LES GNEISS
Le substratum, à travers lequel les roches éruptives récentes se sont fait jour, c'est-à-dire la surface de Madagascar, est composée pour une partie, de beaucoup la plus considérable, de vieux schistes cristallins (les gneiss, etc.), et, pour une autre partie, de roches sédimentaires récentes et fossilifères.
Limites. — On connaît assez exactement leurs limites respectives. Les gneiss occupent tout Test et le centre. Ils sont recouverts tout le long de la côte ouest d'une plaque de dépôts marins, de roches sédimentaires, dont l'épaisseur atteint plusieurs centaines de mètres, et dont la largeur est en moyenne de 150 kilomètres ; dans le sud, au Fiherenga, elle atteint 250; mais dans le nord, elle est souvent inférieure à 100.
La ligne de séparation, en commençant sur la côte nord-est tout près de la pointe de l'ile, suit la vallée du Loky, celle de l'Ifasy, elle passe à une dizaine de kilomètres est d'Ant-sohihy, de Lehanja, à un ou deux kilomètres nord-ouest de Mevatanana, suit la basse vallée de la Mena-vava ; passe à trois ou quatre kilomètres sud d'An-kilahila, de Manda-kaboka et d'Am-baravara-mahatako. A partir de ce point elle s'infléchit brusquement au sud et devient franchement droite en longeant sur plus de 600 kilomètres le pied du Bongo-lava et de l'Horombe (1). Elle atteint l'Oni-lahy quelque part vers le confluent du Mangoky
(1) Dans quelques articles des Notes et Explorations, on s'obslino à considérer comme t(neissique la chaîne de l'Isalo, dont le caractère gréseux ne fait aucune espèce de doute.
et de ri-maloto. Là, elle s'infléchit droit vers l'ouest, longeant à quelque distance la rive gauche de TOni-lahy pendant 75 kilomètres peut-être. Puis elle prend de nouveau la direction nord-sud ; mais elle entre au pays Mahafaly où on n'en connaît pas encore le tracé exact.
Cette ligne de démarcation peut être considérée comme acquise d'une façon définitive. Non seulement ses points de repère sont très nombreux, mais elle est fortement accusée par Torographie. Les hauts plateaux gneissiques ont été déchaussés jusqu'à la base, et se dressent en bastions et en murailles au-dessus des sédiments.
Il n'est cependant pas rigoureusement exact de dire que, à Test de cette ligne, toutes les roches sont gneissiques, et à Touest sedimentaires. On sait aujourd'hui, et depuis peu, que de part et d'autre il y a des enclaves à vrai dire peu importantes.
Sur la côte Est, entre Loky et Vatomandry, on est certain, il est vrai, que les gneiss descendent partout jusqu'à la mer. Mais on a trouvé des roches sédimentaires à Vatomandry, à Mahanoro, au Saka-leo, à Fort-Dauphin. Ce sont, il est vrai, des plaques insignifiantes, allongées en liseré sur le bord de la mer, et qui nulle part, semble-t-il, n'atteignent une largeur notable. Elles n'ont qu'une importance paléontologique.
Sur la côte ouest, en revanche, les couches de roches sédimentaires ont été usées par places assez profondément pour laisser à nu des plaques de gneiss sous-jacent.
Le fait se produit dans deux régions au moins :
i"* D'abord à Nosy-Bé et dans son voisinage. Dans l'île même de Nosy-Bé, partiellement tertiaire, la pointe sud est un piton de gneiss et de granité; l'îlot tout proche de Nosy-komba est entièrement gneissique (i). Dans la péninsule voisine, à l'ouest de Pasin-dava, Guinard (2) signale des diorites sur deux points de la
(l) Herland. L. c.
(2; Guinard. Annales des mines de Saint-Élienne.
C(>te. Cette péninsule, sédimentaire et volcanique dans son ensemble, est très montagneuse. Un sommet, rAmbohi-mirahavavy atteint 734 mètres. L'avenir dira s'il n'y aurait pas çà et là mise à nu de gneiss sous-jacent; le voisinage de Nosy-Bé rend l'hypothèse vraisemblable ; en tout cas il y a là une première région où les rides gneissiques sous-jacentes ont une tendance à percer les couches sédimentaires.
Une seconde se trouve beaucoup plus au sud, en arrière du cap Saint-André. Là, c'est une surface considérable de gneiss et roches analogues qui ont été dénudées de leur manteau sédimentaire. La plaque de dénudation occupe la presque totalité du bassin du Sambao; c'est un ovale dont le grand arc a une centaine de kilomètres peut-être et le petit une trentaine, soit 3.000 kilomètres carrés ou davantage.
En résumé, au point de vue de la surface occupée, les deux tiers de l'ile environ reviennent aux gneiss et roches associées.
Pétrographie, — Sur les roches métamorphiques nous savons très peu de choses, et du peu que nous savons, nous sommes redevables à Baron presque exclusivement. Un premier fait sur lequel Baron attire l'attention est la prédominance des gneiss sur toutes les autres roches métamorphiques. C'est en général un gneiss à grain moyen, avec des tons roses chair (dus aux cristaux de feldspath). Le mica est presque toujours noir et la roche contient très souvent des cristaux de hornblende. Les stries ne sont pas très distinctes; au moins en beaucoup de cas, la roche passe au granit par transitions insensibles; en présence d'un échantillon, on est parfois embarrassé pour en choisir l'étiquette : gneiss ou granit ?
On rencontre des gneiss variés, à gros grains, à texture porphyritique, à striation très nette, etc., mais la roche type est celle qu'on vient de décrire, et c'est elle qu'on a neuf chances sur dix peut-être de rencontrer sous son marteau, quand on essaie de faire de la géologie sur les hauts plateaux.
En dehors des gneiss, lîaron a naturellement échantillonné un certain nombre de schistes et de roches métamorphiques (1); mais il a vite fait le décompte des points isolés où on les rencontre.
Micaschistes. — Ainsi les micaschistes dont on est habitué h trouver le nom associé à celui des gneiss, ne sont signalés par Baron que sur quatre points (Soaniorana près la baie d'Antongil, voisinage de Fort-Dauphin, sud d'Antsirabé, ouest du Valalafotsy). Il n'indique de dimensions que pour un seul de ces affleurements, le deuxième, qui aurait 15 milles de diamètre (2). Ce sont des taches insignifiantes sur la surface immense de Tile.
Personnellement, en six ans de voyage ou d'habitation, je n'ai vu de micaschistes qu'une fois, auprès d'An-kavandra ; encore estil très possible que ces micaschistes supposés, dont aucun échantillon n'a été rapporté, soient en réalité une autre roche, par exemple des schistes amphiboliques.
Norite schisteuse, — Une tache non gneissique assez étendue est signalée par Baron autour du lac Alaotra; le lac tout entier, et il a 35 kilomètres de long, repose sur une norite schisteuse (3).
Cipolins. — Baron n'a pas su, à ce qu'il semble, que, parmi les roches métamorphiques autres que le gneiss, les cipolins sont peut-être les mieux représentés. Il en cite un certain nombre de petits affleurements, d'ailleurs bien connus autour de Tananarivo, d'autres dans l'Ant-si-hanaka, etc. A sa liste, on peut ajouter un affleurement très beau, mais très circonscrit, exactement au sommet du col de Sahandela (région de Fort-Dauphin), le cipolin y est à gros cristaux de la dimension et de la forme d'un ongle.
Mais il faut insister surtout sur deux régions où les cipolins
(1) Pour plus (le détails, voir A. A., t. VI. p. .%C et annôo 18W. (•2) D'après M. Boussand, l'afflourement à l'est et au sud d'Antsirabé serait très étendu, Sarol»aratra, Andranofito, Sahatorendrika ont des micaschistes. (:^) Cf. la carte, A. A., l. c.
couvrent une surface assez étendue. Ils affleurent sur une grande partie de la route entre Ambato-fangehana et Ambato-finandrahana, soit une trentaine de kilomètres. La région est d'autant plus curieuse que des pliyllades, les seules qui aient jamais été signalées dans la zone métamorphique, y sont associées aux cipolins. On en a couvert le toit d'une église à Tananarivo, et on
Ni
a fait des tentatives avortées pour les utiliser comme ardoise à écrire. Les cipolins réapparaissent au Betsiriry entre le Dabolava et Miandri-vazo, soit encore sur une trentaine de kilomètres; la petite rivière de Kirauo-mena coule entre des murailles de cipolins.
Il est vrai qu'un profane peut être tenté de s'exagérer l'importance relative des cipolins, parce qu'il est impossible de les rencontrer sans les reconnaître du premier coup d'œil, au contraire de tant d'autres roches sur lesquelles on passe sans les soupçonner faute d'un coup de marteau. La présence des cipolins transforme tout le payj^age. Au delà d'Ambato-fangehana on les voit apparaître en grandes dents de marbre jaunâtre perçant le sol. Au Betsiriry ils sont, partout où leur surface n'est pas décomposée ou salie, d'une blancheur éclatante.
Ces cipolins, ceux en particulier qui avoisinent Tananarivo, ont fait naître et déçu beaucoup d'espoirs, dans un pays pauvre en calcaire. Ils se sont révélés à l'user trop dolomitiques, trop chargés en magnésie, pour être utilisés comme fumures et pour fournir de bonne chaux.
Divers, — On peut citer encore deux roches métamorphiques qui se trouvent, grâce à certaines propriétés, connues des indigènes et utilisées par eux. La vato-didy, très facile à tailler, et très décorative, à très belles veines blanches sur fond rouge, est encastrée en grandes plaques dans les murailles des palais de Tananarivo. C'est une sillimanite, faser-kiesel des Allemands, qui se trouve aux montagnes d' Ambohi-manoa et d'Ambohi-miangara.
Aux environs de Tananarivo Baron a signalé en assez grand nombre des affleurements de quartzites tantôt schisteuses et tantôt massives.
Il mentionne la forme schisteuse comme étant le vato-vary des Malgaches, utilisé comme pierre à aiguiser. Les quartzites, d'après lui, présentent toujours des inclusions de graphite, en particulier à Ambohi-mirakitra, à 12 ou 13 kilomètres au sud de Tananarivo, et au voisinage d'un petit affleurement de cipolins (1).
Hypothèse sur la répartition des gneiss et roches associe'es. — Toutes ces roches métamorphiques sont plus ou moins accessoires, de simples accidents dans la masse des gneiss. Au moins en est-il ainsi dans la partie du domaine métamorphique la mieux connue, la plus étudiée de Baron en particulier, Imerina,. Betsiléo, côte nord-est.
A titre de simple question, basée sur des impressions rapides, ou peut se demander si Tétudc, encore à entreprendre, des roches métamorphiques de Touest, ne modifiera pas les conclusions de Baron sur la prédominance des gneiss.
Les roches crystallophylliennes les plus occidentales de toutes, celles qui, dans le bassin de Sambao, affleurent en îlot au milieu des sédiments, ne semblent plus du tout en majorité des gneiss. La rivière d'Antobi-kena coule sur des schistes amphiboliques (2), le Miako sur des quartzites schisteuses (3), et le Sambao luimême, à la hauteur de Be-kodoka, coule sur des roches que je crois être d'autres quartzites schisteuses, mais qui ne sont assurément pas des gneiss francs.
Sans aller aussi loin dans l'ouest, le Bongo-lava, au nord du Betsiriry, n'est franchement gneissique sur aucune des trois routes par où j'ai eu l'occasion de le franchir; sur la route d'Ina-
(l) .1. ^., t. m, p. (J4;l. II, /. c,
i'I) Échantillon cram-nr fuir A. Lacroix.
(:i) lOid.
natonana à Miandri-vazo, le col d'An-ala-idirana est un couloir magnifique aux murailles à pic de schistes à strates épaisses et nettes qui n'ont pas l'aspect des gneiss habituels; on a déjà dit qu'au delà du Dabo-Iava les cipolins commencent.
Sur la route d'Ankavandra, au sommet de la grande muraille qui surplombe au-dessus du village, le sentier passe sur des micaschistes ou schistes amphiboliques.
Sur la route de Makarainga à An-kilahila, l'éperon terminal des hauts plateaux sur la rive gauche du Makambahy est d'une roche schisteuse peut-être amphibolique, mais qui n'est à coup sûr pas du gneiss.
En somme, tout se passe comme si, dans l'ouest, la partie la plus inconnue pétrographiquement, les gneiss cédaient plus ou moins complètement la place à d'autres roches métamorphiques ; la proportion de leur fréquence devient inverse.
Ceci n'est pas une conclusion; le petit nombre des faits observés ne l'autorise pas. Mais la question subsiste, il ne faut pas oublier que la grande majorité de nos données pétrographiques a pour objet la bande orientale de la zone.
Dans Tétat actuel de nos connaissances, il n'en faut pas moins considérer les roches métamorphiques malgaches en bloc.
Porphyres et granits éruptifs.
Baron a fait une tentative pour déterminer au milieu des schistes et roches métamorphiques la part qui revient aux porphyres et aux granits métamorphisants (1).
Il signale sur la côte nord-est, au nord et au sud de Vohémar, une a grande quantité de porphyre », qu'il considère a comme de la lave dévitrilléc ». Les syénites, les diorites n'ont de remarquable que leur rareté, au moins dans l'état actuel de
(l) A. A,, vol. VI (1899), p. 305.
nos connaissances. Parmi les roclies crystallines eruptives ce sont les granits qui présentent de beaucoup le plus d'intérêt.
Beaucoup de granits malgaches, la plupart, n'ont pas le moindre caractère éruptif. Ils appartiennent simplement, comme les gneiss, à la mystérieuse catégorie des roclies métamorphiques; et, suivant la théorie qu'on adopte, on peut les considérer comme des gneiss qui ont perdu toute trace de stratification, à moins qu'on ne préfère se représenter les gneiss comme des granits qui en ont acquis une. Mais Baron distingue, évidemment avec raison, des granits tout à fait différents des autres, tant par leur structure pétrographique que par leur allure générale.
Ce sont des granits francs, qui ont les deux micas, le blanc et le noir; ce qui est tout à fait rare à Madagascar. Et ils sont a intrusifs » au milieu des gneiss, c'est-à-dire nettement délimités en veines, en dykes, et en cheminées; tandis que les granits à mica noir passent au gneiss par transitions insensibles. Ce sont évidemment des cicatrices d'éruptions très anciennes.
Baron signale au voisinage des granits francs la présence habituelle de pegmatite et de cristaux de tourmaline. La masse granitique du Vom-bohitra, dit-il, envoie des veines de pegmatite dans les rocs avoisinants. Personnellement les deux seuls échantillons de pegmatite que je me souvienne d'avoir vus {\ Madagascar se trouvaient en effet au voisinage de niasses granitiques de caractère éruptif — (rAmbohi-by au sud de Tsiroa-niandidy ; l'Ambohits-Ambaniandro dans le bassin du Sainbao). C'est auprès du Famoizan-kova (Valala-fotsy) que Baron a signalé la présence de tourmalines en abondance, sur le contact Est du granit et du gneiss. « Le granit a profondément affecté les masses rocheuses à travers lesquelles il s'est fait jour. » La tourmaline est tantôt encastrée dans la roche tantôt dans des fragments de quartz épars sur le sol.
Au contact du granit de Famoizan-kova et sous son influence
métamorphisante se sont également développés, d'après Baron, des sillimanites, des quartzites, des micaschistes.
Des échantillons de tourmaline encastrés dans du quartz, et analysés par M. Paul Lacroix, provenaient d'Itremo; ils avaient été trouvés épars sur le sol, sur ce qui m'a paru être des quartzites schisteuses, au voisinage du contact avec le granit éruptif.
La tourmaline, surtout la noire, est extrêmement abondante à Madagascar; on en a vu des cristaux gros comme le bras (provenance exacte inconnue). — Il serait curieux de voir dans les régions comme le piton d'Ibity, le voisinage de Mévatanana (1), qui passent pour particulièrement riches en tourmaline, si les cristaux se sont développés au contact du granit.
Distribution des granits éruptifs. — Les granits éruptifs ont presque toujours une cohésion plus grande que les roches encaissantes; ils ont mieux résisté au temps, ils ont été usés moins bas, et ils émergent aujourd'hui au-dessus du niveau général en dômes, en pitons tout à fait caractéristiques. A leur isolement, à leurs pentes raides, souvent à pic et de roc nu, on reconnaît de loin les chicots granitiques ; dans le chaos des collines gneissiques au contour flou, ils tranchent tout de suite par la netteté de leur profil ; ce sont des montagnes ou des rocs célèbres, populaires.
Telles sont au nord de l'Imerinales montagnes de Vom-bohitra et d'Andriba, Le Vom-bohitra est peut-être le meilleur type du genre; a il est de forme circulaire, et il a 18 milles peut-être de circonférence; il s'élève d'un jet, avec des pentes souvent inaccessibles, à un millier de pieds au-dessus de sa base (2) ».
Le pic d'Andriba est peut-être moins beau; son nom est, en
(1) Il s'apfit (lu nouveau Mcva-lanana, c<*lui quia porté longtemps le nom de son fondateur (Suberl>ieville). L'ancien Meva-tanana, le seul qui ait rigoui-cusement droit à ee nom, est abandonné. Quoique distants l'un de l'autre de quelques centaines de u^'^tres, ces deux villages sont sur des roches essentiellement diflférentes. La frontière géologique passe entre eux.
(2) .1. A., t. ni, p. 05.
rovanclif, plus univers cl le meiil connu depuis la dernière caMpagr.c.
Barou estime que o ces deux [iiuntngncs, si elles étaient fortilièes, seraient de vârîlablcs (iibraltars » ; à l'avantage d'être inaccessible-, elles joignent, en eiïel, celui d'avoir de l'eau jusqu'au
Hommet. D'ailleur3 à la frontière du lîetsiloo et du Mcna-be, les ilovas out jucbé précisément un poste militaire au sommet d'un autre chicot granititiiie célèbre, celui de Midongv-
D'autres fois ce ne sunt plus des chicots isolés: ce sont des cliaines eulières qui sont essentiellement constituées de granit franc. Le Famoizan-kova est une chaîne de 1.300 mètres d'altilutle, qui limite au nord-ouest le \'alala-fotsy. Entre Ilrcmo et Midongy court sud-est nord-ouest une cbanic de 1.700 mètres
d'altitude dont Baron affirme positivement qu'elle est de granit cruptif.
Mais il y a plus : tous ces points éloignés les uns des autres, Vom-bohitra, Andriba, Famoizan-kova, Midongy, sont du même granit; la roche a partout la même composition pétrographique. (( L'avenir révélera probablement, pense Baron, que le granit franc constitue partie ou totalité de la chaîne de collines entre Famoizan-kova et Midongy... 11 n'est pas douteux qu'une masse continue de ces granits s'étend au moins du Vom-bohitra à Midongy, tantôt affleurant à la surface et tantôt dissimulée dans le sous-sol (1). »
Baron, qui a peu vu l'ouest, ne semble pas connaître, ne mentionne pas en tout cas, un fait tout à l'appui de sa théorie.
Entre le Famoizan-kova et la rivière Mania, sur la direction de Midongy, s'étend non pas une « chaîne de collines », mais un plateau remarquablement peu accidenté sur lequel saillent seulement, alignés nord-sud sur 150 kilomètres, une demi-douzaine au moins de chicots très caractéristiques; tels sontBe-vato, Ambohi-by, Ampananina (ancien poste hova) qu'on aperçoit de l'Itasy ; la route d'Ankavandra passe entre les deux premiers; Sapila, Itasy, Ivohi-be, qu'on aperçoit de Nanatonana; la route du Betsiriry passe entre les deux derniers. Chacun d'eux est isolé, saillant de 300 ou 400 mètres, à pentes difficilement accessibles, avec un commandement énorme sur des dizaines de lieues à la ronde. Leur aspect rappelle celui des rocs d Andriba et de Midongy ; et de l'un d'eux, l'Ambohi-by, proviennent des cailloux roulés de pegmatite.
Voilà donc une question nouvelle, posée à tout le moins, et déjà même partiellement résolue, la distribution des granits francs, cicatrices de très anciennes éruptions.
Dans cet ordre d'idées il faut signaler deux régions où s'ali-
(I).4. .1., t, VI, I». 305, l.c.
Ai) MADAGASCAR.
giient sur de grandes étendues des chicots de ce qu'on croit être du granit éruptif.
Dans riiinterland du pays Maliafaly, aux sources de la Menarandra, un certain nombre de pitons isolés se dressent sur le plateau d'abrasion gneissique; ils sont alignés nord-sud. Ce sont rivohi-manga, rivohi-dro, Tlvolii-by. Je retrouve dans mes notes mention, au village de Televato, d'un accident rocheux, qui m'a paru un dyke de granit intrusif au milieu des schistes métamorphiques.
Dans le bassin du Sambao le piton d'Ambohitr-ambaniandro est certainement granitique; un échantillon a été rapporté. D'autres chicots voisins, remarquablement isolés et orientés est-ouest, m'ont semblé de môme nature : l'Ambohimavo, rAmbohipisaka. Pourtant ils n'ont pas été examinés de près, et, si proche de l'Ambohits-osy, ces pitons pourraient bien être le produit d'éruptions récentes, basaltiques ou trachytiques.
On a simplement essayé d'indiquer la question ; si pourtant il n'était prématuré de tirer une conclusion, on pourrait dire que les cheminées granitiques semblent alignées sur des fissures de même orientation générale que les débris de volcans tertiaires, comme si les forces orogéniques avaient gardé une direction constante depuis le début des Ages géologiques.
Sens de la srhistosite'. — C'est à une conclusion de môme genre que nous conduit l'étude stratigraphique encore à peine commencée des schistes métamorphiques. Ils ont été soumis à des pressions effroyables. D'après Baron, « il n'y a presque pas une seule plaque préparée pour le microscope, où Ton n'observe de notables déformations mécaniques... parfois les éléments mêmes de la roche ont été écrasés en mosaïque minuscule ». C'est le cas en particulier pour des gneiss passant à la granitite qui couvrent un grand espace au nord de la baie d'Antongil. Ce serait le point de Tile où, à la connaissance de Baron, la près-
sion aurait été la plus forte peut-être (1). Aussi les schistes métamorphiques sont-ils redressés, plies et repliés, ce Les strates sont inclinées à tous les angles possibles, mais le plus généralement (le 30 à 45"*; parfois elles enfoncent verticalement, il est très rare qu'elles soient horizontales. »
C'est la direction des plissements qui est particulièrement intéressante par les indications qu'elle donne sur Torogénie. Là encore nous n'avons de renseignements que ceux de Baron.
l^]n 1889 il affirmait que cette direction était en règle générale « 15° à Test de nord ». Dix ans après il complète et rectifie son assertion. C'est bien là, dit-il, la direction la plus fréquente; mais dans le Betsiléo, l'Imerina et T Ant-si-hanaka , les lignes de stratification dans les roches courent dans une direction nordouest, sud-est. ce Entre la capitale et la côte Est la striation sur différents points est très irrégulière dans sa direction ; on trouve presque toutes les orientations de la rose des vents ; il en est deux pourtant qui prédominent : ce sont approximativement le nord-est sud-ouest et nord-ouest sud-est (2). y>
Qu'il s'agisse de plissements des strates ou d'alignements des anciens volcans, nous sommes donc toujours ramenés à ces deux directions grossièrement perpendiculaires l'une à l'autre, longitudinale et transversale par rapport à l'axe de l'île.
Il est certain qu'il a dû se produire dans la masse des gneiss des failles d'importance correspondante à l'énergie des plissements, a L'avenir nous apprendra probablement qu'au pied de la grande falaise orientale, il existe une faille gigantesque, » dit Baron (3). On pourrait en dire autant de la grande falaise occidentale, le Bongo-lava; et sur beaucoup d'autres points, l'étude des courbes de niveau nous permettra de soupçonner la présence d'autres failles immenses, tant longitudinales que transversales ;
(1) -I. J., année 1809, /. c.
mais il n'en est aucune qui soit connue stratigraphiqucmciit.
Minéralisation des gneiss et roches associées. — Richesses économiques, — A part le fer et Tor, (jui sont actuellement et fructueusement exploites, les richesses économiques que peuvent contenir les gneiss ne sont encore signalées qu'à titre de curiosité ou d'indice.
Les Ilovas ont autrefois essayé de fabriquer leur poudre et leurs balles. Ils se servaient pour ce dernier objet d'une galène provenant du Vakin-Ankaratra, mais qui n'était pas argentifère, au dire de Baron (1). La présence de minerai de plomb, sans trace.s d'argent, a été pleinement confirmée par des recherches récentes, faites en laboratoire à Tananarive par MM. Pignet et Ferrand, sur échantillon dont la provenance n'est pas indiquée (2). Sur trois échantillons, deux (cérusite) contiennent l'un 80 et l'autre 62 % de carbonate de plomb; l'autre (galène) 80 % de sulfure de plomb, soit 69 % de plomb pur.
La poudre se fabriquait avec du soufre provenant des gisements d'Antsirabé et du nitre que les indigènes extrayaient purement et simplement du sol, partout indifféremment, c'est-à-dire du gneiss décomposé.
Baron a vu un bel échantillon de minerai d'étain (cassitérite) qu'on lui a dit provenir du Vakin-Ankaratra. Il serait beaucoup préférable qu'il l'eût trouvé lui-même en place, son informateur étant vraisemblablement un indigène.
La présence de minerai de cuivre à Am-bato-fangehana n'est pas douteuse (frontière du Vakin-Ankaratra et du Betsiléo). Le minerai a même été exploité par le gouvernement malgache, mais il serait déjà épuisé. Les Notes et E.rplorations donnent une analyse d'un échantillon contenant 53 % de métal sans indication d'origine, mais entouré « d'une gangue calcaire ». On se souvient qu'Ambato-fangehana est une région à cipolins.
(1) Quarlerly Journal. ISHλ, /. r. A. A., t. UI «'l t. YI., /. /•. {'2) Xoles et Ejpt., 31 mars 189!». p. H7 ots.
Toute cette région, où les gneiss cèdent la place sur une assez grande étendue à d'autres roches métamorphiques, nous réserve probablement des surprises. Baron y signale, exactement au Be-mahazemby, l'existence de grands cristaux verts de microlinc ; un échantillon a a neuf pouces de long sur quatre de large et un pouce d'épaisseur ».
Dans la môme région, ou dans la partie avoisinante du Vakinankarâtra, quoiqu'on ne puisse préciser exactement l'endroit, il a été trouvé du minerai de nickel, peu exploitable à ce qu'il semble. D'après les analyses publiées, les échantillons contiendraient de 4 à 7 % de métal (1).
Sur les flancs de la montagne Vava-vato (sud-ouest de l'Ankaratra) on a trouvé de l'asbeste et du jaspe.
Autour de Tananarive il est signalé quatre gisements de graphite (associé aux quartzites) à Ambohi-mirakitra, Ambohi-manoa , An-janahary (nord-est de la capitale), Anjamanga (près Ambohibeloma). — Les indigènes s'en servent pour noircir leurs marmites de terre.
Au même point d'Ambohi-mirakitra, mais dans les cipolins on a trouvé du spath d'Islande (2).
D'après Ellis, cité par Baron, on trouve de l'oxyde de manganèse sur un point indéterminé au sud de Tananarive. Et parmi les analyses publiées dans les Notes et Explorations, il s'en trouve une en effet d'un minerai de manganèse.
On trouve sur un grand nombre de points des tourmalines, des grenats, saphirs, améthystes ; mais des échantillons envoyés en Europe n'ont pas été trouvés utilisables.
On voit aussi, en particulier dans la région de Mevatanana, de beaux cristaux à éclat métallique de pyrites de fer ; mais on n'a aucune donnée sur l'existence d'un gisement exploitable.
La région de Vohémar est célèbre depuis longtemps par ses
(1) Xotesel ExpL, 1. c.
(2) Baron. /,. c. ol \oles et Expl., I. c.
lIADAiiASCAR. 1
50 MADAC.ASrAR.
magnifiques échantillons de cristal de roche. Celui du British Muséum aurait un yard de long et un pied d'épaisseur. Baron croit, sans en être sûr, que ces cristaux énormes « se sont formés dans les cavités de la lave » dévitrifiée en porphyre, qui est par excellence le roc de Vohémar.
Sur l'importance pratique de tel de ces minéraux dans l'avenir il est naturellement impossible de se prononcer; elle est nulle pour le présent. Il faut se garder de dithyrambes et s'attendre à ce que beaucoup de métaux ci-dessus énoncés existent à Madagascar à titre de simple curiosité.
Un point sur lequel on est malheureusement fixé, c'est le peu d'exploitabilité des cipolins. Poussés par la nécessité de construire, l'administration et les colons européens, les Malgaches eux-mêmes ont installé des fours à chaux ; le produit n'est utilisable qu'à la rigueur et faute de mieux. Sur dix-huit échantillons analysés il n'y en a que huit qui ne contiennent pas de carbonate de magnésie ; dans un échantillon la proportion de magnésie est de 82 ^; dans beaucoup elle est égale ou presque à celle du carbonate de chaux (1). Il s'agit, il est vrai, des cipolins voisins de Tananarive ; aussi bien ce sont eux qui présentent un intérêt pratique étant voisins d'une grande ville,
La décomposition des gneiss a donné naissance à deux catégories d'argiles exploitées.
La moins intéressante, provisoirement au moins, est la a terre blanche », tani-fotsy des Malgaches. C'est un kaolin plus ou moins pur qui se vend couramment au marché de Tananarive et qui sert à blanchir les murs. Sur la possibilité d'en faire de la porcelaine on manque de renseignements précis.
La a terre bleue — tani-manga » a, dès à présent, une assez grande importance économique. On en fait en grande quantité des briques et des tuiles très acceptables.
(1) V. analyses, /. c.
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A.CHALLAMEL £dilnir Paris.
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Le Fer, — De tous les métaux c'est le fer qui semble le plus abondant. La magriétite abonde comme partout dans les roches primitives; elle constitue par places, en s'associant avec du quartz, des schistes à magnétite au voisinage desquels les boussoles sont inutilisables — au nord de l'Alaotra par exemple (1), etc.. D'autres fois, la magnétite est simplement un élément du gneiss (Amoron-Kay, à la frontière Est de Tlmerina). En plus ou moins grande proportion, exploitable ou non, sous forme de magnétite ou d'oligiste, le fer se retrouve partout; c'est à lui que les gneiss décomposés qui forment le sol (latérite) doivent leur couleur uniformément rouge. Sur certains points, anciennes cuvettes lacustres, anciens lits de rivières (l'Ankay par exemple, l'Ant-si-hanaka) le fer a été déposé par les eaux d'infiltration en concrétions et en nodules.
Les Malgaches, et non seulement les Hovas, mais toutes les tribus de l'île, savent travailler le fer. Ils se servent de la forge catalane et chauffent avec du charbon de bois. La nécessité d'avoir le combustible sous la main plutôt que l'abondance particulière du minerai a localisé l'industrie du fer au voisinage de la forêt oriental^, tant dans l'Imerina qu'au Betsiléo. C'est l'absence de tout autre combustible, sauf les tourbes et lignites quaternaires qui rend seule impossible l'exploitation en grand du minerai de fer.
VOi\ — L'or s'exploite déjà à Madagascar depuis une quinzaine d'années. La position symétrique, par rapport au canal de Mozambique, de Madagascar et du Transvaal, aussi bien que Terreur ordinaire causée par l'usage des cartes à petite échelle, ont conduit parfois à supposer une ressemblance entre ces deux régions de production aurifère malheureusement inégale. L^s célèbres conglomérats primaires du Witwaters-Rand n'ont jamais été signalés à Madagascar.
(1) Cf. carte. -4. /!„ I. c.
W2 mada(;as(ah.
L'or s'y trouve associé au gneiss et aux schistes métamorphiques. 11 n'est pas douteux, pour préciser davantage, qu'il n'ait été amené au jour avec les filons de quartz qui traversent les roches. Cependant, quoiqu'on rencontre encore occasionnellement de petits filons aurifères, aucun n'est assez étendu ni assez riche pour avoir donné matière à une exploitation sérieuse. Seuls les placers sont rémunérateurs; encore sont-ils généralement tout petits. II semble, au moins dans Tétat actuel de nos connaissances, que les filons riches aient été détruits depuis longtemps par l'érosion et Tor, qu'ils contenaient, éparpillé par les rivières. C'est là une théorie pourtant, à laquelle le hasard, qui préside aux découvertes de ce genre, peut donner, du jour au lendemain, un démenti formel.
On a trouvé de l'or en plus ou moins grande abondance un peu partout à la surface des gneiss : à Lani-hav, c'est-àdire à la source du Be-marivo — à Tsar.i-tanana, sur la Mahajamba; et c'est de là même que passe pour être provenu le plus gros lingot — tout est relatif — qu'on ait jamais trouvé à Madagascar, d'une valeur d'une dizaine» de mille francs; — dans la région de Mevatanana, c'est-à-dire sur la Betsiboka, rikopa et leurs alUuents, au voisinage du confluent des deux fleuves. Ça été le centre d'exploitation de \i\ compagnie Subcrbie;
— aux sources de la Mena-vava ;
— àAnkavandra, auprès du Manamb-olo:
— au Betsiriry, ou plutôt à l'est du Betsiriry proprement dit (vallées du Kirano-mena, Dabo-lava, et autres aflluents du Mahajilo et de la Mania). Tous ces points sont situés à la bordure occidentale des grands plateaux gneissiques. La bordure orientale est également aurifère. Les placers de Tsinjo-arivo, du Fisakana et du Betsiléo — (cuvette d'Itaolana par exemple, etc.) sont situés en bordure de la forêt orientale. Aux dernières nouvelles des gisements aurifères d'une richesse sans précédent ont été décou- •
verts dans la vallée d'Am-boa-sary (1), affluent du Mananjary, tout à fait au pied de la grande falaise.
Ce caractère périphérique des placers s'explique vraisemblablement par une cause profonde; sur presque toute la périphérie les hauts plateaux se terminent par des murailles qui sont probablement la lèvre en rejet de failles immenses, il n'est pas déraisonnable d'admettre que les filons de quartz aurifère sont associés aux grandes fissures de l'écorce terrestre.
Il est curieux en tous cas de constater comment les placers dits du Betsiriry se trouvent à l'ouest de la muraille que le sentier traverse au col d'An-ala-idirana, c'est-à-dire au point précis où des dislocations multiples, un croisement compliqué de failles, à ce qu'il semble, interrompent la continuité du Bongo-lava.
Autre fait curieux -. les seuls gisements aurifères actuellement connus au centre des hauts plateaux sont les uns au voisinage de TAnkaratra (I-haran-andriana, auprès de Behcnjy, un autre au sud d'Arivo-ni-mamo) — les autres s'allongent au pied de la muraille terminale du Mandri-drano, Mamola-kazo, Valala-fotsy (à l'ouest de ritasy), c'est-à-dire qu'ils suivent une faille probable, qu'accuse d'ailleurs le jalonnement des volcans récents.
L'or s'exploite presque uniquement à la battée ou au sluice. Les gisements actuellement connus sont d'une superficie trop réduite pour supporter les frais d'une machinerie coûteuse. Même sur la plus vieille des exploitations aurifères, celle de Mevatanana (ancienne compagnie Suberbie), les procédés perfectionnés d'extraction n'ont été mis en œuvre qu'avec un médiocre succès.
Nous n'avons pas encore de données adéquates sur Timportance de l'exportation de l'or. La rigueur des anciennes lois malgaches, combinée avec la facilité des anciennes mœurs administratives, favorisait la contrebande de l'or, ce qui augmente singulièrement les difficultés de la statistique. L'ancienne com-
(1) Orthographe incertaine : Ampoasary-Auipasaryt des placers très^Jrichcs ont «'té découverts ultérieurement tout à eût*'*, dans les vallées de la Fanantara et du Saka-!eo.
r>4 MADAGASCAR.
pagnie Suberbie accuse, do 1888 à !89î), une exportation d'or de 5.270.000 francs. Mais dans les années 1895-96-97, la guerre et rinsurrection ont amené une interruption presque absolue du travail.
D'après des renseignements privés assez dignes de foi, pendant la période 1890-94, il ne se serait guère exporté moins de deux millions d'or par an. C'est l'évaluation la plus modeste; quatre millions seraient un maximum qui probablement n'a pas été atteint. Aujourd'hui (1) TAm-boa-sary seul donne 200 kilogrammes par mois, environ 600.000 francs. 11 n'est pas douteux que ces chiffres modestes ne soient destinés à s'accroître. Chaque année amène la découverte de l'or sur un nouveau point de l'île. On ne connaît celui d'Am-boa-sary que depuis quelques mois. Les placers de Betsiriry, du Lani-hay (2) étaient insoupçonnés il y a quelques années.
Mais c'est précisément cet éparpillement de l'or sur presque toute la surface de l'île qui est inquiétant pour l'avenir de son exploitation. Il le faudrait concentré en abondance sur un point pour que Madagascar ait un sérieux accès de cette « fièvre de l'or » qui a eu pour d'autres pays neufs de si heureuses conséquences économiques. Parmi les espérances d'un développement rapide (le notre nouvelle colonie, celle-ci reste pourtant la plus légitime peut-être; en tout cas, on ne saurait à priori la déclarer chimérique.
Latérite. — Si les roches métamorphiques sont aussi peu connues encore, une des causes en est qu'elles aflleurent très rarement à l'état frais. Toute leur surface est recouverte d'un manteau de sol rouge, épais, compact et à peine interrompu, d'une lassante uniformité. On l'appelle assez ordinairement à Madagascar l'argilo rouge, et quoiqu'il n'y ait aucun inconvénient à lui laisser
(\) Ceci a ét«'' ôcrit on VMK Des lettres ultôiioures donnent lo chiffre de îî(ï» kilogrammes pour la ré^'ion Am-ljoa-sary, Fanant ara, Saka-loo. (•>) Cf. J. A., vol. V lan. ls9<;;,p. irîS ets.
ce nom qui lui convient parfaitement, il est sans doute plus scientifiquement désigné par celui de latérite.
A Madagascar, comme partout ailleurs sur les tropiques, la latérite est simplement la surface décomposée de la roclie. Sur beaucoup de points elle a gardé reconnaissable encore la structure des gneiss ; on distingue la foliation, et les filons compacts de quartz plus résistants que les gneiss encaissants restent parfois intacts, ou peu s'en faut (1). C'est de la roche à différents degrés de pourriture.
Sur le sol d'argile rouge on trouve assez souvent épars des blocs de gneiss, plus ou moins gros, parfois énormes, et toujours ar^ rondis. Au premier contact des géologues avec la terre malgache, on les avait considérés hypothétiquement comme erratiques et témoins possibles d'une époque glaciaire. On admet aujourd'hui d'une façon définitive que leur formation se rattache simplement au processus habituel de la décomposition du gneiss en latérite. Ce sont des noyaux plus durs qui ont résisté à la décomposition et qui se trouvent aujourd'hui les seuls restes d'une tranche d'argile rouge enlevée depuis longtemps par l'érosion. Un curieux exemple de ces blocs épars se remarque à côté de Tananarivo, au marché d'Am-bato-roka. 11 n'est pas douteux que les roches dont la décomposition donne de la latérite sont les mêmes à Madagascar que dans le reste de la ceinture tropicale ; ce sont par excellence les gneiss et roches associées. Peut-être serait-il plus exact de dire d'une façon générale les roches crystallines ; car les basaltes, certains à tout le moins, se décomposent aussi en latérite incontestablement. Sur les causses de l'ouest, quand elles sont percées de cheminées éruptives, sur celle d'Ankara par exemple, entre le Mahavavy et la Mena-vava, on se rend compte avec vivacité, d'un coup d'œil, que la nature de la roche est un élément essentiel dans la genèse de la latérite. Les calcaires du causse
(1) Quarterhj Journal, vol. XI V, 1880, p. 310.
^^^H donnent, en faitilo (épaisseur d'aillcur^i, et par plaques, tin ao ^^^H jiiitiir> pHÎlIc très meuble. Les coulées ou dy-kes de basallc dou- ^^^H nent de la lalérite rouge sombre et coiupactf. Si bien que rtur ^^^H certains points on aporçoil de loin les rocties éruptive» nettetuenl ^^^H de?sinrâs el inuri{uée.s en rouge, sur in surface claire du causse. ^^^H vommc sur une carte géologicpie.
^^^^ Outre la nature de la roche, l'aHitude Importe peut-être.
^^^^H <I-I.I.1\R [''AUIltTH-KliKt. •UlVEhTE m HI.OCS l.>F,IS:Slvl ( >
^^^H 11 semble qu'il existe A Madagascar une limite supérieure an- ^^^H dessus de laquelle la lormation de la tati5rite est entravée. Dans ^^^H l'Aiilvaratra, aux environs de la cote 2.000 ou 1.900 m., le sol, ^^^H autant qu'un examen superliciel permet de conclure, n'a plus du ^^^1 tout l'aspecl de la iattîrite; le long du sentier qui unit Tananarivo ^^^H il Xanntonana. Tceil du voyageur garde la mémoire de tons hruns ^^^H ou gris bien pluttH que rouge brique. Ce serait à vi^rilier. Ponr- ^^^H tani c'est à l'énergie cbiuiique des pluies tiùdes que ronallribne ^^^H la dùcniiipositioQ des gneiss, et la tiédeur des pluies sous les tro-
piques est naturellement en proportion inverse de Taltitude.
Le latérite malgache est partout remarquablement semblable h elle-même; sur Ténorme étendue qu'elle couvre, plus des deux tiers de Tîle, on peut dire sans exagération qu'il serait impossible dy recueillir deux échantillons de type différent; c'est elle qui donne au paysage des hauts plateaux sa terrible monotonie.
L'abondance de l'argile rouge n'est malheureusement pas à regretter au simple point de vue du pittoresque. Toutes ses propriétés la rendent réfractaire à la végétation et à la culture.
Et d'abord sa composition chimique. Là-dessus nous sommes surabondamment fixés. En 1894, Grandidier en a publié une analyse faite àl'Institut agronomique : « Ces argiles, ditil, contiennent pour 1.000 parties de terre brute : de 60 à 180 parties de gravier siliceux, de 1 à 6 d'acide phosphoriquc de 0,1 à 1,82 d'azote, de 1 à 3,5 de potasse, des traces de magnésie et pas du tout de calcaire (1).
Une autre analyse a été faite sur l'initiative des Jésuites (2), elle a porté sur des échantillons de latérite provenant d'Ambohi-po.
Enfin le gouvernement général de Madagascar a fait expédier en 1900 à l'Institut agronomique 400 échantillons de latérite de provenances différentes. Les résultats des analyses n'ont pas encore été publiés; on sait pourtant qu'elles concordent avec les précédentes.
11 n'est donc pas permis de douter de la pauvreté des latérites en éléments utilisables pour la végétation : phosphore, azote, potasse, calcaire. Le peu que pouvait en contenir la roche avant sa décomposition a été dissous et entraîné, pendant le processus de pourriture, par les pluies tièdes, les eaux d'orage chargées d'acide carbonique.
Encore la pauvreté chimique de la latérite est-elle son moin-
(1) Comptes^ rendua deVAcmlèinie des Sàence», CXVIII, s«''anco du 3ll avril IMH.
(2) \(Aeii et Ejpl.
E« MVf),\r;.ASiAn.
lire défauf. l'iifi de ses caractéristiqiiea essonticllca est eo ^o'on |njiirr»it appeler son ïiistabililé h !'t*tat meuble. Par des movcns rai-caniqueri, ù coups de bèclii-, on pcul nmeiiblir la latérite, IV^craaer eu pousaii-Tc fine; mais si on iiioiiillc nettf poussière, elle se prend on bloc de brique et c'est celte forme qu'elle cousorvo indéfiniment et naturellement. Comme ii n'y a pas sous le so-
leil un coin de terre qui n.' soit alternat iveraeat mouillé parlapluio et at'-eht^' par le beau temps, le manteau de latérite à la surfacea des plateaux a partout l'aspect et la compacité de la brique^
Aussi i)ieii tous les vlllafj:es d'Imerina et du iietslléo soni bAtis en pisé de latérite. Kn simple latérite on élève des maison] de deux étages qui durent une vie d'Iiomrae, II n'y a parton que des murs de terre et qui ont presque la solidité de la pîerr* Pour rarcliîtectc et le marron c'est un sol admirable. Rn rc— vanebe, il oITie A la vétïélation par sa eompacité iiicuniiile
MAriAliASCAli.
rt-sistance iiiécMniqiie. Grandidier a jusloincnt attiré rallciitioii sur la coin[ii'Cssioti qui doil écraser les radiccllos, lorsque le sol se coDtraclc sous riufluence d'uue sécliei-esse prolongée. L'épaïsseiiP de l'argile rouge est considt'rable. Baron a observé sur un point, au nord de rAiidringitra, une épaisseur de Gl) mètres; n le j^ticiss, dit-il, était décomposé à une [iiofondeur de
(80 pieds ». Dos épaisseurs de 10 ou l.'i mètres soiil d'observation courante et normale. Il n'y a donc pas d'espoir en rè^le générale qu'une racine vigoureuse traverse la latérile pour aller chercher sa vie au-dessous.
La latérite a sa fai;on toute particulière et originale d'être rongée à l'érosion; les orages i-uissellent sur sa face sans qu'il se produise de bouc en quantité vraiment appréciable. Les sentiers mouillés offrent au pied un point d'appui dur, résistant, mais glissant, lubréfié. comme savonné. La pluie ne ta délaie pas, no l'entraîne pas grain à grain progressivement, comme
elle fait de nos ternes européennes. La latérite part en bloc, par éboulement.
Sur le versant des mamelons fi se creuse des chancres énormes, profonds de plusieurs dizaines de mètres, aux bords perpendiculaires c*t à vif. (](»s <c lavaka » sont des abîmes qui s'ouvrent brusquement sous les pieds et qui ont presque la régularité de trous faits à remporte-pièce. Ils ont une forme semi-circulaire ou presque complètement circulaire. Kn beaucoup de provinces ils servent de parc à bœufs, c'est-à-dire que tous les soirs on y enferme le bétail.
Au fond du trou se trouve toujours une source, plus ou moins pérenne, qui évidemment est la cause première de Téboulement; ce sont les eaux de circulation souterraine qui ont attaqué la couche de latérite à la base. 11 arrive qu'on rencontre, en particulier en arrière <le lavaka déjà existantes, des fissures semicirculaires qui doivent évidemment se prolonger en profondeur jusqu'au roc. C'(»st un nouvel éboulement qui se prépare.
En somme, dans l'érosion de la latérite, c'est le travail des eaux souterraines qui joue le principal rôle. On peut essayer de comprendre pouniuoi :
Il semble certain (jue sur toute son épaisseur la latérite est rigoureusement sèche; les Malgaches y creusent des silos à riz; on rencontre de l'eau en profondeur lorsqu'on arrive au roc; là au contact du roc et de la face inférieure de la couche argileuse, dans la zone où se poursuit lentement le travail de décomposition des gneiss, il semble à certains indices que s'étend un(? nappe d'humidité pour ainsi dire capillaire. C'est ainsi que les roch(*s allleurant à flanc de coteau ont très souvent une surface humide (1), que les arbustes et les arbres apparaissent toutes les fois que le roc perce la latérite. La nappe humide est donc invariablement au-dessous de la couche argileuse et, par
( I; Cr. cliapim^ do la Vr^-tation.
suite, la mine à la base sur les points où elle tend à s'échapper en ruisselet.
Une extrême perméabilité, une perméabilité de sable, produirait ce résultat aussi bien qu'une imperméabilité absolue. La latérite est certainement incapable ou de recevoir, ou ce qui revient au même, de retenir Thumidité. 11 semble difficile d'admettre la perméabilité, autrement au moins que par les fissures de retrait, qui mettent en communication à travers la masse desséchée la face supérieure où ruissellent les pluies avec Tinférieure au contact de laquelle s'étend la nappe souterraine.
La sécheresse de l'argile rouge, son épaisseur, sa compacité, sa composition chimique, tout enfin concourt à faire de la latérite un obstacle à la culture et à la végétation.
Sur toute la côte Est la latérite est, il est vrai, couverte de forêts, mais indirectement; elle y est couverte d'une pellicule d'humus, à la fois produit et cause de la végétation; la forêt tropicale, favorisée par le climat, a pu se créer elle-même le sol qui la nourrit. C'est bien là ce qui rend si lentes à se guérir les blessures faites à la forêt par le vandalisme des Malgaches. Grandidier cite un exemple frappant, celui d'une route, moins que cela, un simple itinéraire royal, une seule fois suivi, et qui, après trois ans, était encore net de verdure; ce c'est que les pieds de tant de passants mirent complètement à nu l'argile rouge, sur laquelle poussaient ces végétations à racines traçantes (1) ». Là où la forêt disparait accidentellement, sa reconstitution est subordonnée à la création d'un nouvel humus.
Dans la latérite d'Imerina, du Betsiléo, on plante dans les trous à fumier ou à terre arable, a Suivant une comparaison très vraie d'un créole de la Réunion, c'est une culture en pots dans laquelle le sol local, qui est si compact, ne joue guère que le rôle de vase (2). »
(1) Comptes renihis de l'Académie des Scienccii. 1. c, 3Ù avi'il 18ÎM.
[2) Grandidior. L. c.