sakalava est encore très vivant, à titre de subdivision de la grande tribu Sakalava actuelle ; on voit encore Tancien ordre de choses transparaître sous le nouveau. Andria-mandiso-arivo soumit le Mailaka, TAm-bongo, le Rouéiii, une partie de TAndrona; il fonda en somme le second grand royaume Sakalava, celui de Bouéni, dont la capitale politique fut un autre Mahabo sur les bords de la Betsiboka, tout à fait éclipsé d'ailleurs par la capitale commerciale, Majunga. C'est lui ou ses successeurs qui firent écrouler le sultanat Talaotra et qui refoulèrent les rois Antankara à l'extrémité nord de l'île.

En somme, nous avons la bonne fortune de connaître toute Ihistoire des Sakalava depuis leur apparition, et nous les suivons étape par étape depuis le Tomampy jusqu'à Majunga.

Conquôte Zafy-Ramini d'Anosy.

Trois autres conquêtes, non moins historiquement certaines que la conquête Maro-serang, ont un point de départ mieux connu ; elles ont été conduites par des chefs Zafy-Ramini; ce sont les conquêtes qui ont amené la constitution des royaumes Antanosy, Bara et Tanala.

Flacourtnous donne par le menu l'itinéraire de la branche Zafy- Ramini qui fit la conquête de l'Anosy. Débarqués à Mananjary, ils s'enfoncèrent dans l'intérieur, et s'établirent pendant longtemps dans ce que Flacourt appelle le pays des Anachimoussi (quelque part dans le coude de la Menarahaka, vallée de l'Ihosy). Puis

(1) On la trouvera dans Guillain, Le,

à la suite de dissensions avec les indigènes la migration se poursuit, et les conquérants Zafy-Ramini arrivent du nord-ouest dans le pays d'Anosy (Fort-Dauphin) où nous voyons aujourd'hui régner leurs descendants. Avec quelque précaution qu'il faille accepter cette tradition, il faut bien en retenir que les rois Antanosy affirment être arrivés à Fort-Dauphin non par la côte, mais par l'intérieur, par le bassin du Mandrere.

Les Zafy-Ramini ont fondé dans TAnosy un royaume qui dure encore et dont la capitale est Fanjairana (le Fanschcre de Fiacourt).

En 1845, une poussée vers Touest s'est produite pour échapper à la domination des Hovas établis à Fort-Dauphin (1). Une partie des Antanosy alla s'établir sur le cours moyen de l'Oni-lahy et sur ses petits affluents Isakondry, Teheza, Sakamare (rive droite), Tsavazy (rive gauche). Ils y ont pour capitale un autre Fanjairana, comme les Sakalava du Bouéni ont pour capitale un autre Mahabo. Les Antanosy de l'Oni-lahy, ou émigrés, conservent d'ailleurs des relations fréquentes avec ceux de Fort-Dauphin; des contre-migrations partielles se produisent; ils ont tous conscience de former un même peuple ; ils ont conservé depuis trois siècles au moins leur nom d' Antanosy ; ils ont une individualité distincte, et c'est une individualité politique, le lien est la famille royale Zafy-Ramini; le roi Zafy-Ramini de Fanjairana a la prétention, à tout le moins, de commander h la tribu.

Conquôte Zafy-Ramini Bara (branche Zafy-Manelo).

L'arbre généalogique Zafy-Ramini porte une branche Zafy- Manelo (2), à laquelle se rattachent les rois Bara; tous se réclament d'un ancêtre commun, Manelo ou Andria-manelo, fils (?) de Ramini.

(I) Grandidier. Hisfoire delà géographie, p. 197, note 4.

(t) Richardson. Tanaia customsy svperslitùms ami beiiefs, A. A.

Sur les Bara, leurs migrations et leur famille royale nous avons depuis peu des détails circonstanciés (1). Ils se souviennent d'avoir habité longtemps Tlvondro, c'est-à-dire la basse vallée du Tomampy; c'est là vraisemblablement que se trouvaient leurs ancêtres du temps de Flacourt, qui place l'Ivondro dans la sphère d'influence et d'habitation des a blancs » du Matitanana.

Les Bara rendent un compte détaillé de la façon dont ils se sont emparés de la vallée de l'Onaivo, puis de celle de la Menarahaka, d'où ils chassèrent les Betsiléo. Originairement ils étaient donc établis dans la grande cuvette où se forme la Mananara au sud du mont Ivobi-be, et d'ailleurs une subdivision de la tribu y est encore (Bara lantsantsa).

C'est de là qu'ils sont partis sous la direction de chefs dont les noms ont été conservés pour envahir la vallée de Tlhosy. Ils ont délogé ou soumis des peuples, dont les noms, inconnus par ailleurs, nous sont donnés, et dont on nous dit qu'ils étaient apparentés aux Betsiléo.

De la vallée d'Ihosy les Bara se sont répandus dans celle du Mangoky, mais ils se sont heurtés à l'arrière-garde sakalava (royaume du Menabe). Entre les deux tribus les guerres et les haines continuent toujours. Les traditions indigènes nous montrent les indigènes d'Ihosy fuyant devant les Bara et trouvant un asile en pays sakalava (2). Il semble bien que le Fiherenga et le Menabe, que Drury (3) nous montre en guerre acharnée aux environs de 1715, et qui se sont réconciliés solennellement au début du dix-neuvième siècle, y aient été amenés par la nécessité de faire face aux Bara. Du moins Guillain associe-t-il cette réconciliation à

(1) Art. des lieutenants Boin et Mouvcaux sur les Bara et les Tanala, Xotes et ExpL, 30 novembre 1897. — Capitaine Lefort, Notes et Expl... 11 faut espérer qu'on recueillera sérieusement le folk-lorc des Bara et des Tanala. Voir aussi la tradition chez les Bara du capitaine du Boisdela Villerabel, 30 juin 1900, p. 263 et s.

(2) Boin et Mou veaux. L. c.

(3) P. 330 et s.

« une guerre faite de concert contre les Zafi-inan'helle » (1). En tout cas la conquête bara, rencontrant vers Touest un obstacle infranchissable, s'est étalée le long des frontières du Menabe et du Fiherenga. Elle a couvert les vallées des affluents du Mangoky et même de TOni-laby.

Conquête des ZafyRamini Tanala (branche Zafy-Rambo).

Comme les rois Bara, les rois Tanala greffent leur généalogie sur le tronc Zafy-Ramini; ils se réclament de Rambo ou Firambo, ce enfant de Ramini ».

Les Tanala, comme leur nom l'indique, sont avant tout les habitants de la forêt; leurs tribus s'allongent au pied de la grande falaise et sur ses pentes. Mais tout récemment, il y a vingt ans à peine, eux aussi se sont mis en marche vers l'ouest, talonnant l'arrière-garde des Bara comme ceux-ci avaient fait de Tarrière-garde sakalava, et semblant obéir à la même impulsion.

Les Tanala conquérants sont la petite tribu qui habitait la vallée de l'Iantara (2). Ils ont émigré par le haut de leur vallée, contournant l'Ivohi-bé par le nord, au point où Tlantara et la Menarahaka se touchent par leurs sources.

Les Tanala émigrants portent aujourd'hui, en tant que clan, le nom de Hova-lahy ny Antara (les Hovas (3) autremçnt dit les chefs de TAntara) , qui indique bien leur origine : et d'ailleurs il faudrait qu'ils aient la mémoire courte pour Tavoir déjà oubliée ; nous connaissons la date de leur migration, elle est de 1880. Les Tanala envahisseurs, au nombre de 4.000, trouvèrent les Bara-iantsantsa établis dans toute la haute vallée de la Me-

(1) Guillain, p. 16.

(2) Boin ot Mouveaux. L, c. — Capitaine Brun. Xofe» et ErpL^Sl dc^cembro 1898, arbro gônéalogiquo dos rois d'iltongo.

(3) Ne pas oublier qu'en appliquant le nom de hova à tous les habitants de l'Imerina, nous le détournons de son sens.

qui a eu rimerina pour théâtre et pour héros les ancêtres de ses habitants à peau claire {vulgo Hovas). Les traditions de Tlmerina, qui ont été minutieusement recueillies, racontent longuement les luttes des envahisseurs étrangers contre la tribu aborigène des Vazimba. Au début, s'étend une longue période nébuleuse , dont il n'est resté dans la mémoire des indigènes que des noms tout secs de rois « qui ont perdu leur histoire », comme dit le folklore; de quelque façon qu'on essaie d'interpréter ces listes de noms, je ne crois pas qu'on puisse en tirer d'indication, sauf une seule : étrangers et indigènes Vazimba ont évidemment vécu côte à côte, en bonne entente pendant très longtemps , le premier établissement des étrangers a dû être pacifique. Le folklore s'éclaire brusquement et parvient même très vite à la précision historique à partir d'Andria-manelo, c'est à son nom que se rattachent les souvenirs de conquête, c'est lui qui a battu, expulsé ou asservi les Vazimba, qui a fondé l'Imerina actuelle et ouvert sa dynastie.

On arrive à fixer approximativement la date de la conquête : d'abord la chronologie de l'histoire merina est connue avec précision jusqu'en 1777, grâce au Journal de Mayeur, interprète do Benyowski (1). Au delà nous n'avons plus de témoignage européen utilisable, Drury a connu deux frères rois d'Imerina au commencement du dix-huitième siècle; malheureusement il ne les nomme pas. Nous en sommes donc réduits aux traditions indigènes, qui sont heureusement aussi nettes et circonstanciées qu'elles peuvent l'être. On peut affirmer à tout le moins qu'il est difficile de reculer Andria-manelo au delà de 1650, au pis aller

La conquête serait donc du dix-septième siècle, mais l'arrivée pacifique des étrangers est certainement antérieure. Nous savons par Luiz de Mariano que, dès 1603, on vend comme esclaves à la Mahajamba des a Hovas qui habitent le centre de l'île, et qui ont

(1) M. Grandidier en a publié des extraits. Voir aussi le Journal de Lassai le publié par M. Jully, 31 mai 1888. Notes et Explorations.

le teint bistré des mulâtres, ils sont même quelquefois très clairs, et... beaucoup ont les cheveux semblables à ceux des Européens (1) ». Flacourt pourtant, en 1650, ne soupçonne pas leur existence, quoiqu'il connaisse leurs voisins les Ant-si-hanaka et les Betsiléo; il est vraisemblable qu'à cette date ils étaient encore bien peu nombreux.

Il y a donc eu conquête étrangère, ce n'est pas douteux, et assez récente, mais d'où sont venus les conquérants et à quelle race appartenaient-ils ?

Là-dessus les traditions d'Imerina sont complètement muettes, elles ne connaissent les ancêtres d'Andria-manelo que déjà ins* tallés dans l'Imerina. Tout au plus pourrait-on attirer l'attention sur ce point que tous ces vieux noms sont rattachés topographiquement à l'extrême Est de l'Imerina. Les plus anciens rois passent pour avoir habité I-fanongoavana, sur la lisière de la forêt : Andria-manelo lui-même régnait à Alasora : les Vazimba vaincus, ceux du moins qui ne se soumirent pas, se retirèrent vers l'ouest, vers l'Itasy, puis au Menabe. 11 semblerait donc qu'en Imerina aussi la poussée se soit exercée d'Est en Ouest, et qu'elle ait eu pour point de départ la vallée du Mangoro peut-être. Mais c'est une simple conjecture.

Le folklore Be-tsi-misaraka contiendrait des renseignements plus précis sur l'origine des conquérants Merina [vulgo Hovas). Voici ce que disent les Be-tsi-misaraka du sud : « Les Antimerina sont venus après les Arabes. On ne connaît pas du tout leur pays et leur race, ils firent naufrage sur la côte de Madagascar, et restèrent parce qu'ils ne pouvaient pas s'en aller. Ils commencèrent par se fixer sur la côte, mais ils souffraient beaucoup de la fièvre... puis ils eurent des guerres a^^ec les indigènes... alors ils s'enfoncèrent dans l'intérieur... Ce qui a fait la force des Antimerina, c'est V assistance que leur ont donnée les puissances civili-

(1) Gi'andidier.

sées (1). » Celte tradition est empruntée à un recueil excellent de folklore écrit en malgache par le P. Callet sous la dictée des indigènes avec une exactitude de phonographe. Mais le chapitre où elle se trouve ne fait pas, à proprement parler, partie du recueil ; c'est un appendice en malgache avec ce titre en français ce Note sur ces temps fabuleux » ; le P. Callet, contrairement à toutes ses^ habitudes, y fait de Térudition européenne et de la philologie comparée à l'usage des Malgaches. La tradition Be-tsi-misaraka est encadrée entre une citation du P. Deniau et une de M. Grandidier (traduites en malgache). Si on examine le texte lui-même, on est frappé de ces expressions si vagues : « sur la côte de Madagascar » — « avec les indigènes ». Les traditions populaires malgaches n'ont pas cette espèce particulière de vague : elles savent que le bateau qui portait les premiers Zafy-Ramini a fait naufrage, non seulement dans telle province, mais à telle pointe déterminée; elles rattachent le souvenir des Zafy-Ibrahim à l'île de Sainte-Marie; et quand elles nous racontent les luttes des géants Dara-fify et Fatrapai-tanana, elles ont oublié que le premier personnifie la conquête étrangère , mais elles rattachent le souvenir de ces luttes à tel ou tel champ de bataille précis. Les traditions survivent surtout d'une vie topographique et avec l'aide de la nomenclature locale immuable. La tradition Be-tsimisaraka se termine par une phrase inquiétante sur ce l'assistance que leur ont donnée les nations civilisées ». Voilà une idée singulièrement européenne ou créole pour du folklore malgache.

Encore qu'un peu suspecte, cette tradition n'est peut-être pas à rejeter entièrement. En tout cas elle ne nous apprend pas grand'chose. On pouvait se douter sans elle que les conquérants de rimerina étaient étrangers et qu'ils venaient on ne sait d'où. Il ne faut pas se dissimuler que sur leur origine, sur la côte où ils ont débarqué, sur le chemin par lequel ils sont arrivés

(1) Tantara, t. I.

dans rimerîna les traditions malgaches sont muettes. C'est une conjecture européenne qui les fait Malais. Qu'ils le soient ou non, il faut les replacer dans leur cadre, leur cas n'est pas le moins du monde isolé. Ce n'est pas l'Imerina seulement, ce sont un grand nombre de provinces malgaches, les pays Sakalava, Antanosy, Bara, Tanala, Antaimoro, qui gardent le souvenir d'une conquête étrangère récente. Si la conquête malaise (?) est la raison d'être de l'Imerina, telle que nous la voyons, comment des causes analogues n'ont-elles pas produit ailleurs les mêmes efTets!

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