LA TERREUR ROUGE
Ranavalona avait chassé de son royaume les Européens.
Deux Français cependant s’y étaient maintenus : MM. de Lastelle ét Eaborde: M: de Lastelle, ancien capitaine marchand de Saint-Malo, habitait :
Taämatave depuis 1825. I avait fondé de grands établis-
sements, et il les gérait de
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compte à demi avec la reine.
Déreine deMohdie En1831,M.Laborde,revenant de l'Inde, échouait sur les récifs de Matitanana, près de Mahéla. Séduit par ses qualités exceptionnelles, M. de Lastelle l'avait envoyé à Ranavalona à titre d'ingénieur universel, et la reine profitait trop de ses services pour consentir à le comprendre dans ses proscriptions. Il était réservé “à ces deux hommes, aidés d’un troisième Français, M. Lambert, d'introduire le catholicisme chez les Hova. Voici dans quelles circonstances.
La reine Ranavalona poursuivait, en 1855, le
2e MADAGASCAR
cours de ses cruautés, inspirée surtout par son ministre et favori Rainijohary. (1) Son fils unique, Rakoto, prince aimable, raffolant de civilisation européenne, instruit que des missionnaires catholiques résidaient à Baly, avait envoyé six de ses serviteurs les saluer en son nom. Le message était difficile à porter, car Îles Sakalaves combattaient alors les Hova, et Ranavalona, excitée par les Méthodistes contre la mission de Baly, cherchait à la détruire. Les envoyés de Rakoto éviterent les gens de la reine, mais, pris par les Sakalaves, ils furent vendus comme esclaves à des marchands arabes. Les Jésuites de Baly, informés de leur mésaventure, purent, par bonheur, en racheter cinq. Après
un long séjour à Bourbon, ces cinq Hova étaient
baptisés et renvoyés à Rakoto.
Ces événements avaient appris aux Jésuites les bonnes dispositions du prince royal. Depuis qu'il les connaissait, le P. Finaz, préfet apostolique des Petites-[les, ne formait plus qu'un projet: monter à Tananarive. Ayant appris que la reine autorisait précisément M. Lambert à s'y rendre avec un secrétaire, le Jésuite s’offrit à l'accompagner. Il jouait bien gros jeu, mais il voulait à tout prix pénétrer dans la place.
Le 15 Juin 1855, fête du Sacré-Cœur, le prince Rakoto et le missionnaire avaient leur première entrevue. Le 16, Ranavalona, parée avec ce luxe imposant
qu’elle aimait, donnait, du haut de son balcon, audience
(1) La veuve de Radama avait épousé successivement et choisi pour chefs de l'armée : Rainimahary, Andriamihaja, Raïniharo, Rainijohary. —- Rainiharo est le père des deux ministres Rainivoninahitriony et Rainilaiarivony, les vrais maîtres de
Madagascar depuis trentre-trois ans.
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aux deux Français. Les jours suivants ils assistaient à d'interminables fêtes célébrées en leur honneur : combats de taureaux, revues, danses, festins dignes d'être contés par Hérodote: où, pendant plus de dix heures, les convives voyaient avec épouvante défiler devant eux -deux cents plats.
Le 8 Juillet, une fête plus auguste était célébrée en secret. En présence du prince Rakoto, de MM. Lambert et Laborde, le P. Finaz disait la Sainte Messe, la première Messe catholique qu'ait entendue Tananarive. Enfin le 13 Juillet, M. Lambert partait, mais
il partait seul ; la reine gardait son secrétaire, le P. Finaz.
Ranavalona L en voyage précédée du prince Rakoto.
Les fêtes dont on les accablait, n'avaient pas réussi à cacher aux Français l'affreuse misère du peuple Malgache. De tout temps Madagascar avait souffert de l'emploi du Zanghen, sorte de jugement de Dieu par le poison,
usité chez tous les peuples de l'Afrique australe. Rana-
valona y soumettait des districts entiers. Aussi, désespérés, le prince Rakoto et les principaux chefs avaient supplié M. Lambert d'intercéder en leur faveur auprès de Napoléon II. « Non, disaient les chefs Hova dans une adresse à l'Empereur, il n’est pas possible que votre Majesté repousse les prières qui lui sont faites en faveur de Madagascar, lorsqu'Elle apprendra tous les maux qui désolent ce malheureux pays, la multitude de personnes assassinées chaque jour, de femmes et d’enfants vendus en esclavages. Il semble qu'on n'ait en vue que de dépouiller le peuple Malgache et de faire mourir de faim ceux qu’aura épargnés la sagaie ou le poison. Secourez-nous donc, Sire! »
En attendant la réponse impériale, Rakoto usait de son crédit pour sauver quelques malheureux. Le missionnaire Jésuite l’aidait discrètement, et, par ses services, essayait d’apprivoiser Ranavalona. Un jour, au champ de Mars de Mahamasina, devant tout Tananarive réuni, le Père Finaz fit monter un ballon..Ce fut, sans conteste, son plus grand succès. Ranavalona, au , comble de l'admiration, se tenaïît 1a tête: des deux mains. Rakoto triomphant criait : « Eh bien ! que ceux qui ne croient pas aux blancs regardent donc! »
Ranavalona se permettait des jeux moins innocents. Elle condamnait des malheureux. à périr lentement enterrés jusqu’au cou, d’autres à mourir sous l'eau bouillante dont leurs parents devaient les inonder. La
Reine s’acharnait surtout contre les Prrants, anciens
chrétiens protestants. On les précipitait, cousus dans
une natte, du rocher d’Amparinana, voisin du Palais-
Royal, ; Des coups Ge : Scale, Ou de. massue, les
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œuérir tant de maux,
achevaient. Rakoto, impuissant à 9
n'espérait plus qu’en la France.
M. Lambert était arrivé à Paris, persuadé que l’empereur s’empresserait de répondre à la prière du prince Hova. L'occasion était si belle d'en finir avec la question Malgache ! L’humanité seule, semblait:l, obligeait Napoléon IIT de secourir ce peuple qui l'appe-
lait, Mais il allait perdre cette occasion, comme,
Panorama de Tananarive.
en 1860, après les massacres de Damas, il perdit l'occasion de châtier les Druses, et de conquérir la Syrie. Napoléon écouta, indifférent, les propositions de Rakoto, et, avant d'agir, il voulut obtenir l'agrément de l'Angleterre.
M. Lambert, chargé dé plaider à Londres la cause de Madagascar, exposa avec chaleur les avantages de
cette colonie. Le ministre anglais, lord Clarendon,
prit bonne note de ces renseignements, riant sans doute de la naïve confiance de son interlocuteur. Ensuite il s'opposa, bien entendu, soit à un protectorat français, soit à un protectorat franco-anglais, et, afin d'enrayer à Madagascar, sinon de supplanter l'influence française et catholique, il dépêcha à Tananarive le ministre méthodiste William Ellis.
Lord Clarendon avait agi en diplomate habile. Ellis prédicant sans foi, allait montrer dans l’accomplissement de sa mission une absence de scrupules et de conscience qui l’ont fait mépriser de ses auxiliaires eux-mêmes, et dont il doit porter seul la responsabilité.
Déjà les Méthodistes épouvantés de savoir deux français à Tananarive, avaient fait dire à Ranavalona de se défier d'eux, que les Anglais étaient ses seuls amis. Ils voulaient surtout empêcher M. Lambert de revenir à la cour. Afin d'y réussir, Ellis n’hésita point à le dénoncer à la reine comme un traître, qui vendait Madagascar à la France. Il accusa Rakoto luimême, au risque de le faire exécuter. « Tout le voyage d’Ellis, a écrit Mme Ida Pfeiffer, touriste protestante alors à Madagascar, n'a été qu’un tissu de de faussetés. » Ranavalona comprit elle même que tant d'empressement à nuire ne pouvait être désintéressé. Après un mois de séjour à Tananarive, Ellis fut congédié.
Tandis qu'il quittait piteusement la cour, (octobre 1856), trois autres Français y étaient appelés. Un can-
cer, en effet, avait dévoré le nez de Rainimamonja,
frère du ministre Rainijohary. La reine cherchait en
vain, depuis longtemps, un chirurgien capable d'opérer