TERRAINS DE SÉDIMENT
Essai de classification paléontologique.
Les roches sédimentaîres couvrent, on Ta déjà dit, un tiers environ de Tîle, le tiers occidental. On le sait d'une façon générale, depuis trente ans, depuis les explorations de Grandidier. Les faits précis, les découvertes de gisements de fossiles, se sont assez multipliés depuis pour qu'on puisse essayer avec quelques détails Thistoire paléontologique de ces roches.
Époque primaire.
Parmi les fossiles déjà très nombreux rapportés de points très divers de Madagascar, il ne s'en est pas trouvé un seul qui pût être authentiquement classé à un étage quelconque de l'époque primaire.
On a parfois attribué à l'âge carbonifère la baie d'Am-bavatoby (au sud de Nosy-Bé) et la presqu'île dont elle fait partie ; on a maintenu cette attribution avec une obstination qu'expli(juc le désir d'attribuer à la période houillère les charbons douteux d'Am-bava-toby. Au point de vue paléontologique, cette hypothèse devient de plus en plus insoutenable.
L'argument le plus solide en sa faveur est que M. Grandidier y a trouve des fossiles qu'il a considérés comme carbonifères (1). Mais ces fossiles qui ont disparu dans un incendie, ne sont
(I) /iuU. Snv.GrOfj., srrio T», vol. II (IsTl), p. SS.
iVi MADAGASCAR.
jamais arrivés en Kurope, et il n y a jamais eu à leur sujet de conclusion positive et authentique.
Guillemin, en 1866, Guinard, en 1887, ont étudié la région au point de vue de Texploitabilitc des couches de charbon : tous deux ont conclu h la présence de terrains houillers, mais ni l'un ni Tautre n'a trouvé un seul fossile.
Kn revanclie. Baron qui est la grande autorité en matière de géologie du nord-ouest, a recueilli, non pas, il est vrai, dans la presqu'île même, mais dans son hinterland immédiat, un grand nombre de fossiles secondaires, il a visité Ani-bava-toby et il y a vu des grès à couches de lignite qu'il qualifie, avec un point d'interrogation, il est vrai, de jurassiques. Des échantillons de ces lignites à empreintes vagues d'equisetum et de fougères ont été estimés par Newton <c d'ùgc incertain, mais probablement crétacés ou jurassiques (i) ».
L'opinion de Baron est d'un grand poids, il est le seul qui puisse avoir une vue d'ensemble sur la stratigraphie de toute la région.
Nous avons d'autres témoignages concordant avec le sien. Les premiers charbons (ou lignites) d'Am-bava-toby qui ont été apportés en Kurope en 1854 ont été étudiés dans les Annales des Mines (2). Les débris de plantes fossiles qu'ils contenaient ont été attribués hypothétiquement à l'époque secondaire.
Knfm, tout récemment, le I)*" Jolly a rapporté d'Am-bodimadiro une empreinte parfaitement nette d'un equisetum qui, d'après M. Bureau (3), peut être rapportée soit au Trias, soit au Lias, mais qui, à coup sûr, ne serait pas primaire.
11 semble donc que la question doive être tranchée par la négative.
11 reste donc exact provisoirement qu'on ne connaît pas, dans tout Madagascar, un seul fragment authentique de terrain primaire. Il y a plus : l'étendue des terrains sédimentaires d'âge identifié et incontestablement plus récent, est telle, à la surface de l'ouest, que la chance de trouver du primaire apparaît extrêmement réduite. Il n'est pas impossible que l'avenir en révèle quelques paquets au milieu des schistes métamorphiques dont l'immense étendue a été si imparfaitement explorée, en particulier dans la partie occidentale des hauts plateaux. L'hinterland du cap Saint-André pourrait aussi , à ce point de vue, nous réserver des surprises. C'est le seul point de l'île, on le sait déjà, avec la région d'Am-bava-toby préciséaient, où les roches sédimentaires ont été usées jusqu'au gneiss sous-jacent, et là elles l'ont été sur une grande étendue. C'est donc une occasion unique d'examiner le contact en profondeur des gneiss et des plus anciennes roches sédimentaires. Le sud du Sambao serait particulièrement intéressant, étant presque entièrement inconnu.
En tout cas, si jamais le primaire est destiné à faire son apparition sur la carte géologique^de l'île, il n'y sera qu'en taches médiocres. Grandidier le disait déjà, il y a trente ans, et toutes les découvertes récentes vont à l'appui de son opinion.
Presque toutes les roches sédimentaires malgaches appartiennent à l'époque secondaire.
Trias?
Promontoire triasique de Saint-André, — Pas plus que de fossiles primaires on n'a trouvé à Madagascar de fossiles du Trias, au moins franchement caractéristiques de l'étage.
Mais des considérations stratigraphiques justifient l'application de ce nom à des roches et à des terrains dont il est indispensable de traiter à part.
m MADAGASCAR.
Sur la falaise terminale dn grand causse de Kahavo, j'ai trouvé en 1898, partout où j'ai eu l'oecasion de vérifier, une couche fossilifère, au contact du chapeau calcaire et des grès. (Cf. coupe n** 4.)
Les fossiles sont assurément liasiques (1). H va de soi que les grès sous-jacents, qui ont 500 mètres d'épaisseur, et sur lesquels la couche calcaire repose en parfaite concordance, sont plus anciens, immédiatement antérieurs. Il n'y a pas d'inconvénient à les appeler triasiques pour la commodité de l'exposition.
Ouelle que soit Toxactitude de cette appellation, ce qui est certain, c'est que la ligne de démarcation entre ces grès et les calcaires du causse dessine un golfe liasique et, par conséquent, un promontoire triasique (?) Des découvertes ultérieures pourront modifier l'attribution de ce promontoire à telle ou telle époque; son existence même est acquise. H y a là, en plein cœur do l'ouest sédimentaire, une langue de terre énorme dont la mer, après l'avoir recouvert, en tout ou partie, après y avoir déposé plusieurs centaines de mètres de sédiments, s'était déjà retirée au temps du Lias. Il n'y a pas, à notre connaissance actuelle, d'autre point dans Touest malgache où la ligne extrême des dépots jurassiques soit infléchie aussi loin à Touest. Ils sont coupés en deux.
S'il n'est pas possible d'être plus aflîrmatif sur l'âge de ces grès rouges, de consistance très variable, mais généralement faible, ce n'est pourtant pas qu'ils soient complètement dépourvus de fossiles.
Bois silicifiés. — Ils en contiennent, au contraire, d'admirables au point de vue du volume et de la conservation. Ce sont des troncs d'arbres entiers, silicifiés. Le plus gros que je con-
(1) Comptes irndHs sommaires des séances de la Soc. géoL de France^ 5 juin \W^, Calcaires lia.si<iiies à Siurllerina ot Ilarpoccras. Le principal gisement est au nord d'Ankilahiia.
MADACASCAH. Ii7
Iravf^rs ilu sentier d'Am-bala-rano à Mora-(enobe; il a 20 mètres de long et l'",.)0 de diatni''tre.
Celui-ci est un géant, mais beaucoup d'autres no lui sont inférieurs ijuc de moitié; ceux, par exemple, ijui se trouvent i\ 2 ou 3 kilomètres ouest d'Am-bala-rano, sur la rive gauche tlu Be-marivo.
Les troncs sont remarquablement droits, les insertions des
branches et môme leurs moignons très nets. IjPS troncs sont toujours coucbéa (1), souvent sectionnés en trois ou quatre tronvous, mais qui sont encore juxtaposés et dans le prolongement l'un de l'autre. Le ton général rougefllre des bois silieifiés s'Iiiirmonise parfaitement avec celui de la roche ou du terrain.
Un échantillon d'Am-bahi-rano, examiné au laboratoire de botanique du Muséum, a été reconnu bois de gymnospermes (2),
(l) l'ourtiint, il côté du Iroiw p-aiil, w trouwnt sos nioiiifs: ilst-rait in(.''if>çs,i]il ili> fouiller pour voirai clks sonl intUu.
(i) Ma M rail trois |iri'par&tions mii^i-oscopiques; noi<^ commiinJiuOo pnr.M. Rconiill : a .ArËolcB (lu taille inoyenDt' uuiKi?ri>*as sons anneaux annuclg Bppfti-enta. celluW n'siiii-
08 mai)A(;ascar.
Malheureusement les conifères se retrouvent à tous les étages à partir du trias; tous ces beaux arbres pétrifiés restent donc provisoirement de belles curiosités naturelles, sans signification précise pour Tâge des terrains où ils se trouvent. Il est certain pourtant qu'on ne peut pas les faire remonter au delà du Trias; Tépoque primaire n'a pas connu de gymnospermes.
L'aire de dispersion de ces fossiles est considérable. On a signalé les gisements d'Am-bala-rano , sur la route d'Am-baravara-mahatako à Mora-feno-be, sur celle d'An-kilahila à Bekodoka, ce qui revient à dire que sur tous les sentiers que j'ai eu l'occasion de suivre dans la région, ou rencontre des conifères pétrifiés ; Benévent et Prince en signalent de très beaux à l'extrémité nord-ouest du promontoire triasique (?), près deTsitanandro, sur la rive gauche du Manombo (1).
11 s'en trouve aussi en dehors du promontoire. Un échantillon de bois silicifié provenant, de Mevatanana, a été lui aussi identifié au Muséum; M. Renault y a reconnu un araucaria (2).
Bande triasirfuc {?) traversant dans le sens de la longueur toute Vile. — C'est, qu'en effet, non seulement à Mevatanana, mais sur toute la longueur de Tile, au contact des gneiss, s'étend une bande assez uniforme de roches et de terrains qui présentent entre elles et avec les roches et les terrains du promontoire deux analogies essentielles.
1"* Ce sont des dépôts arénacés ; tantôt grès durs (sommet de risalo) et tantôt grès tendres, à peine consolidés, c'est le cas le plus général; tous ces grès ont des tons rouges allant jusqu'au violacé; tout à fait à la base, ce sont fréquemment des
fèrcs absentes, cellules des rayons cellulaires identiques, rayons simples; sous-groupc des cedro-xylon (Kraus).
(1) \oles ('( E.vph, 1. c.
(•2; Échantillon recueilli par M. lN»rier de La liàtie. Note do M. Itenault : « Aréoles do taille moyenne, contigu«'s, l<''f:è renient dôl'ormées vers le haut et vers le bas quand oUos sont unisériées; alternes, hexagonales quand elles sont biséri<*es; cellules de rayons toutes semblables, unis<'Mi«''es, anneaux annuels apparents. i>as d<^ cellules ou de canaux n-sinifôres. Trôs voisin des araucario-xylon (Kraus;.
poudingues très durs, à très gros éléments rouges sombres (An-kavandra, Betsiriry, Janjina), et très souvent sont associés aux poudingues des schistes jaunâtres, à débris de végétaux indéterminables, à feuillets minces, très fissiles et très fragiles (An-kavandra, Janjina). D'autres fois ce sont des schistes beaucoup plus compacts, se débitant en dalles (pied de Tlsalo). On rencontre des argiles multicolores, aux tons très vifs : rouges, noires ou bleues (An-kavandra, rive gauche du Manamb-olomaty). Parfois des rognons de silex abondent (région de Malaim-bandy).
Malgré une incontestable variété, il y a pourtant un certain air de famille. « Cet ensemble, dit M. Douvillé, à propos de Janjina et Malaim-bandy, pourrait être rapproché des grès de Karoo et serait alors triasique. (1) »
En tout cas, c'est un fait précis, que jamais on n'a rencontré de calcaire au contact du gneiss, datis cet ensemble supposé triasique. C'est un élément invariablement absent et sur plusieurs centaines de mètres d'épaisseur; c'est là un point important de ressemblance. La conséquence est d'ailleurs la rareté et même, dans l'état actuel de nos connaissances, l'absence totale de fossiles caractéristiques.
2^ Ces couches arénacées ne sont d'âge indéterminé qu'au point de vue paléontologique : leur situation stratigraphique leur assigne partout à peu près le même âge. En effet, elles sont partout intercalées entre les gneiss sur lesquels elles reposent en discordance absolue et les calcaires jurassiques fossilifères, auxquels elles servent de piédestal et dont elles ont la stratification.
En résumé, les plus anciens sédiments connus, ceux qui reposent immédiatement sur les schistes métamorphiques, sont une bande de dépôts arénacés très épais, immédiatement anté-
(1) Comptes rendus sommaires Soc. yéolotj., séance du 19 juin 1899.
rieurs à des calcaires dont Tàge jurassique ne fait pas de doute. L'usage semble prévaloir parmi les géologues français (1) de leur appliquer provisoirement et pour la commodité de l'exposition le nom de triasiquc.
Jura.
Nous avons un très grand nombre de fossiles jurassiques malgaches; c'est qu'une bonne partie des couches jurassiques doivent à leur composition calcaire une grande puissance pétrifiante .
Tous ces fossiles, étudiés de la façon la plus sérieuse, à la Société géologique de Londres, au Muséum, à TEcole des Mines, etc., représentent les étages les plus différents du Jura. Il est probable, possible en tous cas, que toute la série de la base au sommet soit représentée à Madagascar. Mais nos données là-dessus sont encore trop confuses pour qu'on puisse même essayer de les débrouiller cartographiquement. Il faut traiter du Jura en bloc.
Aussi bien faut-il se représenter que dans un pays sans routes et par conséquent sans tranchées autres que naturelles, où il était d'ailleurs difficile de voyager autrement qu'en ligne droite et rapidement faute de sécurité et d'approvisionnements, il n'est pas toujours facile de localiser stratigraphiquement les fossiles avec une exactitude absolue. 11 est assez rare de les voir in sitUj très souvent on ne les rencontre qu'en état de vagabondage, « jonchant le sol par charretées », comme dit Baron, dégagés depuis longtemps de leur matrice désagrégée, dernier résidu de couches entraînées par l'érosion.
Nord-ouest : plateaux Antankara, — La bande jurassique du nord-ouest nous est connue presque exclusivement par les
(1) Comptes remlus sommaires, l. c.
voyages de Baron, en 1889 et 1895 (1). Elle se trouve sur le versanf nord-ouest des plateaux Antankara, le versant sud-est appartenant aux dépôts arénacés que nous sommes convenus d'appeler triasiques (Cf. coupe n** 1). Ce versant nord-ouest jurassique est composé de couches alternantes gréseuses et calcaires.
1** Au sud de la rivière Rodo, un chapeau calcaire, posé sur les grès, a fourni à Baron des fossiles en petit nombre. La roche est composée de différents organismes parmi lesquels dominent des algues calcaires (2). ce Mais, dit Newton, aucun de ces organismes ne nous permet de préciser Tàge de la roche, quoique je sois tenté de le rapporter à Tétage jurassique, et cela surtout parce qu'un des échantillons renferme un brachiopode allié à Rhynchonella plicatella (3). »
2"* « A Tangle nord-ouest des plateaux Antankara », c'est-àdire, semble-t-il, proche les gorges de la Mananjeba (?), Baron a trouvé, par exception dans le grès rouge, des fossiles que Newton rapporte à Toolithe inférieure (4).
3"* Ankaramy est au centre de plusieurs gisements fossilifères. Un calcaire noir, à quelques milles ouest du village, est composé des mêmes algues calcaires signalées au nord de Loky. Cinq ou six milles au sud du même point. Baron a trouvé une ammonite callovienne (5) ; et dans le même gisement, semble-t-il ou plutôt dans le même amas détritique, des coraux du lias (6). A Touest d'Ankaramy il a rencontré des brachiopodes également liasiques (7). Tout près se trouve, d'ailleurs, Am-bodi-madiro d'où le D' Joly a rapporté un equisetum liasique (8).
4"* Les principales découvertes paléontologiques de la région
{{) A. A., années correspondantes. Quarlerly journal ofgeolog, Society...,
(2) Girvanella (A. A., vol. IV, p. 104 et 3), et Qmrterly Journal, vol. XIV et LI.
(4) Eulima, Astarte depressa, Pteroperna costatula, Trigonia pullus, /. c, p. Î^J.
(5) Stephanoceras calloviense.
(6) Isastrœa et Thamnastrea.
(7) Waldheimia perforata, Rhynchonella tetraedra.
(8) Comptes rendus de V Académie des Sciences ; communication de M. Bureau, /. c.
ont été faites par Baron à Andrano-samonta. Au village môme il a trouvé un reptile fossile, associé à des gastéropodes et à des lamellibranches que Newton rapporte à Toolithe inférieure (I). A quatre ou cinq milles nord d'Andrano-samonta (3 ou 400 pieds au-dessus de la mer, un mille ou deux de la côte), le calcaire fossilifère appartient à l'étage oxfordien. Des ammonites jonchent le sol (2). Sur la plage d' Andrano-samonta, on trouve des bélemnites que Newton rapporte aussi à Toxfordien (3). Deux milles au sud du môme village, le sol est couvert de lamellibranches que Newton rattache à la basse oolithe (4).
o"" Enfin Baron signale deux autres gisements, l'un à dix milles sud-est d' Andrano-samonta (5), Tautre à trois milles nord du village d'Iraony. Tous deux renferment des gastéropodes et des lamellibranches rapportés à Toolithe inférieure (6).
Encore que ces coquilles sont loin d'être toujours strictement caractéristiques d'un étage, ou môme d'un âge géologique, et que, lorsqu'elles le sont, elles semblent parfois, comme au sud d'Ankaramy, indiquer dans les gisements un péle-méle détritique, l'existence d'une bande jurassique est incontestable avec une grande variété d'étages.
Bouéni. — Cette bande se poursuit sans discontinuité à travers tout le Bouéni et l'Ambongo.
Voici la liste des gisements jurassiques du Bouéni, en allant du nord au sud :
(1) Stcnoosaurus Haroni, Trocliuncronina Riclmrdsoni, Perna latoconvexa, Mytilus MadagascarionsiSy Modiola angustissima.
^•2) Peiisphinctes polygyi-atus Koinecke, Slcphanoceras macroccphalum Schlotheim.
(3) Roloirmites hastatus.
(4) Corbula poctinata, Corbula Grandidieri, Pseudo-trapezium ventricosum, Pseudo-trapezium deprcssum, Pseudo-trapezium elongatum, Aslarte Baroni.
(5) Natica.
(6) Patella, trois varirtés do Natica, Perna orientalis, Gervillia Iraonensis, Lima Iraonensis, Trigonia costata, Ostrca Sowerbyi, Perma mytiloides, Pteroperaa costatula, Pholadomya ambigua, Ceromya concontrica, Opis trigonalis, Lucina bellona, Myopsis dilatatus, Astaste angulata, Rhynchonella concinna.
1** Deux gisements de fossiles identiques se trouvent sur les bords du golfe de la Loza, l'un à l'entrée : Meva-rano, et l'autre au fond : Ant-sohihy ; Last et Bastard y ont recueilli des vertèbres et des os de dinosauriens gigantesques, estimés jurassiques à Londres et à Paris (1).
Non loin de là, sur les bords du petit lac Andrano-mena, j'ai recueilli <c des moules indéterminables de gastéropodes et de lamellibranches. L'un de ces échantillons offre beaucoup de ressemblance avec Corbula Grandidieri du gisement d'Andranosamonta » (oolithe) (2). Les fossiles ont été trouvés in situ dans une petite falaise qui arrête le lac au nord.
3** A 12 kilomètres Est de Be-lalitra, j'ai recueilli aussi « une lumachelle de lamellibranches, parmi lesquelles des coquilles du genre Astarte paraissent appartenir àl'oolithe. »•
4** Le capitaine de Bouvié a rapporté d'Am-baliha de superbes ammonites se rapportant au jurassique supérieur (3) ;
5** Et Baron d'Ankoala un grand nombre de gastéropodes lamellibranches et brachiopodes jurassiques (4).
6** D'après Douvillé, a M. Dorr a recueilli dans la même région (Maro-lolo) des ammonites pyriteuses reproduisant des formes bien connues de l'oxfordien du Jura (5).
(1) Lydokker. Quarterly Journal of Ihe geoloykal Society j vol. LI, p. 3*29 (1895^, et Boule. Bulletin du Miuêéum d'histoire naturelle j I8î)6, n° 7.
(2) Boule. Bulletin du Muséum d'histoire naturelle , 18^, n"* 5.
(3) Haplocoras deplanatum Waag. Kim<>ridgien de l'Inde. — Perisphincles trimcrus Oppel. — Perisphinctes sp. du groupe de TAm. biplex. — Boule. Bulletin du Afuséum d'histoire naturelle j 1899, n? 3, p. 131.
(4) Nerita Buvignieri, Morris and Lyett, 1850. Xerinœa Voltzii, Deslongchamps, 1842, Alectryonia gregaria, J. Sowerby, 1815. Rhynchonellâvariabilis, Schlotheim, 1813. Rhynchonella plicatella, J. de C. Sowerby, 1825, /. c.
(5) Compte rendu sommaire des séances de la Société géologique de France, 19 juin 1899. II se pourrait que Tindication de provenance ne fût pas rigoureusement exacte. Marololo est une petite presqu'île entourée d'eau, très bien connue, où il est surprenant qu'un gisement d'ammonites ait si longtemps échappé à Tattention. 11 faut entendre !sans doute la région environnante dans un certain myon. 11 est vrai pourtant que, dans les rues de Maix)-lolo, on rencontre parfois des Astarte Baroni arrachées au sol calcaire par les pieds des passant;:.
Tous ces gisements ont un caractère commun. Ils se trouvent dans des terrains qui vont s'enfoncer sous une gigantesque falaise, traversant en écharpe tout le Bouéni, certainement crétacée (rebord sud des plateaux d'Ankara-fantsika, Bongo-lava et peut-être Manasa-mody) (Cf. coupes 2 et 3). On croit donc pouvoir affirmer que, au Bouéni, la limite supérieure du jurassique est exactement connue, accusée qu'elle est par Torographie.
Ambongo. Le causse de Kahavo. — Dans l'Ambongo c'est, au contraire, la limite inférieure qui peut être tracée avec précision. Elle coïncide avec le rebord méridional des causses sur la rive gauche du Mahavavy (causse de Kahavo), et probablement aussi sur sa rive droite (causse d'Ankara).
Les deux ^euls gisements étudiés se trouvent l'un au nord d'An-kilahila, et l'autre à mi-chemin sur la route de Mahia-gidro à Namoroka (Cf. coupes 4 et 6) ; mais, en dépit de leur éloignement, ils contiennent les mêmes fossiles nettement liasiques (1), dans les mêmes terrains, au contact du chapeau calcaire avec le grès ëous-jacent: il est évident qu'on rencontrerait des gisements identiques sur quelque point qu'on ascensionne la tranche méridionale des causses (2).
Ainsi une bande continue de jurassique, plus ou moins bien déterminée dans ses limites, tantôt inférieure et tantôt supérieure, c'est-à-dire en ses contacts avec le trias et avec le crétacé, part de la rivière Rodo et nous la suivons jusqu'auprès de Namoroka, autrement dit jusqu'au promontoire triasique (?) qui coupe en deux les dépôts du Jura.
Mailaka et Menahe septentrional. Le causse de Beniarà. — Au sud du promontoire le causse immensément allongé du Be-
(1) A l'étude au Muséum : faunulc très variée, ammonites et spiriferina très nets, incontestablement liasiques, d'après Boule.
(i) Des échantillons rapportés par le lieutenant Allard de Be-koratsaka sont, en effet, les mômes que ceux d'An-kilahila.
marà (près de 300 kilomètres) parait être le pendant exact des causses de TAmbongo. La disposition stratigraphique est la même; des couches de calcaire compact reposent sur des centaines de mètres de grès rouge triasique (?) et disparaissent vers Touest sous des roches crétacées (Cf. coupes 9 et 10). Il y a pourtant une différence capitale, quoique peut-être provisoire; nous n'avons encore du Bemarà qu'un très petit nombre de fossiles et peu caractéristiques : je ne connais guère que deux rhynchonelles ramassées par moi-même sur le causse au sud du Manambolo, et rapportées à TOxfordieu et au Batlionien (1). A cette réserve près et jusqu'à plus ample informé, il paraît infiniment probable que le Bemarà est jurassique.
Menabe méridional. Be-jabory. — Au sud de la Tsi-ribihina, nous sommes très renseignés sur les dépôts du Jura. Des fossiles provenant des mêmes gisements ont été scientifiquement déterminés en Europe à trois reprises, par Fischer en 1873 (2), par Boule en 1895 (3), par Douvillé en 1899 (4). Ils pétrissent les roches calcaires du Be-jabory; on appelle ainsi une plaine ou, si Ton veut, un plateau auquel la faiblesse de son relief seule interdit de donner le nom de causse (Cf. coupe 11); il a une vingtaine de kilomètres de large au point où le traverse la route de Malaimbandy à Mahabo; il se trouve dans la prolongation linéaire du Bemarà dont il semble la continuation. Douvillé signale « à la base des calcaires grisâtres cristallins avec Trigonia costata, au-dessus des grès calcaires à Alveolina, et au sommet des calcaires à Nerinœa bathonica; cet ensemble représente probablement le Bajocien et une partie du Bathonien. Il est surmonté par des couches jaunâtres grossièrement oolithiques dans lesquelles on retrouve
(1) Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, 1895, n* 5. Rhynchonella lacunosa Schlot. et concinna Sow.
(i) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, vol. LXXVI, 1873, p. 111. (3) Bulletin du Muséum, 1895, n* 5.
(1) Compte rendu sommaire séances Soc. géolog., séance du 19 juin 181KK
la faune étudiée par Fischer en 1873 (1), et qui doit être attribuée au Bathonien supérieur ».
C'est de la couche tout à fait supérieure que proviennent les
fossiles examinés par Boule et qu'il rapporte au callovien (2).
Vallée de Vlsakondry {Bara-lmamono). — 11 reste à signaler une dernière région où des fossiles jurassiques ont été recueillis en abondance, la vallée de Tlsakondry, affluent de droite de rOnilahy. On a trouvé des fossiles jurassiques tout le long de cette petite rivière : à son embouchure, en 1873 (3) ; à sa source, au village d'Abo-rano, en 1877 (4); sur son cours moyen, aux environs de Be-raketa, en 1899 (5).
Les ammonites d'Abo-rano ont été rapportées par Newton à l'oolithe inférieure ; quant aux fossiles de Be-raketa, a ils présentent des ressemblances véritablement extraordinaires avec ceux de nos gisements oxfordiens des Ardennes et de la Normandie ]>.
Tous ces gisements s'alignent, comme la vallée del'lsakondry elle-même, immédiatement au pied de, et dans des couches qui dis* paraissent sous une immense falaise très régulière, très haute, pétrie de fossiles crétacés (Cf. coupe 12). 11 est donc légitime de conclure que là se trouve la limite supérieure du jurassique.
(1) Phyllocei-as Pusclii, Ph. cf. Zignoi, Lytoceras Adeloc, Astarte cxcavata, Sphœm Madagascariensis et nombreux polypiei's.
(2) Belemnites sulcatus Mill. — Phyllooeras Puschi. — Phylloceras du groupe do riieterophyllum. — Stephanocei-as (macrocephalites) macrocephalum Schlot. — Cosnioceras sp. voisin de cosnioceras calioviense, signalé par Newton à Ankaramy. — Divers polypiers dont Montlivaultia cf. Delabechei M. Edw. et Haimc.
(3) Comptes rendus de V Académie des Sciences, vol. LXXVI (lft73), p. 111, communie, de Fischer.
(4) Quarlerly Journal, années 1889 et 1895. Cf. aussi une plaquette très rare de Sibree. Liyhts andShadoirs, publiée à Tananarive, p. 38 et 08 avec planches. 11 s'agit de fossiles recueillis par Uichardson en 1877. Stomechinus bigranularis Lamarck; Stephanoceras Horveyi Sowerby;une Nerinœa, une Rhynchonella et deux lanjeUibranches.
\J)) BnUelin du Mmêvm dlkistoirenalureUe, 1800, n'» 3, p. 131, fossiles recueillis par Bastard. Perisphinctes plicatilis Sow. var. Martelli Opp. — Macrocephalites subcompressuni Waag. — Pleurotomaria Munsteri llœmer. — Alaria cf. seminuda Iléb. et Desl. — M espèces de lamellibranches. — Une Tercbratule. — Une Rhvnclionelle.
Crétacé.
Les fossiles crétacés connus sont en aussi grand nombre peutêtre que les jurassiques. Mais tandis qu'on a dû parler de bandes triasiques et jurassiques, la première tout à fait continue, la seconde interrompue ou très infléchie vers l'ouest sur un point seulement (hinterland du cap Saint- André), c'est plutôt par golfes qu'est distribué le crétacé, par paquets fort étendus, couvrant des espaces immenses, mais séparés les uns des autres par des lacunes considérables.
Plateau d'Ambohi-marina ou montagne des Français, — De Diego-Suarez on aperçoit tout près dans le sud l'extrémité nord d'un plateau calcaire que nous appelons montagne des Français (Cf. coupe 1), et sur lequel se dressait la forteresse d'Ambohi-marina, d'où les Hovas, pendant dix ans, ont surveillé notre petite colonie avec une anxiété enfantine, s'imaginant qu'une colonne expéditionnaire la prendrait pour point de départ et base de ravitaillement.
La proximité de ce plateau lui a valu de nombreux visiteurs français qui se sont fait tous un point d'honneur d'en rapporter d'innombrables coquilles. En 1889, le colonel Rocard y trouva des échinides crétacés (1).
En 1895, Baron y recueillit un échantillon de calcaire qui se trouva composé de globigerines (2).
De nombreuses découvertes ultérieures sont venues confirmer et préciser les conclusions de la première heure. Trois communications ont été faites et une quatrième est imminente (3).
(1) Bulletin Société zool. France, vol. XI V, p. 87-89.
(•2) L. c. Quarterly Journal^ 1895. — Alias A. A., 1895, p. 311.
(3) Bulletin du Muséum, 1899, n''3, p. 13Û. Compte rendu sommaire Société géolof/.ybi'i 19, juin 1899. Schlœnbachia Haberfellneri v. Ilaiier. — Phylloceras Villeda? d*Oi'b. — ScliUi^nbachia propinquaStol. — Schlœnbachiainflata, etc., etc..
D'après Boule, a tous les étages du crétacé paraissent être représentés à la montagne des Français ».
Gol/e du Bouéni'Ambongo. — l^a montagne des Français parait être le seul paquet crétacé dans tout le nord-ouest. Il faut aller jusqu'au Bouéni pour retrouver des fossiles de cet âge, mais très nombreux, très nets et dans des terrains dont il est assez facile de fixer les limites, partiellement au moins.
1** Prenant Majunga pour centre, quel que soit le sentier qu'on suive pour s'en éloigner, on rencontre des gisements. Le sentier de Majunga à Andrano-boka, passe à 2 kilomètres au delà du Mahamavo (rive droite), au milieu d'un gisement d'Alectryonia (1) (Cf. coupe 2).
2® Catat a rencontré le même gisement, une quinzaine de kilomètres plus au sud, à Manerenja (2).
S*" Sur la route de Majunga à Mevatanana, longeant la rive droite de la Betsiboka, le même gisement d'Alectryonia se retrouve auprès d'Ambohitr-omby (Cf. coupe n*" 3) ; les fossiles sont in situ dans des marnes et argiles avec intercalation de puissantes plaques de calcaire (3). A la base de cette formation, très érodée, est un calcaire compact, jaunâtre, avec lamellibranches que Newton rapportait au jurassique; Tattribution est contestée; si elle se confirmait, nous aurions là un renseignement intéressant sur la faible épaisseur des couches crétacées, sous lesquelles le jurassique reparaîtrait par places.
4"* Dans la même direction, à 40 kilomètres sud de Majunga, Bastard a recueilli, à Meva-rano, des ossements de grands dinosauriens. « D'après les cocjuilles fossiles qui accompagnaient les débris osseux... ceux-ci proviennent de couches crétacées (4). »
(1) Ihilletindu Muséum. 1M>5, n" 5. Ostrca (^^ryphea) cf. proboscidoa crArch. Ostrea cf. l)iauiiculata Lamk, Ostrea (Aloctryonia) Dosliayesi Fischer (0. Santoiiensis d^Orb.)» Ostrea (Aloctryonia) ungulata Schlot.
('2) Kenseij^ncment oral.
(:]) Qaarlevly JvurnaL 1881», I. c, éclianlillons nouveaux à l'étude au Musôuni.
(4) DuHetiii du Muséum, IWXÎ, n" 7.
5"* Toujours sur la rive droite de la Betsiboka, à Ankarao-bato, Baron a recueilli des bélemnites néocojniennes (1).
6"* Sur l'autre rive, il a signalé la réapparition des Alectryonia à Beseva (2); et, d'après des renseignements un peu incertains, il s'en trouverait encore dans les calcaires qui supportent le piton volcanique du Tsi-tondroina (3).
Ces terrains crétacés du Bouéni sont d'une richesse anormale en fossiles; les bélemnites y sont en telle abondance que les Sakalava, médiocres observateurs pourtant, les ont remarqués et leur ont donné un nom, balan-jirika, balle de voleur, les maraudeurs s'en servant pour charger leurs fusils (4). Ce petit fait n'a, d'ailleurs, aucune valeur paléontologique, des bélemnites jurassiques pouvant être, tout aussi bien que des crétacés, détournées ainsi de leur destination naturelle.
Tous ces gisements si abondants se trouvent, par rapport à Majunga, en deçà de la grande falaise qui traverse en écharpe tout le Bouéni (Ankara-fantsika, Bongo-lava , au delà et au pied de laquelle apparaissent les gisements jurassiques. 11 est donc commode et probablement exact de la considérer comme la limite des dépôts crétacés.
En ce cas, le golfe crétacé finirait au nord du côté d'Ant-sohihy avec les derniers contreforts du Manasa-mody, qui est la continuation de Bongo-lava au delà de la Sofia (5).
A l'autre extrémité le même golfe a recouvert certainement une partie de l'Ambongo.
7"* 11 s'est avancé jusqu'à la rivière d'An-drano-mavo. On a des ammonites crétacées de Tomo-hevitra (6). Sur la rive gauche de
(1) Quartcrly Journal, 188*J, I. c. p. 33;^.
(2) Quarierly Journal.
(:») Échanlillons provenant du lieutenant Arnaud, à IVtudeau Muséum. [i) A. A., t. IV, p. 105.
(5) Sous toutes réserves, le Manasa-niody ne m'étant connu que de \\u\ à quelqu«'s kilomètres do distance.
(()) A l'étude au Muséum.
m MADAGASCAR.
la rivière je erois que le jurassique descend jusqu'à la mer ou à son voisinage (Cf. coupe 3).
8"" Sur les causses d'Ambongo, les dépôts crétacés, dont on ne peut pas fixer la limite exacte, s'avancent en tout cas fort loin puisqu'on a des ammonites crétacées de Be-kodia (1).
Gol/e du Menabe. — Pour retrouver des fossiles crétacés, il faut aller assez loin au sud du cap Saint-André.
l"" Le seul gisement connu jusqu'ici entre le cap et la Tsi-ribihina est celui de Soro-maray, au Menabe (2).
J'y ai trouvé une ammonite du crétacé moyen dans une puissante couche calcaire qui surplombe à l'ouest la vallée du Polipoly en falaise très longue et très régulière, parallèle au Bemarà.
2" Je crois, sous bénéfice d'inventaire, pouvoir attribuer au crétacé la falaise de grès rouge du Tsiandava, au sud de la Tsi-ribihina, et cela pour des raisons surtout stratigraphiques. Vuillaume, dans une coupe interprétée par Douvillé (3), présente le Tsiandava comme une réapparition des grès triasiques « par faille ou pli brusque ». J'ai moi-même soutenu la même opinion, mais dans un travail paru en 1895 (4), et dont je considère aujourd'hui les conclusions comme erronées. La falaise du Tsiandava a simplement la même structure que la falaise calcaire du Bemarà, sa voisine, à cela près que, au Tsiandava, ce sont les grès, très compacts et très durs, qui recouvrent les calcaires, et qui reposent sur eux en parfaite concordance (Cf. coupe 1). Ces calcaires sous-jacentSy étant ceux du Bejabory, pétris de fossiles jurassiques, c'est au crétacé apparemment qu'il faut attribuer le Tsiandava.
Nous avons d'ailleurs des fossiles provenant du Maro-nonoqui
(1; A rélude au Musriiiii.
[■l] IJuIletin (/»< MvséHitu 1S1>5, n'' 5. Dosiuocci-as 'Piizosia) planulatuin Sow. Crétacé moven.
Ç.V, Cnwpte l'otdti des sànices de In Socièh} i/àdin/'npie, W) juin ISl.»!». (1; Annal"» de fjéotjrajfhie, 15 avril ISUO.
est la partie nord du Tsiandava, son épanouissement sur la rive gauche de la Tsi-ribihina. Ces fossiles n'ont pas été rigoureusement déterminés, mais on peut affirmer qu'ils ne sont pas triasiques.
A une dizaine de kilomètres au sud de Be-gidro, c'est-à-dire à la base du Maro-nono, j'ai recueilli des bélemnites, qui ne peuvent guère être autre chose que post-trîasiques.
Du poste d'Antsoa, situé sur le versant occidental du Maronono, proviennent des blocs de grès rouges pétris de fossiles difficiles à déterminer (1), mais qui ont paru à Boule très postérieurs au Trias.
Dans tout le Menabe la superposition des grès rouges crétacés (?) aux calcaires jurassiques est la règle générale. Au sud et au nord du Manamb-olo, sur tout le versant ouest du Bemarà, les calcaire» du causse s'enfoncent sous des grès rouges plus ou moins compacts. Le dos de terrain entre l'Andrano-mena et le Poli-poly (affluents de droite de la Tsi-ribihina) est de grès rouge avec plaques calcaires intercalées. Ce sont des collines gréseuses qui forcent la haute Soa-hanina à couler nord-sud (2).
Falaise de Vlsakondry,
Au sud de Mangoky, à la hauteur du TuUéar, la falaise que longe l'Isakondry, et sous laquelle s'enfoncent des terrains jurassiques, parait pétrie de fossiles crétacés.
l"" J'en É[i recueilli sur deux points, à la hauteur de Be-raketa et à une quinzaine de kilomètres plus au sud, dans le tiers inférieur de la falaise, au-dessous de mi-côte. Bastard en a rapporté d'un point qu'il nomme Be-sarotra, tout voisin de Be-raketa. Mes fossiles et ceux de Bastard appartiennent à des niveaux différents, au crétacé et à l'infra-crétacé (3).
(1) A IVtudo au Muséum.
(•2) Communication oralo du lieutenant Gaudairo.
(3) Uullelin du Muséunif 18D5, n" 5, Acanthoceras Rhotouiagense. /</., 181H), n» 3, p. 3, Acanthoceras, groupe des Xodoso-costata du Gault, etc.
2® La falaise est le rebord oriental d'un grand plateau, d'un causse que traverse TOni-laliy; or, des gorges de TOni-laby, G. Grandidier a rapporté des fossiles (1) qui semblent ne pas devoir laisser de doute sur l'attribution à l'époque crétacée de tout ce plateau calcaire, dont lu falaise domine à l'est les vallées des Bara-Imamono et des Antanosy Emigrés (Cf. coupe 12).
La falaise crétacée se prolonge très loin du sud au nord. On la voit se prolonger au delà de TOni-laby, et elle doit dépasser un peu le Mangoky.
Maigre la différence des dépôts, gréseux au Menabe, calcaires au plateau Bara, il est donc très admissible, à titre d'hypothèse, que les deux golfes n'en forment qu'un.
La Craie sur la côte Est. — On vient de découvrir sur un point tout à lait inattendu, à la côte Kst, supposée dépourvue de roches sedimentaires, une a faunule nettement sénonienne ». — Le gisement esta Faui-velona, à 10 kilomètres de la côte, sur la rive gauche du fleuve Saka-leo, à 30 kilomètres au nord de Mahela (2).
Cette petite trouvaille a été commentée par Baron d'une façon intéressante : a Sous le vieux fort de Mahanoro, dit-il, comme aussi au village d'Antsara-mihanana, à 12 ou 14 milles au nord de Vatomandry, et encore à (juelques milles au nord et au sud du village, j'ai trouvé moi-même, il y a quelques années, des fossiles qui, malheureusement, ont été perdus, mais qui pouvaient très bien être crétacés. En ce cas, la bande de strates crétacées a chance de s'étendre sur 120 milles au moins le long de la côte Est (3). »
H y a là une question ouverte. Seule, la partie nord-est de la côte, au-dessus do Tamatave est à peu près connue géologique-
(1) A IV'tudo au Mu:>éuiii.
C2) liuUeUn du Muséum, 181»0, n^ 3, p. 3. L\ loceras Indra Forbos. — Tiirritella difflcilis d'Orb. — Oslrca iingulatii Schlot, eU!.
(.*{) A. A., vol. VI, 1891>, p. 371.
ment. Dans tout le sud-est les Européens circulent, depuis 250 ans assez librement, mais aucun d'eux ne semble avoir été
curieux de géologie.
Tertiaire.
Le tertiaire a été signalé d'abord. Dès 1855, Herland Ta signalé à Nosy-Bé (1). Mais, après un demi-siècle, nos renseignements, s'ils se sont accrus sans doute, sont encore très lacunaires.
Cela tient d'ailleurs à ce que les terrains de cet étage couvrent une superficie assurément très médiocre. Entre Nosy-B6 et Tullear on connaît aujourd'hui avec certitude une huitaine de gisements tous situés dans le voisinage immédiat de la côte, beaucoup sur la côte même ou dans les îlots.
11 y a donc, ce n'est pas douteux, un cordon littoral tertiaire, mais sur la continuité duquel nous n'avons que des renseignements insuflisants.
Nord, — Dans le nord-ouest, outre le gisement de Nosy-Bé, on connaît celui d'Anosi-faly. Cet îlot « est tout entier composé de calcaire nummulitique (2) ». On ne connaît que ces gisements insulaires.
Bouéni'Anibongo. — Au Bouéni, la présence d'un ruban côtier est beaucoup mieux constatée. On a même parlé, à diverses reprises, de formations tertiaires très loin dans l'intérieur, près de Mevatanana (3) ; la présence d'un lac tertiaire dans cette cuvette n'aurait rien d'extraordinaire, mais elle n'est rien moins que prouvée.
(1) Annales des Mines, si^r. 5, vol. VIll (1855), p. ,'^5, calcairo nummulitique.
(2) Qmrterly Journal^ 1895, 1. c. et -4.-1., 1895, p. 3()2, Assilina spira de Roissy, et difftVentes espèces de nummulites.
(3) Corlese. BoU. R. CSiit, geoL Ilalin, yo\. XVlll (1887), p. 187. — Mais surtout Newton, Quarterly Journal, 1. c, à propos de poissons d*Ankoala, qu'il semble d'ailleurs se décider à considérer comme contemporains.
En revanche, Baron a rapporté une collection de nummulifes des falaises au nord de la baie de Mahajamba (1).
Grandidicr a rapporté de la baie de Bonibetoka dVutrcs fossiles cocéiies (2).
Les falaises argileuses de l'ilc de Makauibà sont pétries de fos-
P^AADnHqb*lo !
siles tertiaires; or, file de Makambà mérite à peine ce nom. C'est un morceau mal détaclié de la côlc voisine dont elle est séparée par un chenal insignifiant. L'indication que nous donnent ses fossiles (3} est donc valable pour les falaises de la terre ferme.
Le cordon littoral tertiaire semble donc continu au Bouénî, mais il est étroit. A Majunga même, les falaises sont composées
( l) QmHeHn Journal, 18811. Als-.'olina oblonga il'Orliigiiy, dilT.' renies niimn lina spira lie Roissy, i-ic.
(3) Complet rendu» de CAruih-mie ./c- Sciej.m, vol. LXXIII (1871), p. 1392. i^i) A l'iiude au Muséum.
jlitcs,Assi-
tout à fait à la base de calcaires qui supportent l'effort de la vague, mais qui sont à peine au-dessus de son niveau; ils présentent tout à fait l'aspect des calcaires crétacés de la région. Mais ils sont surmontés, sur une cinquantaine de mètres, de couches d'argiles passant parfois au grès qui représentent apparemment la formation tertiaire. C'est ce que les marins appellent la tête
du crocodile à cause de sa forme quand on la voit du large.
C'est à son sommet que se trouve l'hôpital, la ville est en bas et en arrière, à son abri, sur le calcaire. La largeur à la base de cette coljine d'argile ne dépasse guère un kilomètre au voisinage de TVIajunga (Cf. carte et coupe).
Il est vrai qu'on suit très bien dans l'Est, pendant une vingtaine de kilomètres et probablement beaucoup plus loin, cette ligne de collines gréseuses. Elle gagne en puissance quand on s'éloigne de son extrémité. Mais elle suit toujours la mer rigoureusement et surplombe d'une hauteur sensiblement égale du côté du large et du côté de la terre ; elle a les allures d'un bourrelet, d'une grande digue naturelle.
Aussi bien la forme en bouteille de la baie de Bombetoka, de Mahajamba, de Baly, à panse large et à goulot étroit, celle de la baie de Narinda, qui ressemble vaguement à un haff de la mer Baltique, sont assez suggestives de Texistence d'un obstacle en cordon le long du littoral.
A noter aussi le lac Kinkony, qui semble un golfe de ce genre avorté, transformé en lac faute d'une communication suffisamment ouverte et profonde avec la mer. Une coupe par renseignement de la région du Kinkony me paraît assez instructive (Cf. coupe 5).
La coupe aboutissant à Soalala (Cf. coupe 6) , est du même genre. On voit des calcaires (jurassiques cette fois : nous sommes en dehors du golfe crétacé), des calcaires superbes, compacts, calcaires de causse, disparaître sous des collines d'argiles plus ou moins mêlées de grès qui font avec eux le plus vif contraste. Ce sont
les mêmes collines qu'on a vues à Majunga, mais singulièrement plus puissantes : 15 kilomètres.
Un petit fait est à noter : à côté de Namoroka on retrouve des traces absolument évidentes d'un ancien rivage, à une trentaine de kilomètres à vol d'oiseau du rivage actuel. 11 n'y a pas à s y tromper, on peut voir un peu au sud de Namoroka, le long du sentier, des tables de calcaire exactement semblables à celles que la mer sous nos yeux modèle actuellement au Fiherenga et dont la photographie est jointe au chapitre des côtes.
Il serait évidemment préférable que les tables de Namoroka aient été, elles aussi, photographiées ; je ne puis que garantir non seulement leur identité, mais encore leur conservation, presque leur fraîcheur. N'est-ce pas à la mer tertiaire qu'il serait naturel d'attribuer un semblable travail?
Il est donc évident qu'une ligne de collines argileuses court tout le long de la côte au Bouéni et dans partie de TAmbongo; qu'elle atteint à peine une altitude d'une centaine de mètres et exceptionnellement une largeur d'une quinzaine de kilomètres et qu'elle exerce une influence marquée sur l'étranglement des baies à leur débouché sur la mer.
Or, c'est dans ces collines qu'on a trouvé sur trois points des fossiles tertiaires.
Menabe. — 11 faut aller quelques 600 kilomètres plus au sud pour retrouver avec certitude le tertiaire. Douvillé, d'après Vuillaume, signale sur le versant occidental du Tsian-dava a des calcaires blanchâtres et pétris de foraminifères , qui ont... l'apparence des couches éocènes (i) ». Ce sont assurément les mêmes sous lesquelles j'ai vu disparaître les grès rouges, quand on arrive sur le versant sud-ouest du Maro-nono en ve-
(l) Compte rendu sommaire séances Société gêot.. 19 juin 18W. — Dalina, Archiacina, uno ostrea du groupo do l'odulis, ot un ^ros oursin plat, irivgulicM', rappelant les echinanthus.
nant de Be-mena (1); et qui eux-mêmes disparaissent plus loin sous des dépôts meubles, argileux; ce point se trouve au sud de la rivière Be-marivo à 60 kilomètres, en ligne droite de la côte, et nous voilà conduits à conclure que toute l'immense cuvette de Mahabo a pour fond des dépôts tertiaires ; autant qu'on peut en juger, diaprés le sentier de Mahabo à Morondava, les dépôts meubles prédominent; un grès rouge compact aflleut^e pourtant près de la côte.
La cuvette de Mahabo est le seul point du Menabe où nous soyons rigoureusement en droit de conclure à l'existence du tertiaire. Mais, par analogie, on peut soupçonner sa présence en bande plus ou moins large sur toute la côte du Menabe et de Mailaka.
Un coin dans l'hinterland de Mainti-rano est en particulier suggestif. (Cf. coupe 8.) C'est le versant occidental du Tsingy, au sud du Manambaho, au poste d'An-jia. Le Tsingy est la con-
tinuation géographique duBemarà, et semble formé du môme calcaire. Mais tandis que le causse est massif, le Tsingy est dentelé, percé à jour avec une fantaisie qui fait songer au travail mécanique des vagues. Le modelé n'est pourtant pas, il faut le dire, aussi nettement caractéristique que celui des champignons calcaires àNamoroka. Pourtant il y a de Tanalogie.
Aussi bien la muraille ciselée de calcaire est longée, à sa base et sur des kilomètres, par une couche de sable d'une grande puissance constituant des collines entières. C'est du véritable sable des bords de la mer, tout nu, sauf quelques arbustes qui commencent à le fixer. La marche y est aussi franchement désagréable que sur le bord de la mer. Il y a tel coin où, avec un peu d'imagination, on pourrait se oroirc sur un rivage et il semble que la mer soit tout près de Tauirc côté de la dune. — Le poste d'An-jia (2) est bAti sur ce sable, comme
(1) Cf. coupe n- lU.
(2) On donno ce <l«HaiI pour ilislingucr cot Au-jia <lo ses très nombreux lionionynies.
88 MADACÎASCAR.
le nom l'indique (1). — Il n'est pas douteux que ce soit un dépôt marin, il est trop puissant pour être fluvial, et des couches de sable seraient, parmi les dépôts pré-tertiaires, un phénomène anormal à Madagascar; ils n'ont certainement pas un aspect secondaire.
Il est en somme très admissible que le Tsingy d'An-jia représente la côte tertiaire, et il est à plus de 40 kilomètres à vol d'oiseau de la côte actuelle.
A constater des faits de ce genre , on peut supposer que la transgression tertiaire a été plus manfuée de beaucoup que ne le laisserait supposer la rareté des gisements et le caractère strictement côtier ou même insulaire de beaucoup.
Rien, en particulier, n'empoche de croire qu'une bande continue tertiaire va du Mangoky au cap Saint-André. Pourtant son existence n'a été authentiquement constatée que sur un point, la cuvette do Mahabo.
Tulléar, — Au voisinage de Tulléar, on connaît deux gisements qui, en définitive, se réduisent à un seul. J'ai recueilli des fossiles éocencs sur la montagne de la Table (2).
Une faune beaucoup plus riche avait été rapportée par Grandidier (3J d'un point situé au nord de celui-ci à Textrémîté des gorges (hi Fiherenga dans le causse, mais sur le causse luimême, sur ses pentes occidentales et non dans la plaine qui s'étend au pied.
Une première conclusion s'impose, c'est que les dépôts éocènes ont une certaine puissance puisqu'ils se trouvent jusqu'au sommet de la Table (|ui dépasse la cote 100 mètres.
Quelle est la largeur des dépôts tertiaires? On sait seulement que rextrémité occidentale du causse est de cet étage, tandis que
(2) Dullriiii du Mt/sétn/if I8î)3, n* 5. Ostroa pclcrydion Fischer. Ojitrca Grandidieri Fisch.
(3) Comptes ren lus dj r Académie d"S Scic/ires, 1. c.
Tautre extrémité (falaise au-dessus de Tlsakondry) est crétacée. Nous n'avons pas d'indice qui permette de fixer la limite. Il est vrai que toute la moitié occidentale se distingue un peu de Tautre; des couches de grès s'intercalent dans le calcaire (à Rano-hinaly; cf. la coupe n® 12); les bouquets de bois et même la forêt ôtent en partie au plateau son aspect de causse. Faut-il admettre que les dépôts tertiaires atteignent Rano-hinaly ? C'est une question ouverte.
En tout cas, le rebord occidental du plateau, s'il était partout tertiaire, comme il est naturel de l'admettre, laisserait à cet étage une belle marge ; l'espace intermédiaire jusqu'à la côte représente la largeur minimum de la bande tertiaire; cette largeur, très faible à TuUéar (15 à 18 kilomètres), s'agrandit très vite jusqu'à une soixantaine et plus ; ce qui serait très respectable.
Lacunes. — 11 est inutile d'insister sur le caractère lacunaire de la carte de l'ouest. Il faut dire pourtant que les parties inconnues ne le sont pas au même titre.
Nous avons très peu de renseignements sur les terrains que traverse le Rano-be et la Maningoza. Pourtant nous savons que le Rano-be, sorti des grès triasiques (?) où il a pris naissance, traverse au nord du Fonjay de véritables ardoises; nulle part ailleurs on n'en a signalé à Madagascar dans les terrains sédimentaires, et en Europe ce sont plutôt des roches primaires. Sur les bords du Rano-be elles semblent pourtant recouvrir les grès triasiques? C'est encore une question ouverte.
Au delà, le Rano-be franchit une gorge étroite dans une région de plateaux calcaires (Tongotsosy, Tsi-afak-amboalambo).
La haute Maningoza serait bordée sur ses deux rives de plateaux à sommet calcaire, réduits parfois aux dimensions et à la forme de simples pyramides à chapeau calcaire : Belay, Am-pitilova, Ambato-mirahavavy, Am-polipoly seraient de cette nature(l).
(1) Renseignements oraux du capitaine Dubus.
Ces calcaires sont-ils de même âge que ceux du Bemarà? C'est une hypothèse qu'on a cru pouvoir adopter dans la coloration de la carte, estimant qu'il valait mieux courir h» risque de se tromper sur leur âge que de ne pas les signaler du tout.
L'extrême sud n'est pas connu. Pourtant quoiqu'il y ait certainement une avancée jj^neissique dont la limite méridionale n'est pas connue, les roches sédimentaires y couvrent une superficie considérable.
Les côtes Mahafaly passent pour semblables à celles du Fiherenga qui sont calcaires, et Bastard signale dans l'hinterland des calcaires et des grès; d'après son itinéraire, la rivière Linta, qui prend sa source dans les gneiss a son cours moyen dans des roches gréseuses (1).
En pays Antandroy, Lemairc ne signale que des calcaires et des roches volcaniques (2). Au delà du Mandreré, près d'Andrahomano, « le cap dWn-davaka est formé par des falaises calcaires où s'ouvrent plusieurs grottes ».
Enfin le fort même de Fort-Dauphin, le vieux fort de Flacourt, est bâti sur le sommet d'une falaise calcaire, haute peut-être d'une cinquantaine de mètres. Il est vrai que dans l'intérieur le gneiss commence tout de suite.
Il y a place dans le sud pour tous les étages peut-être qui ont été signalés dans Touost. Pourquoi les calcaires de Fort-Dauphin ne seraient-ils pas crétacés comme ceux de Fani-velona?
Sur la carlo on a cru pouvoir marquer une bande tertiaire, mais à tout hasard, et toujours parce qu'on a préféré signaler un fait inexactement que le passer sous silence.
Conclusions générales.
En résumé, on voit se dessiner quatre lignes successives d'an-
(l) Notes et E.rjflor(Uions... 181H>.
(•2) Bulletin de la Société de Géoynipkie, V triiiiostiv I8î)7, p. 103 ot 10 1.
ciens rivages, depuis le triasique jusqu'à nos jours. La mer, après s'être avancée jusqu'au plateau central, a reculé par étapes.
Ces lignes de côtes sont souvent indistinctes ; il y a de grandes étendues où le dessin pâlit jusqu'à Tindiscernable ; mais, par places, il est, en revanche, d'une absolue netteté.
On voit très bien, sauf dans l'extrême sud, Ja cote triasique (?) (limite inférieure, contact des gneiss).
Très bien aussi, le promontoire du trias sur la mer du Jura, flanqué au nord et au sud des deux golfes jurassiques (Kahavo, Bemarà).
Les golfes crétacés d'Ambohi-marina et du Bouéni sont nets aussi bien que celui du Menabe dans quelques-unes de ses parties
et celui de Tlsakondry sur toute son étendue.
La mer tertiaire est celle dont les limites sont le moins nettes.
Stratification.
On a beaucoup insisté au cours de ce chapitre sur des détails de paléontologie qui sont une simple compilation fastidieuse. Mais la carte géologique ci-jointe étant l'œuvre originale d'un non-professionnel, il a paru indispensable d'être très scrupuleux et complet dans l'indication des sources (1).
Le lien de tous ces petits faits acquis d'ordre paléonlologique, ce qui a permis de généraliser et d'indiquer sur de grandes étendues les limites des étages, c'est l'existence de grandes falaises prolongées sur des centaines de kilomètres parfois et dont la plupart sont connues depuis longtemps mais comme plateaux, plissements, failles, tout ce qu'on voudra enfin, excepté ce qu'elles sont réellement, des falaises tout à fait analogues à celles du bas-
(l) Je no piviuls pas la ivsponsabilit«' (I«'s ivfriviiros pal<''ontologi(|U''s siiiiplcinrMit ivcopiéos on not«\ et pcut-ôtro rocopiôes iléfccliu'useuiont parfois.
sin de Paris, par exemple, quoique, en général, beaucoup plus accentuées. C'est là le principe de la carte et il reste à l'établir stratigraphiquement.
La stratigraphie des terrains sédimentaires malgaches est extrêmement simple, les couches non seulement ne sont jamais plisséos, mais à peine redressées, horizontales dans la presque universalité des cas.
D'après Baron , les couches de grès et de calcaires du nordouest (plateau des Antankara) ont simplement une inclinaison de 10 à 15"* vers le nord-ouest, c'est-à-dire vers la mer; à la page suivante, il emploie l'expression de « strates approximativement horizontales (1) ».
D'après mon expérience personnelle, cela est vrai partout au Bouéni, dans l'Ambongo, le Menabe, le pays Bara, etc.
Partout les strates de grès, de calcaires, d'argile ne s'écartent de l'horizontale que pour accuser une pente très peu sensible, de quelques degrés, et généralement vers la mer, c'est-à-dire vers l'ouest.
L'énumération très courte des exceptions ne fera qu'accuser la généralité de la règle.
La pente des couches est souvent plus accusée, une trentaine de degrés, au contact immédiat des gneiss. C'est ainsi qu'à Ankavandra, au pied de la grande muraille gneissique, dans le lit du ruisseau, des schistes jaunâtres très fissiles sont inclinés vers louest d'une trentaine de degrés ; mais, un kilomètre ou deux plus loin, les couches sédimentaires (plaques de grès, poudingues ferrugineux, avec, si je ne me trompe, ripple marks, — plus loin argiles) ont déjà repris leur quasi-horizontalité pour ne plus la quitter, aussi loin qu'on s'avance dans l'ouest. (Cf. coupe 9 bis.)
Entre Janjina et Malaimbandy, les mêmes phénomènes se reproduisent. Sur le talus gneissique les mêmes schistes jaunâtres
(1) Quartcrly Journal, fév. I81»5, vol. LI, alias A. A., 1895, p. 297-300.
sont restés adhérents jusqu'à une grande hauteur (600 mètres, je crois) et avec une pente vers Touest d'une trentaine de degrés. Dès qu'on atteint le bas du talus, on ne voit plus que couches horizontales. (Cf. coupe n® 11.)
L'hypothèse d'un redressement n'est peut-être même pas nécessaire pour expliquer ces phénomènes ; il suffit d'admettre que la stratification des dépôts a épousé la pente du talus gneissiquc, sur les bords des cuvettes où ils se sont entassés ?
Dans la plaine d'Am-bala-rano, ce n'est pas l'écart de l'horizontale qui frappe, mais c'est l'irrégularité de direction des pentes. On voit des plaques de grès inclinées vers l'ouest, comme d'habitude, et d'autres, au contraire, inclinées vers l'est, vers le nord, le sud, tous les points de l'horizon, sans d'ailleurs que l'inclinaison soit jamais autre chose qu'assez faible. Ces irrégularités sont d'ailleurs tout à fait localisées, elles affectent des plaques de quelques kilomètres à peine de superficie ou même de quelques centaines de mètres. On n'a pas l'idée qu'il puisse s'agir de synclinaux et d'anticlinaux ; on songe plutôt à des effondrements locaux, amenant en surface des ruptures bien circonscrites et causées en profondeur par la production de cavités, d'origine volcanique par exemple ; toute la région est couturée de cicatrices éruptives.
Quoi qu'il en soit de ces hypothèses à l'aide desquelles on a cherché à expliquer de très rares exceptions, la quasi-horizontalité des dépôts est la règle dans l'immense majorité des cas. Ce qui emporte la conviction, c'est par-dessus tout l'examen des grands plateaux qui atteignent des altitudes respectables (jusqu'à 1.200 mètres).
Leur composition stratigraphique saute aux yeux, elle s'étale sur d'immenses coupures à pic. En beaucoup de points du Bemarà, les calcaires semblent des assises superposées de pierres de taille.
En parlant des calcaires du nord-ouest. Baron dit « qu'ils
■M MADAGASCAIt.
nul parfois l'aHiiect il'une grossière mavouiirric; ill ». Sur! pliotograpliic du Tsingy de Namoroko, les nssisos superposa sont tPt''3 ncUea (calcaires liasiquos).
A des lieues de distance, les flancs des montagnes apparaissent rubani'-'i de strates horizontales, de quelque bout de l'horizon qu'on lt!S considère.
Le cas le plus iiel, le plus suggestif d'uni' oxplioution générau
est peut-iHrc colui du Kalinvo. Il est parfaitement évident qa l'exiatencc de ces hauts plateaux est due à la dureté des calcait du lias, qui ont tenu, tandis que les dépôts triasiques ont t emportés sur des centaines de mètres d't^paisseur, partout oà i n'étaient pas protégea par le chapeau calcaire. Le cas du Hd marà est d'ailleurs identique, soit qu'on roxaniiiic aujirès d'Ad lialn-rano, au nord ou au sud du Mannmh-olo. Partout les caM
caires jurassiques, si compacts, sont aujourd'hui à quelques centaines de mètres d'altitude relative parce que non seulement ils ont résisté pour leur compte à Férosion, mais encore ils ont protégé les couches sous-jacentes. L'érosion a travaillé les roches sédimentaires comme l'eau-forte une plaque préparée pour la gravure; elle s'est attaquée aux endroits non protégés. Tout le modelé de l'ouest vient de là.
Le Kahavo, le Bemarà ont exactement la structure de certains petits plateaux dans la Limagne d'Auvergne, celui de Gergovie, par exemple, à cela près que les couches sous-jacentes meubles sont représentées en Limagne par des dépôts tertiaires, et la couche supérieure protectrice par des coulées de basalte.
L'Isalo est aussi très curieux à étudier, très caractéristique au point où j'ai eu l'occasion de le traverser, c'est-à-dire à son extrémité sud. L'extrême point méridional de l'immense plateau gréseux est évidemment en voie de disparition ; il garde l'altitude relative qu'il a partout, 400 mètres de jet au-dessus du socle, mais il n'est plus massif. Un lacis compliqué de couloirs à parois verticales l'entaille jusqu'à la base ; en d'autres termes, et inversement, si on considère la partie subsistante de la masse, au lieu des vides qui y ont été faits, il ne reste de l'extrémité sud qu'un pêle-mêle de pyramides, pitons ou cubes irréguliers entièrement séparés les uns des autres (1), libres du sommet à la base de toute connexion avec leurs voisins. C'est une gigantesque préparation naturelle, semblant destinée à faire comprendre du premier coup d'œil au géologue novice la stratigraphie de risalo jusque dans ses entrailles. Or, presque chaque pyramide, chaque cube montre sur toutes ses faces et sur ses 400 mètres d'épaisseur la môme tranche rubanée, la même
(l)CVst ôvi<lomiiH'iit par U» iiiônio procossus ôrosif quo lo li«Miiarà no <l«'li*uit sur s»'s bords. Au sud dos ^'org«»s du Maimndholo, la pyrauiido à cliapoau calrairo, à base do «rrôs du Tsitondroina ii'ost nionifostomont jias autro cboso qu'un frajrniont dôlacliô du grand causso tout voisin. A rextrôniitô uoiil (bH'Isalo so trouvo aussi uno pyramide dôtaohéo.
superposition régulière de couches gréseuses dont les tons rouges varient du rose au violacé ; c'est une accumulation de tranches horizontales.
Quel(|ues-uns seulement ont, semble-t-il, basculé sur leur base et redressent leur stratification vers n'importe quel point de l'horizon.
J'ai suivi toute la falaise de Tlsalo du sud au nord, de Mitsînjo à Ilano-hira, sans voir autre chose que des strates horizontales. Sur un point môme j'ai pu constater la régularité de leur superposition horizontale sur une épaisseur de 600 mètres au moins ; c'est à l'extrémité nord où la coupure très profonde du Menamaty prolonge en profondeur la falaise de l'Isalo. (Cf. coupe n"* 13.)
Dans le nord-ouest, Baron signale un piton, Angaraony, non loin d'Andrano-samonta, dont l'analogie avec ceux de la bordure sud de risalo est évidente. « Angaraony, qui atteint une élévation de 1.000 pieds peut-être avec ses strates de grès approximativement horizontales, se dresse isolé, et témoigne de la puissance des érosions dans cette partie de l'île, » on peut ajouter partout, dans toute l'étendue de l'ouest.
D'îiprès le témoignage oral de M. Meurs, les sommets de 1.200 mètres que contient le pays Antankara ont jusqu'au sommet des strates horizontales.
C'est sur de grandes distances seulement, en effet, qu'on apprécie l'écart des strates avec Thorizontale rigoureuse , leur inclinaison lente vers la mer. Le rebord occidental des plateaux est régulièrement plus bas que Torienlal (Cf. les coupes), lorsqu'il y a un rebord occidental, car dans certains cas les plateaux ne sont limités nettement par une falaise que du côté de l'intérieur; à l'ouest, ils descendent à la mer par une pente insensible. (Cf. coupe n** 6.)
11 semble donc évident que le modelé de l'ouest, si marqué, souvent si abrupt, est dû essentiellement à ce que des terrains
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-Edielle 1 l.ioo.o.
Coup* N'iZ lU risolo à IHorombe - Echeltr i:7lo.uu
et (les roches de composition, c'est-à-dire d'âge difforont, ont offert à Térosion une résistance extrêmement variable. Ainsi des bandes successives d'âge divers se sont accusées les unes on creux et les autres en relief.
11 est donc légitime que l'orographie cl la paléontologie se .prêtent dans l'ouest un mutuel aj)pui.
Desfiilaises du Bongo-lava, Ankara-fantsika, Ankara, Kahavo, Bemarà, Tsiandava, fahiise de Tlsakondry, ne peuvent pas être autre chose que des limites géologiques; elles sont incontestablement telles au point de vue de la structure de la roche, mais au point de vue même de la palé(mtoh)gie, l'attribution topographique est exacte, on ne peut avoir commis qu'uncî erreur chronologique; ces falaises sont incontestablement limitées entre deux étages voisins, successifs, quoi qu'on ait pu se tromper quelquefois sur le nom, c'est-à-dire Tâge de ces étages. Peut-être, par exemple, a-t-on eu tort de rattacher le Tsiandava au crétacé, on y découvrira peut-être des fossiles du jurassique supérieur. Autrement dit, le dessin de la carte peut ins|>irer une assez grande confiance quoique» telle couleur puisse avoir été choisie à faux.
Les Hoches et Terrains, — Il est bien certain d'ailleurs que, si on considère l'ensemble de la cote ouest, îiucun étage n\i le monopole d'une roche ou d'un terrain, l^a succession des roches s'intervertit suivant les régions; au M(Miab(», dos grés crétacés reposent sur des calcaires jurassiques; au plateau Bara, à Ambohi-marina c'est l'inverse, des calcaires crétacés recouvrent des grès jurassiques.
L'étage triasique (?) ne doit unt^ certaine uniformité qu'à un caractère tout négatif, rabsenc(» de calcaire. A cela près, rien n'est plus difTérent que le trias (?) de Tlsalo (grés com[>act) et les argiles d'Ankavandra.
L'étage jurassique ost le plus riche de tous en calcairc^s magnifiques, mais au centre seulement (les grands causses de TAm-
ilAUVt.A'^i.Al!. 7
bongo et du Menabe) ; dans le reste de Tllc les calcaires du jura cèdent souvent la place aux grès ou aux argiles.
Les âges crétacés et tertiaires ont amené au sud du Mangoky un développement de calcaires d'une extrême puissance, très homogènes; ailleurs, les dépôts de ces étages sont très variables.
Avec toute cette diversité, Touest ne laisse pas d'avoir une physionomie pétrographique bien à lui. Ses roches et ses terrains se laissent ramener à trois catégories : les calcaires de causse, les grès et poudingues rouges, les couches meubles ou demi-meubles, presque toujours des argiles rougeâtres. Tout cela s'intercale et se succède et tels sont les éléments avec lesquels Térosion a joué pendant les âges géologiques.
Productions économiques, — Des deux métaux effectivement exploités dans la zone gneissique, Tor et le fer, le dernier seul se retrouve dans les roches sédimentaires. L'or ne semble associé qu'aux gneiss; la Compagnie Subcrbie l'a exploité un temps à Madiro-valo, c'est-à-dire dans le domaine du jurassique, au pied de la falaise crétacée du Bouéni, mais il se trouvait dans des alluvions modernes, et il provenait des vieillqs roches métamorphiques toutes voisines. A Mevatanana, au Betsiriry, le centre d'exploitation est nettement dans les gneiss.
Les grès rouges contiennent en abondance du fer exploitable ; on le rencontre, par exemple, à la traversée du Tsiandava sous forme de concrétions très lourdes, contenant certainement une forte proportion de métal; du reste, c'est lui qui donne à la roche ses tons violacés, noirâtres. Le village de Manja, bien connu, au nord de Mangoky, porte un nom qui signifie minerai de fer. Les Sakalava, stricts habitants de l'ouest sédimentaire, ne semblent pas plus embarrassés que les Hovas pour fabriquer eux-mêmes leurs angady et leurs bouts de sagaie. Baron a trouvé du minerai de zinc ce en cristaux de belle taille » dans le calcaire noir d'Ankaramy. On n'a pas de renseignements sur son exploitabilité.
Le gypse est signalé par lui dans la même région, au nord d'Andrano-samonla; et, d'ailleurs, il existe sur d'autres points, sur TAnkara, par exemple, au voisinage de Be-kodia.
Le calcaire des causses donnerait naturellement des montagnes de très bonne chaux, s'il se trouvait à proximité quelqu'un qui en eût l'emploi.
Mais l'objet de gros espoirs et malheureusement aussi de grosses déceptions, ça été le charbon. Que celui d'Am-bava-toby ne soit vraisemblablement pas primaire, ce serait un détail tout à fait dépourvu d'importance pratique, s'il était exploitable. Les charbons du Tonkin sont secondaires. Ceux d'Am-bava-toby seraient de qualité excellente s'il fallait accorder une confiance absplue à l'analyse qui eu a été faite à l'École des Mines en 1866 (1). Elle a été réimprimée bien des fois :
Matière volatiles 15 . 80
Carbone fixe . 10 . 87
Cendres 13.3:^
a on en aurait brûlé 250 kilogrammes de tout venant sous les chaudières distillatoires de l'aviso de l'Etat le Surcouf; et quoique ce charbon fût éventé par l'action séculaire des agents atmosphériques, qu'il fût mélangé des débris des roches voisines, et qu'il fût décomposé par la puissante végétation qui pénétrait ralHeurement de ses racines, il a vaporisé les 4/10 de l'eau qu'aurait vaporisé le môme poids de bonne houille anglaise ».
Des affirmations aussi positives étaient de nature à provoquer l'enthousiasme; avant la guerre des conférenciers ont souvent déploré la faiblesse du gouverueiuenl français qui reculait devant un petit effort pour s'assurer de semblables richesses. Le thème était d'un développement d'autant plus aisé que, dès 1854-55, époque où le charbon a été signalé pour la première fois, sous
(1) Notic»^ sur iirn' exploration i,'r'olo<ri<|iu' à Miulai^'asoar poiulant raïuiéi' ISJÏJ. Annales des Mines, srr. r». vol. X, 18(î<», p. 277.
le nom de lignite (1), un Français, M. d'Arvoy, pour le compte de Lambert, fondait à Am-bava-toby un établissement qui fut détruit par les Hovas. 11 a coulé du sang français pour ce charbon hypothétique, et dans Taccumulation de motifs qui ont amené la conquête il faut faire une part assez large à cette lignite ou à cette houille.
A Nosy-bé, au sujet des échantillons recueillis en 1863 et ultérieurement analysés, on raconte une histoire d'un charbonnier de Cardiff échoué dans la baie de Pasin-dava quelque temps auparavant; histoire incontrôlable, d'ailleurs.
11 n'est pas difficile de voir, en tout cas, que les conclusions de Guillemin excèdent les prémisses. Il va jusqu'à indiquer les limites du « bassin houiller » qui aurait 180 kilomètres de long sur 40 de large : c'est d'une précision d'autant plus intéressante que Guillemin a visité labaie d'Am-bava-toby en bateau ; les Hovas qui, en 1863, gardaient le souvenir très précis de Lambert et d'Arvoy, ne lui ont pas permis de descendre à terre et de voyager dans l'intérieur. Il ne dissimule pas d'ailleurs que les strates charbonneuses qu'il a vues sont en petit nombre et d'épaisseur infinitésimale, mais il pense qu'en profondeur le gisement est extrêmement riche.
Depuis on a fait des recherches à différentes reprises.
Guinard conclut à l'inexploitabilité, et cela après des recherches qui paraissent avoir été sérieuses.
Baron a visité tous les affleurements et n'a vu que des feuilles minces de matière charbonneuse ; « je ne puis pas savoir naturellement ce qui se passe en profondeur, mais je suis très enclin à mettre tout à fait en doute l'existence de houille ». D'autres y sont retournés; un ingénieur, M. Meurs, a rapporté d'Anibava-toby un panier d'échantillons et la ferme résolution de s'occuper d'autre chose. La question pourtant n'est pas close;
(1) Découverte de lignite à Nosy-Bé. Annales des Mines, sôr. 25, vol. VI, 1851, p. 570-
des espoirs tenaces ne laissent pas de so rallachor A oo coin de terre.
Ce qui est certain, c'est quo non sonlcinml ù Ani-bava-lohw mais encore sur différents points do la colo, an sud do Nosv- Bé, les affleurements qu'on voit sont jisstv. nonibroux, mais insignifiants; et sur rimportance du gisement (Mi profoiulour on no peut, en Tabsence de sondages, faire autre chose quo d(*s hypothèses.
Il n'est d'ailleurs pas douteux qu'Am-bava-toby no doivo sa notoriété particuliôro à un cnsembb^ de circousianoos lout ù fait étrangères à la valeur intrinsèque du gistMuent : proximilo do Nosy-Bo, fin tragique d'Arvoy, elc... (]ar il existe d'autres points à la côte ouest on l(»s couches s(»eondaires oontienuent des strates charbonneuses; j'ai vu un échantillon, ayant tout à fait l'aspect do la houille, plus cxaclcMneul un moro(»au d(* jais, provenant d'un point indôterminô du eauss(^ d'Ankara; M. \uil- Iciume, garde d'artill(M*ie, a rencontré dï»s feuilles charbonncMisi^s entre Malaim-bandy et Mîdiabo, du cote de ho-jabora.
Nous n'avons pas de raison acludle de croire ([ui» les charbons secondaires à Madagascar exislent nulle part î\ d'autre titre que celui de curiosité.
Le Sol, — La valeur économi([uo du sol dans l'ouest sédimentairc <»st certainement j)lus grande (jue dans la zone mélamor|)hique. VaIï règle gcMiérale, les roches et terrains sédinuMilaires m» se décomposent pas en latcrile; il est vrai (ju'on rtMieonlre fréquemment de l'argile rouge; par (»\cin[)lc Jes collines d'Ankavandra, de Mevatanaim sont lout entières d'argile roug(\ mais c'est ime argile d(» dé[)ot sédimentaire, horizonlalenuMit slralilii'e, oi quoiiju'ellc ne soit [)ou(-ètre [)as un sol très i'avorablo à la V(''gétalion, car elle n'en porte guère en général, on ne peu! |)as la eonlbiîdre avec la latérite* qui est du roc, gneiss ou basalte, déconq)osé sur phure. Il manque aussi à l'argile rouge scMlinuMilaire un caractère essentiel de la latérite, l'inexorable continuité du
manteau rouge sur tout le pays. Dans l'ouest la coloration et Taspect du sol varient.
On n'en a jamais fait d'étude scientifique sérieuse, on n'en a pas une seule analyse chimique, alors que, vu la variété des sols, il faudrait un très grand nombre d'analyses pour se faire une opinion motivée. Parmi les causes auxquelles on pourrait attribuer la nudité d'une partie considérable de l'ouest on ne sait quelle part faire : d'une part, au climat sec; d'autre part, à la composition chimique du sol. A vue d'œil, on peut admettre pourtant avec Grandidier que a le sol semble être d'essence assez fertile (1) ».
Je crois qu'on peut essayer de préciser davantage, et de dégager quelques caractéristiques générales.
Qu'il s'agisse de calcaires, grès rouges ou argiles, tout semble se passer comme si, au contraire de la latérite, le processus d'érosion était plus rapide que celui de décomposition. Sur les gneiss l'épaisseur de la roche décomposée est énorme, les pluies n'arrivent pas à balayer cette argile tenace qui se forme apparemment par en bas plus vite que l'érosion ne l'entraîne par en haut ; en tout cas, on ne voit qu'exceptionnellement la roche nue.
Au contraire, les sommets immenses des causses et des plateaux gréseux sont des tables de pierre ; certains coins de causse en particulier ont sur d'assez grandes étendues l'aspect d'un vieux dallage irrégulier, marmoréen, avec des touffes d'herbes dans les interstices, comme de palais dont les murailles auraient disparu. Le sol, quand il existe, est sans profondeur; il est lacunaire, percé à chaque instant par la roche. 11 est évident que l'érosion entraîne le sol à mesure qu'il se forme par décomposition, ne lui donne pas le temps de s'accumuler, nettoie la roche.
D'autre part, les collines d'argile au Betsiriry, par exemple, à Ankavàndra, sont en surface incomparablement plus caillouteuses qu'en profondeur, le sol est parfois recouvert ou plutôt
Cl) Comptes rendus de r Académie des Sciences ^ t. CXVUI, 30 avril 1894.
constitué d*une couche triple et quadruple de galets : on dirait une
plage. Les premiers voyageurs européens qui sont venus à An-
kavandra (1) en ont été très frappés; et sur la route de Manau-
daza ils mentionnent a le supplice continuel, mille après mille, de
ces cailloux roulant sous les pieds de nos malheureux porteurs ».
Aussi bien cette route et d'autres analogues sont redoutées des
Malgaches; malgré l'épaisseur de la corne sous la plante de leurs
pieds, ils ne s'y engagent qu'en sandales de cuir cru [kappa), La
carte de Mullens, très laconique naturellement sur Touest, ne
porte guère pour la région d'Ankavandra que cette mention
« quartz pebbles, galets de quartz ». Les collines de Betsiriry
sont tout à fait analogues.
Cette nature si particulière du sol est due sans doute à une érosion trop rapide; les galets sont le résidu de couches supérieures disparues, dont toutes les parties terreuses ont été entraînées.
Ce sont les sommets qui sont ainsi dépouillés de terres, réduits au squelette rocheux; c'est apparemment que le sol et le soussol sont très perméables, et le climat sec ; les vallées très profondes drainent et dessèchent les sommets, qui faute d'humidité et par suite de végétation résistent mal au ruissellement des eaux d'orage.
Les fonds, en revanche, les grandes plaines d'alluvions, sont apparemment très riches; c'est à leur profit que les sommets ont été dépouillés; sur le delta du Mangokv, les Sakalava racontent des histoires gargantuesques de patates grosses comme des tonneaux qu'on transporte en les roulant.
Je crois aussi qu'il faut attirer raltention sur ce fait. Tous les dépôts authentiquement tertiaires f[uenous connaissons sont couverts de végétation arborescente: les collines (MMières de Majunga et de Baly, la cuvette de Mahabo (où s'étend la plus belle foret peut-être de l'ouest), le rebord occidental du causse à l'est de Tul-
loar. Il se pourrait que ces dépôts d'émersion relativement récente aient conservé une plus grande richesse en principes chimiques par rapport aux vieux sols éventés de la bande secondaire et triasique. Simple question ouverte, d'ailleurs.