‹ Madagascar: Essai de géographie physiqueChapitre 8 sur 29 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

STRUCTURE. — OROGËNIE

Structure.

Zone gneîssîqiic et zone sédimentaire ont nne structure toute différente : Tune a un modelé orogénique, Faulre un modelé d'érosion.

Ce n'est pas (jue les gneiss n'aient été soumis à une érosion formidable. — Toutes les couches sédimentaires, si étendues et si épaisses, ne peuvent assurément pas provenir d'ailleurs que de la zone gneissique; les grès, les argiles, les scliisles actuels sont composés uniquement des éléments que l'érosion pendant les î\ges géologiques a détachés des schistes crystallins et entraînés à la mer pour y être mécaniquement triturés et chimiquement reconstitués. II (*st impossible d'évaluer l'épaisseur de Ui tranche gneissique ainsi disparue, mais assurément il s'agit de centaines de mètres. Seulement le travail d(»s agents atmosphériques, des eaux de ruissc^llement, des lleuves, n'a fait qu'atténuer la hauteur absolue; le relief relatif subsiste tel que Tout créé l(»s mouvements orogéniques de compression, les redressements, les plissements, les failles.

D'autre part, sous les dépôts sédimentaires de Touest on sent bien courir de grandes rides orogéniques profondes, on (mi suit le prolongement sous-marin dans le canal du Mo/ainbi(iue; mais tout cela a été empâté, comblé, relativement aplani en surface par l'épaisseur des dépots ; toutes les dénivellations brusques, les montagnes sont dues à l'érosion.

Les deux grands agents constitutifs des montagnes : Torogénie, la pression interne, qui crée un relief positif, soulève des sommets, et l'érosion qui inversement fait un travail négatif, creuse des vallées, ont à Madagascar chacun leur domaine de prédilection. Dès qu'on passe la frontière géologique, ce n'est pas seulement la nature de la roche et la couleur du sol qui changent, ce sont les lignes môme du paysage ; les tables succèdent aux mamelons et aux pics.

L'Orogénie.

On sait depuis 30 ans que le trait dominant de l'orographie malgache est l'existence d'un immense plateau central. A cet égard l'esquisse publiée par Grandidier en 1872 (1) a fait époque ; antérieurement à elle, toutes les cartes de Madagascar ont une orographie fantaisiste. Celte esquisse indique déjà le plateau avec presque toutes ses limites véritables.

Ces limites, aujourd'hui très exactement connues, sont d'un dessin très simple ; le plateau est un quadrilatère, les lignes occidentales et orientales sont remarquablement droites, les lignes nord et sud au contraire très brisées, surtout la ligne nord; l'angle nord-ouest est à Makarainga, sud-est à TAnala-Laory.

Les limites sont d'ailleurs, en général, extrêmement nettes. De tous les côtés le plateau se termine par des à-pic de plusieurs centaines de mètres : c'est une muraille, parfois bastionnée, plus ou moins rompue de brèches paroù s'échappent les fleuves, mais, somme toute, d'une remarquable continuité. Par quelque sentier qu'on descende des hauts plateaux, ce sentier à un moment donné dégringole toujours dans tm précipice au bas duquel on pénètre dans la zone torrîde après avoir laissé là-haut le climat plus ou moins tempéré des montagnes. En règle générale, il n'y a pas de

(1) Bulletin de la Société de géographie de Paris,

MADAnASrAR.

transition. ~- Sur une carte à pclito tîchelleûn n'arrive pas à rapprocher assez les courbes de niveau pour donnor une idée exacte de la rapidité de la cimle.

Dans l'ouest, nu-dessus d'Ankavaiidra, au-dessous de Jiinjina, une pente de 30" l'i peine conduit de i.OOOù ISO mètres d'altitude.

Dans le sud Taraotamo et Tsivory {-Ï50 mètres) sont surplonibc^s au nord par une muraille de 1.200 mètres, parfois 1.400.

Au nord, le sentier qui va de Tananarive ft Majunga par la rive droite de la Di'tsihoka dr-j^ringole eu quelques heures des sum- .. mets de l'Anlougo-drahoja (I /lOO mètresi aux plaines du Boutnl 1(100 mètres ii peine).

Le plus pittoresque, !i ma connaissance, des hastions terminaux du haut pliitoau est celui d'Atnbiniviny au sud de Mandri- Isara. Tandis cjue dans la majorité des cas la nmraille terminale [' j'adoucit en tains très rapide, mais terreux, plus ou moins vêtu

de végétation lierbacce, TAmbiniviny (1.000 mètres) descend à la vallée en contre-bas (350 à 400) en un mur strictement vertical de roc nu, 600 mètres de précipice, et ce phénomène naturel se prolonge sur des kilomètres à perte de vue. Baron trouve qu'on a presque le vertige à le regarder de bas en haut. Qu'est-ce que ça serait, ajoute-t-il, de haut en bas (1)?

La dénivellation la plus forte est peut-être sur la côte Est. La route qui va de Farafangana à Fianarantsoa escalade, à un moment donné, une pente boisée dont le sommet a 1.700 mètres et le pied 2 ou 300 à peine; c'est la montée d'An-kitsika. « Les hauts plateaux tombent en un gradin gigantesque, d'apparence perpendiculaire;... longeant le sommet, festonnant au-dessus des précipices, règne la grande forêt... D'innombrables rivières tombent de cette terrasse en cascades magnifiques. L'une d'elles, quand on la connaîtra mieux, sera probablement au nombre des cataractes fameuses du monde : un volume d'eau considérable — c'est une branche de la Mati-tanana — tombe à la lettre dans un précipice, qui nous a paru à 6 milles de dislance avoir au moins 600 pieds de haut, et dans sa chute se brise naturellement en nuages de gouttelettes (2). />

Sur le pays des Tanala indépendants ou Tanala d'Ikongo Besson écrit : « une gigantesque falaise s'élève presque à pic, entre les hauts plateaux et la vallée des Tanala. La différence d'altitude est d'environ 600 mètres; cette dénivellation considérable, qui se produit pour ainsi dire brusquement, donne naissance à une sorte de muraille naturelle haute de 500 mètres dont les flancs presque verticaux sont entièrement couverts de grands arbres... Cette grande falaise boisée se continue à peu près sans coupure du nord au sud du pays des Tanala indépendants, lui servant ainsi de rempart naturel 'du côté de l'ouest. Le plateau

(1) A. A., t. III, p. -.'67.

(2) Koight. From Forl-Dauphin lo Fianaranlsoa, A. A. 181K>, vol. V, p. :}î»8. Cf. ausî<i Noies el exjdoralions^ 30 septembre 181% p. 1151).

Ikopa à Ambodi-roka, Mahajilo auprès de Miandri-vazo) débouchent en cataracles dans la plaine sakalava.

Une des difficultés que rencontrait la construction d'un chemin de fer entre Tamatave et Tananarive était la recherche d'une rampe d'accès. On Ta trouvée dans le couloir sinueux au fond duquel coule une petite rivière, la Vohitra.

Baron, à propos de la muraille terminale à Test, prononce le mot de faille; il croit qu'une faille gigantesque court tout le long de la côte Est. Je pense qu'on peut généraliser davantage. Tout se passe comme si un système de failles plus ou moins continues encerclait tout le plateau central ; il semble que toute cette masse énorme soit un horst autour duquel la croûte terrestre s'est effondrée de plusieurs centaines de mètres. Au moins est-ce une explication qui rend compte de ce phénomène indéniable : pour descendre des hauts plateaux la pente douce progressive n'existe nulle part.

L'expression de hauts plateaux est consacrée, mais il ne s'agit nullement d'une surface plane ; leur surface au contraire est très mouvementée, c'est un « chaos » de mamelons, quelque chose de presque indéchiffrable. Certains traits pourtant commencent à apparaître.

On a remarqué depuis longtemps que les chaînes de montagnes ont en général une direction parallèle au grand axe de File : nord — nord-est... sud — sud-ouest.

Parmi les vallées longitudinales, l'une des mieux marquées, la plus gigantesque de proportions, et l'une des mieux connues est celle que la route de Tamatave à Tananarive traverse à Moramanga (vallée du Mangoro, Ankay).

Cette vallée et les deux contreforts qui l'encastrent sont assez minutieusement connus entre le 17® et 20° degré de latitude.

Dans ces limites, elle renferme le cours supérieur du Mangoro et le lac Alaotra; tout l'écoulement des eaux se fait parallèlement à la côte du sud au nord et du nord au sud. La continuité des

contreforts n'est rompuo d'aucune brèclie. On constate seulement que le contrefort Est est de puissance variable, renflé en sou centre à la hauteur de Tamatavc. Là se trouve un nœud montagneux si massif et si élevé que les grandes voies de communication des indigènes le contournent par le nord et par le sud — route de Mora-manga à Andevorante, d'Ambaton-drazaka à Fénerive. Tamatavc n'a. pas de sentier direct d'ascension.

Baron donne ce détail intéressant que la vallée du Mangoro est anticlinale à voûte effondrée (l).

Il a de plus constaté que la vallée tout entière a été le réceptacle d'un lac énorme dont TAlaotra, malgré ses dimensions respectables, n'est plus aujourd'hui qu'un reste minuscule.

Ce lac du passé a laissé des rivages, des terrasses dont on reconnaît l'origine au premier coup d'œil, « a mère glance », dit Baron qui les a observées à l'ouest de l'Alaotra (du côté d'Amparafara-vola) , comme aussi au nord des marécages d'Anosimboa-hangy et d'Am-bato-be, nord de l'Alaotra. C'est par leur altitude surtout que ces anciens rivages sont intéressants. Naturellement, n'étant pas nécessairement de la même époque, ils ne sont pas non plus de même niveau, ils marquent chacun un étage différent de l'extension lacustre. Mais il en est de très élevés; « à l'ouest du lac une vieille terrasse, à plusieurs centaines de pieds au-dessus de l'Alaotra (je ne puis pas préciser le chiffre), peut être suivie sur une longue distance dans la direction nord-sud ».

« Au nord d'Anosim-boa-hangy... il en (»st une autre qui a 8 ou 9 milles de long et 800 pieds d'altitude au-dessus de l'Alaotra (2). »

Ce n'est pas tout : ce vieux lac a laissé des dépôts, galets, concrétions ferrugineuses, grès et conglomérats, tout cela en couches horizontales. Dans l'Ankav, Baron a même trouvé des fossiles dans les concrétions ferrugineuses, ils se rapportent à des

(1) Quarterhj Journal... may IW.», p. 3(J<i.

{i)A. .1., t. 111. p. JOUô.

végétaux actuellement encore représentés dans la foriH voisine (1).

Mais ce qui est particulièrement remarquable, c'est que Baron a suivi continuellement ces dépôts lacustres jusque très au nord d'Am-bato-be, à la latitude de Mandri-tsara. Ils se trouvent là sur risthme haut de 700 mètres auquel se trouve réduit dans cette région la masse des hauts plateaux. Baron croit même probable que le petit lac de Sari-riaka, d'ailleurs mal connu, indiqué par les cartes dans le nord-est de Mandri-tsara, est au même titre que TAlaotra un résidu de l'ancien lac géant. 11 faut noter enfin que ces dépôts lacustres se trouvent en un point à l'altitude paradoxale « de 1.140 pieds au-dessus du niveau actuel de TAlaotra ».

Le lac préhistorique aurait donc eu sur certains points jusqu'à 400 mètres de profondeur, il serait allongé en boyau sur 3**, 30' de latitude ; 350 kilomètres de long sur ce 20 ou 30 milles de large ». Le Nyassa ou le Tanganika ne sont pas beaucoup plus grands.

Admettons que Baron se soit laissé entraîner à généraliser outre mesure ; aussi bien il reconnaît et c'est d'ailleurs bien évident que dans la partie nord, du côté de Mandri-tsara, la vallée lacustre n'est plus aussi nettement encastrée entre deux chaînes parallèles. 11 insiste aussi sur l'usure du temps, les effets de l'érosion, qui ont découpé dans le lit de l'ancien lac des collines et des vallées souvent boisées, ce L'aspect primitif du pays s'est en bien des endroits effacé à ne plus pt)uvoir être reconnu. » Il est possible que des études ultérieures restreignent les affirmations de Baron; il s'agit peut-être non d'un lac unique, mais d'un chapelet rectiligne de lacs. La rectification aurait peu d'importance au point de vue qui nous occupe. L'existence de ces dépôts lacustres et leur orientation atteste l'existence d'une vallée ou d'un système de vallées longitudinales d'une remarquable continuité sur 350 kilomètres au moins.

(1) Tif,'cs de cyperus, un fruit globuleux, gros comme une bille, à cinq compartiments et à cinq graines, feuilles de Calopliyllum parvillorum, Dojer : id genus Medinilia.

MADACiASCAK. 113

D'ailleurs au sud de la broche énorme par où le Maugoro s\'îchappe enfin vers TEst la vallée longitudinale recommence. Le Mananjary coule pendant 100 kilomètres parallèlement à la côte, du sud au nord, dans une vallée (celle des Tanala soumis, ou d'Ambohi-manga) qui manifestement est la continuation de TAnkay.

Au reste sur toute la côte Est, qu'il s'agisse de fleuves ou de ruisseaux, de grandes vallées ou de petites, la direction longitudinale est la plus fréquente. On s'en rend compte d'un coup d'œil sur la carte des environs dWudevorante.

Les cours d'eau ont la môme allure, aussi bien le grand Mangoro que le petit Ronga-ronga ; ils courent plus ou moins longtemps parallèlement à la côte, puis vont à angle droit se jeter dans Tocéan Indien.

Dans la partie sud du plateau, les vallées longitudinales ont une régularité grandiose; trois fleuves, le Mangoky (source de rOni-lahy), l'Onaivo, le Tomampy coulent tous les trois sudnord, parallèles et voisins pendant plus de 100 kilomètres, au fond de trois vallées profondes, régulières comme des sillons.

Le massif montagneux de Fort-Dauphin est plus curieux encore parce que les plissements longitudinaux sont à la fois plus énergiques et accumulés sur un espace plus étroit. Le sentier d'Isira à Fanjairana (GO kilomètres peut-être) escalade trois chaînes successives d'une altitude oscillant autour de 1.000 mètres, et séparées par des vallées dont le fond est tantôt à 300, tantôt à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Combien la structure en plissements est normale sur toute Tétendue du plateau, un s'en rend compte en constatant le changement d'allure de la falaise terminale, suivant qu'elle court parallèle ou transverse à Taxe de l'île. Que l'on compare par exemple la limite ouest des hauts plateaux avec leur limite nord.

A l'ouest, sur près de 400 kilomètres, la falaise est rectiligne, abstraction faite d'une énorme rupture au Betsiriry; elle est si

MAD\tîA.srAK. 8

nette que les indigènes, dont la nomenclature géographique n'atteste pourtant pas de grandes facultés généralisatrices, ont donné un nom d'ensemble à cette muraille de 100 lieues : ils rappellent Bongo-Iava, la montagne longue.

Au delà de Makarainga, eu même temps que la direction de la falaise gauchit fortement vers TEst, toute régularité rectiligne disparaît; la muraille bastionne, elle fait des angles sortants et

Ankilahila

HAUTE VALLÉE DU MAKAMBAHY. ÉQUIDISTAXCE : 100 MÈTHE.S

rentrants parfois extrêmement aigus'; cette structure est marquée bien nettement au débouché du Mahavav)^ de la Betsiboka, de la Mahajamba, etc..

La haute vallée d'un petit ruisseau le Makambahy (aflluent du Mahavavy) en fournit un exemple extrêmement pittoresque. Ce ruisselet, avant de déboucher dans la plaine sédimentaire, coule pendant une quinzaine de kilomètres au fond d'un précipice radicalement disproportionné à sa taille, entre deux murailles à pic de gneiss nu (ou plutôt, je crois, de schistes amphiboliques), hautes de 300 mètres et régulièrement rectilignes. C'est un angle rentrant de la falaise.

Entre le Bongo-lava et ces murailles bastionnantes la difîé-

rence est la môme qu'entre les deux sections d'un morceau de bois suivant le fil et à contre fil, surface de fente et surface de rupture.

On a souvent fait valoir que la route de Tananarive à Majunga (sud-nord) va dans le sens des plissements, ce qui l'a rendue toujours plus facile à tracer, tandis que celle de Tamatave (estouest) est perpendiculaire à ce sens, et franchit une succession de vagues montagneuses.

On peut donc affirmer que la pression orogénique s'est exercée dans le sens de la latitude, suivant la perpendiculaire au grand axe de l'île.

Le butoir, surélévation de l'est.

Il est incontestable aussi que la pression s'est exercée avec une force décroissante d'est en ouest. Les beaux exemples de plissements puissants et multipliés sont à l'est. La vallée du Mangoro, le massif de Fort-Dauphin, l'Imerina et le Betsileo sont infiniment plus accidentés que les régions qui s'étendent à leur ouest immédiat. Quand on a dépassé l'Itasy sur la route d'Ankavandra, on entre dans un pays tout différent à ondulations lentes, l'orographie se simplifie; jusqu'à la falaise du Bongo-lava (150 kilomètres) on ne traverse plus qu'une seule vague montagneuse, dont le sommet (1.200 mètres) est au voisinage de la falaise, et dans le creux (800 mètres) de laquelle coule la rivière Sakay. Même observation quand on suit le sentier de Nanatonana au col d'An-ala-idirana; au pied de l'escarpement de Nanatonana, le sol devient si plat que le roulage eu chariot rustique serait, semble-t-il, possible.

Aussi bien et sous bénéfice d'inventaire, je crois à l'existence d'une grande faille à l'ouest de l'Itasy. Elle serait orientée nordsud, et la lèvre en rejet de plusieurs centaines de mètres re-

garderait Touest. C'est en tout cas une explication raisonnable des faits suivants qui sont incontestables.

L'Imerina a pour extrême limite ouest une grande falaise qui court du Valala-fotsy à la Mania, longue par consf^quent de 200 kilomètres, remarquablement régulière et rectiligne, haute de 400 à 600 mètres. La plongée du terrain est si brusque et si marquée, que les indigènes donnent à la région limitrophe en contre-bas le nom d'An davaka-sakay, le trou du Sakay. La falaise est longée à son pied par une ligne de volcans éteints, elle sert exactement de limite à deux régions d'aspect tout différent, à l'ouest d'ondulations lentes, à l'est de plissements exaspérés.

Autre indication, que la pression a diminué d'intensité d'est en ouest. Le bord occidental des hauts plateaux est régulièrement plus bas que l'oriental, et d'une quantité sensiblement constante, environ 400 mètres. Dans le Bongo-lava les sommets ont 1.200 et les fonds de vallée 800. En Imerina, les sommets de 1.600 abondent et jamais les fonds de vallée ne sont au-dessous de 1.200.

Aussi bien un coup d'œil sur le dessin général de l'hydrographie est instructif à ce point de vue. La ligne de partage des eaux suit de très près la côte Est; les plus grands fleuves .de l'ile prennent leur source à une centaine de kilomètres de l'océan Indien et en font 5 ou 600 pour aller rejoindre le canal de Mozambique; Madagascar a une inclinaison marquée vers le canal.

C'est donc à Test du côté de l'océan Indien qu'il faut placer le buttoir contre lequel les gneiss des hauts plateaux se sont écrasés.

mada(;ascar. in

Plissements et vallées transverses.

Cette prédominance des plissements longitudinaux a trouvé une expression schématique dans la carte anglaise bien connue de MuUens (1). Elle est entièrement et systématiquement couverte d' ce arêtes de poisson »■ allongées nord-sud. C'est une généralisation exagérée, qui donne à la carte un aspect irréel.

On peut bien supposer à priori et il est facile d'établir à posteriori que, sur une aussi grande étendue, la pression latérale, encore que s'excrçant dans le même sens d'une façon générale, a subi dans le détail, sur des points particuliers, des déviations de direction considérables, ne fût-ce qu'en raison de la résistance nécessairement inégale qu'elle rencontrait. Il doit y avoir et il y a un grand nombre de plissements, de failles transversales à l'axe de l'ile, résultat apparent d'inévitables mouvements de torsion.

Baron a, comme sur tant d'autres points, attiré le premier l'attention sur ce fait que, dans h» voisinage même de Tananarive, les accidents de terrain courent est-ouest. C'est une chose curieuse que l'époque relativement tardive à laquelle a été faite cette constatation; des Européens cultivés ont eu sous les yeux pendant des années à Tananarive, ont vu chaque jour de leur fenêtre des chaînes de montagnes courant est-ouest, sans que cette constatation quotidienne ait pu prévaloir contre une idée générale une fois admise. Les cartes d'Ellis et de Mullens sont à ce point de vue curieuses à comparer. — Celle d'Ellis (1858), misérable dans son ensemble, est du moins grossièrement et schématiquement exacte en ce ([ui concerne les environs de

(1) On en ti'ouvc une roi)ro(luction dans l'ouvrag** do l*aslioId Olivor.

Taiianarive, le cirque montagneux est franchement accusé. 11 a complètement disparu de la carte de MuUens, très postérieure (1875) et incomparablement plus exacte par ailleurs. C'est que dans Tintervalle était apparue cette idée générale, juste d'ailleurs, que les plissements à Madagascar sont normalement orientés nord-sud; c'est un exemple curieux des dangers de la généralisation; et on ne se dissimule pas, tout en le regrettant, la possibilité que le présent ouvrage offre lui aussi dans un petit nombre d'années d'autres exemples non moins curieux des mêmes dangers.

Baron écrit : ce à quelques milles nord et nord-ouest de Tananarive l'orientation des montagnes (Andringitra, etc.) est en moyenne est-ouest, les strates s'enfonçant vers le nord à un angle de 35 ou 40**. Ces chaînes de collines semblent commencer quelque part dans le voisinage d'Ambohi-manga, et courent à l'ouest pendant 60 ou 80 milles. Sur un point les strates deviennent verticales, ou peu s'en faut; c'est au nordouest d'Ambohi-beloma, il y a là un escarpement ou une série d'escarpements dont le plus haut constitue la montagne d'Ambohitr-ondrana (1) ».

Sur d'autres points, à cela près que l'étude stratigraphiquc reste à faire (et c'est assurément une lacune inquiétante), on connaît un certain nombre de grandes chaînes orientées à peu près est-ouest.

Celle par exemple qui sépare les bassins de la Mania et de la Matsiatra (entre Itremo et Midongy). Elle atteint 16 et 1.700 mètres d'altitude.

Celle encore qui sépare les bassins du Manamb-olo et du Mahavavy et qui porte à son extrémité orientale le nom de Famoizan-kova (1.200 à 1.300 m.). Dans ces deux chaînes nous savons par Baron que le granit éruptif joue un rôle.

(1) Quarlerly Journal, 1. c, 1889, p. 308.

La Manantana est certainement encaissée à droite et à gauche entre des chaînes d'ailleurs peu connues d'orientation estouest.

Oro génie des plateaux sédimentaires

de rOuest.

Les alignements transversaux au grand axe de Tîle ont une importance capitale dans l'orographie dos roches sédimentaires occidentales. On le devine à la seule inspection des deux côtes Est et Ouest, dont le dessin est différent. La côte Est est rigoureusement rectiligne, rigide; son dessin trahit la prédominance des plissements longitudinaux, comme aussi la carte bathymétrique de l'océan Indien, au large de la côte Est, n'accuse que des hauts fonds de môme direction.

La côte Ouest, au contraire, dessine une courbe irrégulière bossuée de trois grandes protubérances, les caps Saint- Vincent et Saint-André, l'île de Nosy-Bé. Les deux dernières sont précisément les points où des rides gneissiques percent les sédiments.

Boule a attiré l'attention sur un fait évident. Los iles Comores jalonnent une ligne de hauts fonds, reliant Madagascar à l'Afrique; à la hauteur de cette ligne, sur la côte malgache, se trouve l'avancée de Nosy-Bé et du promontoire voisin.

Sous ma responsabilité je ferai observer que Tile d'Europa jalonne, elle aussi, une ligne de hauts fonds reliant Madagascar à l'Afrique. Or, à sa hauteur sur la côte malgache, se trouve lo cap Saint- Vincent, et dans son hinterland le plateau des Bara- Imamono dont l'allure orographiquo mérite une description spéciale.

C'est un immense dos d'ûno allongé d'est en ouest, flanqué au nord et au sud des doux profondes vallées du Mangoky et

de rOni-lahy, qui sont en contre-bas de 600 mètres au moins par rapport à la crête du dos (sommet de l'Isalo à Ranohira 1.200 mètres — sommet du même Isalo au bord de l'Oni-lahy 600 mètres) .

La surface de ce plateau est modelée de deux grandes falaises (Isalo, falaise de Tlsakondry) qui sont au contraire allongées nord-sud, et qui sont d'élévation constante au-dessus d'un socle d'altitude progressivement et lentement variable. (Isalo à Ranohira : hauteur du socle 800 mètres, du sommet 1.200. Isalo à Mitsinjo au bord de TOnî-laliy : hauteur du socle 200, du sommet 600).

Les falaises semblent avoir un sens assez net, elles ont été mises en saillie par Tèrosion, elles sont le pendant du Bemarà. Mais le Bêmarà est d'altitude absolue remarquablement constante, 450 mètres à son extrémité nord comme à son extrémité sud. Comment expliquer le redressement de l'Isalo suivant son axe longitudinal, autrement dit la forme en dos d'âne du plateau liara-Imamono?

Des problèmes analogues se posent à propos des hinterlands du cap Saint-André et de.Nosy-Bé. Les plateaux calcaires ou gréseux y atteignent des altitudes anormales (causse de Kahavo 700 mètres, certains points des plateaux Antankara 1.200 mètres).

Pour expliquer ces altitudes relativement considérables, on ne peut avoir recours à l'hypothèse de plissements, puisque l'Ouest sédimentaire est un pays de stratifications horizontales, puisqu'il s'agit de plateaux. Si l'on admet que le grand massif gneissique est un horst au pied duquel la bande occidentale de Tile s'est effondrée, il faut admettre que cet effondrement n'a pas eu partout la même intensité. Des failles transversales ont dû se produire sur le tracé desquelles nous ne sommes pas renseignés.

Il est clair que les roches éruptives jalonnent quelques-unes de

ces failles inconnues. L'hinterland du cap Saint-André est précisément encadré au Nord et au Sud, dans TAmbongo et dans le Mailaka, par des alignements transversaux d'anciens volcans. Les plateaux Antankara sont encadrés de même entre la montagne d'Ambre et les volcans de Nosy-Bé. Sur le plateau Bara-Imamono, au sommet du dos d'âne, se dressent un ou plusieurs anciens volcans mal connus.

Il est vraisemblable aussi que l'Ouest a ses failles longitudinales. Le Bemara, l'Ankara-fantsika, du côté tourné vers la mer, sont peut-être limités par des fractures. En connexion avec l'Ankara-fantsika l'existence d'un alignement de roches éruptives est incontestable.

Sur ces failles, malheureusement, nous ne savons rien de précis et nous ne pouvons les signaler qu'à titre d'hypothèse.

Les trois grands systèmes de vallées transversales

à travers le plateau.

Ce qui n'est pas en tout cas hypothétique, c'est Texistence de trois grands systèmes de vallées transversales, qui traversent le plateau central, d'outre en outre, le sectionnant en tronçons très nets, d'inégale importance. C'est un trait essentiel, et qu'on n'a jamais mis en valeur, de Torographie ; ces vallées articulent les hauts plateaux, elles donnent le fil qui permet de se débrouiller dans ce « chaos », dans cette « mer de montagnes »; elles ont d'ailleurs une grande importance ethnique, ayant servi de voies aux migrations.

Seuil de TAndrona ou de Mandri-tsara.

A la hauteur du 15® degré de latitude la plaine de Mandri-tsara (3 à 400 mètres d'altitude), qui d'ailleurs est en communication très ouverte avec les plaines basses du Bouéni Sakalava, n'est séparée des vallées orientales Be-tsi-misaraka que par un seuil large d'une cinquantaine de kilomètres, haut de 6 à 700 mètres. Pour mettre ces chiffres en pleine valeur, par comparaison, il faut se souvenir que le plateau à la hauteur de Tananarive atteint une puissance de 350 kilomètres avec des altitudes qui ne sont jamais inférieures à 1.200 mètres et qui exceptionnellement dépassent 2.000 mètres. Au nord du seuil de Mandri-tsara le plateau se relève très vite, et s'il ne dépasse guère une centaine de kilomètres de puissance, il atteint en tout cas 2.000 mètres de hauteur. Ce seuil est si bas qu'il y a, on peut le dire, interruption effective du plateau. Aussi bien correspond-il à la seule encoche sérieuse qui rompe la ligne droite de la côte Est à la baie d'Antongil.

Il est surprenant qu'on n'ait jamais insisté sur un fait aussi évident, d'autant qu'il éclaire rétrospectivement une foule de faits historiques et anthropo-géographiques. 11 nous fait comprendre en particulier les campagnes de Benyowski, et le sens dans lequel a rayonné son influence. Il s'était établi dans le fond de la baie d'Antongil, exactement en face du seuil; aussi les « Séclaves du Bouéni », après toutefois les autorités françaises des Mascaraignes, furent ses plus dangereux ennemis; il eut à livrer une grande bataille contre a Cimanomp » (évidemment Tsi-manompo), le roi du Bouéni; la rencontre eut lieu tout près de la côte Est, les Sakalava étaient maîtres du seuil, et il semble évident que l'accueil enthousiaste fait à Benyowski par les Betsi-misaraka, qui l'élurent ce roi des rois », doit être attri-

bué au besoin d'un protecteur contre de redoutables voisins.

Bcnyowski est mort assurément sans soupçonner rinfluence du seuil de Mandri-tsara sur sa destinée. N'empôche que s'il avait fondé Louisbourgun degré plus au nord ou plus au sud, a Cimanomp, roi des Séclavea » et le comte de Benyowski n'auraient jamais entendu parler l'un de l'autre, ils auraient été séparés par des étendues pratiquement infranchissables de hauts plateaux (1).

Ce seuil a été le champ de bataille entre les populations de la côte Est et celles de la côte Ouest, elles s'y sont alternativement refoulées. Avant la constitution du royaume sakalava du Bouéni, les peuples orientaux auraient eu une prédominance décidée, et leur autorité se serait étendue jusqu'à Majunga (2).

Les indigènes donnent un nom spécial à ce seuil et à la section correspondante de la côte Ouest; c'est l'Androna, qui eut une existence indépendante au dix-septième siècle, avant la constitution du royaume sakalava (3), et qui conserve aujourd'hui encore une certaine unité ethnique. Il est habité par une tribu spéciale, les Tsi-mihety (4), qui semblent se rattacher politiquement aux Sakalaves, mais qui ne sont pas de leur race, et qui seraient venus de l'est. Il serait intéressant de recueillir le folklore de ce peuple peu nombreux, défiant et -sauvage, caché dans les montagnes et qui a presque entièrement échappé à l'attention des Européens. Si j'en juge par un souvenir personnel unique, il a des souvenirs d'ancienne grandeur.

(I) Vfnjtnjes de Maurice Aut/uate. comte de IJenynirsfn\ t. 11, p. '240 ot s. Discours prononcé à la s<''anco génrralo du Confjri'ès dos soci«H<'s savantes, II avril 18îH), par M. Grandidior, lnii)rimorio Xalionalo (au sujet dos voyages de Mayeur, in l«M'p rôle de llenyoNvski).

('2) Une tradition orale <les Tsi-niihely, recueillie dans un petit village au sud «le Befan<lriana.

(:]) Guillain, Docmuents sur CHixtoire, elc... de Madat/asrar, p. 19, a le l'oyaunie d'Androunali et ses dépendances ».

(1) -I. A., t. III, Haron. over New Ground, j). 'i(jH. - Mandritsara n'est j)as un pays, la i-égion qui j)Ort«' ce nom sur les cartes devrait en réalité s'ai>peler Androna... ('«'ux «lu'on api)elle des Sakalava n'en sont pas du tout ; leur nom de tribu est Tsimihety ».

Dans le courant de ce siècle un troisième larron, le conquérant hova, a mis d'accord Sakalava et Be-tsi-misaraka en occupant militairement le seuil.

La forteresse de Mandri-tsara barre la route, elle est devenue le centre de la province, elle a sur>^écu à la domination hova en devenant poste militaire français, et son nom s'est substitué sur les cartes à celui d'Androna. Mandri-tsara est le verrou tiré sur la grande voie de communication et de migration.

Vallées Ant-si-hanaka.

Autre coupure à la hauteur du 17® parallèle; la masse des hauts plateaux y est réduite à une chaîne d'épaisseur et d'altitude médiocre (1.100 mètres), à l'est de laquelle s'étend la plaine de l'Alaotra (700 mètres) et à l'ouest la grande vallée de la Mahajamba avec des altitudes tout de suite inférieures à 600 mètres.

Deux autres vallées font partie du même système, celles du Be-marivo mettant en communication Anosim-boa-hangy avec le Bouéni, celle de la Betsiboka (agglomérations d'Ambodiamontana , d' Antsatrana) , très basse , une entaille tout à fait profonde et large dans le haut plateau, séparée de la Mahajamba par des seuils insignifiants. Quoique la Betsiboka , au point de vue hydrographique, se rattache à l'Ikopa, sa vallée a bien plus d'affinités orographiques et ethniques avec la Mahajamba. A la hauteur d'Ankazobe, la Betsiboka coule à 800 aiètres d'altitude à peine dans une large vallée ouverte, l'Ikopa à plus de 1.100 mètres au fond de gorges à pic. Ce sont deux fleuves d'individualité opposée. L'Ikopa est par excellence un fleuve de haut plateau; la Betsiboka appartient comme la Mahajamba à la même région articulée, transversalement ouverte. Aussi

bien la Betsiboka et la Mahajamba sont habitées toutes deux par des populations Maro-fotsy, elles sont le domaine de la même tribu .

Tout ce système de vallées a pour portiers les Ant-si-hanaka : quoique les bords de TAlaotra soient vraisemblablement l'habitat originaire de la tribu, comme Tindique son nom (hanaka lac), elle s'est répandue sur les bords de la Mahajamba, du Be-marivo et même au Bouéni; les Maro-fotsy ne sont, au moins originairement, que des Ant-si-hanaka, émigrés sous la poussée des Hovas. Au reste Ant-si-hanaka et Maro-folsy sont très métissés. Toutes ces vallées sont la grande route des migrations sakalava et hova, IHine remontante et l'autre descendante. Ces deux courants d'intensité alternative ont submergé les Ant-si-hanaka à rendre méconnaissable leur individualité ethnique. On croit retrouver des Ant-si-hanaka purs sur un point seulement, un district marécageux à l'ouest de TAlaotra.

Une autre tribu encore a joué un rôle, modeste, il est vrai : ce sont les Manendy. Leur habitat primitif est aux sources de la Betsiboka, dans l'Anati-volo (litt. dans les bambous), un lacis de petites vallées marécageuses, servant en quelque sorte de fossé septentrional à cette grande forteresse qu'est l'Imerina. Pour les Manendy, les grandes vallées de la Betsiboka, de la Mahajamba, ont été des voies de migration qui les ont conduits au Bouéni, où on les retrouve par petits groupes.

C'est une zone de transition ethnique, de mélange et de métissage. Les Hovas naturellement ont semé de forteresses les vallées Ant-si-hanaka; tous les postes essentiels ont évidemment pour raison d'être la garde d'une vallée ou d'un seuil, d'une route; Antsatrana et Ambodi-amontana gardent la Betsiboka. Tsaratanana le débouché de la Mahajamba dans le Bouéni, Am-parafara-vola le seuil qui mène de l'Alaotra à la Mahajamba, Anosimboahangy surveille l'extrémité nord de la vallée du Be-marivo. A son extrémité sud les gorges par lesquelles le Be-marivo dé-

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bouche dans le Bouéni sont dominées par le rocher de Masokoamena, une forteresse naturelle qui a joué de tout temps un rôle stratégique important.

Vallées Tanala-Bara.

La continuité des hauts plateaux est rompue encore au sud du Betsiléo. Il court là une immense cassure en zigzag au sud de laquelle les accidents sont orientés sud-nord, tandis qu'au nord ils courent est-ouest.

La Menarahaka coule d'abord est-ouest, se dirigeant délibérément vers le canal de Mozambique, elle rencontre la cassure et brusquement s'infléchit de 180**, tourne cap pour cap et va se jeter dans l'océan Indien. Au sud du Vohi-be, en contre-bas de 1.000 mètres et plus, s'étend l'immense cuvette allongée de rivondro, où la Menarahaka, l'Onaivo, le Tomampy viennent se réunir pour former la Mananara. A cet endroit, et grâce à la faille, la ligne de partage des eaux, au lieu de serrer de près la côte Est, se trouve rejetée à l'extrémité ouest des hauts plateaux; et la Mananara est incontestablement le grand fleuve de la côte Est, ce qui n'est pas beaucoup dire, le seul qui pour le volume des eaux et l'étendue du bassin supporte la comparaison avec les grands fleuves de l'ouest.

A la brèche de l'Ivondro où se forme la Mananara correspond dans la falaise occidentale des hauts plateaux la brèche très large et très basse par où s'écoule le Mangoky ; elle pénètre loin au cœur du plateau, s'étoilant tout de suite en grandes vallées : Matsiatra, Manantana, Tsimandao, Ihosy. Cette dernière vallée n'est séparée de la Mananara que par un seuil insignifiant. Considérées bout à bout, ces vallées semblent une soudure mal faite et qui bâille; l'extrémité sud des hauts plateaux semble avoir été cassée et maladroitement recollée. Les deux portions, au

nord et au sud de la faille sont curieusement dissymétriques, les accidents ne se continuent pas, les grands vallées si longues et régulières du Tomampy, de TOnaivo, de Tlhosy n'ont pas de prolongement au nord de la faille où la Menarahaka, le Tsimandao coulent au contraire d'est en ouest.

Etbniquement c'est la vallée transversale la plus intéressante de toutes. — Aux proportions de Madagascar, c'est une porte de Dzoungarie. La courte histoire malgache y mentionne déjà trois invasions successives, Betsiléo, Bara, Tanala , toutes allant dans le môme sens et chacune talonnant la précédente, refoulant son arrière-garde ; c'est un champ clos où les limites des tribus s'enchevôtrcnt, où les races s'éparpillent en îlots. Les derniers venus, les Tanala ont déjà envoyé des avant- gardes isolées jusqu'au Menabe. C'est la plus grande des voies ))ar lesquelles la cote Est, surpeuplée (tout est relatif), déverse sur les solitudes de Touest un alllux incessant de tribus conquérantes dont la première en date, les Sakalava, s'est mise en marche au début du dix-septième siècle (celle-là il est vrai semble avoir contourné les hauts plateaux par le sud). Là comme au nord les Ilovas ont placé un fort d'arrêt au point précis où les deux systèmes de vallées communiquent, à Ihosy. Il faut insister sur cette sûreté de l'instinct topographique chez le sauvage, dans l'utilisation de sou pays. L'Européen ne se doute pas assez que sur ce sujet rindigène le plus abruti est parfois moins exposé à des conclusions erronées qu'une brigade topographique, encore qu'il ait sur elle l'infériorité évidente d'un savoir obscur, inconscient et exclusivement pratique.

Porte de Midongy.

Toute l'extrémité sud des hauts plateaux, c'est-à-dire le tronçon isolé par la vallée transversale Mananara-lhosy, est très arli

culée, pas du tout massive et quoiqu'elle soit surtout sillonnée de grandes vallées longitudinales, je crois qu'il faut attirer l'attention sur l'existence d'un seuil est-ouest entre les sources du Tomampy et celles de l'Onaivo. H y a là aussi une porte historique, à laquelle on pourrait attacher le nom de Midongy.

En approchant des sources du Tomampy, « la vallée s'élargit considérablement; une plaine immense se déroule devant nous, couverte de belles et grandes rizières; les villages ne se comptent plus et beaucoup d'entre eux sont considérables. Devant nous se dresse une énorme montagne au sommet de laquelle est situé le gros village de Midongy (1) ».

En somme le bas et le haut Tomampy sont deux régions distinctes, deux plaines très riches entre lesquelles la vallée se réduit aux proportions d'un couloir. La plaine du bas fleuve est rivondro ; elle est habitée par des populations Antaivondro, apparentées aux Tanala. La plaine du haut fleuve est celle de Midongy, habitée par une fraction d'un tribu tout autre, celle des Antaisaka.

Ces Antaisaka de Midongy, plus ou moins hostiles aux Antaivondro, ont leurs relations habituelles avec le haut Onaivo, et plus loin avec Tamotamo. Tandis que plus au nord Tomampy et Onaivo sont séparés par une chaîne haute et boisée, diflicile à franchir, le capitaine Lefort a suivi un col bas, par une route a exceptionnellement facile, entre Midongy et Sahamazava ».

Nous sommes mal renseignés assurément sur l'orographie de cette région ; mais il semble bien que, dans une énumération de coupures transversales, il faille faire sa petite part à la porte de Midongy. Située à la racine de la chaîne qui prolonge les hauts plateaux jusqu'à Fort-Dauphin, elle établit des communications directes entre le sud-ouest et la côte Est. A certains indices on

(1) Capitaine Lefort. Uiie Mission dam le Sud. \oles et Explorât ions, 28 février 181). >, p. 216 et s.

pourrait admettre qu'elle a été la voie de rinvasiou sakalava et on pourrait l'appeler la porte Antaisaka.

En résumé, les hauts plateaux commencent à s'articuler sous nos yeux ; nous voyons apparaître des masses distinctes reliées entre elles par des isthmes très amincis. Or si nous jetons un coup d'œil sur la carte batliymétrique de tout Tocéan Indien, nous y retrouvons exactement cette structure. L'Afrique et l'Inde sont reliées entre elles par un seuil en écharpe, inégal, discontinu, semé de gros paquets irréguliers qui parfois émergent en îlots et en îles, Madagascar est la plus grande de ces îles, elle a même structure que la ligne des hauts fonds à travers l'océan Indien.

L'Imerina.

Les hauts plateaux se sectionnent donc en masses différentes, mais d'importance très inégale.

Le tronçon nord est très haut, très massif, mais aussi très mince, de médiocre puissance. C'est une barrière, qui sépare deux régions vivantes et habitées, mais il ne s'y est pas développé d'humanité spéciale. On sait que ces montagnes très mal connues sont inhabitées. De son couronnement peut-être basaltique, en tout cas très brusque, très en saillie, très pitonnant, des rivières s'éloignent en sens divergent. Tous les fleuves du nord ont leur source au même point, la Sofia, le Maiva-rano, le Sambirano, le Mahavavy ont leur source dans une zone que circonscrirait un rayon de quelques kilomètres, mais où se pressent trois ou quatre sommets au-dessus de 2.000 mètres. Un grand plissement nord- sud double constitue les longues vallées dos à dos de la Sofia et du Mahavavy, mais aucune n'est peuplée. Les quelques habitants du cirque de Bealana, d'où sort le Maivarano, sont un mélange de toutes les races du bas pays.

Au nord de la brèche Ant-sî-liauaka (Ambiiiiviiiy, Tampokelsa), au sud des vallées Bara-Taiiala, les hauts plateaux ont trop peu d'élévation et d'étendue massive pour développer une individualité propre.

Il en est tout autrement de la région intermédiaire, Tlmerina- Betsiléo.

I/Imerina est curieuse à étudier. Elle est essentiellement constituée par une grande cuvette d'alluvions, évidemment un ancien lac. Son existence est en connexion évidente avec la chaîne orientée est-ouest de TAndringitra (au nord et au nord-ouest de Tananarive), celle dont Baron a signalé Texistence et détaillé la stratigraphie. L'ikopa en arrière de cet obstacle a dû s'étaler en grand lac à une époque assez rapprochée de nous; aujourd'hui, à 1.200 mètres d'altitude, il serpente avec des paresses et des indécisions de fleuve de bas-pays. Malgré ses digues soigneusement entretenues, il a des limites vagues, au milieu des marais et des rizières, il a des bras multiples, il alimente un lacis de canaux où circulent les pirogues. Les Ilovas donnent à celte grande plaine le nom de Be-tsi^mitatatra (la grande rizière sans murs de soutènement); ils lui donnent aussi le sobriquet familier de a ventre de ï'Imerina ». Cette grande étendue de rizière d'un seul tenant est la condition sine qua non de Texistence de Tananarive, une grande ville de 42.000 habitants, un monstre dans un pays où quelques centaines d'habitants constituent à l'ordinaire une grosse agglomération urbaine. Pas de routes, pas de moyens de transport, il faut que Tananarive ait sa subsistance sous la main, que sa banlieue suffise à l'approvisionnement de son marché. D'autre part, Tananarive est la condition sine qua iion de l'unité hova, le centre incontesté ; la réunion de tant de milliers d'hommes sur un étroit espace est aussi le point de départ d'une organisation sociale plus compliquée, elle entraîne la substitution de l'état à la famille : la vie urbaine fixe rindigène au sol, développe les instincts sédentaires, le sens de

la propriété, modifie toutes les conditions économiques de Texistencc et avec elles le caractère de la race.

Be-tsi-mitatatra explique Tlmerina, sa puissance et son originalité. Les (( vieilles provinces », Avarad-rano, Sisaony, Ambodi-rano, Maro-vatana se partagent la grande rizière; les limites ont été fixées par les anciens rois, des pierres-limites (orim-bato) ont été plantées.

Les autres provinces, les récentes, ont un caractère tout différent; ce sont des <r marches », gardant chacune une brèche, une porte dans la muraille des hautes montagnes qui ceinture la cuvette marécageuse. L'Anati-volo garde la brèche de la Betsiboka; le Vonizongo, celle de l'Ikopa ou plus exactement celle d'Ankazobe (vallée de l'Andrano-be) ; car les gorges même de Tlkopa, le long couloir à parois à pic par où le fleuve s'échappe vers le nord, ne sont pas une voie d'accès. Dans l'ouest les brèches se multiplient, conséquence de la direction transversale des chaînes. C'est là le point faible, aussi les niarches se multiplient sur un étroit espace, Valala-fotsy , Mamola-kazo Mandri-drano. Toutes ces provinces ont été colonisées par Tananarive systématiquement et administrativementpar « voanjo ». On appelle voanjo des colonies agricoles et militaires, qui nous rappellent des institutions européennes, municipe romain à défaut de marche germanique, mais contrastent étrangement avec les institutions malgaches.

Aussi bien trouve-t-on dans ces provinces périphériques le substratum des peuplades noires soumises, Manendy au nord, Sakalava à l'ouest.

L'Imerina est donc un refuge, une aire, de par sa disposition même et son altitude. La haute vallée de l'Ikopa, spacieusement élargie en cuvette au milieu de grandes montagnes d'accès difficile, ne conduit nulle part. Vers l'est, le nord, l'ouest, Tlmerina est limitée brusquement par des descentes rapides ; probablement par des failles, au pied desquelles le niveau moyen est

en contre-bas de 400 mètres au moins. A la hauteur d'Ankazobe le Tampoketsa frontière a 1.600 mètres, la vallée de la Betsiboka 800. A l'ouest les sommets des chaînes Merina ont plus de 1.400 mètres, le « trou du Sakay » est à 800 mètres. C'est un bastion naturel dont l'intérieur est habitable. Aussi y trouvonsnous une population qui a occupé militairement tous les glacis de sa forteresse, qui s'oppose aux tribus voisines et contraste avec elles par une individualité très accusée.

Au sud, rimerina voisine avec des régions analogues à ellesmêmes. Les vallées du Vakin-ankaratra et du Betsiléo sont do môme structure que la haute vallée de l'ikopa; elles n'ont pas, il est vrai, son ampleur, mais c'est une simple différence de degré. Ce sont de très hautes vallées enfermées dans des mon* tagnes plus hautes encore. Au Vakin-ankaratra, les sommets ont 2.000 mètres, le fond de la vallée principale (Antsirabe, Betafo, vallée de l'Andrantsay) a 1.400 mètres. Le Betsiléo n'est que l'arête faîtière de l'île, une zone montagneuse étroite et allongée, un chapelet de cirques et de hautes vallées très closes (Ambositra, Fianarantsoa, Ambohi-mandroso). Politiquement toute cette région est une dépendance de l'Imerina. Le Vakin-Ankaratra en est une simple province peuplée comme l'Imerina d'indigènes à teint clair. Les Betsiléo sont noirs, mais au point de vue politique, économique, intellectuel, c'est des Hovas qu'ils se rapprochent. C'est un fait remarquable que de toutes les tribus malgaches celle-ci est la seule qui ait été effectivement soumise; elle s'est pliée au joug des Hovas bien plus complètement que les Be-tsi-misaraka eux-mêmes, pacifiques mais nomades. Par ses maisons, ses cultures, la densité de sa population, la docilité aux autorités indigènes, et aux enseignements des missionnaires européens, le Betsiléo contraste avec ses voisins Tanala et Bara, habitants semi- nomades des grandes vallées plus basses et plus ouvertes.

L'Imerina et le Betsiléo sont juchés sur le plus élevé des hauts

plateaux, en dehors des grandes voies de migrations, à part de la vie générale de Tîle. Il n'est pas possible qu'une situation géographique aussi particulière soit restée sans influence sur leur développement. On l'oublie trop lorsqu'on veut expliquer l'apparition des Hovas par le hasard d'un naufrage d'une prau malaise.

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