‹ Madagascar: Essai de géographie physiqueChapitre 5 sur 29 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ËRUPTIF RÉGENT

Madagascar est en bordure d'une des grandes failles de Técorce terrestre. La côte Est sur toute sa longueur, avec sa muraille de 1.300 mètres environ d'altitude, surplombe immédiatement les grandes profondeurs de Tocéan Indien, un abime de 4 à 5.000 mètres.

Ses lignes d*e cheminées éruptives font partie a de la chaîne de volcans le long de la mer Rouge et de la côte orientale d'Afrique (i) ».

L'analogie de situation est évidente avec les îles de la Sonde, le Japon, la côte occidentale d'Amérique.

Madagascar ne contient plus un seul volcan en activité. Mais on en trouve dans deux îles voisines, deux satellites, Bourbon et la Grande Comore.

A Madagascar même, en deux endroits au moins, il y a des traces d'un volcanisme presque contemporain, quoique pourtant le souvenir ne s'en soit pas conservé dans les traditions indigènes : ce sont Tile de Nosy-Bé et la région à l'ouest immédiat du lac Itasy. Sur ces deux points, des cônes de scories se dressent encore en parfait état de conservation. Les volcans de l'Itasy, qui ont été plus minutieusement décrits, ont émis des coulées de lave dont la surface est encore aujourd'hui fraîche, à peine ou pas du tout décomposée en sol. Ces coulées se sont répandues le long

(1) Quat'terly Journal of t/w Geohf/ical Society, for may 1881), p. '322, « que le prof. Jud ratlachcrait à sa <|ualrièmo ligne secondaire ».

des pentes et des vallées actuelles, preuve qu'aucune modification morphologique ne s'est produite depuis leur émission. Les cratères de scories ont uniformément leur rebord nord-ouest plus élevé, attestant que les vents régnants étaient, alors comme aujourd'hui, l'alizé du sud-est (1).

Tout cela, quoique d'un Age géologique très proche, peut être fort éloigné au point de vue de l'histoire humaine, voire tout à fait en dehors de ses cadres. Il ne semble pas que les traditions malgaches aient gardé le souvenir d'éruptions volcaniques (2). Elles disent, en tout cas, qu'un promontoire supportant un village sur les bords du marais d'Ifanja s'est brusquement enfoncé sous l'eau, au lieu nommé depuis Mandentika (l'écroulement) entre les années 1790-1810.

Les tremblements de terre sont d'ailleurs à Madagascar très fréquents quoique toujours anodins. L'observatoire de Tananarive en a enregistré quatre en 1890, un en 1892 (3). Il s'agit de secousses séismiques faibles, il est vrai, mais qui sont senties par tout le monde et qui n'exigent pas du tout, pour être appréciées, des instruments spéciaux, aussi bien n'en existe-t-il pas dans l'ile, et la question n'a jamais été scientifiquement étudiée. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne se passe guère d'années sans qu'on sente une ou plusieurs secousses. A la fin de 1897 il s'en est produit une assez marquée pour alarmer les habitants de Tananarive, et qui fut surtout violente au voisinage du lac Itasy.

Les indigènes, pour qui le tremblement de terre est un phénomène familier, Tattribuent aux monstres de leur folklore, tantôt à la grande baleine qui se retourne dans son antre souterrain, tantôt au « serpent à sept têtes » qui habite certains lacs comme le marais d'Ifanja, précisément, ou bien encore le cratère empli

(1) Quarterhj Journal , p. 318. A. A. Noies geology, t. III, p. TH.

(2) Cependant, d'après Baron, il sérail intéressant de vérifier sur place co que les indigènes racontent d'Afotrona auprès d'Amboniriana et d'Ingolofotsy.

(3) P. Colin.

d'eau de Tritriva. Ils ont la conscience obscure que quelque chose, sous leurs pieds, vit et s'agite.

Les sources thermales sont très nombreuses, il n'y a guère de provinces dans Tîle qui n'ait ses Rano-mafana (eaux chaudes). Beaucoup sont des stations balnéaires très fréquentées quoique rudimentaires; et c'est une chose curieuse à constater que cette foi spontanée en la vertu curative des eaux thermales, chez un peuple primitif. Les sources les plus connues sont celles d'Antsirabe, qui doivent leur notoriété à des circonstances accessoires , fraîcheur et salubrité du climat, voisinage de Tananarive, gisements de fossiles, présence d'une mission norvégienne anciennement établie. Elles ont été analysées chimiquement à différentes reprises (1) et leur composition rappelle celle de l'eau de Vichy.

Ce sont de faibles restes d'une activité volcanique qui a été formidable. Les basaltes, trachytes, andésites, laves de toute espèce, sont répandues à Madagascar avec une profusion dont il ne serait peut-être pas facile de trouver beaucoup d'exemples dans des pays d'égale étendue. En tout cas, il n y a pas de comparaison possible avec la France, par exemple, où les roches volcaniques sont limitées au Plateau Central, tandis que, à Madagascar, elles se retrouvent partout sur les deux côtes. L'île tout entière est couturée de cicatrices éruptives.

On arrive assez aisément à classer et à distinguer ces volcans ou groupes de volcans éteints.

L'Ankaratra, — Le plus célèbre, le plus étudié, peut-cHre aussi le plus considérable, est l'Ankaratra. Le point culminant est le sommet le plus élevé de Madagascar tout entier, le Tsiafa-javona (2.650 ni.). Il se dresse au sud-est de Tananarive, à une cinquantaine de kilomètres. D'après Baron, qui nous en a donné des descriptions détaillées, sa lave a recouvert le sol sur une étendue de peut-être 1.500 ou 2.000 milles carrés. « En fait, presque

(1) Quartetiy Journal j I. c. — \ulcs et Exploraliona, .'Jl décembre 18l»8, p. 10 17, etc.

A. j., t. IV, p. i:<).

toute la province de Vakin-Aiikaratra a été recouverte d'une couche de lave. L'épaisseur en atteint parfois 12 à 1.400 pieds, exceptionnellement peut-être 2.000 et davantage. » C'est une masse stupéfiante.

Presque tout cela est du basalte àolivine dans le nord et nordouest, à népliéline dans le sud et sud-est. Dans le sud et sudest, on rencontre aussi du trachyte, mais en bien moindre quantité. Le pic d'Ambohitr-akoho-lahy, un des mamelons de TAnkaratra, est en trachyte (andésite à la base).

Baron ne sait pas a à quel sous-étage de Tépoque tertiaire » TAnkaratra était en éruption. Mais il faut remonter certainement très loin en arrière. Les laves de TAnkaratra sont décomposées en sol assez profondément : les rivières s'y sont creusé en éventail des lits très encaissés, parfois elles ont entaillé la couche de lave jusqu'à sa base, mettant à nu la roche sous-jacente, le manteau de basalte se trouve ainsi découpé en « langues », en a éperons allongés comme des doigts ». Des collines de gneiss portent un chapeau basaltique, sur les flancs du Vava-vato, par exemple.

D'ailleurs toute trace de cratère a disparu. 11 n'est pas douteux qu'il y en ait eu. Baron a retrouvé dans les lits de ruisseaux des matériaux de projection ; mais il ne sait pas même où localiser les cheminées éruptives, il ne décide pas si l'Ankaratra fut un volcan unique, énorme, ou une série de volcans multiples, alignés dans une direction vaguement nord-sud. Il incline pourtant vers cette dernière hypothèse, mais pour des raisons surtout pétrographiques. (Localisation des deux variétés de basalte et des tracliytes.)

Pourtant il indique l'existence, au sud de l'Ankaratra d'une « douzaine de collines remarquablement coniques, encore que dépourvues de cratères ». Les deux plus élevées sont l'Iankiana et le Voto-vorona; ce dernier surtout est bien connu à cause de sa situation auprès du chemin et de son isolement qui fait

ressortir la raideur et la régularité des pentes {^5" à 50^). Le Voto-vorona est composé de diorite; la roche environnante, à travers laquelle s'est fait jour la diorite, est le granit.

Volcans de Vltasy. — Lorsque se fut éteint le vieil Ankaratra, l'activité volcanique s'éveilla tout à côté, à l'ouest de Tltasy. On a déjà dit combien ces volcans de l'Itasy sont fraîchement conservés et semblent dater d'hier. Ils ont été vus et signalés par un grand nombre d'Européens et minutieusement décrits par Baron (1).

Ils sont alignés dans une direction nord-sud sur une longueur d'une ce vingtaine de milles » et sur une largeur de trois ou quatre. L'extrémité nord de cette région volcanique est au coin sud-ouest du marais d'Ifanja, dont l'émissaire, la petite rivière Kotombolo, se fraie un chemin à travers une coulée de lave, sortie du cratère Amboditaimamo, et présentant la surface hérissée des cheyres d'Auvergne (excessively rough on the surface).

La ligne de volcans se prolonge au sud, fort au delà de la rivière Lily, émissaire du lac Itasy, et qui se creuse sous nos yeux, à travers les coulées, un lit coupé de cascades et de rapides. C/est à l'obstacle des laves qu'est due, suivant toute apparence, l'existence même du lac Itasy. S'il fallait pourtant prendre à la lettre une légende indigène sur la formation, ou à tout le moins l'approfondissement récent du lac Itasy, on serait conduit à admettre qu'il s'est produit un affaissement analogue à celui dont la tradition a gardé le souvenir plus précis au marais d'Ifanja.

Ces volcans alignés se compteraient par dizaines. Baron en cite une quinzaine par leurs noms. Ils sont d'assez médiocre dimension : aucun n'atteint mille pieds au-dessus du socle gneissique.

Le laves sont des basaltes, andésites, trachytes accompagnés de tuffs et de conglomérats; pas de pierres ponces ni d'obsidiennes.

Baron divise les volcans de Tltasy en deux catégories. Les uns sont des cônes de scories, et cVst le plus grand nombre. Le meilleur type du genre est probablement le Kasige, célèbre en Imérina; il a 863 pieds de haut, d'après Baron; la pente très régulière est de 32 ou 33°; Tentonnoir du cratère, intact sur tout son pourtour, a 243 pieds de profondeur (1).

Une douzaine de volcans sont d'un type tout différent (Ingolofotsy, Andranonatoa). Ce sont des dômes de lave compacte, en forme de a cloche ou de fez », avec parfois une légère dépression au sommet à la place du cratère. Baron décrit Ingolofotsy ; 665 pieds de haut, des pentes de 50"* ; Teau des pluies a creusé sur ses flancs des rigoles rectilignes, divergentes du sommet, qui rappellent de loin les baleines d'un parapluie déployé. Ce sont des volcans qui n'ont pas projeté de scories et qui ont bavé par-dessus les bords du cratère une lave visqueuse.

Volcans de Betafo, — Un groupe de volcans tout à fait similaires se trouve encore à proximité de l'Ankaratra, mais au sud, à côté de Betafo et d'Antsirabe. Il est peut-être même relié au groupe de Tltasy par quelques cheminées volcaniques plus ou moins espacées; pourtant Baron n'en est pas sûr. Que l'interruption soit plus ou moins complète entre les deux groupes, il s'agit en tout cas de volcans modernes alignes sur le pourtour du vieil Ankaratra, les uns à l'ouest, les autres au sud.

Le groupe de Betafo contient un plus petit nombre d'anciens volcans que celui de l'Itasy; d'après Baron, le plus important est celui d'Iavoko, dont « le cratère est plus grand qu'aucun de ceux au voisinage de l'Itasy >. La lave qu'il a émise est, à vrai dire, couverte de verdure, mais de plantes grasses « qui n'ont pas besoin de sol et se contentent d'un simple support ».

(1) Le nom de Kasigo ii'ost pas moins curieux que la montagne. Il ne se pirte à aucune espèce (!«' tentative d'explication étymologique, dans un pays où presque tous les noms ont un sens. Il a l'air d'un fossile d'idiome étranger ou disparu. Les noms de montagne à consonance analogue se retrouvent, si je ne me trompe, dans l'Ambongo. Il y aurait peut-être matière à une recherche intéressante.

Les volcans de ce groupe ont des cônes de scories, mais la variété en dôme n'existe pas.

En revanche, il existe des cratères d'explosion transformés en lacs régulièrement circulaires et très profonds, du type de notre lac Pavin. Le plus beau, celui auquel se rattachent les légendes, mais non pas le plus grand, est celui de Tritriva; il a tout au plus 100 à 200 pieds de diamètre, une sonde de 600 pieds n'en a pas trouvé le fond (1).

Cette profondeur est tout à fait anormale à Madagascar, pays de vieux lacs aux trois quarts comblés, se rapprochant de la forme marécageuse. Le lac Itasy, tout récent qu'il est, a six mètres maximum de profondeur.

Les volcans ont recouvert toute la plaine d'Antsirabe d'une couche de lave à travers laquelle lo gneiss sous-jacent perce rarement. C'est, d'après Baron, surtout du basalte à néphéline, quoique le trach^te se rencontre. C'est naturellement dans la dépendance de ces volcans que se trouve la fameuse source thermale.

Les autres volcans de Vlmerina. — Il a donc existé à peu près au centre de l'île, dans le sud de l'imerina, une région éruptive très importante, la plus considérable de Madagascar peut-être.

Môme dans le reste de l'imerina, les parties centrale et septentrionale, on trouve des traces de volcanisme. Le rocher gneissique de Tananarive a une armature de dykes basaltiques. Il est vrai que l'Ankaratra est tout près.

Baron signale une colline basaltique surmontée de cratère au Valala-fotsy (à Feno-arivo, semble-t-il) (2). Ce serait sur la prolongation de la ligne des volcans de T Itasy.

Baron décrit surtout longuement de petits volcans, à peine

(I) Volcank lake of Tritriva, A. A., v. UI, p. 471. Une fritivuro, d'après photograpliie (lu lac, se trouve dans Catat. Voyage à Madagascar, p. 95. (•2) -4. .4., 1. 111, GC et Quarterly Journal, l. c, carte jointe.

reconnaissables, qu'il a eu la bonne fortune de retrouver, dans une région qui avait été traversée avant lui par des centaines d'Européens, auprès d'Ambohi-dratrimo, à la limite nord-est de rimerina, sur les confins de TAnkay et sur la lisière de la forêt. Il s'agit d'une demi-douzaine de petits étangs cratérif ormes, au voisinage desquels on trouve, épars sur quelques milles, des scories de projection et des lambeaux de laves. Il faut signaler surtout un curieux dépôt de silice (opale, pierre à fusil) : les empreintes de plantes y sont nombreuses, l'une d'elles est d'un equisetum, autrement dit d'une prêle à tige épaisse, 5 millimètres de dian^ètre, qui ne pousse plus du tout dans l'Imerina actuelle (1).

Il s^agit de phénomènes volcaniques anciens dont les traces sont presque effacées.

Elles ne le sont pas tellement cependant que Baron n'essaie de deviner la nature originelle de ces volcans. Il croit à des cratères d'explosion semblables à ceux des volcans pliocènes de l'Eiffel.

Au nord d'Ambohi-dratrimo, à 10 ou 12 milles. Baron a retrouvé d'autres cratères au point nommé Ambodi-vato.

Au sud, ù une cinquantaine de kilomètres, auprès d'Ankeramadinika, et d'Andrangoloaka, il a vu ce qui lui semble être « des fragments de lave et des produits volcaniques ».

Volcans deVAnt-si-hanaka. — Au lieu dit Anala-roa-maso, au nordd'Am-bato-be, dans l'Ant-si-lianaka, Baron signale les mêmes; phénomènes, cratères d'explosion et dépôts siliceux de geysérite (2).

A côté d'Am-paraf ara- vola, auprès du lac Alaotra, il place un petit cône volcanique de a basalte à néphéline » (3).

Ce sont de simples curiosités géologiques, mais elles mon-

(1) Volcanoes in Easfcrn JmerinUy A. A., t. II, p. 218. Quarte rly Journal, 1. c.

(2) Quarlerly Journal 1. c.

(.3) Quarlerly Journal, vol. LI, pi. I. .1. .1., t. V, p. 25().

trent qu'il est à peine une province de Madagascar où le voyageur curieux de géologie ne retrouve au moins des traces de volcanisme. Il est intéressant de noter que ces traces s'alignent à la lisière de la forêt dans une direction nord-est sud-ouest.

Dolérites de la côte Est. — Sur la côte Est, au voisinage de l'Océan, Baron a signalé des épanchements très abondants de dolérite qui parfois passe au basalte. Il croit qu'ils existent tout le long de la côte, mais c'est entre Fénerive et Vohémar qu'il les a surtout étudiés; sur la route, entre ces deux points, le long du rivage, on fait quelquefois 200 milles « sans voir, à quelques exceptions près, autre chose que la dolérite ». Les coulées viennent de l'intérieur et s'enfoncent sous la mer.

La nappe de lave est, par endroits, extrêmement épaisse, plusieurs centaines de pieds, et sa composition est remarquablement uniforme (1). Ou no connaît pas de volcans éteints ou de cratère d'où elle ait pu s'épancher. La seule chose qu'on sache d'une façon positive est celle-ci : Quand on descend des hauts plateaux à la côte Est, par quelque route que ce soit, celle dWmbaton-drazaka à Fénerive, ou celle de Tananarive à Tamatave, lorsqu'on arrive dans la zone maritime (à 45 milles de la côte), on commence invariablement à rencontrer des dykes doléritiques dirigés nord-sud.

Baron conclut que dos « éruptions tissurales » se sont produites un peu partout au pied ou sur les premiers plissements de la grande chaîne côtière.

Au sud de Tamatave, il est impossible de préciser, faute do renseignements, l'importance qu'ont eue ces éruptions fissurales, et la partie de la cote qui appartient au domaine des laves; on peut affirmer seulement qu'elles se retrouvent sur le cours inférieur de la Mati-tanana. Le pays est, par places, couvert de rochers volcaniques, de grandes quantités de lave font saillie sur

(1) Plagioclase et augite, un peu d'olivine, texture subophitiquc. .1. .1., t. V, p. 201, Quarfpi'ly Journal, vol. Ll.

le sol, OU gisent en blocs rpars sur les flancs des coteaux (1).

On a signalé aussi, mais d'une façon un peu vague, rexistence de basaltes dans la région intermédiaire entre le Saka-leo et le bas Mangoro.

Montagne d'Ambre, — On sait depuis longtemps que Madagascar se termine au nord par un ancien volcan isolé, la montagne d'Ambre (2). Le sommet atteint 1.360 mètres, ce qui est considérable, étant donné que le support est sensiblement au niveau de la mer. Ses laves ont couvert tout le pays d'une mer à l'autre, à l'exception du petit plateau crétacé d'Ambohi-marina. Baron estime à 1.200 milles carrés la surface recouverte ainsi « d'un basalte à olivine gris sombre d.

L'émission de ces laves est ancienne, car les ruisseaux qui rayonnent du sommet ont entaillé les coulées à une profondeur de 2 ou 300 pieds, et ont parfois mis à nu le terrain sous-jacent (grès et calcaires secondaires).

Le profil donné parla carte marine de 1896 accuse l'isolement et la forme massive de la montagne, évocateurs d'un volcan unique et colossal ; le sommet est une arête « courant nord-sud sur dix à douze milles ».

Au pied de la montagne Baron signale un bon nombre de cônes adventices (une vingtaine ou une quarantaine) avec des cratères parfois rcconnaissables , quoique mal conservés. Baron considère le lac de Tanavo comme un cratère d'explosion (3).

Ces dômes adventices ont beaucoup frappé le commandant Bourgeois qui les a vus s'aligner d'est en ouest au sud de la montagne d'Ambre (4).

Chose curieuse, sur la presqu'île terminale triangulaire, au nord de la baie de Diego, nous n'avons aucun renseignement

(1) George A. Schaw. A. A. (1803), p. 105.

(2) Forme francisée du malgache Ambohitra probablement; il ne semble pas que l*iimbre jaune ou gris ail quelque chose à voir dans cette dc'nouiination.

(3) A. A., t. V, 1). 208. Qmirterly Journal 1. c.

(1) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 181*0.

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7v entrée

A.CHALLAMEL . Èditcij

géologique positif. 11 semble pourtant très probable qu'elle est couverte de petits cônes volcaniques. C'est, en tout cas, Thypothèse que suggère le joli profil donné par la carte marine où le pitonnement de presque tous les sommets contraste avec la forme tabulaire de l'un d'eux, vraisemblablement calcaire ou gréseux.

Volcans de Nosy-Bé, etc. — Les volcans de Nosy-B6 sont les plus anciennement étudiés de tout Madagascar (1); dès 1845, une carte géologique de la petite ile a été publiée, on y voit que les trois quarts de la superficie reviennent aux roches éruptives. Proche d'Ilellville se dressent des cônes avec cratères admirablement nets.

Baron a signalé le caractère volcanique des iles voisines de Nosy-Bé, Nosy-Mitsio, Bé-rofia, Ambario-valiha.

11 a noté aussi l'existence d'une nappe plus ou moins continue de trachyte, recouvrant le secondaire, sur toute la largeur de l'isthme, entre les baies de Pasin-dava et de Radama. Au milieu et au voisinage de ces laves trachytiques se dressent dos montagnes de roches éruptives, culots d'anciens volcans sans doute, comme An-kitsika, et comme Be-zavona; la première composée de néphéline-phonolite et la seconde d'une roche que les minéralogistes proclament curieuse et rare, la foyaïte, mais dont l'analogue a été retrouvée plus au sud sur la côte ouest, au Mailaka.

Le corps de la péninsule massive qui sépare les baies de Pasin-dava et de Radama renferme des pitons assez élevés, sur la composition géologique desquels on n'a pas de renseignements précis. 11 serait naturel d'admettre que le volcanisme y a sa part. Guinard signale des basaltes à l'extrémité nord de la péninsule (2).

(1) Ilorlaiid. Essaisur la fji'oiogiede \oasi-Iic. Annalea des minea, sér. V, vol. VIII, 1855, p. Z^.

(2) ijw'mdiYiX. Annaleades Mhies de Saint-Étienney 1887.

t>2 MADAGASCAR.

Volcans du Bouéni, — L'attention n'a jamais été attirée sur Texistence de volcans tout le long de la côte ouest.

Baron n'a décrit longuement qu'un seul ancien volcan du Bouéni, encore est-il situé à la limite sud de la province, sur la crête terminale des hauts plateaux à Antongo-drahoja.

Baron décrit les cratères, encore reconnaissables ; au nord, deux cratères conjugués, ayant grossièrement la forme d'un 3; à l'ouest, un seul cratère très grand, pouvant avoir approximativement trois milles de diamètre.

La lave est un basalte à olivine dont nous avons une minutieuse description pétrographique (1). D'innombrables géodes , apparemment dégagées de la lave encaissante par sa décomposition en terre, sont éparses sur le sol. « On les ramasserait par milliers, » la plupart sont tapissées à l'intérieur de magnifiques cristaux de quartz. « Quand ces géodes sont brisées en deux, chaque hémisphère semble une véritable grotte de fées (2). » Ceci est à retenir parce que les géodes se retrouvent ailleurs.

Kn dehors des volcans d'Antongo-drahoja, Baron indique encore au Bouéni l'existence de roches éruptives à Beseva (3). Mais les laves de Beseva ne sont qu'un des grains d'un long chapelet éruptif qui traverse tout le Bouéni en écharpe sur les plateaux bout à bout de l'Ankara-fantsika et du Bongo-lava (probablement une ligne de falaises crétacées).

La carte de Laillet-Suberbie (4) qualifie TAnkara-fantsika de ce soulèvement (?) basaltique »; d'après Boyer, la Mahajamba, à la traversée du Bongo-lava, passe en rapides infranchissables pour les pirogues sur un seuil de roches basaltiques. « Le fleuve a une largeur de 150 à 200 mètres et son lit est coupé de nombreux îlots, et barré de blocs basaltiques (5). »

(1) D' Ilatch. Quarterly Journal, V) mars 1881).

(2) Quarterly Journal, may 1889. A. A., /. r.

(3) Quarterly Journal, cart<» jointo.

(4)Cait«' do Majunpra à Tananarivo. Cliallamel, éclitour. (5) Aotca et Expl, '28 frvricr 181>S, p. 181.

La Sofia franchit aussi, mais sans rapides, un seuil basaltique au moins. En août 1892, un poste hova créé récemment, et peutôtre éphémère, celui d'Am-para-mandrevo, était installé au bord du fleuve sur la coulée, en face d'un îlot basaltique.

En suivant le sentier qui va d'Am-para-mandrevo à Be-lalitra, c'est-à-dire à la traversée du Bongo-lava, on ne voit à peu près que du basalte sur une trentaine de kilomètres.

Sur la rive gauche de la Betsiboka, au nord-ouest de Mcvatanana se dresse, visible d'une centaine de kilomètres à la ronde, le piton volcanique de Tsi-tondroina.

Les ingénieurs de la compagnie Suberbie y ont étudié l'exploitabilité de gîtes cuprifères. Le Tsi-tondroina se dresse à une altitude absolue de 4 ou 500 mètres au-dessus d'un éperon du plateau d'Ankara.

Sur ce plateau même le sentier qui va de la Mena-vava à Bekodia longe, sur une trentaine de kilomètres peut-être, et finit par traverser un système de coulées basaltiques dont le centre éruptif. en tout cas le point culminant, est un piton isolé de forme conique.

Volcans de VAmbongo. — Plus loin, dans l'ouest, au delà du Mahavavy, la province d'Ambongo a ses volcans qui semblent assez sensiblement dans l'alignement de ceux du Bouéni.

L'attention a été particulièrement attirée sur un petit ce monticule » situé au sud du Kinkony, sur la rive droite du Be-kiady, à une distance de 800 mètres de la rivière, et à quelques kilomètres en aval de son affluent, la Be-tatakana. Ce petit monticule basaltique renferme un filon* de minerai de cuivre très riche (1).

D'après l'analyse des échantillons, par M. A. Lacroix, le monticule est composé de wackes avec cristaux de mésotype, les minerais sont de l'azurite, de la malachite et même du cuivre

(1) Priiic» ot Bériévent. Mission dam VAmbongo, Notes et Expl., 31 mars 181^.

natif. Le filon est horizontal, malheureusement le monticule est de petite dimension.

L'article de Prince, qui décrit ce gisement, mentionne confusément dans la région intermédiaire entre TAnd-rano-mayo et le Mahavavy, une quantité considérable de dykes ou de coulées « dioritiqucs », un mot qui, sous la plume de Prince, ne semble pas avoir un sens strictement pétrographique. Sur les bords du Hopy, en particulier, auprès de son confluent avec le Kalohely, le pays disparaît sous les basaltes. Le Mahavavy est barré par les rapides de Laizony, causés probablement par une coulée. Ils « ont lieu sur des roches noires sans doute basaltiques ».

Sur la rive droite de TAn-drano-mavo, le piton très accusé d'Ambohi-be-tratra ne peut guère être autre chose que volcanique.

En somme, comme le fait remarquer Boyer (1), toutes les rivières du Bouéni et de TAmbongo sont barrées, plus ou moins efficacement, par des coulées de basalte à une distance de la côte sensiblement constante : 50 à 100 kilomètres. C*est le casde THopy, du Mahavavy, de la Betsiboka, de la Mahajamba, de la Sofia. Il faut bien conclure à Texistence d'un système de fissures, vaguement orientées est-ouest, et le long duquel s'alignent les cheminées volcaniques.

L' AmbohitS'Osy , — A la limite ouest de TAmbongo, dominant la plaine du Milanja, se dresse isolément l'Ambohits-osy ; c'est un cône qu'on aperçoit très distinctement et pendant longtemps, lorsqu'on passe en mer, par son travers. Mais on est fixé depuis peu de temps sur son origine volcanique.

C'est une masse considérable ; sur une base couvrant une centaine de kilomètres carrés, s'élèvent trois sommets en triangle; celui du Nord, de beaucoup le plus élevé, atteint, d'après Prince, 790 mètres d'altitude ; il est de forme conique et accessible d'un

(1) XoleselExpL, 28 février 1898, p. 181.

seul côté seulement à Touest-sud-ouest, a partout ailleurs Tascension serait impossible, car la montagne descend à pic avec de très hautes roches qui surplombent en divers endroits ». L'escalade est d'ailleurs très dure par le seul sentier existant.

L'Ambohits-osy (1) se dresse à Textrémité d'un plateau de 200 à 250 mètres d'altitude; c'est donc un relief relatif de plus de 500 mètres.

La roche à travers laquelle se fait jour ce puissant culot volcanique est le grès rouge, mais à la base orientale de la montagne le grès a disparu presque complètement, laissant à nu le gneiss sous-jacent.

Le cœur du volcan est d'une magnifique roche de structure granitique à cristaux verts foncés (2).

Sur la péripjiérie, au moins si on en juge par la roche à travers laquelle le Sambao-velo s'est creusé un lit de rapides, les laves sont des basaltes verts sombres; l'échantillon rapporté a été reconnu pour une labradorite (3).

Volcans du Mailaka. — Comme le Bouéni, et comme l'Ambongo, le Mailaka qui est la province immédiatement limitrophe au sud, est parsemé d'anciens volcans. C'est peut-être même de toute la côte ouest le coin volcanique par excellence.

On connaît l'existence de cette région éruptive depuis 1898 seulement ; elle mériterait une étude beaucoup plus détaillée que celle dont on devra se contenter après quelques mois seulement de voyage à la suite d'une colonne dans un pays insurgé.

Sur les bords de la rivière Rano-be, sur ses rives droite et gauche, se dressent quatre volcans géants, dont chacun doit avoir sensiblement les dimensions de TAmbohits-osy. On les aperçoit, les uns ou les autres, de tous les coins du Mailaka, ils sont le trait le plus marquant de l'orographie. On n'a pu faire l'ascension

; (1) Ou Anibohi-bong>', suivant le dialecte employé : la montagne aux chèvres. r2) A. Lacroix. Bulletin Société de géographie, 30 avril lîXJO.

(■^) ibui.

([ue d'un seul, le Fonjay, le plus occidental de tous. C'est une masse informe, un tronc de cône grossier, à pentes raides ; le sommet de 6 ou 7 kilomètres de diamètre est creuse par une vallée s'ouvrant au nord, dans laquelle il faut reconnaître peut-être Tancien cratère. Les points les plus élevés atteignent 700 mètres. Du sommet de la montagne deux échantillons de roche ont été rapportés, l'une est une dolérite (muraille Est du cratère); l'autre, provenant du culot, est une troctolite (1) ; son aspect est très curieux, c'est une pâte de felspathh d'un blanc marmoréen, sur laquelle ressortent une quantité de cristaux jaunes d'olivine . C'est, dit-on, une roche rare voisine de la foyaïte que Baron a signalée au Be-zavona.

Le Gonjay est rattaché à l'est, par un seuil d'élévation médio- . cre, à son voisin le Tsi-mitaratra ; tout ce qu'on peut en dire , c'est qu'il semble de même altitude; lui aussi a été manifestement très déformé par le temps. On n'en a pas fait l'ascension : des échantillons de laves ont été recueillis non loin du pied de son versant Est; ce sont des roches à teintes très claires, à texture

porphyritique, des trachytes.

Fonjay et Tsi-mitaratra sont deux volcans conjugués, formant un groupe sur la rive gauche du Rano-be, auquel correspond sur la rive droite le groupe similaire de l'Ambohi-tsi-raindray et de l'Ambohi-mirahavavy. Ces deux pitons n'ont été vus que de loin (à 10 kilomètres minimum), mais leur forme, leur isolement, la présence de nombreux dykes et de coulées dans leur voisinage (en particulier à Am-pandriam-bositra"» ne laissent pas de doute, je crois, sur leur nature. L'Ambohi-tsi-raindray, en particulier, vu du sommet du Fonjay, apparaît comme un cône volcanique admirablement conservé, rayé seulement par les eaux de ruissellement de stries rectilignes divergentes du sommet. L'Ambohimirahavavy est moins net ; comme son nom l'indique (les deux sœurs), il a un sommet bifide.

(l) A. Lacroix. linUelin Société de géographie, 30 avril lOTXK

A vue d'œil ces volcans sont à peu près de même altitude que le Fonjay, le seul qui ait été mesuré effectivement (au baromètre anéroïde); ils dominent tout ce qui les entoure.

Ce sont les colosses, mais tout le Mailaka, de Makarainga à Mainti-rano, est semé de volcans moindres, de cheminées volcaniques, de dykes et de filons.

On en voit apparaître dès la cuvette alluvionnaire de Manasaha, au cc^ur de laquelle se dressent deux cheminées minuscules, à chacune desquelles les indigènes ont prétendu donner le même nom : Ambohits-alika .

Le village de Manda-kaboka est entouré de trois pitons dont deux sont certainement volcaniques. Sur la route de Manda-kaboka à Am-baravara-mahatako , on rencontre à chaque instant des basaltes, on longe pendant des kilomètres un dyke très puissant orienté est-ouest ; Am-baravara-mahatako lui-même est une colline de basalte, et à peu de distance au nord-ouest on aperçoit une autre colline au moins, Ambohi-mihaoka, qui doit être volcanique à en juger par son profil.

D' Am-baravara-mahatako à Mora-feno-be, en passant par Ampandriam-bositra, je retrouve dans mes notes mention de huit coulées ou dykes, ces derniers au nombre de deux, orientés estouest.

Du sommet du Fonjay on aperçoit au nord, et tout près, sur la rive droite du Rano-be, un cône volcanique très bien conservé, voisin de TAmbohi-tsi-raindray et dans son prolongement ouest : c'est le Ka-voron-dolo.

Toujours du sommet du Fonjay on se rend compte, à la multiplicité des pitons isolés, qu'une région volcanique s'étend assez loin dans son prolongement ouest, entre les rivières Rano-be et Manambaho.

Au sud du Fonjay, sur la rive gauche du Manambaho, les pitons éruptifs abondent, et si on n'a pas eu le temps de les étudier longuement, du moins peut-on donner quelques détails.

28 MADACASCAH.

Un premier groupe est entre Mora-feno-be et Am-bala-rano , dans le triangle formé par le Manambaho et le Be-marivo son affluent. Le Manambaho, resserré entre le groupe volcanique et la masse du Fonjay, s'est creusé dans la lave des gorges magnifiques, d'où il sort à Am-bala-rano. Les pitons sont multiples, d'élévation faible. Je n y ai pas vu de cratères bien conservés, mais il faut mentionner, proche Am-bala-rano, une cheyre toute fraîche sur laquelle la marche est très pénible et presque dangereuse.

Sur la rive gauche du Be-marivo, on rencontre des basaltes le long de la falaise orientale du Bemara^ entre Mandevondraka et les gorges du Mangomba. Un piton volcanique s'accote à la grande table calcaire au sud d'Am-piketrà : immédiatement au nord des gorges du Mangomba une cheminée basaltique perce les calcaires du Bemarà.

Les traces de volcanisme se retrouvent très loin au sud, au delà des sources du Be-marivo et jusqu'à la hauteur d'Ankavandra, Boussand a vu une cheminée volcanique dans le Bemarà, immédiatement au nord des gorges du Manamb-olo (1).

A l'ouest de Bemarà, le long de la mer, c'est à peine si on voit autre chose que des roches éruptives, au moins sur les routes d'An-jia à Mainti-rano etd'An-jia à Tamboho-rano. Tout le pays disparaît sous un manteau de laves, on ne voit guère d'où elles sont issues, car il n'y a nulle part de pitons bien marqués; on peut signaler pourtant une protubérance qui semble une cheminée volcanique, sur la rive gauche du Manambaho, à une vingtaine de kilomètres de son embouchure, au gué de la route d'An-jia.

Ce qu'il y a de plus net, c'est peut-être le petit lac de Berija, auprès de Mainti-rano ; je crois qu'on peut le considérer comme un ancien cratère , il est entouré d'une muraille circulaire de

(1) Ou adopto IVtyinoIogio dos Sakalava «l'Ankayaiidra (Mananil»y-olo : sacrilîcn Inniiain) so l'attachant à un i''i)iso(lo l(3«r<Mulaiiv {\o la couquOto. Graudidior propaso Mauaui-bolo (la iiviôr«» aux l;auibous). II soi-ait hasardeux d'aflu'nior d'uuo façon absohio la supériorité d'uuo de cos doux étyuioloj;ios; il ost aiuusant do constalor lourcxtrômc divorgonco.

laves, mais une muraille basse, très fatiguée. Sous ma responsabilité, et par conséquent sous toutes réserves, il semble que non seulement à Berija, mais dans toute la région, ce soit plutôt Tabrasion marine que Térosion fluviale qui ait été Tagent de destruction.

Toutes ces laves à l'ouest du Beniarà (i) ont un caractère commun très particulier. Leur surface est parsemée d'une quantité infinie de géodes, intactes ou brisées, tapissées à l'intérieur de cristaux de quartz. La description qu'on pourrait en faire correspondrait exactement à ce que dit Baron des géodes d'Antongo-drahoja, qui ressemblent « à des grottes de fées » et qu'on ramasserait « par charretées ».

D'après des renseignements fournis par un Européen, le piton d'Antsaha-loha serait un ancien volcan et aurait émis des laves à géodes; il se trouve au nord du Manambaho, sur les bords du Rano-be, dans l'hinterland de Beravina.

Si fragmentaires que soient nos connaissances sur le Mailaka, on peut du moins aflîrmer que là, comme dans l'Ambongo, les cheminées s'alignent sur des fissures orientées est-ouest. Cette orientation est au moins bien évidente pour les quatre grands volcans, comme aussi pour l'ensemble du système qui, depuis Mauda-kaboka, semble bien s'allonger dans le sens de la latitude. C'est une conclusion à retenir.

11 est caractéristique aussi que des phénomènes volcaniques d'une semblable intensité aient pu rester inconnus jusqu'en 1898, et cela sur une côte fréquentée par la navigation européenne. 11 faut en conclure que des découvertes de même importance restent vraisemblablement encore possibles, et que la liste, déjà longue pourtant, des anciens volcans malgaches est peut-être encore loin d'être complète.

(1) On écrit géni'ralement Be-inaraha. La syllabe lorininale ha, dont il nV a pas trace dans la prononciation sakalava, a <'"té ajoutée pour que la syllabe accentuée devint la pénultième, conforniémenl à Tusage Iiova. Cette habitude d'écrire à la hova les noms sakalava va directement à rencontre du resi)ect critique des formes dialectales, prélude indispensable de l'étude des dialectes.

30 MADAGASCAK.

Sur les phénomènes de minéralisation qui ont pu accompagner ces éruptions, nous ne savons rien naturellement, mais le Mailaka est parsemé de sources de poix, qu'on peut supposer en corrélation avec les volcans. Les indigènes connaissent le bitume, lui donnent un nom « sakopanja », s'en sei-vent pour calfater leurs pirogues, ils parlent d'un lac de bitume qui se trouverait au sud de l'Ambohits-osy, sur le plateau gréseux de Kipatso, et que le soleil de midi mettrait en ébuUition ; il ne faut peut-être pas les prendre à la lettre.

La seule source de bitume qui ait été vue par des Européens, celle d'Ambohits-alika au nord-ouest d'An-kavandra, est assurément très médiocre; c'est une mare de deux mètres de diamètre recouverte d'une pellicule de poix où viennent s'engluer les aigrettes.

D'autres sources existent certainement au voisinage du Tsimitaratra, celle do Bemokara (à l'est), d'An-ala-malaza (ausud) (1).

Volcans Bara. — Le Menabe (au sud du Manamb-olo à tout le moins) est entièrement dépourvu d'anciens volcans, autant du moins qu'on a le droit de conclure après avoir traversé le pays suivant quatre itinéraires différents. C'est une interruption dans la ligne de cheminées éruptives le long de la côte ouest.

iVIais on retrouve des basaltes au sud du Mangoky.

La rivière Fiherenga conduit à la mer des cailloux roulés de basalte, dont la provenance n'est pas exactement connue.

Il existe une cheminée basaltique à travers le calcaire sur la falaise cénomanienne qui domine à l'ouest le village de Be-raketa.

C'est là tout ce qu'on peut affirmer de positif, et ce ne sont que des indices. Mais, d'après des témoignages d'Européens, le sommet d'An-ala-velona est composé de roches noires qui tranchent sur le calcaire du plateau, et si l'on considère l'altitude

(1) Exaclomonl Manjaka-he-lioho, à la .source de rAinbohi-drano-mora.

de cette montagne au-dessus de son socle calcaire, on sera tenté de conclure que c'est un volcan énorme, et que les cailloux roulés de basalte, qui abondent dans le lit du Fiherenga lui ont été empruntés.

Sur les confins des pays Bara et Mahafaly, au sud de TOnilahy, on trouve une ou deux coulées de basalte, sur la pente nord du plateau gneissique d'abrasion (1). Mais dans Tétat de nos connaissances, il est impossible de dire d'où ces coulées sont issues, et si elles se rattachent à un centre volcanique important.

Volcan Antandroy. — Une partie de TAndroy est recouverte parle volcan le plus pittoresque peut-être de toute l'île, et l'un des plus considérables.

C'est un cratère de 25 kilomètres de diamètre au centre duquel se dresse un énorme culot de basalte, qui atteint 800 mètres d'altitude.

Les bords du cratère, c'est-à-dire les murailles du cirque, ont cette même altitude approximativement, le fond du cratère, le sol du cirque immense étant en moyenne à 300 mètres.

Le cratère est largement ouvert au sud de la muraille circulaire, c'est un fer à cheval qui subsiste. Ce fer à cheval qui doit avoir une centaine de kilomètres de développement n'a pas trop souffert. Il a seulement été entaillé jusqu'à sa base de couloirs profonds où coulent le Mandreré et ses affluents. Ainsi ont été isolées de longues arêtes qui portent les noms de I-vato-malama. Be-vovo, I-voliits-osy, I-babaka, Be-nonoka, An-ala-lava, Anefitsa. Le culot central porte le nom d'I-vohitso-be (2).

Chacune de ces montagnes, de dimensions fort respectables à elle seule, n'est qu'un fragment du volcan. Une province An-

(1) A'o/es, 31 décembre 18ÎW, carte de Bastard, en conformité d'ailleurs avec mes souvenirs pei*sonncis.

(2) La forme Antandroy, je crois, pour ie hova I-vohi-be.Ce semble <Hre une particularité des dialectes du sud que la craso des syllabes finales n*est pas sujette aux mêmes règles qu'au nord.

aa HAKAGASCAIt.

taiidroy ou deux, celle de Feiio-arivo, de Betaj', tiennent fi l'aise dans le cratère, et un- fleuve moyen, le Mandrere, emploie & le traverser un tiers peut-i^trc de son coure.

Le volcan Antondroy se trouve sur raligiienicut do l'Ankaratra et de la montagne d'Ambre, sur ce qu'on pourrait appeler la

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seconde ligne de fissures longitudinales, la première étant représentée par les éruptions de Vohémar, de Fénerive, de Tamatavc, de la Mati-tanaiia.

Sources de la Sofia. — Avant de clore cette énumératioiiT certainement incomplète, de volcans rualgaclies, il faut faire observer, à titre d'hypothèse, que la présence d'un autre grand volcan est probable aux sources de la Sofia. I! se trouve là, ou le sait depuis 1897 seulement, un massif dont les sonunets attei-

gnent 2.500 mètres d'altitude absolue, c'est-à-dire que ce sont les rivaux de TAnkaratra. C'est à Madagascar une altitude tout à fait anormale pour des gneiss; partout ailleurs les vieilles roches crystallophylliennes ont été usées par le temps jusqu'à un niveau inférieur à 2.000 et même à 1.800 mètres. Si ces sommets de 2.500 mètres sont gneissiques, ils dépassent de beaucoup tous leurs congénères. L'Ankaratra n'atteint 2.600 mètres que parce que le gneiss a servi de support au basalte, et le basalte de protection au gneiss. II serait naturel d'admettre que les grandes altitudes aux sources de la Sofia sont dues à un échange analogue de bons procédés.

Dans la cuvette d'Ankai-zina, c'est-à-dire au pied de l'ancien volcan présumé, Duruy signale, sur une grande étendue, a de nombreuses roches noires » qui « sont de nature volcanique récente (1) ».

De ce que la carte ci-jointe ne mentionne pas de roches éruptives au Betsileo, il ne faut pas conclure qu'il n'en existe pas. Deux échantillons de basalte rapportés par Gatat proviendraient de la région d' Ambositra (2) ?

Sans s'occuper d'ailleurs des volcans inconnus, si ce n'est pour indiquer la possibilité de leur existence, ceux qui ont été catalogués sont déjà en nombre anormal sur les deux côtes et dans le centre de l'ile. Ceci est un premier fait acquis.

Un second est que leurs alignements sont nord-sud (en particulier dans l'est et le centre), mais parfois aussi est-ouest (dans le Bouéni, TAmbongo, le Mailaka), suivant deux directions perpendiculaires entre elles, longitudinale et transversale, par rapport au grand axe de l'île.

(1) \olex et Explorations, p. 427.

(2) Voyatjeà Madagascar, Appendice.

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